La mort du Tyran de « ni-minè-dougou » (1)

samedi 7 mai 2016 à 01h01min

Le tyran ne s’émeut point de la mort de ses semblables, que ce soit par balles, grenades ou bombes. Il s’arrange bien souvent pour en être même la cause, en pur assassin. Cette infamie suffit certainement pour rendre les concitoyens indifférents, face à la mort du tyran en revanche. Comme dans un miroir, le tyran observe ici en tant que témoin, sa propre mort qui semble être la seule chose susceptible de l’épouvanter. Peut-être, prendra-t-il conscience de l’égalité des vies humaines et de leur caractère sacré.

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La mort du Tyran de « ni-minè-dougou » (1)

Le tyran en effet est le pire dirigeant qui puisse exister. Sur l’échelle de négation, il dépasse de loin le despote, le dictateur, l’oligarque et le monarque dans leurs dérives autoritaires. Non seulement le tyran conjugue les défauts totalitaires de ces derniers, mais en plus, il les surclasse par sa paranoïa. Le tyran a non seulement peur, mais en plus, du fait peur souvent maladive, il a des hallucinations paranoïaques.

Toujours sur la défensive, il est hanté en permanence par des craintes de tous genres. Pour lui, les autres veulent lui nuire ; le tyran préfère donc prendre les devants par hallucination anticipatoire. Il s’engage ainsi dans la nuisance sans mesure. Il tue ! Le tyran tue, bombarde tout ce qui ne paraît pas en accord avec lui. Le moindre différend avec autrui est suffisant pour passer au massacre injustifié et disproportionné du Peuple.

Dans cette entreprise de destruction massive, le tyran s’entoure de personnes serviles, ses complice qui, seules, inspirent sa confiance. Il s’entoure d’un cercle fermé et les liens de sang sont les plus privilégiés. Plus le lien est étroit, plus l’intimité est grande avec le tyran et plus, la responsabilité est grande à son côté.
Dans cet ordre de hiérarchie, l’épouse du tyran, ses fils et filles, ses cousins et cousines, ses oncles et tantes occupent une place de choix. C’est après ce premier cercle de proches consanguins que viennent les fidèles de guerre de premières heures, qui crurent jadis à la bonne foi du tyran. Au fil du temps, ces fidèles de guerre, ces lieutenants mêmes se voient comme piégés devant des faits accomplis extrêmement graves.

Pour leurs propres survies, ces lieutenants fidèles parmi les fidèles, non dénués cependant de quelque sens de discernement, s’accommodent souvent des situations des plus extrêmes. Mais jusqu’à quand cette accommodation peut-elle durer ? Jusqu’où faut-il supporter la complice responsabilité des tueries massives de semblables, d’êtres humains ?

Le tyran pense être suffisamment ingénieux dans son organisation pernicieuse et sa délégation du pouvoir. Mais telle organisation puisant sa sève nourricière dans l’arbitraire, peut-elle résister à toute épreuve ? Peut-elle résister à l’épreuve du temps ?
Il n’y a pas de doute à ce sujet. Cette forme de gouvernance désuète d’une autre époque alimente subtilement des haines consanguines les plus profondes. Les haines entre frères et sœurs de sang, ne sont-elles pas potentiellement plus explosives.

Et pourtant, c’est sur cette fibre que joue le tyran ; c’est sur cette bombe que repose le pouvoir du tyran ; lui qui trouve un sacré malin à les alimenter, à les raviver inconsciemment. Les frères et sœurs, les demi-frères et demi-sœurs, les cousins et cousines, les oncles et tantes détenant des parcelles de pouvoir à différents niveaux se mettent à se jalouser subtilement, à se détester discrètement, à aiguiser jalousement et discrètement leurs haines respectives. Le jour où cette bombe explose, c’est sans doute, une catastrophe tout d’abord dans le premier cercle familial.

Ce jour, le soleil se lève mais le tyran ne se lève pas. A la tentative de vérifier, un silence de mort se fait pesant dans la chambre du tyran. Mais impossible d’en avoir le cœur net. Plusieurs coups forts sur la porte ne suffisent pas à susciter réaction. Il faut donc défoncer la porte mais un problème se pose ! La porte du tyran ne se laisse pas ouvrir par n’importe quel artisan aventurier ! C’est une porte blindée, importée d’Europe, imposée par la nécessité paranoïaque de sécurité. La solution se trouve donc en Europe. Il faut en dépêcher des spécialistes en vue de sauver le tyran s’il reste encore en vie derrière la porte blindée.

Comme une trainée de poudre, la nouvelle se répand. Les plus optimistes disent : le roi a un malaise ! Ils n’imaginent pas possible la mort de leur champion. Quant aux adversaires, ils s’exclament, non sans joie, sans aucun secret de leur espoir macabre en ces termes : il semble que le tyran est mort !

Plusieurs heures sont nécessaires, dans l’attente des experts occidentaux. A l’arrivée, leur constat est sans équivoque : le tyran est mort ! Certes, il n’est pas criblé de balles, mais sa dépouille est déjà raide. Cela fait plusieurs heures qu’il est mort.
Toutes sortes de supputations animent les causeries sur la cause de cette mort subite. Empoisonnement ? Intrigues familiales ? Vieillesse ? Maladie ? Mort naturelle ? Des doutes qui alimentent une déchirure dans la famille. La succession n’eut pas été préparée cependant. La bataille se fait rude à son sujet dans le cercle familial du pouvoir et dans le camp de l’opposition.

Dans certaines contrées du « ni-minè-dougou », l’accueil de cette nouvelle prend une tournure triomphale. Les populations sont en liesse. Pour elles, l’alternance a lieu naturellement et la démocratie devra trouver un souffle nouveau car, le tyran est mort. Lui qui paraissait indéboulonnable, n’a pas su résister à la mort, visiblement naturelle…

(1) « ni-minè-dougou » signifie en langue dioula ou bambara (parlée en Afrique de l’Ouest : Mali, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée Conakry), pays où l’on fauche la vie.
Idrissa Diarra
Géographe & politologue.
Secrétaire Exécutif du Mouvement
de la Génération Consciente du Faso
(MGC/Faso)
Courriel : diarra.idrissa@rocketmail.com
(Tribune internationale)

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