Lahousséni Tahar Ouédraogo, architecte et activiste de la société civile : « La Transition a donné la preuve qu’une fois que les gens ont la main dans la soupe, tous leurs idéaux d’antan deviennent de lointains souvenirs »

mardi 3 novembre 2015 à 00h07min

Il est architecte urbaniste et aménageur de profession mais aussi un fin observateur de la scène où il n’hésite pas à s’engager activement quand les causes l’exigent. Né à Niangoloko d’un père électricien-cheminot et CDR (militant des comités de défense de la révolution), il en a gardé la fibre révolutionnaire. S’il n’est pas officiellement encarté dans un parti ou une OSC, il n’en reste pas pour autant très engagé comme on l’a vu sur les réseaux sociaux lors des différents événements qui ont rythmé la vie politico-sociale du Burkina ces dernières années. A l’occasion de l’an I de l’insurrection populaire, nous sommes allés à sa rencontre pour avoir son analyse de l’évolution du Burkina au cours de ces derniers mois.

Lahousséni Tahar Ouédraogo, architecte et activiste de la société civile : « La Transition a donné  la preuve qu’une fois que les gens ont la main dans la soupe, tous leurs idéaux d’antan deviennent de lointains souvenirs »

On note que vous êtes très présent sur les réseaux sociaux à travers des prises de position parfois très tranchées. Pourquoi un tel engagement et depuis quand date-t-il ?

En réalité je n’ai aucun passé de militant et je ne m’en cache pas. J’étais comme qui dirait, juste intéressé à regarder mes papiers. Tout au plus, lycéens à Ouagadougou, nous avions marché et repris les refrains des formules chocs du Pr Joseph Ki Zerbo et autres membres du Collectif contre l’impunité entre 1998 et 2001 après l’odieux assassinat de Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune. Mais notre génération qui a connu cette période post-Sapouy a une sainte horreur de l’injustice sous toutes ses formes. C’est donc naturellement que les réseaux sociaux ont été un vecteur important de diffusion de l’information notamment en temps réel ou en direct si je peux me permettre l’expression. Cette utilisation abondante aussi bien de la photographie, de la vidéo que des réseaux sociaux dès 2013 pour s’opposer au sénat et au référendum au moment où les meetings ne réunissaient pas encore grand monde, a accéléré le cours des choses à mon avis.

Mon engagement pour le changement et la fin des injustices a commencé bien avant, dans mon domaine professionnel où je me suis mis dès 2010 à dénoncer le grand immobilisme de l’Ordre des Architectes face aux problèmes de la profession et la mainmise d’un clan d’anciens avec quelques jeunes obligés sur l’appareil de défense des intérêts de la profession. Je suis ainsi passé en chambre disciplinaire en 2012 après avoir dénoncé le truquage des concours d’architecture d’une part et le coût exorbitant de la procédure d’obtention du permis de construire au Burkina d’autre part ; l’un et l’autre de ces problèmes sont hélas toujours existants.

Là n’est pas le sujet du jour mais permettez juste que je souligne qu’après l’insurrection plusieurs confrères se sont plaints à moi du fait que le ministre nommé à l’Habitat et à l’Urbanisme n’était pas du domaine. Je leur ai répondu que c’était normal vu que nous préférons nous contenter de notre domaine professionnel et ne pas nous impliquer dans la vie de la Nation, notamment dans les mouvements de revendication, de crainte d’être fichés et ne plus avoir de marchés publics. C’est donc normal que ceux qui ont le courage de s’engager viennent nous diriger après.

Mais à l’approche de ces présidentielles, j’ai approché des ainés urbanistes notamment puisqu’ils sont plus dynamiques afin qu’on fasse du lobbying auprès de tous les candidats aux élections pour une meilleure intégration dans leurs programmes des problématiques liées à l’architecture et à l’urbanisme, la lutte contre la corruption qui mine le secteur du BTP et la nomination de spécialistes de ces domaines aux postes les concernant.

