Réponse d’urgence aux inondations de 2015 : L’Italie soulagera les victimes avec un projet d’environ 65 500 000 F CFA

samedi 14 novembre 2015 à 09h23min

Cette année encore, plusieurs régions du pays ont été durement frappées par la furie des eaux. Selon le rapport du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation, 19 533 personnes ont été sinistrées dans les régions du Centre et du Centre-Ouest. Pour répondre à l’urgence, la coopération italienne a mis en place un projet, intitulé, « Assistance Eau, Hygiène et Assainissement pour les personnes déplacées et les communautés hôtes affectées par les inondations au Burkina Faso », d’un budget de 100. 000 euros, soit environ 65 500 000 FCFA. Dans l’interview qu’il nous a accordée, le directeur du bureau de la coopération italienne au Burkina revient sur les motivations d’un tel projet et le choix de l’axe d’intervention.

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Réponse d’urgence aux inondations de 2015 : L’Italie soulagera les victimes avec un projet d’environ 65 500 000 F CFA

Lefaso.net : Parlez-nous brièvement de la coopération italienne au Burkina

Gennaro Bruno Gentile : Je suis le représentant de la coopération Italienne au Burkina Faso, mais je suis censé suivre aussi le Niger pour ce qui est des financements de la coopération italienne. J’ai pris service au Burkina en fin mai 2015. Le premier accord de coopération italo-burkinabé date de 1986. Les secteurs cibles de la coopération italienne sont surtout le développement rural et la santé incluant la nutrition et l’hygiène. Mais quand il y a un appel des autorités dans le cadre d’une urgence dans le pays, l’Italie a toujours répondu. Comme ce fut encore le cas cette année avec les inondations. Ce n’est pas la première aide que l’on fait, suite aux inondations. Auparavant, il y a eu d’autres cas similaires qui ont vu l’intervention de l’Italie.

Quel cas par exemple ?

Il y a eu des cas d’inondations, où la protection civile italienne est venue et à remis des engins, du matériels pour faire face aux urgences. Aussi, à l’époque des années 1980, on a soutenu des aides d’urgence quand il ya eu la famine entre 1984 et 1986. Et là aussi, on avait mis en place pas mal de projets, dans les domaines de la nutrition, pour combattre la malnutrition.
L’urgence ces dernières années est liée aux drames répétitifs des inondations. Dans le contexte de 2015, nous avons répondu à l’appel du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR) pour faire face aux dégâts provoqués par les inondations et par les forts vents. L’Italie a répondu favorablement et a donné 100. 000 euros à l’UNICEF pour mettre en place un projet dans ce domaine.

Comment personnellement vous avez vécu les inondations de cette année ?

D’habitude, il nous parvient des bulletins d’informations, des messages, et des appels. Il est arrivé justement un message de OCHA (Ndlr. Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires) et du CONASUR. Il y a eu des réunions, des concertations avec d’autres partenaires, nous avons répondu à l’appel du CONASUR. Par le biais de OCHA, on a décidé des domaines d’intervention. Par la suite, j’ai lancé l’appel à Rome et notre Ministère des Affaires Etrangères et de la Coopération Internationale a répondu favorablement et a contacté l’UNICEF pour la réalisation d’un projet à travers un don de 100. 000 euros et avec cette Organisation Internationale, agence d’exécution de ce projet, on s’est concerté pour voir le type d’intervention à mettre en place.

Saviez-vous déjà les domaines dans lesquels vous interviendrez avant d’entrer en contact avec l’UNICEF ?

Pas tout à fait, cela dépendait des dégâts causés par les inondations. Fallait-il reconstruire des maisons, donner des abris aux populations sinistrées ? Donner des médicaments, de la nourriture ? Ou intervenir dans le domaine de l’hygiène et l’assainissement ? Finalement c’est le dernier point que nous avons retenu comme axe d’intervention. Cela dépendait aussi de ce que faisaient les autres bailleurs de fonds. Sur la base des informations que l’on recevait de CONASUR et OCHA, il y a avait pas mal de dons dans les domaines de la santé, des aliments qui arrivaient et des kits de reconstruction. Dans l’hygiène et l’assainissement, finalement, il n’y avait pas assez d’intervention. C’est grâce à la proposition de l’UNICEF que nous avons décidé d’intervenir dans ce domaine.

Mais pourquoi le choix domaine de l’hygiène et de l’assainissement ?

Pour deux raisons essentiellement. La première c’est que ce n’est pas seulement dans le cadre de l’urgence, mais aussi du développement. L’hygiène et l’assainissement sont un domaine dans lequel on peut intervenir même après l’urgence. Aussi, nous interviendrons dans la sensibilisation, l’information, mais surtout dans l’aménagement des points d’eau ; des puits qui ont été touchés et ceci pour prévenir les maladies liées à l’eau, dans les régions du centre et du centre ouest. En situation de catastrophe, la problématique de l’accès à l’eau potable, à l’hygiène et à l’assainissement se pose avec acuité. En effet, les mauvaises pratiques d’hygiène et d’assainissement et la mauvaise qualité de l’eau sont nuisibles à la santé des populations sinistrées.
Le projet va démarrer incessamment. On a contacté une ONG burkinabè qui est en train de finaliser le contrat

Quelles sont les actions concrètes que les 100.000 euros permettront de réaliser au profit des sinistrés ?

