Fatimata Legma, une amazone du développement : « Les sources de financement de la FFDE/BF, c’est d’abord la cotisation de ses membres »

lundi 25 avril 2016 à 01h00min

Au rang des associations qui œuvrent pour la défense, la protection, la promotion et l’intégration de la femme dans le développement au Burkina Faso, figurent la Fédération des femmes pour le développement, créée en 1992. La présidente n’est autre que la native de Saatenga, Fatimata Legma. Elle a roulé sa bosse dans l’administration notamment en tant que Haut-commissaire des Balé, gouverneur de la région du Centre-nord, membre du Conseil économique et social, directrice de la Promotion de la femme et député à l’Assemblée nationale. Dans cet entretien, qu’elle nous a accordé, elle nous parle à cœur ouvert de la fédération et de la 2e édition des 72heures de l’association du 28 avril au 2 mai prochain. Lisez plutôt !

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Fatimata Legma, une amazone du développement : « Les sources de financement de la FFDE/BF, c’est d’abord la cotisation de ses membres »

Lefaso.net : Parlez-nous de la Fédération des femmes pour le développement du Burkina Faso (FFDE/BF)

Fatimata Legma (F.L) : Elle a d’abord été créée en 1992 sous la dénomination « Association femme et développement du Burkina Faso ». Avant de se transformer en Fédération femme et développement le 2 avril 2013 pour ouvrir le champ à d’autres associations, d’autres groupements féminins. Elle couvre les treize régions du Burkina Faso et est dirigée par un bureau exécutif national de 30 membres appuyé techniquement par un secrétariat administratif et des commissions spécialisées (santé, droit, éducation-formation-sport, économie,…). Dans chaque région, nous avons des antennes de la structure nationale. Dans ces antennes il y a au moins 20 personnes et chaque antenne initie ses propres activités. Aussi, dans la fédération on ne parle pas de politique. Moi-même j’ai fait la politique pendant un bout de temps mais j’ai abandonné. Donc quand nous nous réunissons c’est vraiment pour mener des actions en faveur des préoccupations des femmes.

Lefaso.net : Pourquoi une telle association ? Ses objectifs ?

F.L : Une telle association parce qu’on dit, « une seule main ne ramasse pas la farine, c’est l’union qui fait la force ». Les femmes, qu’elles soient du milieu rural ou périurbain ou urbain, ont à peu près les mêmes problèmes sauf qu’en milieu rural, ils sont plus prononcés. Quand on prend l’exemple de la couverture en ville par rapport aux gynécologies on constate que le ratio est meilleur qu’en province. Face à cela, on s’est dit pourquoi ne pas mettre nos efforts en commun pour aider nos sœurs surtout celles du milieu rural, pour qu’elles puissent mieux participer. Quand vous n’avez pas été à l’école, quand vous n’avez pas la santé ou bien chaque année, vous avez une grossesse, vous ne pouvez pas participer au développement de votre pays. C’est partant de ce constat que nous avons alors décidé de créer cette fédération. Il s’agit pour nous, d’apporter une contribution des femmes au développement à travers notamment la défense, la promotion et la protection des droits de la femme et son intégrité dans le développement.

Lefaso.net : Quelles activités portez-vous à la FFDE/BF ? Avec quels moyens les mettez-vous en œuvre ?

F.L  : Les domaines d’intervention de l’association touchent la santé, l’éducation, l’environnement et le domaine économique. A cet effet, pour ce qui concerne le premier, nous avons fait le tour des départements pour sensibiliser les populations sur la lutte contre l’excision, les mariages précoces et forcés et la lutte contre le VIH/Sida qui faisait des ravages dans nos sociétés. Egalement, nous avons réalisé des infrastructures dans le domaine de l’éducation. Et mieux, des femmes de la fédération a en effet mis un point d’honneur à scolariser une fille en détresse ou défavorisée depuis le primaire jusqu’à ce qu’elle obtienne le CEP. Par la suite, nous avons organisé des femmes pour que nous prenions des filles qui venaient d’avoir leur CEP mais qui ne peuvent pas continuer. A l’époque, je me souviens, nous avons bénéficié de l’appui de CELTEL dans cette noble mission. Ceci nous a permis de prendre en charge 21 filles. Je rends grâce à Dieu aujourd’hui, car nos efforts ont été récompensés. Certaines ont décidé de poursuivre le secondaire, d’autres ont décidé de faire les écoles des enseignants.
Sur le volet économique, une cinquantaine de femmes ont été spécialisées dans la fabrication du savon, la teinture, le séchage et l’élevage de mouton de case. Et cela grâce au financement de l’Ambassade de France. Au sortir de cette formation, elles ont confirmé leur volonté de se lancer sur le marché. Certaines ont réussi à développer des activités rémunératrices. Surtout, nous œuvrons au renforcement de compétences des tisseuses dans les régions. Afin qu’elles puissent être économiquement indépendantes car ce sont elles qui s’occupent de leurs familles. A l’occasion de la commémoration du 8 mars dernier, les prestations de nos braves femmes ont été vivement sollicitées. Même jusqu’à nos jours, les commandes « pleuvent toujours ». Pour finir, nous apportons notre contribution au niveau national et même international lors des réflexions sur l’autre moitié du ciel.

Lefaso.net : Sans vouloir vous vexer, vos actions restent disparates et peu connues. Qu’est-ce qui explique cela ?