Pour revenir à votre question, cet engagement d’abord professionnel s’est rapidement déporté sur la lutte légitime de l’ex-CFOP et des OSC engagés pour la fin du régime corrompu de Blaise Compaoré à travers les différentes marches notamment celles légendaires du 18 janvier et du 28 octobre 2014.

Comment avez-vous vécu les événements ayant conduit à l’insurrection populaire ?

En réalité, le climat social était tellement tendu, les iniquités tellement criardes et l’impunité et l’arrogance tellement outrageantes, qu’une fin du régime Compaoré était prévisible, sauf bien sûr pour le régime lui-même, entouré de ses griots et faux analystes qui lui mentaient. Dès le 18 janvier 2014 où j’ai marché sous une pluie annonciatrice avec mes amis Me Kam et Me Somé, on voyait que le peuple était prêt au sacrifice pour se débarrasser du régime Compaoré. Je me rappelle avoir marché le 28 octobre avec un vieillard qui n’attend sûrement plus grand chose de la vie mais m’a tout simplement dit : « il a trop duré, il doit partir ».

J’avais sur moi l’avantage d’être très mobile et de poster beaucoup de photos prises lors des marches et événements, ce qui a considérablement augmenté le nombre de personnes qui me suivaient sur les réseaux sociaux notamment nos concitoyens de la diaspora. Déjà le 29 octobre je postais les images des dispositifs sécuritaires que le défunt régime mettait en place au centre-ville et très tôt le matin du 30 octobre j’ai rapidement fait le tour pour donner également l’état des lieux via les réseaux sociaux.

J’avais juste eu cette phrase prémonitoire le matin du 30 octobre à savoir que d’ici le soir il se pourrait qu’on ne reparlât plus de la suppression de la loi qui divisait mais du départ de Blaise Compaoré. La suite, on la connait tous. On peut la raconter chacun à sa manière, s’attribuer des mérites réels ou imaginaires, mais c’est la même belle histoire de cette libération légendaire du peuple Burkinabè malheureusement au prix de la vie d’une trentaine de nos jeunes concitoyens, paix à leur âme.

Mais l’euphorie de la matinée passée, j’ai eu le privilège d’être un témoin du cafouillage qui régnait en ce moment pour le changement de pouvoir. D’abord l’après-midi, l’ex-CFOP où j’étais, était le point d’attention principal avec les allers et venues du Général Honoré Traoré qui négociait avec les leaders de l’opposition. Je suis resté pratiquement jusqu’à la fermeture de l’ex CFOP avant 21h avant de rejoindre la place de la Nation ou un petit groupe d’OSC faisait le guet, mais l’essentiel était fait, le vaillant peuple avait obtenu sa libération.

Ce qui m’a frappé c’est que le lendemain à la place de la Nation où le peuple s’est encore réuni, les politiques étaient absents, ce qui a sans doute laissé la place aux jeunes leaders des OSC, retrouvant en face d’eux un jeune militaire de leur génération, de faire ce que beaucoup appellent le deal de la naissance de la Transition.

Mon analyse personnelle est plutôt celle d’un conflit de générations et je m’explique : autant la veille, le Général Traoré et l’ex-CFOP étaient au-devant de la scène, autant le lendemain ils avaient fait place aux jeunes de chaque côté. Y a-t-il eu des deals ? Cela, je n’en ai pas été témoin et ne puis l’affirmer. Je constate juste que certains ministres nommés au Gouvernement ne figurent sur aucun des contingents de la charte de la Transition. Je constate également que ça a été le point de départ d’un opportunisme généralisé dans le pays, où des personnes n’ayant jamais participé à l’insurrection qui n’a pas commencé le 30 octobre 2014 mais bien avant dès l’organisation du FOCAL (Forum des Citoyens pour l’Alternance) en 2009, voire avant encore, se revendiquent désormais insurgés, créent des OSC et terrorisent ceux qui ont vraiment lutté contre le défunt régime.