Avec l’UNICEF, nous avons identifié un certain nombre de personnes victimes des inondations, environ 4850 personnes qui seront concernées sur les mesures élémentaires à prendre dans le domaine de l’hygiène et l’assainissement. Les 2000 ménages sinistrés seront dotés de kits d’hygiène (des seaux, du savons, des serviettes et tout ce qui peut être utile pour prévenir les maladies causée par la mauvaise hygiène) et d’assainissement. Six forages seront réhabilités et trois comités de gestion des points d’eau seront mis en place, en occurrence des membres de l’association des usagers de l’eau. L’eau est un élément important pur l’homme, mais peut lui causer des pathologies.
Il y aura aussi des tablettes de traitement d’eau qui seront distribuées aux bénéficiaires, pour rendre l’eau potable, sans oublier des séances de sensibilisations au profit des comités, sur la façon d’utiliser ces moyens.

Parmi votre population cible, il y a beaucoup de femmes et d’enfants, est-ce un aspect particulièrement important pour vous ?

La question du genre est fondamentale pour nous. Les femmes et les enfants sont les premiers bénéficiaires de tous nos projets. C’est vrai que les hommes sont des acteurs importants, mais sont aussi complémentaire. Mais la cible importante pour nous, ce sont les enfants et les femmes. Un peu comme le mandat de l’UNICEF.

Y aura-t-il un suivi des actions ? Ou le projet se contentera juste de distribuer des kits et sensibiliser le temps que durera ses activités ?

Pas par ces fonds, mais l’UNICEF a un gros programme d’hygiène et assainissement qui va dans ce sens. L’UNICEF va poursuivre des activités à travers ses propres fonds. Le financement de la coopération italienne était seulement destiné à l’aspect urgence.
Toutefois, dans le présent projet, il y a des réalisations qui seront pérennes. Les 6 points d’eau, des pompes à motricité humaines actuellement en panne qui seront réhabilitées. En même temps, on va renforcer les capacités de gestion de trois comités de gestion des points d’eau. Ce sont des choses qui devraient durer dans le temps, parce que les comités de gestion sont à mesure de bien gérer les points d’eau.

Il ya eu beaucoup de mobilisation à l’époque, en tant que directeur, comment avez-vous apprécié la chaine de solidarité qui s’est formée autour des victimes ?

C’est presque la norme quand il y a un état d’urgence. Tous ceux qui peuvent et veulent intervenir, se mobilisent dès qu’il y a des appels d’urgence. L’important, c’est la concertation, la coordination des aides. Ce que je suggère, c’est que chaque fois qu’il y a un état d’urgence, que tous les partenaires et bailleurs se rassemblent autour du CONASUR pour une question de coordination. S’il n’y a pas de coordination, on fait du n’importe quoi. Tout le monde intervient sans savoir ce que font les autres, il y a des doublons souvent, ce qui n’est pas bien. Il faut travailler à éviter cela et œuvrer de façon coordonnée.

Et éviter les coups de com. qui ne profitent pas aux victimes ?

De plus en plus, la société civile et la population ont un rôle plus important et ont leurs mots à dire. Il ne faut pas penser que la population est inactive, qu’elle reçoit sans agir, bien au contraire, elle est de plus en plus actrice de son développement. C’est d’ailleurs ce que nous visons, que les populations ne soient pas seulement bénéficiaires, mais responsables de leur construction, de leur développement.

Au lieu d’agir toujours après coup, est-ce qu’il n’ya pas lieu de prévenir. Dans un contexte de changement climatique, ne faut-il pas penser à des actions entrant dans le cadre de la résilience des populations ?

Absolument, la COP 21 qui se tiendra à Paris sur les changements climatiques vise justement cela. Il faut bien quelque chose pour faire face à ce gros fléau. Mais il faut effectivement travailler sur la prévention. Les pays directement concernés doivent d’ores et déjà prendre des mesures pour éviter que le changement climatique impacte négativement leur population et les cadres de vie. Mais depuis 20 ans, la coopération italienne travaille sur ce genre de problème au Burkina et dans d’autres pays. Nous reboisons, procédons à des aménagements du territoire et des bassins d’eau, tout ce qui peut améliorer l’état de la situation.

Un dernier mot

En 2014 la coopération italienne a signé un nouvel accord de coopération avec l’Etat Burkinabè. Le budget qui n’est pas énorme est de l’ordre de 22 millions d’euros. Les projets sont réalisés par le biais de la société civile, des organisations internationales ou grâce aux groupements à travers des appuis aux programmes, ou par les institutions italiennes spécifiques.
En dehors des cas d’urgence, nous intervenons surtout dans le domaine du développement rural, de la sécurité alimentaire et de la santé. Depuis 20 ans, nous avons au Burkina un gros programme de lutte contre le paludisme avec le Centre National de Recherche et de Formation contre le Paludisme. Grace à la coopération Italo-Burkinabé qui se porte bien, nous avons beaucoup de réalisations comme le CMA de Bogodogo, le centre de formation des infirmiers de Ouahigouya.
Nous sommes par exemple en train de mettre en œuvre un nouveau projet sur la mare de Dori. Tout dernièrement, on a financé un projet pour 1 million d’euro, dans les régions du Sahel avec des ONG italiennes ; et avec l’UNICEF, on a réalisé un projet de nutrition dans la région des Cascades, tout comme avec d’autres ONG.

Interview réalisée par Tiga Cheick Sawadogo (tigacheick@hotmail.fr)
Lefaso.net

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