Minute de silence : Quand on bafoue la mémoire de nos morts...

samedi 14 mai 2016 à 00h11min

Leurres et lueurs. Ce recueil de poèmes ne vous évoque peut-être rien mais son auteur si. Birago Diop. Celui-là même qui a écrit " les Morts ne sont pas sous la Terre : Ils sont dans le Feu qui s’éteint, ils sont dans les Herbes qui pleurent, ils sont dans le Rocher qui geint, ils sont dans la Forêt, ils sont dans la Demeure, les Morts ne sont pas morts". Cet auteur, je crois bien, doit se retourner aujourd’hui dans sa tombe d’Africain.

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Minute de silence : Quand on bafoue la mémoire de nos morts...

Au Burkina Faso, le respect des anciens et des morts n’a pratiquement plus de sens. L’insurrection populaire d’octobre 2014 avait tout un symbole. La victoire du changement sur la monotonie, de la liberté sur la servitude. Ce réveil de la majorité du peuple a coûté la vie à des Burkinabè. Des jeunes et des femmes ont été arrachés à l’affection de leurs familles sans aucune forme de procès. Leur sacrifice continue d’alimenter cet air post-Compaoré que nous respirons. Leur sacrifice, le Burkina Faso s’en est souvenu et s’en souviendra, à travers des discours et surtout des minutes de silence.

Combien de fois avons-nous assisté à des cérémonies où la mémoire de nos morts, de nos martyrs a été bafouée ? Je ne saurai répondre. Si le ridicule tuait, il aurait emporté des centaines de personnes ce jour-là, moi y compris. C’était à la cérémonie d’ouverture des journées parlementaires du Groupe Burkindlim qui a eu lieu le 4 mars 2016 à Ouagadougou sous le thème "Les défis de la 7e législature face aux aspirations légitimes du peuple burkinabè". Ce jour-là, ce fut sans surprise que le présidium demanda à l’assistance d’observer une minute de silence pour les martyrs de l’insurrection populaire et du coup d’Etat de septembre 2015. Coup de tonnerre ! A peine ont-ils décollé leur séant des chaises (trois secondes à peu près), une voix lâcha un "Merci" du présidium. Eh, oui ! la minute de silence dura à peine le temps d’un claquement de doigt.

La deuxième cérémonie fut, elle, ahurissante. Car, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré s’y trouvait. C’était à la 19e édition de la journée nationale du paysan tenue du 28 au 30 avril 2016 à Tenkodogo. Au cours de la cérémonie, le président de la Chambre nationale d’agriculture demanda aux invités d’observer une minute de silence en mémoire du président de la Chambre régionale d’agriculture du Sahel. Là, encore, ce moment de "recueillement" fut très court au point de susciter murmures et interrogations.

Pourquoi tant de précipitation et de négligence ? On ne reverra plus nos morts. On ne les reverra peut-être que dans un autre monde. Qu’il ait été paysan, élève, chômeur, commerçant, religieux, homme de tenue, directeur ou ministre, un disparu mérite le respect et la considération dus à un vivant. Ne soyons pas des fugitifs ingrats devant l’histoire. Une minute de silence ne vous amoindrira pas, elle ne prendra pas une minute de votre vie, elle ne vous fera pas voir des fantômes.

HBF
Lefaso.net

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