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Gouvernement Paul Kaba Thiéba : « Le seul point d’insuffisance que je perçois, c’est la question de la Défense qui est entièrement à la charge du Chef de l’Etat », note Siaka Coulibaly, analyste politique

Accueil > Actualités > Politique • • jeudi 21 janvier 2016 à 00h47min
Gouvernement Paul Kaba Thiéba : « Le seul point d’insuffisance que je perçois, c’est la question de la Défense qui est entièrement à la charge du Chef de l’Etat », note Siaka Coulibaly, analyste politique

Malgré les actes terroristes perpétrés en fin de semaine dernière, l’équipe gouvernementale continue de dérouler sereinement son emploi du temps avec l’installation officielle des ministres, nommés le 12 janvier dernier. Justement, sur la composition du gouvernement, nous nous sommes intéressés à l’analyse de Siaka Coulibaly, que nous avons rencontré dans la soirée de jeudi, 14 janvier dernier à son cabinet, le Centre de suivi et d’analyse citoyens des politiques publiques (CDCAP). Activiste de la démocratie, des droits humains et de l’environnement, l’analyste scrute … le gouvernement Thiéba.

Lefaso.net : Quelle lecture avez-vous eue du gouvernement nouvellement formé ?

Siaka Coulibaly : Un premier élément, est qu’on a quand même l’impression qu’il y a une amélioration par rapport au système Compaoré : ce ne sont pas les caciques du parti qui ont investi le gouvernement. Les gens qu’on voit ne sont pas forcément connus de la scène, ils ont plutôt un profil de technocrates. Donc, par rapport au système Compaoré, je trouve que c’est une amélioration, parce que en ces temps-là, c’était presque connu d’avance ; il y avait des gens indéboulonnables, on renouvelait les gouvernements, c’étaient toujours les mêmes. Mais là, on a vu quand même qu’à part quelques-uns, la plupart qu’on considère comme les ténors du parti ne sont pas dans le gouvernement. Ce peut être un premier signe de changement. Il y a aussi le fait que beaucoup de membres de ce gouvernement sont des techniciens de leur secteur ; ce qui ne se faisait pas beaucoup de par le passé. Que ce soit pertinent ou pas, la suite va nous le dire. On peut penser qu’il y a une volonté de changer, de rompre avec le passé. Ce sont juste les impressions de départ. On verra dans la suite, si ce modèle fonctionne ou pas, parce qu’un technicien pour un département ministériel, ça peut être judicieux mais l’expérience politique également est un atout pour le poste de ministre. Et à ce niveau, c’est un peu une lacune du gouvernement actuel où il n’y a pas beaucoup de gens expérimentés à l’image de Simon Compaoré (qui a fait 17 ans à la tête de la mairie ; donc il connaît bien son secteur), de Dieudonné Bonanet qui a également été ministre de l’Environnement, de Clément P. Sawadaogo, Filiga Michel Sawadogo, etc. Et ça, au moment de situations difficiles (parce que l’administration de ministère est toujours une situation difficile), ça peut jouer négativement. Maintenant, tout dépendra du front social, c’est-à-dire la gestion des besoins des groupes sociaux et la réaction de ces groupes par rapport à la gestion qui est faite. Donc, tout le monde s’attend à ce que ce soit un gouvernement qui fasse des propositions, qui prenne des mesures, qui change ceci ou cela. Alors, dans le contexte où nous sommes, est-ce que les membres de ce gouvernement auront la marge de manœuvre nécessaire pour faire ce qui est attendu d’eux ? On a suivi la Transition, on a vu tout ce qui s’est passé, ce n’est pas évident que ce gouvernement soit dans la position pour repartir immédiatement dans le sens du changement qu’on attend. Donc, leur tâche n’est pas vraiment facile. Le seul point d’insuffisance que je perçois, c’est la question de la Défense qui est entièrement à la charge du Chef de l’Etat, je trouve que ce n’est pas judicieux de l’avoir fait ; il aurait pu nommer un ministre délégué à la Défense, avec qui il allait partager certaines responsabilités. C’est-à-dire que la gestion de la réforme de la Défense pouvait lui revenir et la gestion des personnels, les missions à l’étranger, etc., qui sont des questions administratives auraient pu être faites par le ministre délégué, pour éviter que justement la gestion de ces aspects ne vienne directement sur le Chef de l’Etat. Mais, ce n’est pas une catastrophe, c’est une préoccupation que je pressens et que j’exprime.

