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Média : Ainsi, ils ont liquidé "Presse Dimanche" !

Accueil > Actualités > Multimédia • • dimanche 7 décembre 2003 à 18h58min

Cher Wambi,
Ma mise en garde n’aura finalement servi à rien. Tu te rappelles que dans une de mes lettres, je te faisais part des menaces qui pesaient sur "Presse dimanche", l’émission la plus suivie de la Télévision nationale du Burkina (TNB). Eh bien, après une première panne suspecte qui avait privé les téléspectateurs de leur rendez-vous dominical le 26 octobre, "Presse dimanche" a disparu du petit écran depuis maintenant deux dimanches.

Sauf donc divine surprise après demain, il y a tout lieu de penser, cher cousin, qu’elle a été supprimée. Sans qu’on ait eu besoin de crier gare. Après à peine un an d’existence, le bébé de ton neveu Ali Compaoré subit ainsi le sort qui fut celui de "Médiascopie", sa devancière qu’on avait classée wassa wassa suite à l’ignoble assassinat de Norbert Zongo.
Alors, le régime de Blaise Compaoré, sérieusement suspecté dans cette affaire, craignait que cette tribune offerte chaque semaine aux journalistes ne se transforme en salle d’audiences où on instruirait son procès, sans relâche.

Cinq ans plus tard, le pouvoir burkinabè est toujours aussi frileux. En effet, certains faucons de la Galaxie Compaoré supportaient de moins en moins que nos gouvernants passent ainsi, tous les dimanches, sous les fourches caudines des communicateurs. Et ils reprochaient surtout à ceux qui étaient censés les défendre sur le plateau de ne pas être assez tranchants ; ignorant qu’il est quand même plus difficile de défendre un pouvoir en place, surtout celui-ci, que de dire aux téléspectateurs ce qu’ils veulent entendre.

En fait, cher Wambi, quand on parle des faucons du président, on pense tout de suite à des "bagarreurs" comme Salif Diallo ou Simon Compaoré. Ce coup-ci pourtant, ils n’y seraient pour rien. Il semble en effet que les principaux bourreaux de cette mise à mort de "Presse dimanche" ne sont autre que le Premier ministre en personne, un "dur" sous ses dehors de colombe et... Raymond Edouard Ouédraogo. Oui, le R.E.O. national, notre confrère R.E.O., actuel ministre de l’Information. "Ils (les journalistes Ndlr) veulent faire tomber le gouvernement", a-t-on même pu entendre un jour.

Cher Wambi, il m’est revenu que le ministre de tutelle de "Presse dimanche" était allé jusqu’à souhaiter entre-temps avoir la primeur des sujets qui seront traités et même connaître l’identité des journalistes qui seront présents. Mais bon Dieu, dans quel pays sommes-nous donc ! Enfin, on ne devrait pas s’en étonner, car, c’est connu, les premiers fossoyeurs de la liberté de la presse, c’est hélas, parfois les journalistes surtout quand ils deviennent des politiciens.

Cher Wambi, je ne le dirais jamais assez, c’est dommage que certains en soient toujours à ce stade, cela d’autant plus que l’émission-fétiche de la TNB participait de la grandeur et de l’esprit d’ouverture des autorités burkinabè. Qui sont-ils d’ailleurs pour vouloir gérer nos vies, en se distribuant au passage les gombos les plus frais de la République tout en voulant être caresser dans le sens du poil ?

Cher Wambi, j’enrage d’autant plus que le journal de ton oncle Nakibeugo où je travaille s’est toujours fait un devoir de participer à l’animation de cette production télévisuelle qui est, quoi qu’on dise, une bonne vitrine et où s’exerce un espace de liberté avec la confrontation d’avis divergents et contradictoires. Et comme l’Observateur, les autres publications qui y participaient, de l’extrême droite à l’extrême gauche du paysage médiatique burkinabè, doivent se sentir les dindons d’une farce journalistique de très mauvais goût. C’est sûr, c’est un recul grave pour notre démocratie dont la presse est la première vitrine, mais aussi souvent la première victime. Comme c’est le cas présentement.

Je m’étais d’ailleurs fait un devoir, à chaque fois que je recevais des étrangers (journalistes, consultants, politiques...) de soutenir que la censure n’existait pas au Burkina. Tout au plus pouvait-on parler d’autocensure, pour diverses raisons, de la part des médias.

Eh bien, je dois confesser que je m’étais trompé lourdement, car cette liquidation de la préférée des téléspectateurs n’est rien d’autre qu’une forme de censure et de bâillonnement. Si ce n’est pas malheureux.
Cher cousin, ces gens-là ne valent rien, ma religion est désormais faite. Car s’ils ne peuvent pas souffrir qu’on les critique, il ne leur reste plus qu’à rentrer chacun dans son village et on ne parlera même plus de lui : ni en mal ni en bien.
Autrement, tant qu’ils seront sous les lambris dorés de la République...

Et Blaise dans tout ça ? Est-il au courant de tout ça ? Si oui, est-ce qu’il pense vraiment que ceux qui ont liquidé "Presse dimanche" lui veulent du bien ? A moins que lui-même n’ait donné son accord ou qu’il ait laissé faire, ce qui revient au même.

Cher Wambi, le Burkina n’est vraiment pas sorti de l’auberge avec ces démocrates à la petite semaine qui ne savent même pas que l’ère des médias d’Etat où régnait en maîtresse absolue la pensée unique est révolue.

Passek Talé
L’Observateur

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