Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

samedi 27 février 2016 à 00h23min

Le conseil des ministres du 17 février dernier a mis le doigt sur la plaie de l’insuffisance criarde des infrastructures scolaires au Burkina. Les moyens limités de l’Etat n’explique pas tout dans ce déficit chronique. L’irresponsabilité des décideurs du ministère de l’éducation y est pour beaucoup. Des projets de réalisation d’infrastructures scolaires initiés ces trois dernières années n’ont pas abouti dans leurs mises en œuvre par manque de rigueur dans leur suivi. Sur le sujet, le gouvernement de la transition n’a pas brillé par son exemplarité.

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Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

L’une des raisons du mauvais classement du Burkina sur l’échelle de l’indice du développement humain (IDH) du PNUD, 183e pays sur 188 à la fin 2014, c’est le faible développement des secteurs sociaux dont celui de l’éducation. Il est vrai que le taux de scolarisation a été porté de 32 à 87% ces 25 dernières années mais de nombreuses difficultés handicapent toujours la performance de ce secteur névralgique du progrès social et du développement. En effet, depuis l’aube des temps, de l’homo erectus à l’homo economicus, en passant par l’habilis et le sapiens, l’être humain est le moteur des progrès culturels, économiques, scientifiques et technologiques, facteurs de développement. Il est le premier capital de tout projet de développement social et économique. Rien d’étonnant alors que tous les décideurs politiques, proclament un credo aux accents de sacerdoce en faveur de la valorisation du capital humain. Quoi d’autres que l’éducation, la formation et la professionnalisation pour bonifier ce capital ?

Malheureusement, des intentions de valoriser le capital humain à la réalité de mettre en œuvre des politiques idoines en la matière, il y a un fossé, cimetière de projets ambitieux ou miroir de l’incurie crasse de démagogues invétérés. Cimetière ou miroir, on n’est toujours triste d’aller à l’un et pas plus joyeux devant l’autre, quand il nous renvoie les disgrâces de notre image.

A ce propos, le compte rendu du dernier conseil des ministres a mis à nu l’incroyable dilettantisme des autorités précédentes en charge de l’éducation nationale notamment dans la construction des infrastructures éducatives. Un dilettantisme à l’opposé du discours officiel d’alors. Jugez en vous-même ! Selon les termes du communiqué de compte rendu du conseil des ministres du 17 février 2016, le bilan de construction des infrastructures éducatives fait par le ministre de l’éducation Nationale et de l’Alphabétisation « fait ressortir 12 complexes scolaires et 48 salles de classe prévues en 2013, 119 complexes scolaires, 155 salles de classe et 352 salles de classe progressives programmées en 2014, non livrés à la date du 22 octobre 2015. Il était également prévu la réalisation en 2015, de 729 salles de classe au profit du primaire, 05 Centres d’éducation non formelle, 10 centres permanents d’alphabétisation, 4 cyber-classes, 2 magasins de vivres et une maison communautaire ». Des réalisations là aussi non livrées. Conséquences, « on dénombre 4353 salles de classe sous paillotte en 2015 et une multiplication du nombre de salles d’emprunt », précise le compte rendu du conseil des ministres.

L’administration étant une continuité, le gouvernement Paul Kaba Thiéba doit travailler à résorber ce faible taux d’exécution des infrastructures programmées. On ne sait pas précisément quelles instructions le conseil des ministres a données au ministre Jean Martin COULIBALY en charge de l’éducation nationale, mais à l’évidence, il doit travailler à éviter les erreurs ou les fautes de ses prédécesseurs afin que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. En effet, le conseil des ministres a vite fait de lui intimer l’ordre « de prendre les mesures diligentes en vue de remplacer progressivement toutes les classes sous paillotte par des constructions pérennes » que cela ne se fera pas d’un coup de baguette magique. C’est pourquoi à défaut de précisions données par le compte rendu du conseil des ministres sur le pourquoi du faible niveau du taux d’exécution des infrastructures scolaires qui devaient être construites entre 2013 et 2015, on aurait voulu entendre les techniciens du département chargé du domaine. A quoi est dû ce faible taux d’exécution des travaux de réalisation des infrastructures scolaires ? Est-ce les entrepreneurs qui ont été défaillants ? Auquel cas, il faut revoir leur contrat, au besoin les résilier et travailler à ce que l’Etat entre dans ses droits. Est-ce l’Etat qui a été défaillant par une mauvaise programmation, l’absence d’allocation de ressources et/ou dilapidation de budgets ? Si oui, il faut là aussi sévir contre les auteurs de ces manquements afin que leurs mauvais exemples ne fassent pas tâche d’huile
Au-delà du faible niveau du taux d’exécution des infrastructures scolaires programmées, il y a également la qualité douteuse de celles achevées et livrées. De fait, que d’écoles, de CEG et de lycées ont vu leurs toitures s’envoler, leurs clôtures s’écrouler avec les premières pluies d’hivernage alors que leurs bâtiments venaient d’être inaugurés ! Il y en a beaucoup et les faire réparer traine souvent avec des conséquences quasi similaires à celles des salles de classe sous paillotte.

