Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

lundi 25 avril 2016 à 12h19min

Depuis quelques temps, voir le précieux liquide blanc couler des robinets est devenu aussi rare que les « larmes d’un chien » dans la ville de Ouagadougou et ses environs. Il faut se réveiller tard dans la nuit pour faire des réserves. Mais, ceux qui ont les robinets chez eux n’ont rien à envier à ceux qui s’approvisionnent dans les bornes-fontaines. Au micro de votre journal en ligne Lefaso.net, des habitants de Bissighin et Yagma nous confient leur peine quotidienne.

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Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

Awa Sanfo

« Je suis heureuse d’avoir eu de l’eau »

Quand il y a les coupures, on ne sait pas combien de temps ça peut durer. On peut souvent passer des journées entières sans eau ou même privé d’eau du matin au soir ou même jusqu’à la nuit. Ce qui nous amène souvent à passer la majeure partie de notre temps au niveau des pompes d’eau. Notre motivation, avoir de l’eau pour assurer nos besoins. Je suis contente parce que mes efforts ont porté fruits. J’ai eu trois bidons d’eau. C’est ma famille qui en sera grandement heureuse. Toutefois, il y a des jours où nous sommes obligés de rentrer bredouille car les dieux de l’eau ne sont pas avec nous. Pour finir, je garde espoir que d’ici là tout rentrera dans l’ordre.

Démé Djéneba
« L’ONEA doit jouer son rôle »

S’approvisionner en eau est un parcours de titan dans ma zone. Il faut se réveiller à 5 heures du matin voire 3 heures pour espérer avoir de l’eau potable. Aujourd’hui, l’eau s’est coupée aux environs de 6 heures du matin. Nous ignorons à quelle heure elle pourra revenir. Certes, j’ai un robinet à la maison, mais dans pareille situation certains habitants ont recours à l’eau des bornes fontaines. J’insiste, cette pénurie d’eau est durement ressentie par les populations de Bissighin, en particulier par l’autre moitié du ciel qui est obligée de faire des mains et des pieds pour trouver le liquide précieux à sa famille. L’ONEA (Office national de l’eau et de l’assainissement, ndlr) doit trouver des solutions pour gérer les problèmes cruciaux et récurrents d’approvisionnement en eau potable. Du reste, si j’ai la possibilité d’offrir gratuitement de l’eau à mes voisins, je le ferai à cœur joie.

Bibata Senou
« Je commence à ne plus avoir confiance à l’ONEA »

Je suis sur mes deux pieds depuis 6 heures et jusque là je n’ai même pas eu un bidon d’eau. Un seul bidon, je vous dis pourrait faire mon affaire. Mais hélas ! J’ai du mal à comprendre les agissements de l’ONEA. Comment vous pouvez demander aux gens de faire des démarches pour avoir des robinets chez eux, on le fait et depuis lors plus rien. Pourtant, des agents sont passés dans nos concessions avec l’allure de vouloir vraiment commencer les travaux. Je regrette avoir mis le peu d’argent que j’avais dans une telle histoire, d’autant plus qu’on se débrouille pour survivre ici. Aujourd’hui, c’est moi je n’ai pas mon robinet et encore moins mon argent. Ce n’est pas sérieux ça. Mais comme on nous demande de toujours patienter, je vais patienter. Qui sait, peut-être qu’ils vont le faire.

Rabiata Sanfo
« Enfin ma famille aura de quoi boire »

Je me suis réveillée aux environs de 4 heures du matin et c’est maintenant que j’ai pu avoir un peu d’eau (10 heures). Et à quel prix ? J’ai fait le tour de Nimnin avant de me retrouver à Marcoussi. Donc comprenez que ça n’a pas été du tout facile. Je suis tellement épuisée et à la fois soulagée de savoir qu’on aura de quoi boire aujourd’hui. D’autres l’on certainement dit avant moi, mais j’exhorte nos autorités à avoir une pensée à l’endroit des populations des zones non loties. Car, nous vivons toutes sortes de maux. Si ce ne sont pas des inondations, ce sont alors des pénuries d’eau.