Un an après, quels souvenirs gardez-vous de ces événements ?

Ce sont des moments uniques dans la vie de tous les Burkinabè qui ont vécu ces événements. Des moments de grande émotion mais également de communion d’un peuple qui ne faisait, en ce moment précis, qu’un, autour de l’espoir. C’est sans doute ce que je retiens le plus : c’était des moments de très forte espérance, on espérait tous des lendemains meilleurs. On gambadait dans les rues de Ouagadougou et surement des autres villes, comme des bambins, fiers et pleins d’espoir. J’ai fait le tour de la ville et posté tout en images de l’incendie de l’assemblée nationale au pillage de l’Hôtel Azalai en passant par notre tentative manquée de prendre Kosyam et le pillage des grands magasins du PAM à la ZAD…

Et c’est motivés par l’espoir du changement que jusqu’au 02 novembre 2014 et alors que certains avaient déjà abandonné la lutte en disant que Blaise était parti et que le reste était une bagarre entre militaires à laquelle il valait mieux ne pas se mêler, la majorité des Burkinabè est restée dans la rue pour dire non à la confiscation du pouvoir par l’armée. Personnellement j’avais fait et distribué aussi bien sur Facebook qu’à la place de la Nation un tract où j’énumérais tous les militaires venus au pouvoir à la suite d’un coup d’état et ayant changé leur treillis pour rester de façon contestée au pouvoir, que ce soit Sassou N’Guesso, Idriss Deby, Robert Guei, Ould Abdelaziz et je terminais en m’interrogeant pourquoi Zida le laisserait, lui. Je ne serai pas prétentieux mais avec le passe-passe de Président à 1er ministre puis les soupçons d’agenda caché qui pèsent sur la Transition aujourd’hui, je ne suis pas loin d’avoir raison.

La Transition a un an, quel bilan en faites-vous ?

En fin de semaine, Me Sankara, Me Farama, Tahirou Barry et le Reporter ont tous souligné que s’il y’avait eu des bonnes intentions, des essais de bien faire, il y avait eu hélas beaucoup de déception. Le bilan à mon avis est de façade positif mais en réalité globalement décevant. Le slogan populiste « plus rien ne sera comme avant » s’est limité à quelques actions publicitaires sans portée réelle et au contact du réalisme du terrain, est devenu « tout est pire qu’avant ».

Pour ma part, je note avec stupéfaction que le verrouillage de l’article 37, cause principale de l’insurrection ne sera fait qu’en toute fin de la transition et aurait même pu ne pas être fait si les élections avaient eu lieu plus tôt. C’est la preuve qu’une fois que les gens ont eu la main dans la soupe, tous leurs idéaux d’antan sont devenus de lointains souvenirs, chacun s’acharnant juste à voyager au maximum, à visiter le maximum de pays aux frais de l’Etat et à parader d’honneur en honneur.

Ensuite, pendant qu’elle se plait à un véritable cynique commerce de martyrs organisant à tour de bras cérémonies d’hommage, monuments d’hommage, décrétant et instituant des journées d’hommage, la Transition n’a jamais véritablement voulu se pencher sur la question de la justice pour les martyrs sans doute parce que certains de ses animateurs principaux doivent en répondre également. Toujours sur le plan de la justice, on a assisté à un règlement de comptes entre anciens copains plus qu’à une véritable justice.

Et le plus drôle dans tout ça, comme Me Farama l’a souligné, c’est qu’on veut nous faire croire qu’en 26 ans aux affaires à côté de Blaise Compaoré, certaines personnes qui ont fêté leurs milliards dans ce pays et ont été les piliers du régime Compaoré seraient blancs comme neige. Blaise Compaoré et ses derniers ministres ayant intégré le gouvernement en 2011 seraient la cause de nos 27 ans de souffrance. C’est quand même gros non, tout ça ? Certes, on a tous été ulcérés par l’arrogance et la corruption du régime Compaoré mais si on veut les traduire en justice, que cela soit fait avec des preuves solides et que la justice ne soit pas sélective.

