Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

mardi 22 mars 2016 à 04h00min

Depuis quelques semaines, nous assistons à une sorte de passe d’armes entre le Conseil supérieur de la communication (CSC) et le journal L’Evènement. En effet, le vendredi 19 février 2016, l’opinion a été informée par un communiqué de la suspension du bimensuel L’Evènement. Cette suspension fait suite à la parution de L’Evènement N°320 du 10 février 2016 dans laquelle un article intitulé : « Les poudrières du Burkina ». Dans son communiqué de suspension, l’instance de régulation soutient que le journal « livre avec forces détails, plan à l’appui, des informations techniques et géographiques des différents dépôts d’armement des Forces armées nationales ». Le CSC en conséquence a décidé de la suspension du journal pour une période d’un mois.

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Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

Considérant la gravité de la sanction,

Considérant que les organisations professionnelles des médias et le Centre National de Presse Norbert Zongo (CNP-NZ) ont toujours œuvré à privilégier le dialogue entre les médias et l’organe de régulation,

Nous, organisations professionnelles des médias avons donc décidé de rencontrer les deux parties, le journal L’Evènement et le CSC afin de :
 Premièrement mieux comprendre les manquements reprochés au journal et les motivations de la sanction prise par le CSC ;
 Deuxièmement demander au CSC de reconsidérer sa sanction notamment en levant la suspension qui frappe le journal.

Après avoir rencontré le Directeur de publication de l’Evènement, une délégation du Centre National de Presse Norbert Zongo a rencontré la Présidente du CSC et son équipe le 25 février 2016 au siège de l’institution afin de plaider pour la levée de la suspension. A la suite des échanges, la Présidente a affirmé ne pas être opposée à la levée de la sanction. Cependant elle a renvoyé notre mission vers l’Etat-major général car selon elle, la sanction fait suite à une plainte de l’armée.

Pour notre part nous pensons que l’Armée, bien qu’étant la partie plaignante (et justement parce qu’elle est la partie plaignante), ne peut pas être celle qui décide de la levée de la sanction ou non. Si le CSC qui se dit être disposé à lever la sanction, conditionne encore la levée de cette sanction à l’accord de l’Armée, cela reviendrait à reconnaitre que la sanction lui a été imposée par l’Armée. Mais puisque nous étions allés dans un esprit de dialogue et de médiation, alors nous avons accepté l’idée de rencontrer aussi l’Etat-major général de l’Armée. D’autant plus que c’était une occasion de partager un certain nombre de préoccupations des médias avec l’Etat-major sur les rapports entre l’armée et les organes de presse. A cet effet, des démarches ont été entreprises pour une demande d’audience au niveau de l’Armée. Jusqu’à ce jour nous attendons la réaction de l’Etat-major de l’Armée.

Concomitamment à la démarche de dialogue, L’Evènement avait saisi le Tribunal administratif aux fins de lever la sanction. Nous avons assisté à ce procès le 3 mars 2016. Au cours du procès public, tous ceux qui ont assisté à l’audience ont pu voir les difficultés que le CSC et son conseil ont eu à justifier la sanction. Dans la forme comme dans le fond, des manquements graves ont été reprochés au CSC quant à cette sanction. Le CSC a reconnu n’avoir pas auditionné le journal avant de prendre la décision de suspension. Ce seul fait constitue un manquement grave. C’est un principe général de droit qui veut que nul ne soit sanctionné sans avoir eu l’occasion de s’expliquer sur les faits qui lui sont reprochés. Le CSC justifie le fait de n’avoir pas auditionné les responsables du journal au prétexte que le journal était récidiviste. Outre le fait que le CSC emploie une notion ambiguë en matière de délit de presse à savoir « la récidive », il a été entendu au procès que rien ne pouvait dispenser le CSC d’une audition des responsables du journal dans des actes pour lesquels ils sont présumés coupables.

En outre, tout au long du procès, il est apparu que la sanction prise par le CSC a été plus motivée par un rapport qui lui a été fourni par l’Armée plutôt que par un jugement indépendant du collège des conseillers. Il est bon de rappeler que le CSC est une institution républicaine. La Constitution qui l’a reconnue affirme sans ambiguïté l’indépendance de l’institution. A ce titre les conseillers ne sauraient prendre une sanction contre un organe de presse fondée principalement sur les motivations sinon les injonctions d’une tierce partie.

A l’issue du procès, le tribunal a délibéré en prononçant un sursis à exécution de la sanction qui pesait contre L’Evènement.

Nous pensions être sur une bonne sortie lorsque nous apprenons que le CSC ou son conseil a interjeté appel de la décision du juge administratif. Mieux (ou pire), à la suite de la reprise de parution de L’Evènement notamment la sortie du N°321 du 10 mars 2015, le CSC a fait une sortie médiatique pour protester contre la reprise du journal L’Evènement au motif que l’appel introduit suspend la décision du juge administratif. Sans tomber dans le débat juridique où le CSC n’a pas non plus le fin mot, les organisations professionnelles des médias constatent avec regret que le CSC qui s’était dit ouvert au dialogue et disposé à lever la sanction continue de jouer des pieds et des mains pour maintenir la suspension du journal.

