Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

vendredi 1er avril 2016 à 21h35min

L’institut national pour le développement économique et social (INADES), a animé un atelier le mercredi 30 mars 2016, dans la province du Sanmatenga. Il s’agissait de présenter et de valider les résultats d’une étude sur les conditions socio-économiques et les perceptions culturelles des ânes dans le Sanmatenga. Objectif principal de cette étude réalisée avec l’appui de la Fondation The Brooke, attirer l’attention sur le rôle et le traitement des ânes dans les ménages burkinabè. Il était surtout question, de tirer la sonnette d’alarme sur ce nouveau phénomène de commercialisation de peaux d’ânes. Un commerce qui à coup sûr, contribue à l’abattage clandestin et à la disparition de cette espèce si chère à l’homme.

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Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

Animal infatigable, très fidèle à l’homme et présent dans la plupart des ménages burkinabè, l’âne, cet espèce si important à l’Homme, n’en demeure pas moins maltraité, mal nourri, mal soigné et généralement oublié. « L’âne sert de dos, de tête, de bras et de jambes à des milliers d’hommes et de femmes aussi bien en milieu rural qu’urbain. Malgré ces efforts, le rôle de l’âne n’est pas assez valorisé, car sa rusticité joue parfois en sa défaveur » a indiqué Ousséni Ouédraogo, représentant la directrice du bureau national de INADES formation Burkina.
En effet, bon nombre de ménages du Sanmatenga, de Boussouma, de Korsimoro et de Ziga, soit 330 ménages enquêtés, reconnaissent bien l’importance de l’âne, mais ne lui accordent pas la place et l’intérêt qu’il mérite. Ainsi, de l’étude menée dans ces quatre départements courant février 2016, il ressort qu’aucune croyance n’influence le développement de l’espèce.

Quant aux conditions conduisant à la dégradation du bien-être de l’animal, le constat qui est fait, est le suivant : 58,2% des ménages enquêtés gardent leurs ânes dans des enclos couverts, 26 ,7% non couverts et 15 ,2% préfèrent garder les ânes à l’air libre. Il s’agit généralement des femelles. Pour ce qui est de l’alimentation de l’âne, 95,6% des ménages leur accordent des compléments alimentaires (fanes et tourteaux d’arachides, résidus de récoltes) en saison hivernale pour les faire travailler, tandis que 93% les privent desdits compléments alimentaires en saison sèche. Le cas de la prise en charge sanitaire n’est pas meilleur, car peu d’ânes sont envoyés chez le vétérinaire. Environ 20%.

Exportation des peaux d’ânes
Après avoir effectué une enquête en février 2016, sur la vente des peaux d’ânes sur l’axe Nouna-Bomborokuy-Djibasso-frontière du Mali, le journaliste Sié Simplice Hien des Editions Sidwaya, a fait un exposé sur le phénomène. De cette enquête, il note qu’environ 19 tonnes de peaux d’ânes ont été convoyées par voie aérienne vers Hong-kong (Chine) entre octobre 2015 et janvier 2016.

Et s’il existe selon lui, un réseau de trafic bien organisé sur le territoire national, l’axe Nouna-Bomborokuy-Djibasso est un tronçon très important pour le trafic de peaux d’ânes vers la capitale, Ouagadougou. Des peaux vendues entre 30 000 et 32 500 francs CFA et parfois, au même prix que l’animal vivant. Ainsi, si à Djibasso, certains vendeurs lui confient pouvoir livrer 150 à 200 peaux d’ânes par semaine, un autre lui avouera avoir livré en une matinée, 700 peaux d’ânes. Il s’agit là, d’un commerce très lucratif, dont les auteurs semblent avoir plusieurs personnes pour le ravitaillement.

Certains auraient des bouchers qui parcourent les villages pour les achats. Par ailleurs, il indique que ce nouveau phénomène aurait entraîné dans la région, une augmentation de la consommation d’âne, l’abattage clandestin et de nombreux vols des équidés. La majeure partie des peaux est exportée vers la Chine. Aux acheteurs chinois, Il faudrait également ajouter les exportateurs turcs, nigérians, irlandais et sénégalais. Une situation assez critique et inquiétante quand on sait que nous avons affaire à une espèce qui se produit tous les deux ans. De surcroit, aucune loi au Burkina n’interdit pour l’instant l’abattage des ânes et l’utilisation de leurs peaux.