Larissa Compaoré
« J’ai passé quatre nuits à Yagma »

Nous sommes obligées de faire le rang toute la nuit pour espérer avoir un peu d’eau dans la journée, le précieux liquide n’étant très souvent disponible qu’entre 14 heures et 16 heures. En dépit de mes quatre nuits passées à Yagma, je n’ai pas pu me ravitailler en eau potable. Pénurie oblige ! C’est pourquoi je suis allée au château d’eau sis à la citée de Bassinko. Là bas, j’ai pu remplir mes trois bidons. Maintenant, il me faut de l’eau potable parce que j’ai un nourrisson. A cet effet, je compte encore passer la nuit à Yagma. Peut- être que j’aurai plus de chance, cette fois-ci.

Rasmata Sawadogo
« J’ai sillonné les quartiers afin d’avoir l’eau potable »

Pour trouver de l’eau en cette période c’est la croix et la bannière et cela dure depuis des mois. Je n’ai pas une seule goute pour boire ni pour entretenir comme il se doit mon foyer. Dans l’espoir d’avoir un peu d’eau, j’ai sillonné les quartiers et c’est finalement à la borne-fontaine de Bissighin que j’ai pu en avoir. J’ai pris deux bidons à 150 francs CFA avec la gérante parce que je ne voulais pas faire le rang comme les autres femmes. C’était une manière de gagner du temps afin de vaquer à mes occupations. Mais ce que je retiens de tout ça, c’est qu’au niveau des bornes- fontaines, les disputent sont monnaie courante. On s’accuse mutuellement de vouloir tricher pour être servie rapidement. Résultat, ça tiraille de gauche à droite mais sans pour autant dégénérer. L’eau c’est vraiment une substance vitale. Par conséquent, le gouvernement doit résoudre cette situation de coupure d’eau. Aussi, nous avons l’impression d’être laissés pour compte. Chaque année, nous vivons les mêmes situations. Quelque chose doit véritablement être fait.

Gérante de borne-fontaine
« C’est triste, mais j’en profite un peu »

Moi je vends l’eau de la borne fontaine à 15 francs. Il y a de l’affluence chaque jour et je puis vous dire que je fais de bonnes affaires pendant cette période. Cependant, les pénuries d’eau que nous vivons sont sources de désagréments entraînant parfois des violences entre des groupes d’habitants. Lorsque pareille situation surgit, j’essaie à ma manière de les ramener à la raison. Mon stratagème, menacer de fermer la borne-fontaine. Et entendez-vous bien, ça marche à tous les coups.

Propos recueillis par Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 25 avril 2016 à 12:38, par Traoré
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    Il faut avoir pitié des gens. Non seulement on pas l’eau mais le montant de la facture se retrouve multiplié par 2. Pourqpui l’ONEA nous facture de l’air. le mois passé ma facture est passé de 4 000FCfA à 9 milles et quelques alors que ma consommation d’eau n’a pas augmenté. Que le DG nous dise si c’est expressivement fait pour pillé le consommateur.

  • Le 25 avril 2016 à 13:35, par le peuple
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    Où sont passés les hommes ? vous dormez n’est-ce-pas ? ça fait pitié !!!

  • Le 25 avril 2016 à 14:12, par SANS RANCUNE
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    Braves femmes. Je ne dors plus assez la nuit parce que je suis obligé de veiller pour surveiller mon robinet afin de remplir mes futs .D’autres femmes trouvent le plaisir de dormir toute la nuit car le faite qu’il n’ya pas d’eau ne constitue pas un problème pour elles.Comme le manger, l’homme n’a qu’à se débrouiller pour qu’il ait de l’eau dans la maison.

  • Le 25 avril 2016 à 15:56, par ou allons nous ???
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    c’est ça la réalité du pays. Au lieu d’investir là ou il faut ; on commence par des dépenses inutiles. Ce n’est rien d’abord, si on ne change pas la manière de gouverner ça sera le chaos dans quelques années. La population augmente d’une manière fulgurante, tous nos retenues d’eau sont ensablées et il pleut de moins en moins. Pour régler ce problème particulièrement , il faut investir et pour investir il faut de l’argent à l’ONEA. Il faut donc équilibrer les comptes de l’ONEA si possible augmenter le prix du m3, il faut que chacun paye ses factures d’eau. Ce sont des décisions courageuse qu’il faut prendre avant qu’il ne soit trop tard. Mais dans un pays ou les gens veulent tout cadeau, un pays ou les gens ne sont pas prêt au sacrifices , un pays ou les dirigeants manquent de courages et d’anticipations, il y a de quoi s’inquiéter.

