Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

jeudi 24 mars 2016 à 00h20min

A la lumière d’expériences récentes dans d’autres pays, des chercheurs s’interrogent sur les perspectives de la mesure de gratuité des soins de santé maternelle et infantile. S’il est un motif de célébration, il faut néanmoins avoir à l’esprit les leçons venues d’ailleurs, disent les chercheurs du projet FEMHealth.

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Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

Au cours de ce mois, le gouvernement du Burkina Faso, sous l’autorité du Président,a décidé en Conseil des Ministres, de la gratuité des soins chez les enfants de moins de 5 ans et les femmes enceintes, des accouchements et des césariennes, et du dépistage des cancers du sein et de l’utérus, à compter du 2 avril 2016. Cette annonce est la bienvenue. Les soins de santé, en particulier ceux de l’accouchement, ont été associés à des dépenses catastrophiques de santé au Burkina Faso et à d’énormes coûts sociaux, aggravant la pauvreté.

La promesse de gratuité des soins de santé de la mère et l’enfant prolonge les progrès que le Burkina Faso et de nombreux autres pays de la région ont fait en vue d’étendre la couverture des soins essentiels aux groupes vulnérables, y compris l’exemption des frais pour certains services. Les femmes enceintes et les jeunes enfants sont largement reconnus comme des groupes prioritaires, d’abord sous l’impulsion des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et dorénavant inscrits dans l’objectif de la Couverture Universelle de Santé (CUS) dans le cadre des Objectifs de Développement Durable.

Durant cette phase cruciale, lorsque de nouvelles politiques sont élaborées et pré-testées, il est important de nous rappeler quelques-uns des enseignements importants tirés des études sur la mise en œuvre et les effets des précédentes politiques d’exemption dans la région, y compris au Burkina Faso.

1. Une préparation minutieuse est cruciale. Un des points forts de la politique de subvention des 80% du coût des accouchements, que le Burkina Faso a introduit en 2006, était qu’une période d’études préliminaires a été entreprise, permettant une consultation et une planification de concert avec les parties prenantes et le personnel ; cela ne devrait pas être négligé dans cette nouvelle phase.

2. La réussite de la mise en œuvre d’une politique de financement dépend d’une budgétisation réaliste capable de compenser les pertes de revenus des formations sanitaires et d’assurer une fluidité dans la circulation des ressources.

3. Pour qu’elle soit efficace, l’exemption de paiement requiert des investissements dans la fonctionnalité des services ; dans notre étude récente dans six districts du Burkina Faso, deux districts présentaient de graves insuffisances dans les services et les ressources, y compris le personnel et les équipements indispensables ; ce qui indique la nécessité d’un investissement et d’un monitorage continu.

4. La communication est aussi importante. Le personnel a besoin de lignes directrices claires et simples et d’un système qui le prend en compte et le motive et qui n’induit pas une charge de travail administrative additionnelle trop élevée.

5. Un bon niveau d’accès à l’information est nécessaire pour les communautés. Dans notre récente évaluation de la politique de subvention de l’accouchement, seulement 52% des femmes qui venaient d’accoucher étaient au courant de la politique. La sensibilisation sur les politiques est nécessaire pour assurer que les bénéficiaires puissent prétendre à leurs droits.

6. Le succès de l’exemption de paiements dépend également de la qualité des services de soins de santé. Dans toute la région Ouest Africaine, la mauvaise qualité des soins, en particulier les soins du nouveau-né, a été un obstacle à la réussite de la mise en œuvre réussie des précédentes politiques d’exemption.

7. Le paquet de soins offert doit être clair et couvrir les principaux risques pour la santé des mères et des enfants, incluant la planification familiale, les fausses couches et les soins post-avortement. Il y a aussi une obligation éthique, si le dépistage du cancer est offert, de mettre à disposition un service de conseils et de traitement.

8. Par-dessus tout, le contrôle du respect de la mise en œuvre de la politique est essentiel. Dans plusieurs pays qui ont mis en œuvre des politiques similaires, la recherche a montré que la réduction des dépenses à la charge des ménages a été considérable, mais en deça des prévisions. Les ménages continuent de payer pour des postes de coût qui auraient dû être couverts, tels que le transport des centres de santé périphériques aux hôpitaux, les médicaments et les tests de laboratoire. Les paiements informels au personnel de soins sont aussi fréquents. Les plus pauvres sont les plus exposés dans de telles situations.

