Blegné Sema à propos des affectations des directeurs d’école : « Si c’est pour des raisons d’efficacité, elles ne tiennent pas dans les Hauts Bassins »

jeudi 3 septembre 2015 à 00h21min

La décision de l’affectation de tous les directeurs d’école primaire de la ville de Bobo-Dioulasso n’est pas du tout appréciée par les acteurs du système éducatif. Et qui va jusqu’à les diviser. Ces derniers n’ont pas voulu rester silencieux face à une telle situation qu’ils qualifient d’injustice. Informé, le Syndicat national des enseignants africain du Burkina (SNEAB) a envoyé Blegné Sema, secrétaire dudit syndicat pour davantage comprendre la situation qui prévaut avant toute prise de décision. A sa sortie d’audience ce lundi 31 août avec la direction régionale de l’éducation nationale et de l’alphabétisation, il a bien voulu nous accorder une interview.

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 Blegné Sema à propos des affectations des directeurs d’école : « Si c’est pour des raisons d’efficacité,  elles ne tiennent pas dans les Hauts Bassins »

M. Sema dit comprendre que la décision d’affection des directeurs d’école primaire de la cité de Sya répond à une question d’efficacité. Mais, une raison, qui selon lui, ne tient pas, étant entendu que la région des Hauts-Bassins, donc Bobo-Dioulasso, serait en tête en matière de résultats scolaires. D’où son invite à l’endroit du ministre en charge de l’Education à s’attaquer aux vrais problèmes de l’éducation au Burkina.

Lefaso.net : Vous sortez d’une rencontre avec le directeur régional de l’éducation nationale et de l’alphabétisation (DRENA) des Hauts-Bassins. Dites-nous de quoi avez-vous parlé.

Blegné Sema : Nous avons reçu une correspondance officielle de notre coordination régionale faisant état d’un projet de redéploiement de l’ensemble des directeurs d’école de la ville de Bobo-Dioulasso et nous avons jugé utile de faire le déplacement, non seulement pour rencontrer la coordination et comprendre d’avantage. Pour un équilibre d’information, nous avons rencontrés également les autorités locales pour connaitre les tenants et les aboutissants de ce vaste mouvement qui est en gestation.

Nous avons effectivement rencontré l’ensemble des directeurs d’école de la ville de Bobo Dioulasso pour d’avantage comprendre. Je crois qu’à leur niveau, ils l’ont appris tout comme nous. Au passage, il faut féliciter la direction régionale qui a eu la brillante idée de consulter les uns et les autres pour non seulement les informer du projet, mais également solliciter un peu de leur propre apport pour que le mouvement se passe sans trop de heurts. Il faut dire qu’il est un devoir pour nous chaque fois qu’une région nous sollicite sur une difficulté du moment, de tenter d’apporter notre pierre. Certes, ils ne nous avaient pas invité ici, ils nous ont donné l’information mais, le bureau national lui-même a jugé cela assez délicat, voir grave.

C’est pourquoi, nous sommes descendus sur le terrain pour davantage creuser afin de comprendre les tenants et les aboutissants. Donc après avoir rencontré les directeurs d’école, nous avons rencontré le directeur régional lui-même, assisté de son responsable des ressources humaines. Et de ce qui est ressorti de cette rencontre, je crois qu’il faut tout de suite rectifier quelque chose, parce que les directeurs d’école pensaient que c’était une initiative locale et donc ils ne comprenaient pas l’opportunité de passer à un tel redéploiement sans qu’il n’y ait véritablement de fondement justifié à leurs yeux. Je crois que c’est la même question que nous également, nous avons posé au DRENA, qui nous a assuré qu’en tant que premier responsable de la région au niveau de l’éducation nationale, ce sont des instructions qu’il a reçues de Ouagadougou et il a le devoir de les mettre en application, ce qui est juste. Néanmoins, dans son approche, il n’a pas voulu exécuter à l’aveuglette, mais a tenté tant bien que mal d’approcher les acteurs pour qu’ensemble, on voit comment résoudre ce problème.

Avez-vous pu comprendre les raisons de ces redéploiements ?

