« A l’Ecole du conte », le nouveau recueil de contes de Théodore Lamoussa KAFANDO

mardi 26 avril 2016 à 19h44min

A l’Ecole du conte est un recueil de 90 pages de 10 contes illustrés réunis et édités par les éditions Lamoussa Théodore KAFANDO et publié par l’imprimerie Multipresses en novembre 2015 avec un dépôt légal. L’ouvrage comporte : une page « Du même auteur » qui comprend les ouvrages publiés par l’auteur, une préface, une page de remerciements, un sommaire et les contes qui nous situent sur les motivations pédagogiques de l’auteur. La préface qui tient lieu en fait d’une introduction montre que d’emblée, l’auteur situe la classe d’âge concernée par le présent recueil, ses petits-fils présentant son univers de l’Ecole du conte qui je cite est « une école d’éducation, une école d’expression, une école thérapeutique pour vous faire savourer les mille et une merveilles des contes africains. »

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 « A l’Ecole du conte », le nouveau recueil de contes  de Théodore Lamoussa KAFANDO

Le recueil comprend en annexes une liste des contes ainsi que les réponses aux questions « testons notre intelligence » qui permet aux lecteurs de retrouver les réponses aux charades, devinettes, proverbes et 10 tests.

Monsieur Kafando montre dans son recueil le rôle des contes dans la société concernée. La particularité des contes présentés rejoint le caractère universel des contes africains en général tel qu’ils ont été étudiés par les spécialistes du conte en général et surtout du conte africain notamment Denise Paulme dans la mère dévorante ou la morphologie du conte africain.

On remarque en effet que certains types de contes font partie de ceux qui se sont diffusés d’une civilisation à l’autre. Ils mettent en scène une société fictive (des animaux aussi bien que des hommes) mais tout le monde sait bien qu’avec des mots à peine voilés, les contes parlent de la société actuelle. C’est la dialectique entre la tradition et la vie courante. Car les contes renvoient à la tradition, ici c’est bien la tradition moaga à travers les ancêtres, à une société antérieure avec ses principes moraux et sociaux au demeurant intangibles. Et pourtant, c’est bien de la société actuelle qu’il s’agit. C’est le côté a-temporel du conte dont la morale transcende les âges et les époques à l’instar des Fables de LAFONTAINE dont les leçons de morales sont éducatives aussi bien pour l’homme politique que le citoyen ordinaire. Les dénouements sont classiques et relèvent de la catharsis : punition du méchant et récompense du héros, triomphe du bon droit. Il est bien connu que le conte assure une fonction éducative (pédagogique) sur le plan intellectuel et affectif.

En fait, Monsieur KAFANDO Théodore fait partie des pionniers de ce genre qui est consacré comme discipline dans les universités européennes (Canada, France) mais aussi africaines (Maroc), je veux parler de la littérature d’enfance et de jeunesse que j’enseigne depuis quatre ans à l’université de Koudougou comme matière en licence ; grâce à sa consécration dans les curricula du département des Lettres Modernes.

En fait qu’est-ce que la littérature d’enfance et ses champs d’application. C’est une littérature définie par l’UNESCO comme une littérature allant de 0 à 18 ans et qui s’adresse au premier chef au monde de l’enfance et de la jeunesse. Elle se caractérise par son intentionnalité c’est-à-dire que les auteurs inscrivent depuis la genèse de leur création les préoccupations de l’enfance et de la jeunesse. Il y a une démarche pédagogique. Elle désigne d’abord de façon générale sous l’appellation quelque peu vieillie en français de « littérature enfantine » ou « littérature pour enfant », une catégorie d’ouvrages destinée à la lecture des enfants et/ou effectivement lue par les enfants. Il s’agit en fait d’une variété de la littérature de jeunesse définie par le plus jeune âge du lecteur. C’est souvent en même temps une littérature qui parle de l’enfance comme on le verra plu loin et qui n’est pas toujours destinée à la seule lecture enfantine. Il convient de distinguer « la littérature enfantine » de la dénomination « littérature d’enfance ».

Cette relation manifeste de la part des destinataires une préoccupation d’éducation au sens commun du terme mais aussi étymologiquement de conduite « hors du monde de l’enfance » c’est-à-dire d’intégration progressive dans le monde des adultes considérer comme le monde réel auquel les enfants doivent traverser. Entre les manuels scolaires à vocations didactique dominante et les véritables œuvres de création imaginale en France« dans son processus de développement » qui relève de plain-pied de la littérature ou de la poésie, on peut situer la production de textes pour enfant sur axe de l’utilitaire didactique. Ce sont de véritables œuvres d’imagination imprimant de faire une vision du monde dans l’esprit de l’enfant. Les recherches s’intéressent tout autant à l’édition dite pour la jeunesse, pour l’enfance, aux œuvres destinées à tout public et que l’enfance peut s’approprier notamment dans la relation littérature populaire/littérature d’enfance, rapport à l’oralité. Le public du livre de jeunesse est essentiellement composé de la tranche scolaire dans toutes les villes du Burkina Faso, une infime partie est constituée par certains parents à la recherche d’histoires à raconter à leurs enfants.