Voilà le gouvernement Thiéba prévenu ! Il ne devra pas confondre vitesse et précipitation dans son pari de résorber le déficit d’offres des infrastructures éducatives. Il aura moins d’excuse de n’avoir pas su tirer leçon du dilettantisme et de l’incurie de ses prédécesseurs. On attend de voir !

Derbié Terence Somé

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Vos commentaires

  • Le 27 février 2016 à 08:31
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Merci d’attirer l’attention des acteurs du nouveau MENA et du gouvernement. Que ce soit koumba bolly ou Samadou Coulibaly, les techniciens qui entouraient ces ministres les ont pris en otage avec leur rationalité de se remplir les poches avec l’argent public . oui ce sont des planifications orientées surtout vers les missions à l’intérieur du pays où à l’extérieur, des ateliers avec des consultants chers payés qui produisent des documents de très faible qualité. Et surtout des techniciens de compétences douteuses, competences consacrées par des diplômes acquis dans des écoles supérieures privées qui ne cherchent que le profit dont d’ailleurs le CAMES ne reconnaît pas la plupart de ces diplômes. Ou bien ce sont des formations en ligne avec des universités qui ne sont certainement pas de qualité.
    J’encourage le nouveau ministre à s’entourer d’une équipe de femmes et d’hommes dont les compétences sont avérées et surtout qui veulent travailler pour le développement réel de l’éducation nationale. Il faut un renouveau dans la rationalité des acteurs de l’ éducation, pour cela j’ai confiance au ministre. Mais secouez les cocotiers car la sédentarité au poste de responsabilité est source de routine et de médiocrité.
    C’est un ministère qui a beaucoup de projets et très une bonne allocation budgétaire, d’ailleurs on entend les fonctionnaires déclaré au MENA il y a l’argent. Donc nos enfants doivent quitter les paillotes et les classes d’emprunt.

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  • Le 27 février 2016 à 09:13, par pioyipo
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Monsieur SOME, je suis d’accord avec toi mais pour être honnête ce n’est pas une année qu’un gouvernement pour redresser l’épineuse question des infrastructures scolaires. Les procédures de passation des marchés constituent un véritable obstacle, sans compter avec la mauvaise foi des différents acteurs : contrôleurs financiers, entrepreneurs, MOD etc.

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  • Le 27 février 2016 à 10:12
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Le problème de cette insuffisance des infrastructures qui devaient être livrées est lié à plusieurs facteurs :
    -  Le manque des ressources et la mauvaise communication du ministère
    -  La non n’exécution des travaux, des écoles sont réalisées sur papier et n’existent pas dans la réalité. Conséquence, comment aller les reconstruire.
    -  La mauvaise exécution des ouvrages par les entreprises du BTP, et la restriction de ce secteur à certaines entreprises
    -  La corruption des agents du ministère de l’économie et des finances, pour les attributions des marchés et les réceptions des ouvrages en connivence avec certains responsables politico – administratifs, et le bureau de contrôle qui ne font las leur travail
    -  La non implication des bénéficiaires ou d’une société civil pouvant faire faire des dénonciations sur les manquements des entreprises et bureaux de contrôle

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  • Le 27 février 2016 à 11:33
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Le Burkina, contrairement à ce que chacun raconte, n’est pas un pays pauvre. Regardez ces villas et autres bunkers de luxe, admirez ces bagnoles rutilantes et chromées, rincez l’œil sur ces bazins richement brodés !!!
    Quand l’état peut acheter un véhicule de 30, 40, 50 millions ou plus pour un fonctionnaire comme véhicule de fonction ou de service, (ajoutez le carburant mensuel, l’entretien,...), on ne peut parler de pauvreté dans ce pays.
    Notre gros problème est notre pauvreté intellectuelle et éthique. La seule solution est la fin totale de l’impunité, et ce régime ne semble pas en faire son cheval de bataille, si je ne me trompe.