Lefaso.net : On a une‘’innovation’’ qui est qu’en plus des ministres délégués, on a des Secrétaires d’Etat ; est-ce une bonne option… ?

Siaka Coulibaly : Les ministres délégués et les Secrétaires d’Etats ont à peu près les mêmes choses ; ce sont des ministres qui n’ont pas une grande autonomie par rapport à un ministre. Ils sont obligés de travailler dans le cadre du plan d’action d’un ministre. En général, ce sont comme des adjoints des ministres en question. Cela se justifie par le fait qu’on estime que le ministère est très gros, concentre plusieurs sous-secteurs, donc il faut trouver des responsables pour conduire et aller vite en termes de résultats. A part cela, ce n’est pas une surprise, je pense qu’il y a eu déjà des Secrétaires d’Etat à certains moments sous Blaise Compaoré (il y a quand même longtemps).

Lefaso.net : Avec la configuration actuelle des pouvoirs maintenant au complet, y-a-t-il possibilité de lire le type de régime, de fait, et comment entrevoyez-vous les rapports entre les trois pouvoirs ?

Siaka Coulibaly : Le type de régime est prévu par la Constitution, c’est un régime dit semi présidentiel. En réalité, il est présidentialiste mais avec quelques options ouvertes au cas où la politique viendrait à être changeante. Comme la Constitution prévoit que le président nomme un premier ministre au sein de la majorité parlementaire, le jour où l’opposition devient majoritaire, le président est obligé de nommer un premier ministre de l’opposition. C’est quand, peut-être, la Constitution sera revue, qu’on va se pencher sur l’équilibre des pouvoirs entre le premier ministre et le président du Faso.
Les rapports entre ces pouvoirs dépendent maintenant des personnalités qui les gèrent. Mais, dans le cas où nous nous trouvons, je ne vois pas de problème en ce sens que ce sont des personnalités issues du même parti politique. Donc, a priori, il ne devrait pas y avoir de contradiction. A priori, je dis. Maintenant, dans la gestion, il se peut qu’elles (ces personnalités) aient des différences de vues, par rapport à certains problèmes. Même là, normalement, étant du même parti politique, ça devrait se régler à ce niveau, sans que ça ne déteigne sur les institutions. Donc, le Parlement va faire son travail de contrôle gouvernemental ; même s’il est aussi vrai que lorsque le parti gouvernemental est majoritaire au parlement on pense que le contrôle est moindre (parce qu’ils ne vont quand même pas se tirer dans les pieds). Donc, il ne faut pas s’attendre à de grands remous de ce côté. Sauf s’il y a beaucoup de contestations par exemple, si les gens se mettent à faire des contestations, là, il peut y avoir des différences de points de vues dans la gestion de ces contestations.
La chose aurait été différente, si l’opposition avait réussi à créer une majorité à l’issue des élections (par exemple ceux qui ont rejoint la majorité présidentielle auraient pu aussi rejoindre l’opposition et là, elle aurait eu la majorité et le premier ministre issu de leur rang). A ce moment, les choses allaient être très différentes, avec des contradictions de visions, de programmes politiques. Surtout que dans notre Constitutionune telle situation est prévue mais sa gestion, non. C’est pour tout cela que nous avions souhaité que l’on revoit la constitution pendant la Transition, pour prévoir le cas où c’est un premier ministre de l’opposition qui serait nommé. Parce qu’actuellement si ça arrive, c’est directement une catastrophe (puisque le premier ministre que nous avons dans la constitution, doit aider le Président à mettre en œuvre son programme). Il fallait donc des ajustements de la Constitution pour prévoir cette éventualité. Ça n’a pas été fait mais on attend, comme le parti au pouvoir parle lui-même de réformes, on verra ce qui va être fait.