L’objectif du redéploiement, je pense que si nous nous en tenons à ce que le directeur régional a dit aux premiers intéressés, c’était pour une question d’efficacité. C’est à ce niveau d’ailleurs que le problème se pose. Si c’est pour la question de l’efficacité, avant de venir ici, nous avons pris le soin de regarder l’ensemble des statistiques en matière de production de résultats, au niveau de la commune et nous nous sommes rendu compte que les Hauts Bassins sont en tête de peloton. Nous devons regarder les résultats et rien que les résultats. Et c’est à l’actif des directeurs d’école qui sont les encadreurs de proximité. Donc pour la question de l’efficacité, c’est discutable. Mais, pour la question de la légalité, nous l’avons dit aujourd’hui au directeur régional. L’administration est dans son droit de faire un mouvement, au moment où il veut et quand il le veut. Mais encore faut-il qu’on tienne compte, au-delà du droit, de la légitimé et de la légalité du mouvement. Entendu que dans notre secteur, c’est un secteur social et jusque-là nous sommes arrivés à gérer les problèmes d’affectation sans trop de heurts. Alors, serait-ce question peut être de déplacer deux, trois, voire cinq directeurs d’écoles que ça n’allait pas nécessiter le déplacement de l’ensemble du bureau national du SYNEAB ! Mais on nous parle d’un mouvement général. Ce qui veut dire qu’il y a un problème et donc nous, nous cherchons à savoir quel est le reproche qui est fait aux directeurs d’école. Si ce n’est pas leur productivité qui est mise en cause, quelle est donc la raison fondamentale de ce mouvement ? Nous ne sommes pas dans le mimétisme et ce n’est pas parce qu’ailleurs on a fait de vastes mouvement qu’il faut forcement l’appliquer chez nous. Maintenant, s’il y a d’autres mobiles, il va falloir bien que ces mobiles-là soient rendus publics et qu’ensemble on essaie de voir comment on va les régler. Pour le moment, n’ayant pas eu l’opportunité de nous adresser à notre ministre, nous ne savons pas si c’est lui l’initiateur de ce mouvement. Si c’est pour des raisons d’efficacité, cela ne doit pas, à mon sens, concerner les directeurs d’école de la ville de Bobo Dioulasso. Et là, je m’inscris en faux et je prends en témoins vous journalistes. Vous pouvez consulter les statistiques et voir si réellement Bobo est classée dernière dans les productions de résultats scolaires. Vous m’en direz certainement quelque chose.

Ce mouvement a lieu à quelques semaines de la rentrée des classes. Ne craignez-vous pas qu’il entache cette rentrée ?

Je ne le souhaite pas. En tant que syndicat, nous avons une démarche et cette démarche, c’est le dialogue, la concertation pour voir dans quelle mesure on peut résoudre les problèmes qui se posent dans le secteur. C’est ce qui nous a amené à Bobo : entendre les acteurs, entendre l’administration locale. La prochaine étape nous allons remonter vers le ministre lui-même pour également comprendre les mobiles réels qui justifient cela. Je crois que c’est le DRENA lui-même qui a souhaité que plutôt ça soit circonscrit à la commune de Bobo Dioulasso, que ce soit un mouvement qui puisse intéresser l’ensemble des 13 régions parce que si tant est que, c’est la longévité des directeurs d’école à leurs postes qui justifie le mouvement, il n’y a pas qu’à Bobo que des directeurs ont 10 ou 20 ans de fonction ! C’est un problème national. Sur l’opportunité de cette mesure, le SYNEAB est très réservé. Nous ne pensons pas que ce soit là les vrais problèmes de l’éducation qu’il faille poser à cette rentrée. Il y a de vrais problèmes et là vraiment, je voudrais m’exprimer clairement la déçu en attendant que nous nous rencontrons avec l’autorité centrale pour revenir la déçu. Nous attendons depuis le bilan de l’année scolaire et ce bilan n’est même pas encore fait ! Donc nous-mêmes nous sommes surpris !

Nous ne savons pas quelles ont été les vraies difficultés que l’administration a rencontrées au-delà des difficultés que nous, nous voyons ! Or, il est de coutume que nous nous rencontrons en début d’année, en milieu d’année et en fin d’année pour faire le bilan et voir dans quelle mesure prendre un nouvel élan pour que la rentrée future se passe dans les meilleures conditions possibles. Donc, avant même que nous n’ayons ces rencontres qui sont statutaires, nous sommes surpris de voir justement de telles décisions sur le terrain qui pourraient mettre en ébullition les troupes. C’est pourquoi, nous souhaitons véritablement éviter que cela entache la rentrée prochaine. Nous sommes ouverts à la concertation avec l’autorité afin qu’on essaie de voir ensemble ce qui peut être fait. En tant que structure syndicale, nous avions fait des interpellations au niveau du ministre et on attend ! Nous avions signé des engagements ensemble et il faut dérouler ça d’abord pour donner au moins un gage d’engagement à résoudre les problèmes parce qu’après tout, c’est le syndical qui pose les problèmes de l’ensemble des enseignants. Donc, résoudre la plate-forme d’une structure syndicale, c’est en même temps répondre aux aspirations de l’ensemble des travailleurs de l’éducation.