De l’avis de Brice Emmanuel Ouédraogo haut-commissaire du Sanmatenga, il y a un lien entre l’espèce asine et les conditions socioéconomiques des ménages. Raison pour laquelle il souhaite que les résultats issus de cet atelier puissent servir à renforcer la politique de l’Etat dans la promotion et le traitement de cette espèce si importante dans les ménages.
Des recommandations faites lors cet atelier, on pourrait noter entre autres un plaidoyer pour une meilleure sensibilisation sur l’espèce asine, une interpellation des autorités sur la vente des fourrures d’ânes, et la formation des maréchaux-ferrants.

Nicole Ouédraogo
lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 2 avril 2016 à 09:29
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    C’est une bonne initiative que d’étudier cette espèce menacée. Il faut ajouter qu’un abattoir d’ânes a été installé ; par des chinois, il y a quelques mois à Ouagadougou (zone située derrière la SONABHY). Aussi, l’exportation d’ânes vivants est aujourd’hui florissante et le transport se fait désormais par camions-remarques (et non plus des troupeaux d’ânes guidés par des gens sur vélos) ; j’en ai vu la semaine dernière sur la route de Motgédo (axe Ouaga-Fada).
    A mon avis, le plaidoyer politique, au terme de l’étude, devra plutôt se focaliser sur l’impact de l’exportation d’ânes sur l’agriculture burkinabè qui reste peu mécanisée : surcoût des ânes, indisponibilité, etc. L’âne doit toujours occupée sa place importante dans notre agriculture. Que deviendra la houe manga qui fait maintenant partie du savoir-faire des artisans locaux et toujours promue à chaque Journée nationale du Paysan. On a souvent l’impression que les autorités politiques veulent une chose et son contraire. La soit-disante "modernisation agricole" qu’on poursuit à travers la mécanisation aveugle avec ses implications foncières , est un leurre en réalité. En discutant la question avec le chef de Yaïka, celui-ci a souligné que plusieurs collectivités du Limousin (France) ont tiré les conséquences de cette modernisation et ont décidé d’interdire l’usage de pesticide et des tracteurs agricoles sur leurs territoires ; retour donc aux animaux de trait (boeufs, chevaux).
    Si nous continuons à accepter les déclarations du genre « le Burkina Faso est en permanence en insécurité alimentaire » comme le dit M. Sanou, un responsable local de la FAO , il ne faut s’étonner qu’on oblige souvent les techniciens de déclarer un bilan céréalier déficitaire au lieu d’excédentaire, juste pour que le pays bénéficie de l’aide extérieure. Ces années excédentaires piratées sont bien l’œuvre de l’agriculture traditionnelle avec l’apport des ânes entre autres.
    Pour finir, l’âne doit aussi rester pour nos parents Yarcés et nos enfants.

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  • Le 2 avril 2016 à 10:29, par kwiliga
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    Je me demande parfois si l’on ne gagnerai pas à prioriser nos problèmes.
    En tous cas, je connais le travail que peut abattre un tracteur et il n’a rien de comparable avec celui fourni par un âne (même un âne bien nourri, correctement hébergé et qui mettrait de la bonne volonté à l’accomplissement de sa tache).
    Je ne pense pas que l’âne soit l’avenir de l’agriculture ou du genre humain et j’ai bien peur que le retour en arrière des braves agriculteurs du limousin, ne soit qu’une "boboïsation" de plus de type agriculture bio, chère à nos amis occidentaux les plus aisés (oui, les plus aisés, manger bio, c’est très cher, en France, les classes moyennes et pauvres, mangent des pesticides !!!).

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  • Le 2 avril 2016 à 11:20, par ILBOUDO B. EDOUARD
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    La diminution de la population des anes voire sa disparition va jouer sur l’agricuture au Burkina. L’appui de l’Etat a travers l’octroi de Houe Manga et des anes aux petites exploitations demunies ne pourra plus se faire. Pour une agriculture composée principalement de petits producteurs, il ya lieu que les autorités se penchent sérieusement.
    La sécurité alimentaire est menacée.

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  • Le 2 avril 2016 à 11:26, par Ouédraogo Ousséni
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    Bel article, voilà qui est bien rendu ; félicitations au journal lefaso.net.
    Je fais seulement remarquer que le représentant de la Directrice du Bureau National d’Inades-Formation Burkina à l’atelier de kaya était Monsieur Ousséni Ouédraogo et non Inoussa Ouédraogo comme indiqué.