D’autre part, toutes les arrestations opérées ont plus des motifs politiques que criminels. Le peuple qui espérait une expropriation des biens notamment immobiliers mal acquis de l’ancien régime et ses obligés de la sphère des affaires est vite retombé de ses rêves. Pire, certains gros truands économiques comme dans mon domaine, des truands que même le défunt régime corrompu avait commencé à auditer, ont vite fait, l’argent aidant, de devenir les amis des dirigeants de la Transition et de se voir confier de gros marchés et des projets symboliques de l’insurrection. L’insurrection a produit carrément l’effet contraire de ce qu’on escomptait dans le domaine de la lutte contre la corruption. En fait, on a juste remplacé une bande de voleurs par une autre plus populiste. Dans le domaine des marchés publics c’est encore pire que sous Blaise : au moins avant, il y’avait des appels d’offre même si c’était truqué. Sous la Transition, tout est donné au gré à gré à ceux qui vont au bon lieu de culte ou sont proches des dirigeants. Des milliards de marchés d’études et de travaux ont été attribués notamment dans le cadre du PSUT au gré à gré et sans aucun critère de mérite, par pur clientélisme même si le gré à gré n’est pas interdit. On a même vu sous la Transition des entreprises passer avec aisance du pavé aux routes bitumées, exactement ce que nous reprochions à l’ex belle-mère nationale de passer du bâtiment aux moustiquaires et aux routes bitumées sans aucune compétence.

Les décisions prises à mon avis sous la Transition, seront à 90% annulées par tout régime sérieux qui viendrait parce que la plupart de ces décisions et lois ne répondent qu’à une logique populiste et publicitaire et ne résiste pas à une analyse critique. La journée continue ou plutôt la ‘’demi-journée de travail’’ ne survivra pas car non adaptée à notre réalité notamment au système éducatif. Le Faso dan fani le 08 mars prochain d’accord. Mais tous les 8 mars, je dis voilà ce qui va tuer complètement l’artisanat Burkinabè car bientôt le marché sera inondé de Faso dan fani made in China exactement comme dans le cas du kefieh palestinien. La loi sur le loyer : on décide de faire la loi avant de lancer l’étude diagnostic, ça c’est la meilleure. Faut-il rappeler qu’une telle loi existait sous la révolution et n’a jamais véritablement marché ? que fait-on en amont pour l’accès au foncier urbain ou au logement dans ce contexte de spéculation foncière et de laisser-aller total de la promotion immobilière ? Absolument rien. Voici une loi populiste qui va réussir juste à crisper d’avantage le marché du parc locatif privé. La justification de la loi « ce n’est pas parce que le goudron passe devant la maison de quelqu’un que demain il augmente le loyer » est plus digne de provenir d’une conversation de Zabr-daaga que de professionnels spécialisés sur les questions de logements.

Les nominations : on se demande tout simplement ce que fera le futur président élu tellement la Transition a fini de nommer à tous les postes où nomination pouvait être faite, à tel point qu’on se demande si l’intention de la Transition n’est pas de laisser le futur président élu encerclé de ses obligés comme un prisonnier et pouvoir revenir plus facilement aux affaires. En tout cas, l’affaire de la prolongation ratée du bail sous des motifs sécuritaires a eu le mérite de rappeler à tous les partis politiques et OSC, y compris ceux qui pensaient la contrôler - que la Transition - avait ses propres plans.

Encore une occasion ratée pour la Transition de se faire pardonner ses errances et arnaques : quand le peuple rejette le putsch imbécile du Général Diendéré et son défunt RSP, c’est avant tout un acte patriotique et démocratique populaire dicté par l’amour de notre pays. La Transition ayant interprété cela comme un plébiscite de ses dirigeants a voulu envoyer aux calandres grecques les élections sous des motifs fallacieux, la suite on la connait avec cette levée générale de boucliers qui les a obligés à faire marche arrière toute.