Voici quelques œuvres théâtrales que nous pouvons classer dans la littérature de jeunesse au B.F :
Gingané J.PLa grossesse de Koudbi, Ed Gambidi, 1996, 108 Pages.
Gingané J.P Papa oublie moi, Ed Gambidi, 1990, 80 pages.
Kafando Théodore La handicapée de Tabyinga.

En 1987 parait Poésie pour enfants imprimée par le ministère de la culture qui comprend les titres et les auteurs suivants :
Emeraudes de Dao Bernadette
Renouvellement de Kabre J-C
Dualités de Kafando Théodore
Maman de Tall Rosalie

Les genres littéraires de théâtre et de roman paraitront plus tard en 1993. Laafi nooma, la santé de Théodore Kanfado et Kouka de Missa Hébié.

En 1998 Théodore Kafando fait paraître un recueil de chansons pour enfants aux éditions multi presse à Ouagadougou.
Dans la bibliographie qui accompagne l’auteur, on remarque que sa production est polyvalente car l’auteur s’essaie à tous les genres, conte, poésie, théâtre, musique, productions audio-visuelles, conception des sketches et conceptions de films. Autant dire que l’écrivain est un véritable homme-orchestre au sens noble du terme qui a le souci de créer et de mettre en scène ses créations.
Pour ce qui concerne la littérature, on peut noter au niveau du conte les ouvrages suivants :
1. A l’école du conte (tomeI.) contes burkinabè recueillis édités/imprimerie IEP Châtellerault (France) 1979 ;
2. Contes : œuvres lauréates du Grand prix national des arts et des lettres de la Semaine nationale de la culture (SNC) Bobo1988/Imprimerie Presses africaines de Ouagadougou
3. La Handicapée de Taab-gninga : 1er Prix ACCT de littérature africaine pour enfants/Edition du Flamboyant, BP8271, Cotonou/Bénin
4. Yonki am y dima ou je t’aime à la folie, février 2008, Presses Travael and Trade, Ouaga, BF
5. A l’école du conte (tome II) : recueil de dix contes/Presses de l’Imprimerie Multipresse/ 2015 c’est le présent recueil objet de la présente dédicace.
Au niveau de la poésie
1. Poèmes pour enfants, œuvres lauréates du Grand prix national des arts et des lettres de la semaine nationale de la culture (SNC), Bobo 1986, Imprimerie nationale, Ouagadougou/BF
Au niveau du théâtre,
1. Laafi nooma ou la santé : 2ème prix ACCT de littérature africaine pour enfants/Imprimerie de la Dépêche Lomé/Togo
2. La femme de mon père n’est pas ma mère, 4ème prix ACCT de littérature africaine pour enfants/Idelis Côtes d’Ivoire, ACCT/BRAO n°3706 du 18/01/1990
Abordant l’analyse des contes proprement dits, on peut dire qu’ils sont faciles à lire, agréables et empreint d’un humour et d’une truculence.
Dans le premier conte n°1, Wendbulga ou le puits de Dieux, il s’agit d’un homme du nom de Ounténi qui va avoir deux filles en même temps qui vont subir une éducation opposée. La première met ses vertus sur les valeurs spirituelles alors que la seconde au contraire met l’accent sur sa beauté et son corps au détriment des vertus de respect et d’intégrité morale.

Ce conte qui renvoie au conte en miroir inversé à l’instar du pagne noir de Bernard Dadié montre la première fille Talardia, qui subit l’épreuve du puits de la vertu qu’elle devrait traverser pour montrer sa virginité manque de tomber dans le puits donc échoue à l’épreuve. La seconde fille Arzouma réussit l’épreuve est congratulée et est remise quelques jours à son mari comme une fille vertueuse ayant réussi à l’épreuve du puits.

La leçon de morale est adressée aux filles de se garder pure jusqu’au mariage. L’intention didactique de ce conte est donc évidente pour la jeunesse.
Le second conte n°2 : Djamila, la fille des Hommes défie le soleil et la lune, est précédé d’une charade sur un danger qui menace le sahel notamment la désertification.

Ce conte est un conte de type eschatologique car il explique l’origine des choses, le soleil et la lune, leur rôle sur la vie des hommes à travers une épreuve de séduction successive sur la fille du roi.

Ce conte est descendant pour le premier héros, en l’occurrence, le soleil qui n’arrive pas à séduire la fille du roi, le conte est par contre ascendant pour second héros en l’occurrence, la lune qui arrive à travers un épanchement et un discours digne d’un chevalier de la table ronde, à convaincre la princesse ainsi que l’auditoire. La fin du conte invite les élèves à demander à leurs parents l’importance du soleil et de lune sur la vie des hommes.

