Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

lundi 29 février 2016 à 15h30min

8 mars 2016. Ce serait encore un 8 mars, sans doute, pas comme les autres au Burkina Faso. Un 8 mars aux multiples pagnes – en Faso Danfani- en –chinoiserie- et bien d’autres encore. Célébrer, en effet, le 8 mars en pagne traditionnel a été, faut-il le dire, un combat mené par nombre de femmes burkinabè. Un combat qui semblait être gagné, à travers la décision, cette année, des nouvelles autorités, de la célébration de la journée avec le port unique du –Faso Danfani -. Une décision, faut-il le rappeler, prise en Conseil des Ministres.

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Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

« Enfin, notre combat est gagné. J’ai, d’ailleurs toujours porté que le pagne traditionnel burkinabè les 8 mars, non seulement pour magnifier la femme africaine, mais surtout pour valoriser nos cultures », pouvait-on lire sur la page Facebook d’une web-activiste.

L’autorité a, certes, décidé, mais des commerçants n’avaient pas dit leur dernier mot. Quelques jours après la présentation officielle du pagne devant être porté le 8 mars – un pagne tissé en main par de brave dames- des commerçants visiblement bien inspirés l’ont fait reproduire en Chine. Et ledit pagne s’achète comme de petits pains sur la place du marché. Pourquoi ? Plusieurs raisons sont avancées par les acheteurs, mais aussi par les revendeurs. En effet, si d’aucuns estiment qu’il serait à leur bourse, d’autres par contre pensent qu’il est économe. Contrairement au pagne –Faso Danfani- qui se trouve être un seul pagne et souvent très « petit  » pour les femmes fortes. Que dire du prix d’achat qui va de 6000 à 7500F, voire plus, selon la qualité du pagne. En tout cas, chacun y va de son commentaire.

Qu’à cela ne tienne, le pagne du 8 mars, cette année, est un « One in All ». Chacune et chacun y trouve ou trouvera son compte, tant en qualité, en couleur, qu’en quantité. Quid du logo estampillé sur ces tissus dédiés à l’autre moitié du ciel burkinabè. On y voit du tout, vraisemblablement lié au thème retenu par les autorités : « entreprenariat agricole des femmes : défis et perspectives  ». Un thème, d’autant plus évocateur quant à la nécessité de la promotion de l’entreprenariat féminin. Promouvoir, en effet, la consommation du - Faso Danfani- celui tissé à la main par des femmes du Burkina est une belle réponse au thème. Sauf que pour l’heure, les supputations sont plutôt focalisées sur le choix du pagne, les préparatifs, et non, - CONCRETEMENT- sur la matière à réflexion, l’une des essences même de la célébration de cette journée à la femme. Plutôt donc que de se soucier des actions et/ou plaidoyers à même de changer positivement la condition féminine, certains femmes et hommes s’inquiètent – comme de petits enfants- de comment acheter et coudre le pagne du 8 mars. A cela s’ajoutent les festivités à travers les « djandjoba  », « les matinées dansantes », « les virées nocturnes » et tout autre libertinage qui peut s’en suivre. Comme si la journée internationale de la femme se résumait à cela. Tout simplement dommage.

Bassératou KINDO
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 29 février 2016 à 13:14, par Zerbo
    En réponse à : Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

    Visiblement, il est temps qu’on pense à depasser ce mode traditionnel de production de faso dan fani. Et je ne comprend pas comment la Chine va reproduire le pagne sans être poursuivie judiciairement. Avant de mettre quelque chose sur le marché, il faut d abord la protéger et si ce n’est pas fait, c’est qu’il ya des cols blancs qui tire profit de la situation.

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  • Le 29 février 2016 à 13:46, par Filsdupaysan
    En réponse à : Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

    Les femmes doivent elles même se soucier de leur sort, ce n’est pas la seule journée du 08 mars qu’il faut pour changer les conditions de la femme. Porter ce jour un pagne traditionnel, pagne de chez moi (Bobo,Dioula, Gulmance,Mossi, Samo, Peulh, Yarcé, Yadcès, Bissa, Gurunsi etc) fait des mains de nos mamans, rien de tel mais dire que UN PAGNE ESTAMPIE...., non restons sur terre.
    J’invite toutes les femmes à porter le pagne traditionnel de nos localités et même pas neuf, lavé vos anciens pagnes et la journée est gagnée. Bonne fête de 08 mars et bon repos.

