Grève des Etudiants tchadiens de 2iE : Ambiance d’un mardi pas comme les autres

mercredi 16 mars 2016 à 00h23min

La lutte continue pour les 315 étudiants tchadiens de 2iE, ce mardi 15 mars 2015. Après avoir passé la nuit, pour certains, à l’intérieur de l’Ambassade et pour d’autres à l’extérieur, les grévistes semblent motivés plus que jamais à réclamer leurs droits à l’Etat tchadien toujours plongé dans le mutisme.

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Grève des Etudiants tchadiens de 2iE : Ambiance d’un mardi pas comme les autres

Il est 8h 30mn lorsque nous arrivons à l’Ambassade de la République du Tchad sis au quartier Ouaga 2000. Assis sur les tapis qui leur ont servi de couchettes la nuit, des étudiants jouent soit au scrabble soit aux cartes tandis que d’autres épluchent les oignons pour le repas de midi. A moins de cinq mètres de là, on peut apercevoir six plateaux contenant du riz gras dont le compte à rebours de putréfaction a commencé. Cette nourriture préparée la veille et destinée aux étudiants qui étaient postés à l’intérieur de l’Ambassade, n’a pas franchi le portail parce que les forces de l’ordre s’y sont opposées car elles auraient reçu des ordres.

« Où est l’Etat tchadien ? »

Pour ce deuxième jour de mobilisation, le riz gras est une fois de plus le plat du jour. Les filles du groupe s’affairent à la cuisine dans un kiosque situé sur le flanc Est de l’Ambassade tandis que les garçons vont et viennent dans tous les sens. Charles Dagou, le responsable adjoint à la communication de l’association des étudiants tchadiens de 2iE, est sur tous les fronts. Il discute avec ses camarades, trouve un moment pour la presse, va à la rencontre des gendarmes, etc. Peu avant 10h, un étudiant du nom d’Achille lance une boite de café en direction des étudiants situés au 1er étage. Mais par maladresse, le « colis » dévie de sa trajectoire et retombe non loin des pandores. Très vite, il le récupère. Pendant que la faim tenaille les étudiants, ceux-ci demandent « où est l’Etat tchadien ? »

Le pandore et la journaliste

A 14h 50 mn, le repas est servi. Mais la sécurité s’oppose une fois de plus aux étudiants qui veulent coûte que coûte accéder à l’Ambassade pour donner la nourriture au reste du groupe. « Tant qu’on ne mange pas ici, il (l’Ambassadeur tchadien, ndlr) ne mangera pas chez lui. Quand il va attacher sa serviette pour se laver, nous aussi attacherons notre serviette pour aller le rejoindre sous la douche. Tant que notre problème ne sera pas résolu, l’Ambassade sera occupée et sa maison sera occupée (…) On en a ras-le-bol et on peut le payer au prix de notre vie. On est prêt à ce sacrifice-là », charge Charles Dagou. Pendant le remue-ménage, un pandore sort du lot et s’avance vers un confrère d’une télévision privée et lui demande de ne plus faire des prises de vues. Cette attitude attise la colère des étudiants qui estiment que personne ne doit empêcher la journaliste de faire son « job  ».

Près de deux milliards de francs CFA à payer

Après avoir mangé goulûment le repas, la tension semble avoir baissé. Pendant que notre confrère continuait à filmer, elle reçut un autre avertissement d’un gendarme qui lui expliqua, qu’en tant que humain il comprenait la situation des étudiants mais qu’il devait obéir aux ordres. Après, une mise au point, les étudiants se réunirent pour galvaniser les « troupes  ». « Chacun de vous est unique et sachez que si vous êtes ici, c’est que chacun de vous a un rôle à jouer dans cette lutte. J’ai toujours dit que quand on prend les brins de balais, on les casse facilement. Mais tant qu’ils sont ensemble, on ne peut pas les briser facilement. Chacun de nous est faible là où il est mais tant que nous resterons ensemble, on sera fort », a lancé Charles Dagou.

A l’en croire, les étudiants ne veulent plus négocier avec les autorités. « Ce que nous voulons, c’est un appel du 2iE. Si l’institut nous appelle pour nous dire que l’Etat a honoré ses engagements, on ira mais tant qu’on ne reçoit pas cet appel, on ne bouge pas », a-t-il dit avant de relever que la dette de l’Etat tchadien à 2iE s’élève à environ un milliard 900 millions de francs CFA. Selon les étudiants, c’est seulement lorsque leur Etat aura payé cette somme que leur institut de formation pourra les réintégrer.
Au moment où nous tracions ces lignes, les étudiants étaient en train de peaufiner une nouvelle stratégie de lutte pour les jours à venir.

Herman Frédéric BASSOLE
Lefaso.net

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