Au regard de tout ce qui précède, les organisations professionnelles signataires de la présente déclaration :
-  regrettent les attitudes du Conseil supérieur de la communication qui emploie un double langage dans l’affaire de la suspension du journal L’Evènement,
-  Dénoncent les connexions coupables entre le CSC, une institution sensée travailler en toute indépendance, avec une partie plaignante fut-elle l’Armée,
-  Invite le CSC à se ressaisir et à se recentrer sur sa mission de régulation des médias et à éviter les comportements de justicier qui poussent l’institution lentement mais surement vers la dérive.

Par conséquent, nous, organisations professionnelles des médias, affirmons notre solidarité et notre soutien au journal L’Evènement qui du reste a été partiellement reconnu dans ses droits par une juridiction de l’ordre administratif en attendant le jugement de l’affaire au fond.

Par ailleurs, les organisations professionnelles tiendront une conférence de presse le jeudi 24 mars au Centre national de presse Norbert Zongo. Mus par une ferme volonté de contribuer à un débat constructif sur le professionnalisme dans les médias et sur la régulation, nous envisageons ouvrir un débat public avec les acteurs sur ces sujets. Pour le cas spécifique des « secrets militaires », les organisations professionnelles des médias en conviennent qu’ils ne doivent pas être diffusés dans la presse. Mais encore faut-il savoir exactement ce qui est « secret » et ce qui ne l’est pas. Aussi, voudrions-nous réaffirmer notre disponibilité à un dialogue constructif avec les forces armées nationales sur ces questions d’importance capitale.

Ouagadougou, le 21 mars 2016

Ont signé,
Pour le Centre nationale de presse Norbert Zongo (CNP/NZ) : Boureima OUEDRAOGO, Président du Comité de Pilotage ;
Pour la Société des Editeurs de la presse privée (SEP) : Lookman SAWADOGO, Président
Pour le Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC) : Sidiki Dramé, Secrétaire Général ;
Pour l’Association des Journalistes du Burkina (AJB) : Guezouma Sanogo, Président,
Pour l’Union nationale de l’audiovisuel libre du Faso (UNALFA), Charlemagne ABISSY, Président
Pour l’Association des retraités de l’information, Paul Ismaël OUEDRAOGO, Président
Pour l’Association des éditeurs et promoteurs de journaux en langues nationales (AEPJLN), Evariste ZONGO, Président ;
Pour l’Association des médias communautaires (AMC), André Eugène ILBOUDO, Président
Pour le Réseau d’initiatives de journalistes (RIJ), Boureima LANKOANDE, Coordonnateur
Pour Reporter du Faso, Abdoulaye TAO, Secrétaire Général

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Vos commentaires

  • Le 22 mars 2016 à 11:23, par thomas
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Êtes-vous vraiment obligé de soutenir un confrère même lorsque celui-ci est en faute ? A t-on vraiment besoin qu’il existe une liste des informations classées secret défense avant de publier ou non la carte des dépôts d’armes et de munition de son pays ? le bon sens seul ne suffit-il pas au journaliste pour qu’il sache qu’une telle publication est préjudiciable à la sécurité intérieure ? Si les journalistes se croient tout permis, alors que les Koglweogo aussi en fasse autant. Sans oublier les étudiants, les fonctionnaires, les chômeurs,...

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  • Le 22 mars 2016 à 12:11
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Si les organisations professionnelles des médias étaient restées silencieuses sur cet acharnement liberticide et arbitraire du CSC contre l’Événement, ça aurait été grave et lourd de conséquence... Mieux vaut tard que jamais..

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  • Le 22 mars 2016 à 12:51, par bouba
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Messieurs les journalistes,
    1) Parmi vous il y a des juristes et mieux vous avez des conseils. alors répondez-moi "l’appel
    introduit suspend-il la décision du juge administratif ?" Si oui alors l’Événement s’est inscrit dans la défiance de l’autorité du CSC et donc de l’état et même de la loi". En tant qu’organisations professionnelles vous ne devriez pas vous inscrire dans cette voie ;
    2) Si dialogue, il y avait en cours, l’Événement l’a rompu en défiant l’autorité de l’État par sa parution avant l’aboutissement de ce dialogue pour lever la sanction et avant la fin de la procédure judiciaire ;
    4) Sachez que l’Armée n’est pas obligée de vous recevoir et je lui demande d’ailleurs de ne plus vous recevoir car par la suite, la première des choses que vous allez faire c’est de divulguer les informations qu’elle va vous communiquer. NAB n’a-il pas nargué l’Armée burkinabè en disant qu’il a mis seulement une semaine pour obtenir les informations sur les poudrières ;
    5) Respectez l’Armée car comme je l’ai toujours dit, c’Est parce que vous êtes en sécurité, que vous pouvez vaquer à vos occupations, jouir de votre liberté d’écrire et vendre votre journal. Si vous ne comprenez pas ce que je veux dire allez librement faire des reportages au Nord Mali et sur Belmokthar.

