Les fêtes au Guantanam : Pluie de pétards pour fêter ou pour désobéir ?

mercredi 6 janvier 2016 à 23h45min

2016 a ouvert ses portes, et ce au grand bonheur des vivants que nous sommes. Guantanam ne s’est pas fait prier pour jubiler à l’occasion de son basculement dans l’année 2015, que dis-je, dans l’année 2016. Une joie excessivement manifestée à travers l’usage des pétards.

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Les fêtes au Guantanam : Pluie de pétards pour fêter ou pour désobéir ?

Pour une occasion de festivités, les raisons ne manquaient pas : coïncidence de naissances du Christ et du prophète Mahomet, investiture du 1er Guantanaméen, la Saint Sylvestre et enfin, le nouvel an. Ai-je dit enfin ? Non, le vrai enfin, c’est-à-dire le enfin de enfin, c’est la fin de la transition. Une fin qui rime pour bon nombre, sinon pour tous, avec la fin de galère, lueur d’espoir…bref, l’acquisition du droit de rêver longtemps confisqué. Toutes ces raisons sont bien valables, et aucun Guantanaméen ne peut dire le contraire au risque de se contredire lui-même par la remise en cause des acquis des luttes qui ont émaillé 2015. Ce qui mérite un carton rouge dans la manifestation de la joie, c’est l’usage excessif des pétards.

«  L’excès nuit  » et cela vaut pour bien de choses dans la vie. De ma petite expérience guantanaméenne, ce fut l’une des périodes de fêtes les plus explosives, oui explosives au sens presque premier du terme. Ce constat n’est pas extraordinaire car plusieurs d’entre nous ont pu le faire. Ce qui m’intrigue c’est le pourquoi de cet usage excessif quand on sait que les autorités avaient interdit les pétards pour des raisons de sécurité. Il est vrai que cette prohibition, du point de vue de son réalisme, est critiquable mais qu’elle ait paru comme un non évènement n’est pas à l’honneur du modèle de Guantanaméen que nous voulons. Le modèle qui a dominé lors des fêtes a-t-il agi par pure allégresse ou par pur désir de désobéir à l’autorité ?

Sans trop longue analyse, je pense que les deux ont été alliés : exagérer dans le festoiement à travers la transgression de l’interdit. Quand je pense à ce que je pense, cela m’insurge ! Oui, je m’insurge comme nous l’avons tous fait dans un passé très récent, même si les causes diffèrent. Je m’insurge contre les auteurs de ce coup de force contre l’ordre qui n’a été que nuisible conformément à la conséquence de l’excès. La nuisance sonore a été forte ; la frayeur et la panique créées par l’effet de surprise des déflagrations n’ont pas été de mise. Quand j’ai écouté le bilan du responsable de l’hôpital (on peut rêver qu’il en devienne un) Yalgado, j’ai vraiment cru qu’il exagérait lorsqu’il a cité l’usage des pétards comme cause des cas d’accidents et de complications traumatiques. Mon voisinage de quartier m’a vite fait comprendre la véracité de ces propos à travers une explosion qui m’a fait frémir (malgré tout le courage guantanaméen qui a prévalu à l’insurrection et la dénégation du putsch) dans mon siège ; et ce n’était que la première d’une série de douze coups. J’ai alors imaginé l’effet d’un tel effroi sur un malade cardiaque. Si même les klaxons de véhicules (motos, voitures, camions,…) sont interdits à proximité des centres hospitaliers, imaginez vous-mêmes ce qui devrait en être des pétards, ces engins qui décuplent en bruit les klaxons.

Cet irrespect aigu de l’interdiction est inquiétant et nécessite que la conscience guantanaméenne soit appelée au rendez-vous ; le rendez-vous de la modération, du civisme, de la retenue, de la solidarité (avec les malades), etc. Car, vois-tu, brave guantanaméen(ne), ce n’est pas juste que tu endeuilles des familles par ta joie (compréhensible), que tu aies ajouté des victimes au compteur de l’année 2015, et ce juste à l’orée de la nouvelle année. Ceux qui en ont (peut-être) perdu la vie n’avaient-ils pas le droit comme toi, de connaitre cette joie que toi tu as exprimée à l’excès, pour ne pas dire fatalement ? Bon, je m’arrête là en te rappelant seulement que, si tant est que nous aspirons tous au changement en 2016, pour changer le monde, il faut commencer par changer soi-même ! C’est l’un de mes vœux que je te formulerai à notre prochaine entrevue.

Le Guantanaméen,
Promoteur de joie légale non dangereuse.

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