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  • Le 29 février 2016 à 15:37, par PATRICE
    En réponse à : Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

    Depuis la nuit des temps, le coton a toujours été un élément de l’assolement des exploitations paysannes afin de satisfaire aux besoins domestiques de cotonnade.
    Cependant, les besoins industriels nés de la colonisation ont amené à élaborer des politiques afin de promouvoir le développement de cette culture de rente. C’est ainsi que la Compagnie Française pour le Développement des Textiles (CFDT) s’est installée en Haute-Volta afin d’organiser au mieux la culture du coton qui, jusqu’alors était cultivé de façon traditionnelle.les problèmes qui minent ce secteur sont divers :problème d écoulement et de subvention ;un faible industrialisation de l ’exploitation traditionnel et le manque de politique pour rabaisser les prix de vent dans le marché intérieur .comment voulez vous que nos femmes puissent bénéficie des pagnes du coton ?nous avons trop compris que nous nous laissons envahir par l inconnu pourquoi ?INSÉCURITÉ EST LA ;KOGLEWEGO EST LA ;MAGISTRAT EST LA POURQUOI PRENRE UNE TELLE ENERGIE POUR UNE FÊTE QUI NE COUTE QUE LE JOUR MEME DE SA CELEBRATION ?MAANI SOUGRI YA

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  • Le 29 février 2016 à 18:40, par rendak
    En réponse à : Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

    en tout cas je suis pour le FDF. et j’ai décidé : si je n’ai pas les moyens de payer le FDF, je ne payerai rien, en tout cas pas ces pagnes venus d’ailleurs. si je n’ai pas les moyens d’encourager la production d’ici, je m’abstiendrai d’encourager celle venue d’ailleurs pour qu’elle ne prenne pas le pas sur notre production locale. ce qui est sûr quand j’aurai les moyens je payerai ce qui vient de chez moi. le patriotisme ne s’arrête pas au port du pagne FDF uniquement le 8 mars ! donc je pourrai toujours le faire même après ! si personne ne payait ces pagnes venus de Chine, je crois que les commerçants arrêteront de les importer, eux qui ne sont mus que par une logique de profit !

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  • Le 1er mars 2016 à 10:22, par Gypsie
    En réponse à : Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

    Il faut tout simplement arrêter de produire des pagnes typiquement 8 mars. Tout le monde porte le Faso Danfani qu’il a, quitte à faire des bandes estampillées 8 mars où des chapeau ou foulard etc. Si chaque année chaqu’un achète un nouveau pagne tissée je crois qu’à la longue le pagne tissée sera valorisée et tout le monde y gagnerait.

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  • Le 1er mars 2016 à 11:20, par Citoyen
    En réponse à : Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

    Je ne vois pas en quoi les djandjobas vous gênent. Chaque année c’est la même chanson : trop de djandjobas, trop de festivités à votre goût. Laissez celles qui veulent s’amuser le faire. En quoi cela vous pose un problème ? Qui dit que la réflexion est incompatible avec la fête ? C’est trop facile de reprocher quelques heures de fête aux femmes alors qu’elles triment au quotidien pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Pour la plupart d’entre elles, la survie est une lutte quotidienne.
    Ce n’est pas la peine de faire semblant de sortir du lot et de moraliser les autres qui veulent faire la fête. Si vous n’en avez pas envie ne découragez pas les autres.

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  • Le 1er mars 2016 à 13:55, par dafra
    En réponse à : Pagne du 8 mars : Quand le futile prend le dessus sur l’essentiel

    Toute femme burkinabè doit avoir au fonds de sa valise un pagne en cotonnade j’en ai une demi-douzaine dont certains datent de plus de 10 ans un peu défraichis, mais je les rince avec un soupçon d’amidon un coup de fer à repasser et me voilà prête pour le 08 mars 2016, sans complexe. Je me préparerais pour le prochain 08 mars en achetant un pagne de nos tisseuses du Burkina. Pour la promotion du coton national.

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