AN I de l’insurrection : La situation des entreprises saccagées a empiré

mercredi 4 novembre 2015 à 00h58min

Le monde de l’entreprise a été durement touché pendant l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui a abouti à la chute du pouvoir de Blaise Compaoré. Un an après ces événements, la situation des sociétés victimes des violences reste dans l’ensemble préoccupante. A ce jour, rares sont en effet les entreprises qui ont pu relancer un tant soit peu leurs activités, tant les dégâts ont été dévastateurs, aussi bien pour les employeurs que pour les employés.

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AN I de l’insurrection : La situation des entreprises saccagées a empiré

Au Burkina Faso, le monde de l’entreprise a payé le plus lourd tribut pendant l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 qui a mis fin au régime du président Blaise Compaoré. En effet, plus d’une centaine d’entreprises à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso ont fait l’objet de toutes sortes de violences : pillages, saccages, incendies. Ces violences ont été essentiellement dirigées contre les entreprises dont les responsables étaient proches du pouvoir déchu ou contre des entreprises qui étaient soupçonnées à tort ou à raison d’être liées au régime Compaoré.

Ainsi, à Ouagadougou, TAN-ALIZ, société alors dirigée par Alizèta Ouédraogo, belle-mère de François Compaoré, frère cadet du président Compaoré, a été saccagée. Azalai Hôtel, dont les gérants ont eu la mauvaise idée d’accepter de loger les députés en vue du vote très contesté du projet de loi sur la révision de la Constitution, subira aussi dès les premières heures de la chute du pouvoir Compaoré avec la prise de l’Assemblée nationale, de plein fouet la colère des insurgés. A l’autre bout de la ville, à Ouaga 2000, Joly Hôtel qu’on disait appartenir à la Première Dame Chantal Compaoré, sera également vandalisé, pillé et saccagé. A la zone industrielle de Kossodo, la société Watam Kaizer verra également une de ses usines incendiée.

Bref, il sera fastidieux d’énumérer toutes les sociétés qui ont été touchées dans la capitale : Groupe OBOUF, Coris Bank, Faso Plast, UBA.
Le bilan global est désastreux : plusieurs milliers d’emplois perdus, une perte économique de plus de 34 milliards de francs CFA. Ce manque à gagner déjà important, pouvait grimper jusqu’à 65 milliards de francs CFA à moyen terme si rien n’était fait pour relancer l’activité économique dans ces entreprises ; selon une évaluation dont les résultats ont été publiés en novembre 2014.

Des difficultés de reprise des activités

Un an après l’insurrection, la situation s’est empirée pour le monde de l’entreprise au Faso. En effet, rares sont aujourd’hui les entreprises touchées à Ouaga qui ont pu relancer leurs activités. Certaines comme Watam Kaizer ont mis en branle un plan B qui a permis de maintenir en activités les travailleurs en attendant de remettre en état de marche l’outil de production détruit. A Joly Hôtel, une remise en état de marche du bâtiment avait été entamée avec des réfections mais l’exercice a fait long feu. Le chantier est arrêté depuis quelques mois et les travailleurs, qui ne savent plus à quel saint se vouer, ont donné de la voix ce vendredi 30 octobre 2015. A Azalai Hôtel, pas grand-chose n’a bougé sur le terrain depuis les événements, hormis la clôture de l’établissement.
Ces difficultés de reprise des activités des sociétés s’expliquent par un certain nombre de facteurs. Il y a la lenteur des assureurs pour les entreprises qui étaient assurées. On a aussi la disparition des sources de financement pour les entreprises qui étaient intimement liées au régime déchu. Le régime n’étant plus là pour leur offrir des marchés juteux, ces entreprises, dont certaines sont aujourd’hui décapitées (les premiers responsables sont en exil), auront visiblement du mal à se relever, avec toutes les conséquences désastreuses que cela comporte pour les travailleurs de ces sociétés, qui se retrouvent du jour au lendemain sans emploi, sans solde, sans indemnités. « Le gouvernement nous avait promis un soutien mais jusque-là, nous n’avons pas eu de nouvelles », confie Irène Ouédraogo de la société AZIMMO Ouaga 2000.

