Balai citoyen VS Collectif Balai Citoyen : Entre Ouaga et Bobo, toujours la scission

mercredi 4 novembre 2015 à 00h58min

Le divorce entre des éléments du mouvement Balai citoyen est consommé depuis mars 2015. Les raisons selon l’ancien coordinateur Alexandre Kaba Diakité est le refus catégorique des militants de Bobo de se laisser dicter les choses par le Balai Ouaga et l’exigence d’une transparence dans la gestion du mouvement en ce sens que depuis sa création, jamais une assemblée générale n’a été tenue pour situer les militants sur comment il est géré, quelles sont les sources de financements, quels sont les acquis et les perspectives ? Aussi, soutient Alexandre, c’en était de trop, ces menaces de dissolution de la coordination de Bobo par le Balai Ouaga.

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Balai citoyen VS Collectif Balai Citoyen : Entre Ouaga et Bobo, toujours la scission

A l’an I de l’insurrection, le Balai citoyen, l’un des principaux mouvements citoyens qui ont fortement contribué à la chute de Blaise Compaoré a mal dans sa partie bobolaise. Depuis mars dernier, la ville de Bobo-Dioulasso compte, en effet, deux mouvements Balai citoyen : le Collectif Balai Citoyen et le Balai Citoyen. Eux qui avaient pourtant mené une lutte âpre depuis aout 2014 –date de la création du mouvement- jusqu’à l’atteinte de l’objectif notamment la chute du régime dictatorial, ne parlent plus le même langage.
A l’origine de cette séparation, le refus, selon l’ancien coordinateur Diafodé Alexandre Kaba Diakité, des militants de Balai Bobo de laisser dicter les choses par Ouagadougou. « Au Balai citoyen, nous n’étions pas de simples militants, nous étions des acteurs de ce mouvement qui est né devant nous et qui a commencé avec nous. Nous avons apporté notre accompagnement et imprimé notre façon de voir les choses » rappelle Diakité. Pour lui, il n’était donc pas question de se laisser dicter les choses après avoir compris plus tard selon lui, que le Balai Ouaga utilisait le balai Bobo. En effet, confie-t-il : « c’est lorsqu’il y avait des contestations et/ou des manifestations que le Balai Ouaga reconnaissait la force du Balai bobo. Ils nous appelaient donc à sortir dans la rue. Mais quand il s’agissait de prendre des décisions, quand il s’agissait de se concerter, tout se faisait au niveau central. Bobo n’était jamais impliqué ». Pour preuve, jusqu’à la séparation, pendant un an, le Balai bobo aurait maintes fois demandé ne serait-ce qu’une assemblée générale qui va réunir les responsables du mouvement. Ce qui n’a jamais été fait.

Alexandre Diakité reste par ailleurs convaincu, même s’il n’est plus du mouvement, que depuis sa création, une assemblée générale n’a jamais été tenue. Alors se demande-t-il : « comment veulent-ils que l’on se batte comme de beaux diables et refuser d’expliquer comment le mouvement vit, comment le mouvement se comporte, quelles sont les sources de financements, quels sont les dons, les acquis et les perspectives ». Tout cela est gardé comme un secret d’Etat au niveau de Ouagadougou. En clair, c’est la non implication, la non prise en compte des points de vue, la prise des décisions sans aucune concertation qui a divisé le Balai Bobo. « Nous étions toujours informé par voie de presse, de la prise de position de notre mouvement sur telle ou telle question de l’actualité nationale. Et c’est au vu de ce refus d’être de simple suiveurs qui ont amené certains cibals de Ouaga à nous traiter de rebelles », soutient M. Diakité.

Il n’y a pourtant pas que ça

Avant l’insurrection populaire, beaucoup de reproches ont été faits à Diakité. Il lui était par exemple reproché de prendre des initiatives sans au préalable concerter Ouagadougou. Après l’insurrection, il a été reproché à Diakité et certains de ses camarades notamment Moussa Serge Dao de composer avec certains formations politiques mais aussi avec d’autres personnes comme Safiatou Lopez et Siaka Coulibaly… ce qui est contraire au règlement du mouvement. Sur la question, Diakité est on ne peut plus clair. « Je pense que les gens doivent comprendre certaines choses. Personnellement, je ne mène pas de combats de personnes, mais plutôt des combats d’idées. Qu’on me voit avec Satan, s’il pose un acte qui apporte un réconfort à la population, qui apporte un plus au développement, je vais adhérer », assène Alexandre Diakité.

En effet, rappelle-t-il : « Safiatou Lopez était venue avec sa structure pour organiser une campagne de confection gratuite de CNIB pour les couches défavorisées de la ville de Bobo ». Alexandre Diakité l’aurait accompagnée pas en tant que militant du Balai citoyen, mais plutôt en tant que coordinateur des OSC de Bobo. C’est donc en leur nom, qu’il dit avoir pris la parole pour la remercier et l’accompagner dans la mobilisation pour la confection des cartes. A l’en croire, c’était la première fois qu’il rencontrait Safiatou et qui posait une action citoyenne pour la ville de Bobo. Malheureusement, il se trouvait qu’il y avait des divergences entre elle et le Balai Ouaga. N’étant pas au courant de cette histoire, pour Diakité Kaba, une affaire d’OSC de Ouaga ne doit pas se répercuter sur Bobo. Quant à la connivence avec Siaka Coulibaly, il s’agissait juste de mettre en place une structure d’accompagnement et de suivi de la transition. Toute cette action que Diakité a jugée bonne et qui méritait à son sens un soutien.