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  • Le 22 mars 2016 à 13:49, par Dany
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Toute cette déclaration pour dire quoi ? qu’on viol la loi et de vous laissez violer ? héé presse burkinabè, on vous soutien, mais ici là l’évènement à fauté et défiance d l’autorité ! pas mieux que klgeo. J’attends le journal qui va nous dire que klgo est hors la loi !

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  • Le 22 mars 2016 à 15:33, par Gueulards
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Il faut que l’État-major comprenne désormais que le temps où elle s’imposait à toutes les institutions et à la vie de la nation est fini. Fini le temps où l’armée dictait sa loi.Que sa loi reste dans les casernes où nous n’entrerons pas leur demander des comptes, même si eux, sortent de temps à autre pour nous embêter au dehors ici. Du reste pourquoi l’État-major n’avait pas pris sur lui l’initiative de mettre fin au coup d’État du général Gilbert DIENDERE ? Pourquoi il a fallu que les civils aux mains nues fassent pression pour qu’elle sorte ? L’État-Major a-t-il le droit de donner des orientations dans les décisions de sanctionsà une institution autre que l’armée ? Et la pauvre Nathalie SOME de se précipiter pour suspendre le journal parce que c’est l’État-major qui s’est plaint !!!

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  • Le 22 mars 2016 à 15:55, par SS 20
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Vous aussi vous n’êtes pas impartiales , soyez sages même si parmi vous d’autres le devraient vu leur âge !
    Est ce qu’on a besoin de connaitre ce que veut dire secret militaire quand un plan de simple caserne même est exposé au grand public n’en parlons pas d’une aire militaire où sont stockés de l’armement et des munitions ?

    Votre désir de liberté d’expression démesuré va nous conduire dans des situations difficiles , c’est pourquoi les revendications insensées pilulent chaque jour , voyez les koglwéogo !

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  • Le 22 mars 2016 à 17:47
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Declaration nulle. Que l’evenement purge sa peine cest tout ! Le journal a deconné

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  • Le 22 mars 2016 à 17:48, par King
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    N’importr quoi...donc a cose de liberté d’expression on doit divulguer nimporte quelle info ? En tout cas le CSC a bien fait

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  • Le 22 mars 2016 à 17:52, par Youg
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    L’evenement na pa suivi le processus dans les regles de l’art. Donc on ne peut pas le défendre. Ressaisissez vous soit disant associations des professionels des medias

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  • Le 22 mars 2016 à 17:54
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Soutien total au CSC...restez serein comme toujours et faites votre boulot. La loi cest la loi !

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  • Le 22 mars 2016 à 19:14, par Gueulards
    En réponse à : Déclaration des organisations professionnelles des médias suite à la suspension du Bimensuel l’Evénement

    Il y a trop de faux-types et de faux-connaisseurs, de ’’Bangr naaba’’ comme les BOUBA (Interneute 3), THOMAS (Internaute 1), l’Internaute 7, KING (Internaute 8), Youg (Internaute 9) et l’internaute 10 qui interviennent sur le forum de lefaso.net. Je serai obligé d’abandonner ce forum à cause des arguties que certains racontent. Il n’y a que les médiocres qui parlent aujourd’hui de secret militaire dans des pays sahéliens pauvres comme le Burkina, et cela à l’heure où presque tout est connu à la minute près. Si on était si efficace pourquoi a-t-on mit plus d’une heure avant d’arriver au lieu des attaques terroristes du 15 janvier ? Pourquoi avoir attendu que les forces françaises et américaines viennent se mettre devant ? Et d’ailleurs pourquoi les terroristes ont pu atteindre Ouaga sans inquiétude ? En C.i. notre voisin, ils en ont eux attrapé 3 qui avaient réussi à fuir (2 maliens et 1 ivoiriens) !! Au Mali notre autre voisin, hier les forces maliennes ont tué 1 dans la toute récente attaque et les terroristes n’ont même pas pu blesser une seule personne ! Au Burkina on sait bavarder dans les mquis, les bars et les cabarets wowowowowowow...c’est tout !

    Et puis avec tous ces drones, même couchés dans leurs lits on peut voir n’importe qui de notre armée ou du pouvoir entrain de ronfler. Et puis si vous manquez d’information, sachez que l’École Polytechnique Fédérales de Lausanne (EPFL) en Suisse a inventé des nanotechnologies pour filmer là où ils veulent et qui veulent et n’importe quand. Si vous ignorez ce que c’est, je vais vous dire : il s’agit par exemple d’une abeille artificielle ou une mouche artificielle qui tournoi autour de vous alors que c’est un engin miniature qui filme, enregistre et transmet tout ce que vous faites et dites.

    - Alors foutez-nous la paix ! L’heure des armées écrasantes, omniprésentes, budgétivores et envahissantes dans la vie de la nation est passée. C’est l’heure des armée de développement : celles qui s’impliquent dans la construction de la Nation : routes, ponts, Écoles, etc. au lieu de laisser tout ça dans les seules mains d’entrepreneurs véreux inconscients qui font la corruption en enrichissant de petits fonctionnaires malfrats et arrogants. Toute personne, tout dirigeant, tout État qui ne comprendraient pas cette mutation et de s’y accommoderaient resteront rien que des mendiants larmoyants.

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