  • Le 25 avril 2016 à 16:27
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    comme M. TRAORE je confirme qu’en dépit des coupures d’eau les factures ont doublé. en tout cas c’est mon cas de 3000FCFA je suis passé à 6000FCFA alors que je n’ai l’eau que tard dans la nuit. nous passons notre temps à aller chercher de l’eau ailleurs (puits et domiciles très éloignés) mais en retour nos factures double. alors que se passe t-il ? je veux comprendre sinon un jour je risque de perdre patience et qu’on ne m’accuse de rien...
    a bon entendeur salut ...

  • Le 26 avril 2016 à 07:59, par wenlasida
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    Que dire de zagtouli ? Avoir de l’eau est une exception la bas la règle est que le robinet doit être à sec.

  • Le 26 avril 2016 à 08:05, par Sombie Édouard
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    NOUS QUI HABITONS sabtoana nous n’avons ni robinet ni . bornes fontaine. Nous vivons deux fois le calvaires des autres en ces moments. Faut que les autorités songent à nous donner un peu de ce liquide précieux. Du courage à tous.

  • Le 26 avril 2016 à 11:36, par noonga sida
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    Le calvaire, ce n’est pas seulement les habitants des quartiers bissighin et yagma qui le vivent. Même les autres quartiers des arrondissements 4 et 9 de tanghin (tanghin taambila ) et bang pooré sont obligés de défier ce soleil d’aplomb pour aller à la recherche de ce précieux liquide. Le dimanche 24 et le lundi 25 avril 2016, c’était carrément un défilé de mode dans ces quartiers : qui avec des charrettes à traction asine, qui avec des motos qui avec des vélos etc ; chacun y va de ses moyens. Je pensais même à inviter la RTB pour un reportage de la scène vécue ces derniers jours à Tanghin.
    Je vais décourager davantage Bibata Senou qui dit avoir payer son argent pour qu’on vienne lui installer un robinet chez elle, mais qui dit être au bout de sa patience. C’est même inutile à la limite car installer le robinet ne pourra pas vous sauver de cette situation. Moi personnellement, je l’ai installé depuis 2012 à bangpooré, mais il n’y a pas un seul mois au cours de l’année où l’eau coule de ce robinet du matin au soir même en saison hivernale. Ce mois d’Avril, je ne peux pas vous raconter nos peines. c’est insupportable à la limite. Tu es obligé de prendre la garde de minuit jusqu’au petit matin. Je l’ai fais ainsi durant quatre jours d’affilés sans avoir de l’eau. Imaginez un peu travailleur qui doit veiller la nuit pour l’eau et contraint par les obligations professionnelles de se rendre chaque matin au boulot. Quelle peut être sa productivité ?
    Une eau propre et accessible pour tous est un élément essentiel du monde dans lequel nous voulons vivre. C’est pourquoi garantir l’accès de tous à l’eau et à l’assainissement et assurer une gestion durable des ressources en eau est l’un des défis des objectifs de développement durables auquel nos gouvernants doivent s’investir.
    Je pense qu’au delà de l’ONEA, il y a donc lieu d’interpeller nos gouvernants actuels. Il leur faut dépasser les actions de façades et résoudre les problèmes réels des populations. Même sous le régime de Blaise que nous avons tous décrié, nous n’avions jamais une pénurie d’eau d’une telle intensité. Si rien n’est fait pour résoudre cette situation qui perdure, il faut le dire avec courage que le développement sera un leurre pour le Burkina.

  • Le 28 avril 2016 à 09:18, par Aye
    En réponse à : Coupures intempestives d’eau à Ouaga : Un calvaire pour les habitants de Bissighin et Yagma

    Ou sont passé les hommes ? Ils ronflent après tout l’alcool ingurgité la veille ? Pauvre Femme !!!! Du courage a vous. Dieu n’est-il pas une femme par hasard !!!! ONEA pitié, aidez les femmes a trouver la solution pour leur famille, vu que ce sont les seuls responsables dans la plupart des ménages. Et merci aux hommes qui soutiennent leur femme, je sais ils ne sont pas nombreux mais il faut les encourager quand même.

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