    A mon avis la sonnette d’alarme vient d’être tirée par Inades-Formation Burkina et d’autres structures avant lui. Cela devrait déboucher sur des actions concrètes de la part des acteurs : propriétaires et utilisateurs des ânes, techniciens et décideurs. Vu l’importance de cet animal pour les ménages agricoles, notamment les plus vulnérables, il est nécessaire de légiférer sur sa protection. Au cas où ces textes existeraient déjà, il faut les diffuser largement. La survie et le bien-être de cette espèce sont intimement liés à l’amélioration des conditions de vie de nos populations rurales les plus pauvres.

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  • Le 2 avril 2016 à 20:47
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    A l’internaut n2
    Je me demande si tu te trompe pas de pays. On raisonne en fonction de la situation. Combien de cultivateur on des tracteurs en Afrik, n’en parlons pas du BF. Cite 10 cultivateur par region ki ont des tracteur. On parle comme un pied quand il s’agit des problems evidant

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  • Le 2 avril 2016 à 21:55, par Le particulier
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    Le rôle de l’âne dans l’agriculture n’est pas seulement de tracter la charrue ou la houe manga. Sachez que l’utilisation des angrais verts devenue obligatoire dans les champs n’est possible qu’avec la disponibilité de charettes et d’ânes pour le transport des fertilisants. Aussi par quoi sont transportés les milliers de tonnes de coton chaque année depuis les champs ? Si l’âne disparait c’est l’économie nationale qui prendrait un coup.

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  • Le 3 avril 2016 à 07:44, par COCOTTEMINUTE
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    Si je fais une analyse simple de la situation, je constate que les peaux d’ânes sont exportées vers l’Asie principalement. Parallèlement, les tricycles aussi nous sont importés de cette partie du monde. Donc à mon avis, l’exportation massive des peaux d’âne est une politique pour faire disparaitre l’âne pour pouvoir le remplacer par les tricycles. Question de marché.

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  • Le 3 avril 2016 à 10:37, par Ousséni 1er Jumeau KORGO
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    Merci à fasonet pour cet impressionnant article.
    Parlant de l’âne, seuls ceux qui ne connaissent pas le Burkina ignorent l’importance de ces êtres dans la vie des habitants de ce pays ! En effet les ânes servent de jambes, de bras et de têtes à de millions de personnes dans ce pays . Ils apportent une aide quotidienne à de milliers de ménages aussi bien en campagne qu’en ville. Dans quel domaine de la vie ces êtres n’interviennent pas ?
    - L’ agriculture dont dépend plus de 80 % de la population (L’internaute Kwiliga qui parle de la capacité de tracteurs, combien de paysans burkinabè ont accès à ces machines ? )
    - L’élevage, 2e source de notre économie ( Quel animal est utilisé pour le transport du fourrage et autres aliments pour betail ? )
    - La construction de nos habitats : à Kaya d’où je suis , la quasi-totalité des constructions sont faites grâce aux ânes qui transportent tous ce qui est matériels et matériaux .
    - Le transport du bois de chauffe : combien de burkinabè n’utilisent le bois transportés par les ânes pour la cuisine ?
    - Le transport de l’eau : les ânes alimentent combien de familles en eau au BF ?
    Cette liste des bienfaits des ânes est loin d’être exhaustive !
    La venue hier des tricycles avec inconvénients à long terme ( coût de l’essence et pollution) ne doit pas compromettre l’existence de ce patrimoine ! Ils revient donc à nos décideurs de prendre des mesures d’urgence pour endiguer ce phénomène que je qualifierai de pire que le braconnage !

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  • Le 3 avril 2016 à 10:48, par Toutdemême
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    Haro sur le trafic d’ânes et dérivés. Comme toujours, on laissera faire pour déplorer ensuite.

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  • Le 3 avril 2016 à 14:52, par Zoundi Joachim sj
    En réponse à : Espèce asine : Un « compagnon » en voie de disparition ?

    Cet article m’a donné de voir l’ampleur du danger qu’encourt l’avenir de l’âne au Faso. Je pense que l’ article consitue un appel au ministère de tutelle pour qu’il réagisse et protège cette espèce. Car si biensûr le tracteur fait mille fois plus le travail de l’âne, combien de nos parents dans les villages pourront avoir des tracteurs d’ici 50 ans ? Alors aidons les à avoir au moins un âne 5en préservant l’espèce) pendant qu’ils se battent pour developper leur moyens pour une meilleure agriculture au Faso.

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