Le Gouvernement du Burkina Faso est à féliciter pour avoir pris des mesures pour élargir l’accès aux soins de santé. Cependant le diable est dans les détails –l’obtention de bénéfices réels pour la population dépend d’une mise en œuvre minutieuse des prochaines étapes. En tant que chercheurs, nous nous tenons prêts à apporter un appui au développement et au suivi de la politique. Dans ce sens, il existe un large corpus de connaissances qui pourrait servir de référence.

Rasmané Ganaba, Sophie Witter, Katerini Storeng, Vincent De Brouwere, Patrick Ilboudo, Jenny Cresswell, Fabienne Richard, Veronique Filippi.

Voir aussi : Ganaba, R., Ilboudo, P., Cresswell, J., Yaogo, M., Diallo, C., Richard, F., Cunden, C., Filippi, V., Witter, S. (2015)The obstetric care subsidy policy in Burkina Faso : what are the effects after 5 years of implementation ? A paraitre dans la revue BMC Pregnancy and Childbirth.

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Vos commentaires

  • Le 24 mars 2016 à 10:15, par Kab
    En réponse à : Lancement de la gratuité des soins de santé maternelle et infantile au Burkina Faso

    "les paiements informels aux agents de soins" voilà qui est le nœud du problème dans la jouissance effective par les populations de ces mesures. Dans les expériences recentes de notre pays sur l’exemption de paiement ou les exonérations partielle à travers les subventions SONU, l’on a vu que dans plusieurs formations sanitaires aussi bien de reference que du 1er niveau, ce sont ces formes de corruption pudiquement dit paiement informel qui sont courantes. Tant q’il n’y a pas une adhésion effective des personnels de soins, c’es de l’illusion, ces mesures. la principale question, comment assurer l’application effective de ces mesures dont la noblesse n’est plus à demontrer ? pour ma part, nous ne devons plus nous cacher sous les interventions inutiles du type, sensibiliser les agents ou communiquer suffisant avec eux pour éveiller leur conscience !Aujourd’hui, nous somme plus que conscient des enjeux de notre profession. nous sommes conscients que nous évoluons dans un environnement administratif globalement orienté vers la recherche du profit personnel et maxi par les agents publics ; nous conscients qu’il y a des textes qui répriment les mauvaises pratiques ; nous sommes conscients que les femmes et les enfants sont précieux mais faibles, vulnérables ; nous sommes conscients que les produits dit de gratuité sont en réalité le produit du sacrifice d’autres personnes qui se privent de certains privilèges pour pouvoir les payer et les mettre à la disposition des plus démunis. mais,mais nous avons nos ambitions personnels. nous mesurons le prix à payer et le benefice que nous tirons ou du reste les risques encourus, et nous réalisons consciemment que les risques sont faibles par rapport au benefice. Alors, nous faisons fi de toutes ces mesures et nous exigeons de la pauvres maman de nous payer. Le medecin chef du district et le pharmacien du district chargé de controler l’application fait fi et retien sa proportion avant la repartition aux centre de soins, bloque les sorties de suivi pour empocher les frais de mission, son carburant et autres. Le directeur régional de la santé, lui, je dis plus un mot !!!Le Dieu de la région qui n’es soumis à aucune obligation de résultat ceux qui connaisse comment cela fonctionne, comprendront qu’on manquerai de mot pour expliquer l’attitude de certains d’entre eux : on se serai à 20 tomes de 1000 pages q’on aurai même demarrer l’introduction !!! Nous devons changer de mode de gouvernance, pluto qu l’approche sensibilisation, nous sommes déjà sensibiliser, évoluons vers la reparation réelle des préjudices causées aux populations et à l’image même du système de santé dans son ensemble !!je sais que si ca ne tenai qu’au Ministre de la Santé Smaila OUEDRAOGO, en 6 mois, nous marcherons tous comme des burkiindi !!!!

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  • Le 24 mars 2016 à 10:29, par Moyo
    En réponse à : Lancement de la gratuité des soins de santé maternelle et infantile au Burkina Faso

    On prend les mêmes et on recommence ! L’évolution suppose des acquis à préserver et des stratégies pour continuer le processus, mais dans la lutte contre la mortalité maternelle cela n’est pas constaté (bien que le taux soit passé de 484 à 307 décès maternels pour 100000 NV). Les systèmes partage des coûts initiés dans les districts avaient pour objectifs de contribuer à l’amélioration de la santé maternelle et infantile, mais cet acquis est entrain de s’écrouler, sinon déjà fait. Le problème majeur c’est que tout vient des programmes (financements extérieurs), de projets de recherche (marque identitaire de publication des chercheurs) et il manque une véritable coordination des interventions. Ce n’est pas un chercheur qui décide de la mise en œuvre des résultats de la recherche. La santé maternelle et infantile est-elle une priorité politique nationale ou une interpellation de l’ampleur du phénomène par des agences internationales ? A quoi servent les multitudes de documents de politique en matière de santé maternelle et infantile ? Qui est-il réellement bénéficiaire de cette politique ? Les idées et les initiatives ne manquent pas, mais ce sont les représentations sociales des différents acteurs qui doivent être interrogées. Quel acteur est-il mieux placé pour comprendre le sale et le propre dans son environnement ?, etc.

