Le Woudizon (Fête du nouveau mil) à Toma : Du traditionnel au christianisme, toujours avec la même ferveur

lundi 26 octobre 2015 à 20h56min

Le weekend dernier, la ville de Toma et ses environs étaient en fête. Depuis des lustres, chaque dernier dimanche du mois d’octobre le Woudizon ou fête du nouveau mil est célébrée. Malgré une saison pluvieuse mitigée, les récoltes ont été présentées à Dieu à l’église sacré cœur. Une série d’activités a marqué cette fête à l’origine traditionnelle et qui a été christianisée par les missionnaires.

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Le Woudizon (Fête du nouveau mil) à Toma : Du traditionnel au christianisme, toujours avec la même ferveur

Le woudizon marque le nouvel an en pays San. Après la saison pluvieuse -qu’ elle ait été bonne ou pas- les samos à l’occasion d’une cérémonie le dernier dimanche d’octobre, présentent les fruits des récoltes à Dieu. On mange, on boit le Gnontoro (bière de mil locale) on lutte dans l’arène, dans la bonne humeur, c’est woudizon ou la fête du nouveau mil. Le missionnaire à son arrivée christianise la fête traditionnelle.

Depuis, Le woudizon commence à l’église. Très tôt dans la journée du 25 octobre donc, comme cela est de coutume, les chrétiens se sont retrouvés à la place du calvaire pour une procession avant de marcher jusqu’à l’église sacré cœur de Toma pour la prière, avec en main des épis de mil.

Abbé Martin Zerbo qui a officié la messe a noté que la fête du woudizon a une signification hautement religieuse, faite de communion fraternelle et d’actions de grâce à Dieu pour ses bienfaits tout au long de la saison pluvieuse. Au-delà de son caractère festif, le prêtre a précisé que la communion fraternelle doit être effective dans les foyers, la communauté et le pays.

« La fête du mil, c’est l’action de grâce à Dieu. Durant toute la saison d’hivernage, Dieu nous a donné les moyens nécessaires pour travailler et avoir de quoi manger. Maintenant que les récoltes sont prêtes, les prémices, les fruits de la terre que nous avons reçus, nous sommes venus donner cela au Seigneur en action de grâce et lui dire merci, c’est notre reconnaissance à Dieu. C’est très important dans le milieu ici. Et nous formulons le vœu afin que Dieu nous donne la santé, la force, l’amour de l’autre pour que nous passions une belle année ensemble », a-t-il ajouté avant de poursuivre que quand on a la foi, on doit tout à Dieu. « Dans la société traditionnelle San, quand quelqu’un vous donne quelque chose, le lendemain matin très tôt, les premiers bonjours sont adressés à celui qui nous a fait le geste hier. Quand on sait dire merci, on reçoit plus ».

Une fête de la réconciliation

Contexte politique oblige, le célébrant a poursuivi que la fête du woudizon faite de partage et de communion doit être une occasion pour les fils et filles de Toma et des environnants de parler le même langage, celui de l’amour ; et d’avoir la même vison, celle de bâtir la cité. « Le woudizon sera réussi si nous surpassons nos différences de tous ordres, surtout politiques. Chassez vos différences politiques hors de Toma pour fêter » a-t-il dit, dénonçant la déchirure du tissu social qui fait que des frères ne se parlent plus. Il a donc invité les fidèles à jeter les manteaux de l’hypocrisie et de l’égoïsme. A l’occasion de ce nouvel an, Abbé Martin Zerbo a émis des vœux de santé, d’amour fraternel et de foi à tous les fidèles et à la population.

Le woudizon, une fête hybride

La christianisation de la fête, n’a rien enlevé à son engouement et son caractère populaire. Que l’on soit chrétien ou pas, le woudizon est fêté. Même quand tous les semis ne sont pas arrivés à maturité, on récolte les épis murs pour le tô de la fête. Pour le chef du canton de toma, dans la société traditionnelle, on ne mange pas les fruits de la récolte sans les avoir présentés à Dieu.

« Comme la religion traditionnelle tend à disparaitre, nous les chrétiens nous avons encore ce souci de retourner à Dieu pour lui présenter les fruits de notre labeur. Cette fête se vit dans la communion fraternelle. C’est seulement la messe, sinon les autres manifestations sont maintenues. .. Cette fête est aussi une fête de réconciliation », a-t-il dit.

Selon lui, le woudizon marque la clôture de la saison des pluies et l’ouverture de la saison de lutte. La saison n’a pas été exceptionnelle, a dit le chef du canton de Toma. Il y a une surabondance de pluie au cours des mois d’août et de septembre, inondant les cultures surtout dans les baffons, mais globalement, la saison peut être « qualifiée de bonne », foi du chef traditionnel.

En plus de la course cycliste qui a marqué la fête, l’inévitable sport favoris et traditionnelle des San, la lutte, a agrémenté la fête du woudizon à Toma. Malgré l’invite du prêtre à la consommation avec modération-il connait les siens-, les samos ne se sont pas privés du gnontoro, tant qu’il y en avait.

Tiga Cheick Sawadogo
tigacheick@hotmail.net
Lefaso.net

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