Soulèvement populaire du 3 janvier 1966 : Le mouvement syndical rend hommage aux précurseurs…

lundi 4 janvier 2016 à 16h33min

Il y a exactement 50 ans, le Burkina Faso, à l’époque Haute volta vivait son premier soulèvement populaire. Seulement 6 sans après son indépendance, le peuple burkinabè était dans la rue pour chasser Maurice Yaméogo. Le mouvement syndical, tombeur du premier président s’opposait à des actes de mauvaise gouvernance dont les travailleurs devaient payer le lourd tribut. Dans la matinée du 3 janvier 2016, les syndicats ont convié les journalistes à la bourse du travail à Ouagadougou, pour un devoir de mémoire.

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Soulèvement populaire du 3 janvier 1966 : Le mouvement syndical rend hommage aux précurseurs…

En 1966, le mouvement syndical s’opposait à la la mise en place d’un parti unique. L’Union démocratique voltaïque, voulu par le président d’alors, Maurice Yaméogo. Mais la gronde de l’époque trouvait aussi et surtout son fondement dans la mauvaise gestion financière, politique, et culturelle. Mauvaise gestion qui a avait conduit le pouvoir à prendre « des mesures drastiques » qui devaient être supportées par l’ensemble des travailleurs.

Selon Bassolma Bazié, secrétaire général de la CGTB, ces mesures drastiques concernaient :
-  la réduction des allocations familiales de plus de 50%,
-  le rabattement des salaires de 20%,
-  le blocage des avancements des travailleurs sur deux ans.
Le mouvement syndical avait donc opposé son refus catégorique en envoyant une lettre au président qui n’avait pas daigné répondre. Alors un préavis de grève a été déposé et le 3 janvier, c’était un mouvement populaire qui entrainera la chute du président Maurice Yaméogo.

Devoir de mémoire et source d’inspiration

Chaque 3 janvier, le mouvement syndical se retrouvepour échanger autour de cette date historique. « Cela nous permet de retenir les leçons de l’histoire, de maitriser notre histoire afin qu’elle ne soit pas déformée par d’autres écrits ou d’autres propos », a ajouté Bassolma Bazié pour qui les évènements de 1966 dans lesquels les syndicats ont joué un rôle moteur continuent d’inspirer le mouvement syndical qui a toujours su prendre des positions fermes à tous les tournants décisifs de l’histoire du pays.

Il en veut pour preuve, les grèves générales des 17 et 18 décembre 1975 contre l’instauration d’un parti unique en haute volta par le président Sangoulé Lamizana, les prises de position contre l’assassinat des enfants de Garango le 15 juin 1995, contre l’assassinat de Norbert Zongo le 13 décembre 1998, pour l’élucidation de l’assassinat du président Thomas Sankara, et récemment la grève générale contre le putsch du 16 septembre 2015.

c’est donc un parcours qualifié de riche par le secrétaire général de la CGTB qui a ainsi salué l’œuvre des devanciers, « qui n’ont pas ménagé leur énergie en termes de prise de position historique à tous les tournants de l’histoire de notre pays, mais aussi la formation et l’éducation qu’ils ont su insuffler à leurs successeurs que nous sommes et nous avons pris ce flambeau avec honneur, détermination , dévouement, engagement , afin que la mission soit bien accomplie ».

Et comme l’histoire tend souvent à se répéter, les 30 et 31 octobre 2014 le Burkina Faso vivait un autre mouvement général qui a emporté un président. Et de l’avis du mouvement syndical, des devanciers ont pendant des années, contribué à la maturation des esprits et il faut le leur reconnaitre. « L’insurrection populaire n’est pas une action spontanée, ce n’est pas l’action d’une génération spontanée. Il faut savoir lire l’histoire, rester modeste, reconnaitre la valeur et le travail qui a été abattu par les devanciers pour mieux avancer ».

« Syndicalisme et politique »

Contrairement aux années précédentes, ce 3 janvier 2016, il n’y a pas eu de conférence publique. Elle aura lieu, mais le 8 janvier 2016 à l’ATB, le temps, espèrent les organisateurs que le gouvernement soit mis en place. Ceci parce que les syndicats ont des préoccupations, qui du reste ont été envoyées à tous les 14 candidats qui étaient en lice pour la présidentielle du 29 octobre. Elles sont articulées autour de 4 axes. La justice pour les martyrs de l’insurrection et du coup d’Etat ; la lutte contre l’impunité contre la fraude, la corruption ; la lutte contre la vie chère ; la lutte pour l’approfondissement de la démocratie et la sauvegarde et l’approfondissement des libertés politiques et syndicales.

Le thème, « Syndicalisme et politique » qui sera développé le 8 janvier permettra au mouvement syndical de clarifier sa position quant à son implication ou non en politique. A entendre le président du mois des centrales syndicales Blaise Augustin Hien, il y a un débat au sein de la centrale entre les pour et les contre.

Mais d’ores et déjà Bassolma Bazié a dévoilé ses pistes de réflexion. Pour lui, entre le parti politique et le syndicat il y a une différence dans la mesure où le syndicat n’a pas pour vocation la conquête et la gestion du pouvoir d’Etat. Il est plutôt « un contre-pouvoir, qui contrôle et qui regarde le comportement des dirigeants, qui prend position pour qu’il n’y ait pas de travers ». Par contre, le parti politique est créé pour la conquête du pouvoir d’Etat.

Mais entre politique et syndicat, il y a un lien. « Si vous voulez contrôler l’action gouvernementale, il faut avoir un minimum de niveau. La maturité politique permet aux syndicalistes de savoir prendre position, d’avoir raison devant le temps », a-t-il indiqué, avant de poursuivre que la grève générale pour empêcher Sangloulé Lamizana la mise en place d’un parti unique, était une grève politique ; tout comme celle contre le putsch du 16 septembre 2015.

« Généralement ceux qui disent que les syndicalistes ne doivent pas faire de la politique, c’est quand on les dérange, ils sont mal à l’aise », a-t-il poursuivi tout en demandant si un homme politique est sorti dire que la grève du 16 septembre 2015 n’était pas correcte, bien qu’elle soit politique.
Tout compte fait, l’homme est un animal politique et le syndicaliste qui veut avancer a intérêt à avoir un minimum de niveau politique.
Le débat se poursuivra le 8 janvier 2016 à l’Atelier théâtre burkinabè.

Tiga Cheick Sawadogo ( tigacheick@hotmail.fr)
Lefaso.net

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