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  • Le 24 mars 2016 à 11:06, par TANGA
    En réponse à : Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

    C’est bien cette pensée, mais dite de cette manière c’est se jeter des fleurs.
    Envoyez plutôt vos recommandations au (x) ministère (s) concernés.

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  • Le 24 mars 2016 à 11:14, par Jakes
    En réponse à : Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

    Très bon article. Il serait important de mettre le lien de l’article.

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  • Le 24 mars 2016 à 11:46, par Bodo
    En réponse à : Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

    Pour moi, assez proche des secteurs de santé, la problématique est plus au niveau de la QUALITE des soins, que de la gratuité. Nous sommes toutes et tous prêts à dépenser, même un peu plus cher qu’avant, pour avoir des soins de QUALITE, des infirmiers et infirmières souriants et disponibles, des tables d’accouchement qui ne se cassent pas avec des femmes dessus... Voilà !

    Sinon, à qui ça sert de dire à une femme enceinte : "Viens à Yalgado, c’est gratuit à 100%... Mais attention : tu seras mal accueillie, tu pourrais t’effondrer avec la table, perdre ta vie et celle de ton enfant. Mais si tu vas à St Camille, tu payes 25.000 FCFA, ou dans une clinique, tu payes 100.000 FCFA ou même 300.000 FCFA ou 400.000 FCFA, mais tu as nettement plus de chance de sortir vivante avec ton bb ! Avec le sourire en plus !"

    Quel sera votre choix ?

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  • Le 24 mars 2016 à 14:58, par KOASSA
    En réponse à : Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

    agents de santé demander à ce qu’on triple vos salaires et il n y aura plus de mauvais accueil ni de ......

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  • Le 24 mars 2016 à 22:10, par missiri
    En réponse à : Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

    aucun détail ne doit être négligé il faut ouvrir l’œil sur :
    la gestion des médicaments
    la responsabilité des acteurs principaux : DRS ,MCDs, pharmaciens ICPs
    le renforcements des équipements
    la sélection des bénéficiaires
    la qualité des soins
    l’organisation et le fonctionnement des services
    la motivation des acteurs
    bref une plus grande rigueur sera néccessaire

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  • Le 25 mars 2016 à 21:22, par par moi
    En réponse à : Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

    C’est bien tout ça. cependant je suis au regret de vous dire M le ministre de la santé qu’il y a des gens qui sont prêt à faire échec a cette bonne initiative. je dis cela parce que certains agents ont eu le temps de cultiver de mauvaises habitudes tel que les perceptions informelle des frais de soins, les ventes illicites de médicaments...malheureusement ces derniers sont les plus nombreux dans notre système de santé. ces pratiques sont lésions et tout le monde ferme les yeux. tant que l’Etat restera muet, tant qu’on ne sanctionnera pas les récalcitrants vos efforts seront vains et pire ils vendront les médicaments pour la gratuité si ce n’est déjà fait. Alors libre à vous !

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  • Le 27 avril 2016 à 16:20, par Di key
    En réponse à : Gratuité des soins de santé maternelle et infantile : Des chercheurs s’interrogent

    Il faut analyser tout ça, car les soins ne sont pas si gratuits que ça. Et n’oubliez pas : plus de mondes dans les hôpitaux, le ratio Patients/Prestataires de soins s’envole, et la qualité a des chances de prendre un coup. Si "des chercheurs s’interrogent", c’est parce qu’il y a des Pays tels que le Niger en Afrique où ce genre de politique n’a pas fait long feu. Et pour ceux qui se plaignent qu’il fallait le faire plutôt, je vous dis juste que la patience est un chemin d’or, et qui veut aller loin ménage sa monture.
    La question à se poser, c’est de savoir si l’Etat pourra financer tous les patients avec des délais raisonnables de remboursements aux centres de santé ? Sinon,,,, ... je crois que vous connaissez la suite

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