Soutenance de thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la colonisation des Lobi du Burkina par la France

mercredi 20 janvier 2016 à 00h27min

Il y a 5 ans de cela, pour l’obtention de son DEA, Boubié Bazié traitait de l’acculturation des Lobi du Burkina par le pouvoir colonial français et ses auxiliaires. Samedi 16 janvier 2016, ce passionné de la culture lobi a défendu sa thèse de doctorat unique en Histoire. « La colonisation des Lobi du Burkina Faso par la France : de l’insoumission au changement social (1897-1960) », ce thème nous éclaire davantage sur la politique coloniale conduite par la France, la résistance du peuple lobi et le changement social qui a fini par advenir en dépit de la résistance des populations. Le travail du nouveau docteur a été sanctionné par la mention très honorable.

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Soutenance de  thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la  colonisation des Lobi du Burkina par la  France

Certes, des études ont été déjà faites dans le domaine, mais Boubié Bazié, après les observations personnelles et les travaux de ses devanciers, dit vouloir remplir une lacune historiographique. « Des études ont été faites mais ne s’étalent pas sur toute la période coloniale. Raison pour laquelle, nous avons décidé de mener cette étude », a-t-il indiqué.

De l’avis de Boubié Bazié, si pendant la période coloniale, les Dioula voyaient les français comme des libérateurs face à Samory Touré, les Lobi trouvaient en eux des concurrents dont l’objectif était de mettre fin à leur indépendance. Ainsi, l’organisation administrative française a dû faire face à une grande résistance en pays Lobi, la plus longue d’ailleurs en Afrique selon l’auteur. Et si la résistance était farouche au point que la France a maintenu une administration militaire en Haute-volta, la société lobi a été cependant ébranlée par la politique coloniale française.

Dans un document de 446 pages, le chercheur présente la colonisation des Lobi du Burkina par la France en trois étapes

La première période : 1897 – 1918 est considérée par l’auteur comme étant « l’apprivoisement des lobi ». Et si le terme apprivoisement est employé pour les animaux sauvages, le chercheur précise que le colonisateur dans son esprit avait à faire à des sauvages, à des gens qu’il taxait de sauvages. Par conséquent, le colonisateur a estimé que pour pouvoir coloniser les Lobi, il fallait utiliser une méthode qui consistait à les domestiquer, les apprivoiser. Cela s’est fait par une politique de pacification, de répression des résistances pour obtenir l’insertion des Lobi dans l’ordre colonial.

La seconde période désignée « période de l’association », commence à partir de 1921. Selon l’auteur, Il ne s’agissait plus pour le colonisateur d’assimiler les populations africaines, mais de les associer à l’œuvre coloniale. Cette nouvelle politique de l’association permettait aux colonisateurs de pouvoir exploiter les colonies. Cela consistait par exemple, à mettre en place des conseils de notables et de là, le colonisateur arrivait à mobiliser les populations africaines autour des objectifs de la colonisation. Ainsi, les chefs de canton étaient chargés de mobiliser les populations sur les chantiers coloniaux, de collecter les impôts, ou d’assurer la sécurité des territoires. Il s’agissait dans l’ensemble, d’informer le colonisateur sur ce qui n’allait pas dans leurs cantons et d’assurer le rôle de la justice coutumière.

La troisième période, celle de la décolonisation commence à partir de 1946 avec la seconde guerre mondiale. A ce niveau, Boubié Bazié note la mise en place des infrastructures et la libération du travail forcé avec la loi Houphouët Boigny. Cette loi a permis de libérer les populations des contraintes coloniales, et donc du travail forcé (les gens furent invités à travailler pour recevoir en contrepartie une rémunération). Cette période sera marquée par le changement du Lobi. « Avant cela, le Lobi résistait, il rejetait tout ce qui venait du blanc. Le Lobi ayant compris qu’en résistant à tout bout de champ, il perd, il va accepter de soigner son enfant dans les dispensaires, envoyer son enfant à l’école, accepter de travailler comme auxiliaire de l’administration. Le Lobi ira plus loin, il va se rendre compte qu’il y a des colonies qui sont des pôles de développement telles que la Gold Coast et la Cote d’Ivoire. Cette nouvelle période qui commence est pour le Lobi, une sorte d’initiation pour celui qui n’avait jamais voyagé et ce sera une expérience pour avoir séjourné en dehors du terroir local », a renchéri Magloire Somé, directeur de thèse.