Les lois votées en mettant beaucoup de « ayant ayant », taillées sur mesure, tout ça c’est exactement ce que nous dénoncions sous Blaise Compaoré. Le nouveau code minier auquel je me suis beaucoup intéressé n’encourage pas en réalité à l’investissement dans notre pays ce d’autant plus que la Côte d’Ivoire et bien d’autres pays se dotent d’un code beaucoup plus attractif. Il faut désormais se mirer dans un espace communautaire et non amorcer un repli nationaliste populiste.

Sur le plan des libertés, la loi sur la presse a été très décriée. Sur les libertés individuelles, je note un net recul : quand quelqu’un peut s’assoir derrière un clavier en toute impunité lancer des appels au meurtre, lancer des fausses informations pour faire incendier chez des Burkinabè, je dis il y a une justice pour les amis de la Transition et une justice pour les non amis. On assiste justement à une radicalisation, à l’instauration de la pensée unique où toute critique de la Transition est synonyme de traitrise ou d’intelligence avec l’ennemi. Il y a en réalité ceux qui suivent des idéaux et ceux qui suivent des personnes. Les insurgés qui suivent des idéaux ont naturellement été déçus par la Transition, ceux qui suivent des personnes ou des intérêts personnels sont encore dans l’hypocrisie et le déni de réalité. Depuis l’épisode de la prolongation ratée du bail de la Transition qui a réuni tous les insurgés sincères encore, j’en vois qui ont désormais honte sur les réseaux sociaux tant ils avaient toujours nié les manipulations et errances de la Transition. On se croirait presqu’aux Etats-Unis à l’époque du Maccarthysme où chacun pouvait transformer son voisin en traître et le livrer à la vindicte populaire sous le motif d’espionnage. J’ai personnellement été victime de cela quand des confrères architectes, pour bloquer le paiement d’une facture, ont payé un journaleux pour nous diffamer dans trois éditions successives sans jamais demander notre avis, après avoir échoué à publier leurs écrits diffamatoires dans tous les organes de presse sérieux.

Les acteurs de la justice même doivent se demander si la Transition a une considération pour eux car pendant qu’ils sont là et disposés à s’auto-saisir comme le Procureur l’a bravement fait dans le cadre du putsch, la Transition, elle est juste occupée à créer des commissions d’enquête dont nous connaissons tous l’inefficacité. Les nombreuses commissions nationales de, secrétariats permanents de, fonds spéciaux de, cadres nationaux de…créés juste pour des amis ou par populisme, on peut légitimement se demander d’où viendra l’argent du financement de leur fonctionnement dans le 16e pays le plus pauvre au monde. Quand le moindre acte, le moindre incident doit donner naissance à une commission nationale ou un secrétariat permanent, on est dans l’improvisation et non l’exercice du pouvoir d’Etat. On est également stupéfait qu’un texte de révision constitutionnel soit donné aux partis politiques un lundi pour être amendé pour le lendemain (dixit Me Sankara), après quoi on jette les partis politiques en vindicte à l’opinion publique au motif qu’ils s’opposeraient à la modification de la constitution.

Enfin la Transition aurait eu au moins le mérite de nous révéler la malhonnêteté et l’incompétence de nombreuses personnes qui pestaient sur tous les toits sous Blaise qu’elles étaient honnêtes, intelligentes et capables de diriger ce pays. Voilà que sous cette transition, il ne se passe pas une semaine sans qu’une affaire de détournement de fonds, de marchés publics attribués à des amis ou même fictifs (il y en aurait eu énormément), d’achat d’hélicoptère, etc ne soit révélée dans les milieux bien informés. Les mêmes qui dénonçaient le clientélisme sous Blaise Compaoré ont accepté des postes ministériels et autres postes obtenus grâce à leurs amis et en sachant pertinemment qu’ils ne connaissaient rien à ces domaines et n’apporteraient donc rien au pays. C’est bon pour mon CV et mon compte bancaire, alors j’y vais.