Le cas emblématique de TAN-ALIZ

Le cas de TAN-ALIZ est emblématique du désarroi dans lequel se retrouvent les travailleurs des sociétés victimes des violences collatérales de l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014.
Au lendemain des événements, des négociations entre l’employeur et les représentants des travailleurs sous l’égide du ministère du travail et de la sécurité sociale avaient abouti à un accord le 1er novembre 2014. Au terme de cet accord TAN-ALIZ a suspendu les contrats de travail de l’ensemble de ses agents (142 personnes à l’époque) pour une durée de cinq mois renouvelable une fois pour compter du 1er novembre 2014.
Au bout des dix mois de suspension, TAN-ALIZ a purement et simplement licencié l’ensemble de ses employés parce que sa situation ne s’est pas améliorée. Les travailleurs, qui espéraient reprendre le travail le 1er septembre 2015, ont ainsi vu leurs espoirs s’envoler. Ils étaient suspendus sans solde. Maintenant, ils sont licenciés sans indemnités. Et depuis, « chacun se débrouille comme il peut », selon Aimé Yabré, délégué du personnel.


Le soutien du gouvernement jugé tardif ou insuffisant

Devant la situation, le patronat et les syndicats se sont très tôt tournés vers les nouvelles autorités. Ainsi dès le 4 novembre 2014, le Lieutenant-Colonel Yacouba Zida, alors chef de l’Etat, recevait dans son ancien quartier général du Conseil économique et social (CES), les représentants du patronat qui sont venus lui soumettre leurs préoccupations. « Vos préoccupations seront prises en compte en vue de permettre une relance de l’économie », leur avait assuré Zida ce jour. De Zida et à son successeur Michel Kafando, l’un et l’autre ont promis le soutien du gouvernement aux travailleurs.
Un an après, ce soutien gouvernemental tarde à se traduire concrètement chez certains travailleurs comme ceux de AZIMMO 2000, comme nous le confiait plus haut Irène Ouédraogo. Même ceux qui ont la chance de recevoir le soutien du gouvernement, le trouvent insuffisant. Ainsi, Aimé Yabré de TAN-ALIZ a reconnu avoir reçu à l’instar d’autres collègues, des vivres pour une période de six mois et une somme de 75 000 F CFA pour la scolarité des enfants. Mais, il avoue que pour ceux qui ont beaucoup de bouches à nourrir, l’aide de six mois ne dépassera pas trois mois.

Les entreprises ne sont pas aussi bien loties en matière de l’aide promise par le gouvernement, ce qui explique la léthargie dans laquelle se trouvent un bon nombre de sociétés depuis les événements.
« Jusque-là, la réparation est lente. Beaucoup d’entreprises qui ont été victimes, jusque-là ne sont pas rentrées dans les appuis que le gouvernement avait promis. Beaucoup de travailleurs ne sont pas rentrés dans les appuis promis par le gouvernement », note à ce propos Thomas Paulin Ouédraogo, secrétaire confédéral à la protection sociale et aux normes de la Confédération Nationale des Travailleurs du Burkina (CNTB). Pour lui, il appartenait à la Transition de prendre toutes les mesures nécessaires pour la réparation des préjudices causés aux entreprises et aux travailleurs. Car, explique-t-il, les destructions occasionnées sont des actes qui ont été posés dans le cadre de la restauration d’un Etat de droit responsable. Mais, de préférence, il souhaite que le problème des travailleurs soit traité prioritairement.
Les employeurs et employés seront-ils enfin satisfaits du gouvernement de Transition qui vient d’annoncer, à l’occasion du premier anniversaire de l’insurrection, d’importantes mesures en faveur des veuves et blessés des événements ? Les jours à venir nous le diront.

Grégoire B. Bazié
Lefaso.net

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