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  • Le 27 février 2016 à 14:06, par Paul André-Dieudonné KERE, avocat au Barreau de Nancy.
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Je tiens à féliciter M. Derbié Terence SOME pour la qualité de son article et apporter un témoignage concret pour la construction de ces infrastructures.
    Avec mon épouse nous avons créé une petite association qui a fait de nombreuses réalisations dans le village de Loanga dont l’exposé n’est pas nécessaire pour la compréhension de mon témoignage suivant :
    A Loanga (Province du Boulgou), nous avons construit une seconde école (Loanga B) à trois classes pour soulager la surcharge des effectifs qui étaient de l’ordre de 110 élèves par classe.
    Au vu d’une telle initiative, la Ministre de l’Education de l’époque, (que je remercie au passage) a, dans le cadre du plan de construction des écoles primaires, érigé une seconde école de trois classes. Total 6 classes réglementaires. Notre école est terminée (à hauteur du Bureau du Directeur, magasin de vivres et deux classes). Il reste donc une classe à terminer et nous aurons les fonds après notre fête annuelle qui aura lieu le 5 mars 2016.
    Cependant, celle de l’Etat ne l’est pas encore (pas de porte, pas de fenêtres, pas de peinture, pas de chappe... etc... etc...)
    Au niveau de l’appel d’offre pour la construction de l’école par l’Etat, les lots ont été drôlement séparés de sorte qu’avec l’insurrection populaire, l’exécution du reste des lots (peinture, fenêtres, portes, chappe) n’ont jamais été terminés jusqu’à ce jour...
    Interrogé, l’inspecteur n’a aucune information ni sur les modalités d’exécution des travaux ni sur les modalités de livraison avec des élèves qui reçoivent dans la poussière quand même leurs cours par des enseignants tout aussi courageux puisque dès qu’il commence à pleuvoir c’est la débandade...certains enseignants habitant à 5 kilomètres de l’école à Tenkodogo.
    J’en appelle sincèrement et de manière citoyenne au Ministre COULIBALY afin de l’encourager dans sa mission oh ! combien noble, mais difficile ; qu’il associe intimement les inspecteurs aux suivi des marchés de construction pour plus de sérieux du suivi de ces marchés pour la bonne marche des constructions des infrastructures scolaires. C’est l’une des clés...
    Maintenant dans 6 ans, la prévision minimale voudrait qu’on pense à construire un Collège d’enseignement général car la première classe du CEG existe déjà, mais il faut penser aux promotions qui arrivent. Avançons donc ensemble par des propositions concrètes pour la construction des infrastrcutures en fonction de la démographie de notre pays.
    Je tiens à saluer le courage des enseignants du Burkina pour leur dévouement et leur exemplarité mais également appeler les autorités publiques à prévoir au moins un minimum de planification pour la construction des infrastructures scolaires et universitaires. L’achèvement des travaux de cette école de trois classes de "Loanga B" sera la preuve de cette volonté étatique. Paul André-Dieudonné KERE, Avocat au Barreau de Nancy. Délégué CSBE Région n° 6, Président d’honneur de l’Association pour le Développement de Loanga.

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  • Le 28 février 2016 à 16:32
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Me KERE vous avez de la chance qu’il y a un bâtit inachevé. Dans certains lieux, l’école est construite sur papier et inexistant dans les faits. Comme les bénéficiaires ne sont pas informés alors ils considèrent que l’école n’est pas construite.

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  • Le 28 février 2016 à 16:34, par Professeur
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Si des gens ont tordu la barre pendant 26 années c’est pas en une année que l’on peut la redresser. La mission principale de la tradition est d’organiser des élections libres et transparentes.point barre.

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  • Le 29 février 2016 à 10:06, par IB
    En réponse à : Déficit d’offre en infrastructures scolaires : Le gouvernement de la transition n’a pas su redresser la barre

    Merci Professeur, effectivement je pense qu’il n’etait pas dans les perogatives de la transition de redresser quoi que ce soit. Elle avait pour principale mission d’organiser de bonnes elections acceptees de tous et c’est ce qu’elle a fait avec satisfaction. Maintenant la transition a essaye de faire ce qu’elle pouvait pour soulager un temps soit peu la souffrance des populations et c’est a son honneur et il faut la feliciter. On ne redresse pas un systeme aussi vieux de plus d’un quart de siecle en un douzieme d’annee. Il faut que les gens apprennent a savoir ce qu’ils veulent sinon on n’y arrivera point.

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