L’appréciation du Jury

Le jury composé du professeur Kouamé Aka de l’Université Félix Houphouët Boigny (président du jury), de Michèle Cros de l’université Lyon 2 de France (membre), de Magloire Somé (directeur de thèse), de Palm Domba Jean-Marc (rapporteur) et de Maurice Bazémo de l’Université de Ouagadougou ont apprécié le travail dans l’ensemble. Pour le directeur de thèse, l’œuvre de son étudiant est de belle facture, « sa thèse est un document de référence que nous allons déposer en bibliothèque pour que la postérité puisse s’en inspirer et suivre le même exemple ». Il lui recommande surtout de prendre en compte les critiques du jury pour améliorer le travail avant publication.

A la fin, le nouveau docteur se dit heureux d’avoir abouti à ce document après cinq années de travail et présente de nouvelles ambitions : « Je compte poursuivre la recherche et être pourquoi pas, un enseignant chercheur ».

Nicole Ouédraogo
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 21 janvier 2016 à 09:10
    En réponse à : Soutenance de thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la colonisation des Lobi du Burkina par la France

    Quelle est l’appréciation du jury ? Elle a été annoncée mais il nous est servi que le commentaire du Directeur de Thèse.

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  • Le 21 janvier 2016 à 11:21, par warrior
    En réponse à : Soutenance de thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la colonisation des Lobi du Burkina par la France

    Félicitations et bon vent à toi. Que ton œuvre puisse profiter à l’humanité

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  • Le 21 janvier 2016 à 11:43, par Bazié
    En réponse à : Soutenance de thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la colonisation des Lobi du Burkina par la France

    Merci warrior

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  • Le 21 janvier 2016 à 13:46, par Kôrô Yamyélé
    En réponse à : Soutenance de thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la colonisation des Lobi du Burkina par la France

    - Très bien ! Félicitation mon petit dabii. Tu as bien fait de choisir les lobis. Et c’est à cause de la barbarie de la colonisation à leur égard qu’ils avaient refusé totalement tout ce qui avait trait au blanc (Ecoles, dispensaires, etc.) et sont allés jusqu’à jurer sur leurs fétiches pour celà. Il a fallu la dextérité encore d’une soeur française nommée Madeleine PÈRE qui résidait à Gaoua, amie du Roi Gan (Gan Massa de Obiré) pour les faire ramener un peu à la raison. Les lobis on toujours été hostiles aux impositions de l’administration et ils n’hésitaient pas à se rebeller pour s’opposer.

    - Pour les Dioulas (surtout les Ouattara) qui sont dans la zone, leurs ancêtres furent des sofas (soldats) de Samory. Pour certains (les Traoré), ils étaient les armuriers de Samory et réparaient les fusils âbimés et en fabriquaient d’autres pour l’armée de Samory. On comprend donc tout le respect et l’importance que Samory les accordait ! En remontant leur lignée, on se rendra compte qu’ils sont parents aux dioulas armuriers du quartier Koko de Bobo-Dioulasso, quartier appellé ’’Noumousso’’ dont de très Grands Sages furent Feu Bamourlaye, Feu Badioula (toujours en grand boubou) et le 3ème dont j’ai oublié nom (il avait une moto Sach (Comprenez ! Ils étaient respectés, bons et aimables, jamais un mot plus que l’autre. Et Yamyélé les a connu voilà pourquoi il en parle). Ils ont fait l’effort de garder d’excellentes relations avec leurs voisins, des peuls avec qui les forgerons dioula sont des parents à plaisanterie). Ce quartier est connu de tous les bobolais (on se rappelle que Bobo aussi a failli être la proie de Samory). Par prolongement, ils sont aussi parentés aux dioulas de Kong en Côte-d’Ivoire. Certains des leurs étaient aussi installés à Sidéradougou, Mangodara et aussi à Boni entre Pâ et Houndé où il y avait un seul des leurs, Fatié qui faisait du moulin à grain tout en réparant les armes.

    - D’ailleurs tous les vendeurs d’armes dans Ouaga et Bobo, que ce soit ARMABEL, Ouaga Arme, la gâchette du Centre, etc. sont des leurs soit leurs fils, beau-fils, soit leurs petits-fils.

    - Cette grande Famille autrefois très prospère et respectée mérite que quelqu’un s’intéresse á écrire son histoire pour la postérité !

    Par Kôrô Yamyélé

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  • Le 10 février 2016 à 06:14, par article 37
    En réponse à : Soutenance de thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la colonisation des Lobi du Burkina par la France

    Bravo, c’est un travail de titan. Mes félicitations.