F.L : C’est souvent le manque de moyens pour contacter la presse. La dernière fois on était entrain d’échanger sur nos activités et le représentant du ministère de la promotion de la femme s’est dit étonné de voir qu’en dépit de nos multiples actions, la FFDE/BF est toujours méconnue par la grande partie de la population. A quelque part ça nous a touchées, mais c’est la triste réalité. Nous n’avons pas de partenaires donc pas de financements. Nos sources de financement, aussi, comme pour toute autre association, c’est d’abord la cotisation de ses membres. Mais nous n’avons pas baissé les bras dans la mesure où les financements existent. Aussi faut-il le dire, il y a certaines pratiques qui n’encouragent pas souvent le partenariat. Car, les gens aiment exploiter les projets des autres. Mais nous ne désespérons pas. Mieux, nous allons nous armer de courage pour partir à la rencontre des ces gens. En perspective, nous comptons prendre attache avec les responsables d’organes de presse pour voir dans quelle mesure tisser des partenariats.

Lefaso.net : Comment adhérer à votre association ?

F.L  : L’adhésion à la FFDE/BF est individuelle ou collective. Peuvent adhérer, toute femme burkinabè ou non, les groupements collectifs, sans distinction aucune, qui acceptent les dispositions des statuts et règlement intérieur et qui s’acquittent des droits d’adhésion et de cotisation annuelle. La carte d’adhésion coute 1000 francs CFA et la cotisation 2000 francs CFA pour toute femme qui désire adhérer à la fédération. Pour les associations, la carte d’adhésion est de 5000 francs CFA.
Lefaso.net : Si les choses étaient à refaire, comment alliez-vous procéder ?
F.L : Si c’était à refaire, nous allions mettre l’accent sur la communication, impliquer davantage les femmes en âge de procréer parce qu’elles ont plus de problèmes que les femmes d’un certain âge. Les jeunes garçons et les hommes ne sont pas en reste. La loi sur le quota a été piétinée tout simplement parce que les hommes sont contre. Ainsi, nous entendons impliquer les hommes dans nos activités. La bataille sera rude mais on ne désespère point.

Lefaso.net : Comment arrivez-vous à jongler entre l’association et la maison ?

F.L : Ce n’est pas facile mais j’arrive à allier mes responsabilités professionnelles, mon rôle d’éducatrice et les tâches ménagères. De plus, j’ai eu la chance d’avoir fait très tôt mes enfants. Il y a des gens qui ne savent même pas que j’ai des enfants parce que quand j’ai commencé mes activités, j’avais déjà fini la maternité. Aujourd’hui, ce sont de grands enfants et elles (les filles) m’aident beaucoup dans les tâches ménagères.

Lefaso.net : Quelle est votre ambition pour l’avenir ?

F.L : Mon souhait serait de voir les femmes que nous encadrons être compétitives sur le plan international et par la même occasion devenir des opératrices. Car, elles ont compris le marché et qu’elles peuvent entrainer d’autres femmes. Si vous voyez qu’on a commencé petit à petit et qu’on insiste que les femmes viennent des villages, c’est parce que je suis confiante. Amener les autres à être meilleures et investir les marchés africain, européen, américain, j’insiste, est notre ambition majeure. Lorsqu’on regarde un peu partout, ce sont les Togolaises et les sénégalaises qui envahissent les marchés. Vous savez pourquoi ? Elles sont mieux organisées en affaires que nos sœurs d’ici. Et nous, nous voulons changer cette donne.

Lefaso.net : Dans le cadre de vos activités, vous organisez les 72 heures de la FFDE/BF. De quoi s’agit-il exactement et quel est le programme ?

F.L : La première année lorsque nous l’avons organisée, c’était pour trois jours. Cette année, elle s’étale sur cinq jours mais avec toujours le label « 72 heures » afin que les gens aient toujours à l’esprit qu’il s’agit de l’activité de la fédération. Les journées de la FFDE/BF sont à la fois un événement culturel et commercial tendant d’une part à valoriser le pagne tissé, les mets traditionnels et les produits forestiers non ligneux, et d’autre part à promouvoir les activités économiques qui y sont liées. Ces journées seront vraiment une occasion du donner et du recevoir. Pour cette édition, les activités porteront entre autres, sur des conférences, des jeux radiophoniques, exposition vente, visite et remise des dons aux femmes détenues de la MACO. Elle sera placée sous la présidence d’honneur de sa Majesté le Moogho Naaba et les co-parrainages des ministres en charge de l’agriculture, de la culture et du commerce. Les participants viendront des treize régions du pays ainsi que du Bénin, de la Côte d’Ivoire, du Mali, du Togo et du Sénégal.

Lefaso.net : Combien coûte la location de vos stands ?

F.L : Nous avons loué les grands stands à 20.000 francs/jr et ce durant les six jours. Mais nous demandons à nos femmes une contribution de 25 000 francs. C’est une manière pour nous de les inviter à s’organiser afin d’avoir la chance un jour de devenir de grandes opératrices économiques.

Lefaso.net : Un appel pour les 72 heures de la fédération

F.L : J’invite la population burkinabè à faire un tour du côté de la Maison du peuple. Venez vibrer au rythme de l’intégration sous-régionale. Il y aura des spécialités des treize régions de notre pays. Il y aura également des produits de grande valeur nutritive et à des coûts favorables.

Entretien réalisé par Aïssata Laure G. Sidibé
Lefaso.net

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