Le Collectif Balai Citoyen, une réplique au Balai Ouaga

Diakité compte deux tentatives de dissolution de la coordination du Balai Bobo pour des buts non avoués. Suspendu de la coordination, une assemblée générale restreinte avait eu lieu entre les militants pour restituer Diakité dans ses droits, en prélude à une rencontre avec les leaders du Balai citoyen Sams’k le jah, Smockey et Me Guy Hervé Kam. A l’entendre, ces derniers ont vu l’opposition frontale et catégorique contre sa suspension. Une deuxième tentative puis une troisième qui en était de trop selon l’ancien coordinateur du Balai Bobo. En quittant donc, Diakité et ses camarades se sont résolus à ne pas rester les bras croisés. « Mon exclusion n’a pas respecté les règles. Ils ne l’ont pas faite en Assemblée générale parce qu’ils savaient que s’ils le faisaient, ils n’allaient jamais pouvoir dissoudre la coordination de Bobo. Ils ont pris la décision à Ouaga, ont fait un document qu’ils ont profité d’un concert de Smokey à Bobo pour me le remettre et organiser une conférence de presse sur la question », dit-il. C’est donc pour ne plus suivre le Balai Ouaga « comme des moutons » que le Collectif Balai Citoyen est né.

Un militant du balai Ouaga dans le gouvernement

Un autre fait non moins important qui aura intrigué le Balai bobo, est la présence d’un militant du Balai Ouaga dans le gouvernement. Il s’agit notamment de René Bagoro alors qu’après l’insurrection il a été décidé qu’aucun membre du Balai ne doit être dans les instances de la Transition. « Ça aussi, nous l’avons appris dans la presse. Pour nous, il fallait quand même nous informer pour que tout le monde donne son avis sur la décision. Parce qu’à l’unanimité à Bobo, Serge Dao a été désigné pour siéger au CNT », rappelle Diakité. Et d’ajouter que même : « Ramata Soré, journaliste et point focal du Balai citoyen a été surprise de voir la nomination de Bagoro dans le gouvernement. Lorsqu’elle a demandé à Guy Hervé Kam d’expliquer la présence de Bagoro dans le gouvernement et à quel titre, la question est restée sans réponse. C’est deux jours après que Basic Soul dira que Bagoro y était au nom d’une autre structure qui est le mouvement des jeunes cadres pour l’alternance. Mais ces militants nous feront comprendre qu’ils sont trop jeunes pour influencer la nomination d’un ministre ». Malheureusement, avoue Diakité, il était interdit d’en parler.
Aucune tentative de réconciliation….
Après la séparation, Diakité et ses camarades disent n’avoir pas tenté une quelconque médiation. Ils s’en réjouissent d’ailleurs. Le Balai Bobo, contrairement aux autres localités, avait des visages et ce sont ces visages que les gens connaissent comme Balai citoyen qui sont pour la plupart au Collectif. Des populations manifestent toujours leur confiance et plusieurs activités citoyennes sont réalisées avec succès. Le gros projet du Collectif Balai Citoyen est la réhabilitation de la mairie de Bobo. A cet effet, une campagne de collecte de fonds sera très bientôt lancée pour mobiliser suffisamment de quoi contribuer à la reconstruction de la mairie.

« Nous n’avons jamais été contre la dissolution du RSP, encore moins exigé la libération de Salia Sanou »

A la question de savoir si le Collectif qui semble ne plus avoir les mêmes idéaux que le Balai Citoyen a été contre la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle, Diakité répliquera énergiquement par la négative, éclairant que : « Nous avons fait notre conférence de presse, en juillet 2015, pour nous exprimer sur la situation nationale dont le problème du RSP. A l’époque le PM Zida venait de lire un discours au CNT dans lequel il disait que le RSP ne pouvait être dissout. Les candidats à l’élection présidentielle avaient, eux-aussi des réponses ambiguës sur la question. Alors nous en tant que OSC, nous étions convaincus que le RSP allait rester, c’est pourquoi, nous avons proposé, qu’à défaut de dissoudre le régiment, que l’on fasse un nettoyage en arrêtant les criminels avant de procéder à une réforme globale de l’armée en réorientant les missions du RSP. S’agissant de Salia Sanou, nous avions dit que nous assistons à une justice sélective au Burkina et qu’il serait plus juste de rendre justice à tout le monde ou de remettre tout le monde en liberté. Je pense que nous avions été mal compris ». En tous les cas, les relations du Collectif Balai citoyen avec le Balai Citoyen Bobo restent pour l’heure amicales. Il n’est pas question pour Diakité et ses camarade de retourner à la « maison commune » si les choses doivent rester inchangées. A la question de savoir quelles sont aujourd’hui ses relations avec Moussa Serge Dao, le numéro 2 du collectif, il répondra qu’elles ne sont pas également au beau fixe pour avoir eu des points de vue divergents sur certaines situations. En tout cas, assure-t-il : « ça n’a rien à voir avec une question d’argent comme le prétendent beaucoup de personnes ». Diakité confie également qu’il n’a jamais soutenu le putsch du CND. Il dit être allé à l’hôtel Laico pour représenter sa structure –le collectif Balai citoyen- lors des rencontres avec les organisations de la société civile.

Bassératou KINDO
Lefaso.net

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