Côté compétences, là il n’y a rien à dire. Que d’amateurisme ! Comment un régime bourré d’éminents juristes, conseillé par d’éminents amis juristes, dirigé par un diplomate chevronné peut-il se livrer à autant d’amateurisme et d’actes contradictoires ? Si on n’est pas en train de s’excuser pour une perquisition de la soi-disant maison privée de Soro, on est enfin en train de reprendre les concours que le ‘’ministre des syndicats qui n’aime pas les syndicats’’ disait ne pas vouloir annuler car ‘’ayant réussi à circonscrire la fraude’’. L’ancien SG de l’ONU, le Suédois Dag Hammarskjöld qui se faisait publiquement insulter par les représentants des pays de l’Est et leurs affiliés et répondait en souriant : « voyons mon jeune frère… » au Guinéen Diallo Telli et d’autres, devra se retourner dans sa tombe face à la déchéance de la diplomatie Burkinabè sous la Transition. Et le pire de tout cela serait qu’un ministre de la Transition prenne après la tête de l’ASCE pour empêcher qu’un audit sérieux sur la gestion de la Transition ne soit effectué un jour.

Je retiens en positif de cette période transitoire la disparition du RSP qui constituait vraiment un gros problème de stabilité nationale et le rejet du putsch de septembre 2015 grâce au courage et à la bravoure du peuple Burkinabè qui mérite d’être encore désigné Africain de l’Année. Je retiens également que même si la justice pour les martyrs et les blessés n’a jamais été dans la volonté de la Transition, le récent dédommagement des familles est une bonne chose, en tout cas beaucoup mieux que les centaines de millions mises à organiser des cérémonies d’hommage et à ériger des monuments, un cynique et hypocrite ‘’commerce de martyrs’’ dont tout patriote sincère devrait s’offusquer. Je salue la position du Balai citoyen qui s’est d’ailleurs démarqué de la dernière cérémonie d’hommage à la place de la Nation suivie d’un enterrement hâtif des martyrs du putsch imbécile de septembre 2015, sans avoir fait d’autopsie, ne serait-ce que par précaution.

Comment voyez-vous le Burkina post-Transition ?

Le Burkina post-Transition devrait être un Burkina de paix, de justice sociale, de méritocratie et d’égalité. Un Burkina où les enfants de ministres et de paysans auront les mêmes chances, où les étudiants ne seront pas jetés dans la rue comme de vulgaires délinquants, où l’école ne produirait pas des chômeurs mais de jeunes entrepreneurs qui créeraient eux-mêmes beaucoup d’emplois, un Burkina où aucun ministre ne bloquera des dossiers compromettants pour ses collaborateurs, où l’Etat ne serait plus cette caverne d’Ali Baba où chacun se sert impunément, où les marchés publics et concours ne seraient pas attribués d’avance aux amis et fils et filles de en toute impunité. Mais également un Burkina de grands projets, de grands ensembles immobiliers pour répondre à l’offre en infrastructures et en logements de qualité pour tous les ménages.

Quand je vais en Côte d’Ivoire, entre le nouveau pont HKB obtenu à zéro franc pour l’Etat, les logements sociaux en construction partout, le pôle des grandes écoles à Yamoussoukro ou le futur pôle hôtelier et de loisirs de la future baie de Cocody en partenariat avec les Marocains, je me demande pourquoi nous sommes encore à la traîne sur le plan des infrastructures et du logement. Car en réalité, les mécanismes de financement des grands projets existent et sont connus de tous les grands bâtisseurs. Le principe d’un retour d’investissement étant universellement acquis, tu veux faire du bitume qui est un dérivé du pétrole, dirige-toi avec un projet sérieux vers les pays producteurs de pétrole. Tu veux avoir des rames de tramway sans rien dépenser ? Passe un partenariat de construction-exploitation sur 30 à 35 ans avec Alstom ou les Japonais, idem avec Bouygues ou les Chinois si tu veux des grands ouvrages d’art.