    Répondre à ce message

  • Le 20 février 2016 à 15:58, par Hien
    En réponse à : Soutenance de thèse en histoire : Boubié Bazié analyse la colonisation des Lobi du Burkina par la France

    REFLEXION SUSCITEE PAR LA THESE DU DOCTEUR BOUBIE BAZIE

    Sans occulter les autres centres d’intérêt, la thèse du docteur Boubié Bazié invite tous les Lobis à une grande introspection c’est-à-dire, à un gros travail de réflexion sur leur identité ethnique ; une identité que d’aucuns ont appelé la « lobitude ». Ce concept désignerait une manière de vivre, de penser, d’agir, de réagir, etc. qui identifierait instinctivement quelqu’un comme un lobi. Á cet effet, combien de fois, dans un sens positif comme négatif, n’avons-nous pas entendu les paroles suivantes : « Il n’y a qu’un lobi qui puisse faire ceci ou cela, qui puisse dire ceci ou cela, qui puisse réagir de cette façon-ci ou de cette façon-là ! ». Ce qui fait penser qu’il existe un héritage commun, un ADN spécifique à tous les lobi.

    Dans cette optique, même sans avoir lu toute la thèse du docteur Boubié Bazié, les Lobis peuvent en tirer des conclusions et orientations pratiques. Par exemple, dans le prolongement de la recherche entamée par le docteur Boubié Bazié, son directeur de thèse soutient ceci : « Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, le Lobi était perçu comme un insoumis car il résistait, il rejetait tout ce qui venait du blanc. [Mais à partir de 1946], ayant compris qu’en résistant à tout bout de champ, il perd, il va accepter de soigner son enfant dans les dispensaires, envoyer son enfant à l’école, accepter de travailler comme auxiliaire de l’administration… ».

    De cette citation, on pourrait déduire que nos ancêtres étaient des êtres très futés et très pragmatiques ; en somme, des fins stratèges. Pour preuve, dans les différentes formes de lutte contre les colons, et même si c’est en dernier ressort, nos ancêtres avaient compris ceci : résister, c’est aussi être capable de mettre en avant l’esprit de compromis ou de négociation afin de préserver l’essentiel ; surtout, quand on se rend compte que l’autre a des capacités de nous écraser sans ménagement.

    Chers frères et chères sœurs des tribus du rameau lobi, voici quelques réflexions que m’inspire la thèse du docteur Boubié Bazié. Á travers l’attitude de nos ancêtres, j’ai compris que nous sommes incités à faire, d’une manière ou d’une autre, des compromis entre ce qui est propre à notre culture et ce qui est propre à celle des autres et qui est susceptible de nous aider à nous améliorer. En clair, nous sommes invités à accepter ce qui est bon chez les autres, même si nous ne partageons pas leur vision du monde, leur sa façon d’être et de faire. En résumé, l’intransigeance et le jusqu’au-boutisme peuvent être suicidaires tandis que le pragmatisme est salutaire. Dans ce sens, le fait que des Lobis aient étroitement collaboré à la recherche du docteur Boubié Bazié –qui, a priori, n’est pas un lobi- est un bel exemple de cette ouverture d’esprit. Que cela soit bien compris : nous parlons ici de compromis et non de compromission : cette dernière notion est une soumission totale et aveugle à la volonté d’autrui tandis que la première nous pousse à résister de manière intelligente, en étant réalistes. En d’autres termes, il s’agit de trouver les voies et moyens d’avancer ou d’être présents dans la société contemporaine sans renier notre passé ; il s’agit d’assumer totalement ce passé sans pour autant en être entièrement prisonniers. C’est la vérité : avoir le cœur, l’esprit et les paroles constamment tournés vers le passé -que l’on regrette manifestement-, c’est courir le risque d’être considérés comme des passéistes, des anachroniques, des attardés, des réactionnaires, etc. D’un autre côté, renier notre passé de lobi sous prétexte que c’est de la sauvagerie, avoir une aversion pour notre culture lobi sous prétexte que c’est démodé, c’est courir le risque d’être des aliénés, des acculturés « des chauves-souris culturels ». Le meilleur choix se trouve dans le compromis dynamique entre notre passé, notre présent et notre futur. Au vu et au su de tout cela, on pourrait sans ambages dire qu’être lobi, ce n’est pas quelque chose de définitivement acquis mais une conquête de tous les jours.

    Que Thangba nous éclaire sur ce chemin ; qu’il nous aide à mieux jauger les tenants et les aboutissants de cette posture au quotidien !

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