Le conte n°3 : La lune et la petite fille orpheline, est aussi eschatologique et explique dans les traditions africaines l’éclipse de la lune, comment les hommes sur terre alertent les gens par des cris et de battements de tambours, la lune à revenir à sa clarté d’origine. Ce conte met l’emphase sur le comportement cruel de la marâtre en lien avec le conte précédent. Le motif de la marâtre est stigmatisé à travers la méchanceté et la cruauté que le personnage incarne.

Le conte n°4 : Yalemtinga,ou le villages des gens bêtes, montre les vertus de l’alliance à plaisanterie entre le village de l’étranger sauveur et le village où l’épervier sévissait et tuait tous les poussins. Il lui a suffi d’un stratagème pour tuer l’épervier et se faire proclamer héros de ce « village des gens bêtes ».

Dans le conte n°5 « to mi to zi, to bangr daré, to na san », il s’agit de l’histoire du singe du roi qui sévit sur les habitants du village à travers exactions et violences de toutes sortes sur les filles. Les jeunes décident de montrer leur mécontentement au roi, mais arrivé au palais, leur responsable manque de courage et tourne le message dans le sens contraire au bon plaisir du roi qui le consacre chef des jeunes (kam naba). Cette situation arrive selon le conteur dans la politique et la vie de tous les jours.

Dans le conte de la tortue et de l’autruche, le défi lancé par la tortue de battre l’autruche se réalise grâce à un stratagème bien élaboré avec la complicité de sa mère. Comme quoi, il ne s’agit pas toujours d’être le plus fort pour gagner la ruse est aussi maitresse du succès c’est ainsi que dans la vie, on voit des gens arriver toujours les premiers alors qu’ils n’avaient aucune prédisposition à l’être.
Le conte n°6 « Les épouses idéales » se présente comme un conte initiatique, à l’instar de Kaïdara de Hampaté Ba, montre le secret de la vie qui est basé sur le choix d’une bonne femme (pag la yiri en moore)qui accompagne la réussite de son mari à travers son travail. C’est le cas des trois frères dont l’un devient tisserand du roi, le second éleveur, et le troisième agriculteur. Ce lien d’interdépendance est d’ailleurs à l’origine de la cohésion des groupes sociaux au moogo qu’on retrouve à travers l’alliance à plaisanterie entre le yarga, le peul et le forgeron (fabricant des objets aratoires).

Le conte n°8Gros ventre, Grosse tête, Jambes grêles est un conte d’épouvante qui introduit le fantastique dans l’imagination des enfants. Ces trois actants atypiques sont marqués par l’incomplétude (de gros défauts physiques) dès leur conception ; c’est ce qui crée leur solidarité. Ils périssent malheureusement ensemble lors de la cueillette de karité au flanc d’une colline. Ce conte montre et enseigne que l’on doit être solidaire dans le malheur, c’est ce que les trois frères ont fait jusqu’au sacrifice ultime.

Le conte n°9 :« Le prince Bigbala épouse l’orpheline Wend mimtiiri » est l’histoire d’un prince conçu comme Soundjata difficilement d’une mère pas belle mais détentrice de pouvoirs. Le mariage du prince est basé sur un jeu d’énigme qui consiste à trouver son vrai nom « Sebdo » qui symbolise la bonne semence. Le choix du prince tombera sur une orpheline Wend mimtiiri qui à travers son chant révèlera au prince son vrai nom « Sebdo ». C’est pourquoi, on dit que les orphelins sont protégés de Dieu et s’insèrent bien dans la vie active et Wend mimtiiri veut dire que Dieu ne vous ignore pas car s’il vous créé pour être un roi, ou autre personnalité, rien ne peut s’opposer à votre destin.

Le dernier conte n°10, « Un seul doigt ne ramasse pas la farine »montre la notion de solidarité du tissu social sans laquelle aucune harmonie n’est possible en société. Malgré l’apparat et les discours enflammés des candidats aucun critère n’a pu les départager. L’épreuve de la farine qui consiste à ramasser avec le seul doigt la farine, va révéler l’absurdité de leur démarche. Alors ils se raviseront. Seul l’Auriculaire, parmi le pouce, l’index, le majeur, l’annulaire, prend conscience de cette vérité divine et ultime et se trouve ainsi investit roi. C’est donc dire qu’il y a une vérité divine qui dépasse la soif du pouvoir et de la recherche du pouvoir. C’est la recherche du juste équilibre sans lequel toute tentative de dominer les autres reste vaine.
Au terme de cette présentation du recueil de Monsieur KAFANDO Lamoussa Théodore, nous pouvons dire que ce sont des contes didactiques fruits de sa propre création qui puisent leur source dans son terroir moaga qu’il nous donne à lire avec délectation. Le fait de faire précéder les contes de charade, énigmes, proverbes répond à la réappropriation de la démarche de la veillée traditionnelle moaga qui veut qu’on commence par les solem koesse (contes courts ou devinettes) avant les solem wogdo (fables).
Toutes nos félicitations pour cette belle production qui vient enrichir l’univers de la littérature d’enfance et de jeunesse du Burkina Faso. Bon vent au recueil.

Alain Joseph SISSAO
Directeur de recherche
INSS/CNRST/MESRSI

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