Mais pour qu’un Burkina des grands projets existe, il faut mettre les spécialistes qu’il faut là où il faut, il faut également nommer dans le gouvernement et les grands postes plus d’entrepreneurs que d’administratifs. Je précise qu’être entrepreneur c’est s’inscrire dans une logique de self-development et être administratif c’est rester attaché à la mentalité de l’Etat-providence et continuer de subir le diktat de Bretton Woods. Tout est donc question de mentalité et non de diplômes et c’est pourquoi on appelle les technocrates aguerris et les grands managers aux côtés des dirigeants ; Thierry Tanoh, après ECOBANK, est pressenti pour prendre la tête du futur gouvernement dans son pays tandis que mon ancien professeur à La Sorbonne, l’Afro-Optimiste Lionel Zinsou dirige lui le gouvernement Béninois depuis peu après son départ du plus important fonds d’investissement Français (PAI Partners de la BNP Paribas). Il faut sortir du cycle de l’Etat-providence et de l’aide au développement au profit des partenariats gagnant-gagnant et des mécanismes de financement innovant tels la ‘’construction-exploitation’’. En lisant le best-seller « l’aide fatale » (Dead Aid) de Dambisa MOYO, nos gouvernants doivent s’abstenir d’endetter d’avantage les futures générations et s’engager dans la logique d’un développement équitable et qualitatif selon la conception de Sir Amartya SEN.

Et pour qu’un Burkina lucide puisse naître, il faut que la jeunesse se cultive d’avantage sur l’histoire de ce pays, sur l’histoire des hommes politiques et des mouvements de ce pays, qu’elle lise et relise le document « Droits de l’homme et constitution » de Aimé NIKIEMA avec le MBDHP datant déjà du début des années 90, tout cela est nécessaire pour l’émergence d’une jeunesse forte, non suiviste et maitresse de son destin.

Et pour qu’un tel Burkina de changement et d’action puisse exister, les élections couplées du 29 novembre 2015 doivent être transparentes ; que la Transition ne se livre à aucun marchandage au profit de tel ou tel parti, que les autorités de la Transition acceptent de partir avec sincérité des affaires afin de laisser le futur président élu travailler librement sans avoir un second RSP à gérer. Dissoudre le RSP et créer une force similaire au lieu de recourir à notre brave gendarmerie pour la sécurité du Chef de l’Etat mérite de susciter quelques inquiétudes. Et il faudra que le futur régime soit conscient de la vigilance du peuple Burkinabè qui ne permettra à personne de l’embastiller comme avant et que la rigueur dans la gestion de la chose publique soit de mise.

Il faut que d’ores et déjà, on commence à désarmer les cœurs et les propos, le très sage Mogho Naba nous demande d’être des hommes de pardon, pas de laxisme mais de pardon. Mais celui qui veut accomplir des vengeances personnelles, il est souhaitable qu’il n’utilise pas les instruments de l’Etat à cet effet ; ipso facto tout régime qui viendrait pour se venger doit savoir que nous, on veut avancer, le peuple Burkinabè veut avancer, la jeunesse Burkinabè veut avancer vers un avenir radieux. Si tout cela n’est pas pris en compte, si des politiciens aux agendas cachés et leurs bandes d’OSC fainéantes et « mille collines » refusent d’aller travailler en honnêtes citoyens ou demandent qu’on leur offre la chambre de commerce comme une poupée en cadeau sans avoir le moindre poids économique, ou viennent prendre en otage le développement du pays comme le RSP l’avait fait, je crains fort qu’une seconde insurrection, beaucoup plus nettoyante cette fois, n’ait lieu dans les années ou même les mois à venir. Que Dieu bénisse le brave peuple du Burkina Faso !

Interview réalisée par Hermann Bassolé
Lefaso.net

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