Lefaso.net : On assiste à une sorte de reconfiguration de la scène politique avec le ralliement d’un certain nombre de partis politiques ‘’d’opposition traditionnelle’’ à la majorité présidentielle ; force ou faiblesse pour la démocratie ?

Siaka Coulibaly : Les partis ont la liberté de s’aligner avec qui ils veulent. Sur le plan formel, il n’y a pas problème. Mais, connaissant l’histoire politique du pays, et les positions de ces partis, c’est à partir de là qu’on trouve que ce n’était pas évident que ces partis rejoignent la majorité présidentielle ; parce qu’ils ont été, de par le passé, opposés (surtout l’UNIR/PS, parti sankariste opposé au régime Compaoré qui compose aujourd’hui avec ceux mêmes qui ont animé le régime). Donc, la plupart des Burkinabè ne comprend pas cela. Mais sur le plan formel, il n’y a pas problème et la preuve en est qu’ils l’ont fait dans le cadre institutionnel (parlement) et ils sont maintenant au gouvernement ; donc ce n’est pas une entorse aux lois du pays.
Mais sur le plan politique, on verra bien sur certains dossiers (Thomas Sankara par exemple) comment Me Sankara (président de l’UNIR/PS), qui est l’avocat de la famille, et où l’affaire est en justice, va se comporter en cas de certaines évolutions du dossier. Ce sont des interrogations sur lesquelles on attend de voir. Peut-être qu’il va rapidement trouver un autre avocat qui va prendre le relais pour éviter que justement, sa position avec le pouvoir d’aujourd’hui, ne soit en contradiction avec la défense de ce dossier. Tous ces partis, il faut les attendre sur le terrain par rapport à un certain nombre de questions pour voir leurs réactions.

Lefaos.net : Le fait que le premier ministre n’ait pas vécu sur le terrain burkinabè est une force ou une faiblesse pour sa mission ? Pourra-t-il conduire le bateau ?

Siaka Coulibaly : Il va conduire le bateau ; parce que le poste de premier ministre, dans notre Constitution, n’est pas un poste de grandes responsabilités politiques. Le premier ministre aide le président du Faso à appliquer son programme. Donc, les grandes responsabilités politiques seront prises par le président du Faso, le premier ministre est chargé de la mise en œuvre. En réalité, ce n’est pas aussi important que les gens le pensent.
Maintenant, ç’aurait été un atout pour lui, de connaître à l’expérience, le contexte politique de près. Là, ça allait lui éviter certaines situations compliquées, ça allait lui faciliter d’aller plus vite sur certains dossiers. Sinon, ce ne sera pas un handicap total pour lui. Et puis, même s’il est à l’extérieur, c’est sûr qu’il se tenait informé de l’évolution ; tous les Burkinabè qui sont à l’extérieur se tiennent informés de ce qui se passe, surtout depuis 2014 où la situation politique à évolué très rapidement.
Ensuite, le fonctionnement même du gouvernement va faire en sorte qu’il va rapidement savoir quelles sont les situations qui se présentent. Je ne crois donc pas que ce soit un vrai handicap pour lui de ne pas être du sérail. Mieux, je pense que ce type de premier ministre matérialise la volonté du président (comme il l’a lui-même dit), de tourner la page. Au lieu de prendre quelqu’un qui est du terroir, qui connaît, il a préféré prendre une nouvelle tête. Peut-être que les gens vont se dire : « on va voir, qu’est-ce que celui-là va faire ». Un ancien, on le connaît déjà, on connaît déjà comment il réfléchit, comment il procède, de sorte que ceux qui sont contre allaient déjà se braquer. Alors que là, on est obligé d’attendre qu’il fasse ses preuves. Et ça, c’est déjà un bon coup politique qui a été joué par le président du Faso.

Propos recueillis par Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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