Quelle serait la suite du combat que vous avez engagé si toutefois l’on n’arrivait pas à concilier les positions ?

Nous, nous avons toujours foi aux ouvertures du dialogue et nous pensons que nous allons trouver des solutions ensemble. Je n’appelle pas ça d’ailleurs un combat car tous les jours que Dieu fait, il y a des problèmes dans le secteur de l’éducation et il y a beaucoup que nous résolvons sans que vous ne soyez alerté en tant que presse. Mais, il y en a aussi pour lesquels où vous êtes ameuté et ce cas de figure en fait partie.

Cette décision de redéploiement des directeurs d’écoles concerne-t-elle la ville de Bobo-Dioulasso uniquement ou toute l’étendue du territoire ?

Je suis gêné de vous répondre parce que si c’était un mouvement d’ordre national, en principe le ministre a des partenaires sociaux avec lesquels il travaille. On pose les problèmes sur la table, on regarde ensemble et nous même, nous avons aussi notre contribution à donner pour que certaines choses se passent correctement. Mais nous, nous sommes surpris, nous ne sommes pas informés de ce qui se passe. On ne sait pas si c’est d’ordre national ou d’ordre régional ! C’est après avoir rencontré le DRENA des Hauts Bassins que nous avions compris que c’est lui qui a même sollicité le ministre pour dire qu’il serait mieux que ce soit un mouvement d’ensemble sur l’ensemble du territoire, pour éviter de stigmatiser une seule commune. C’est comme s’il y avait vraiment un problème, or le problème n’est pas encore posé.

Nous concernant, nous n’avons pas de problème et aucun problème ne nous a été posé, auquel cas nous avons d’autres réactions. Si l’administration dit qu’à Bobo il y a un problème, nous nous demandons à l’administration, quel est le directeur d’école qui a déjà reçu une lettre d’explication par rapport à un comportement ?

Une administration ne sanctionne pas un agent sans l’avoir entendu. Il faut lui reprocher, avoir le courage de lui dire, tu as fait ceci et ce n’est pas bien, c’est contre les règles de fonctionnement de l’administration. Après cela, tu peux juger de l’opportunité de le déplacer, pour d’abord sa propre protection et ensuite le permettre de se ressaisir ! Or, dans notre cas de figure, rien n’est dit aux Instituteurs Principaux (IP). On leur a dit seulement que vous avez fait 15 ou 20 ans, ça ce n’est pas une raison ! Si ce dernier a fait 15 ans et ses résultats sont toujours au top, en quoi cela pose-t-il un problème ? De vous à moi, en quoi cela pose-t-il un problème ?

Si ces raisons ne tiennent pas comme vous le dites, que pourrait donc cacher ce mouvement de redéploiement ?

Je ne voudrais pas rentrer dans des supputations. Non, loin sans faut. Pas avant d’avoir rencontré le ministre pour avoir de plus amples informations. Je ne peux pas présager de quelque chose qui se cacherait derrière cela. Nous pensons que le ministre veut bien fait et nous sommes disposés justement à l’accompagner dans ça. Mais, il faut que nous nous asseyions.

Que disent les textes en manière d’affectation ou de mutation des fonctionnaires de l’état précisément des enseignants ?

Les textes sont clairs. Il y avait trois sortes de mutation et on a mis fin à la deuxième forme. La première forme de mutation est appelée mutation par convenance personnelle. C’est-à-dire que l’enseignant trouve qu’il n’est plus à l’aise dans telle localité ou qu’il veut aller monnayer son talent ailleurs. À propos, il formule lui-même sa demande qu’il dépose. Là, il ya une commission qui siège et statue conformément aux dispositions en vigueur. Le deuxième cas de figure c’étaient les mutations spéciales où il y avait trop d’abus. On a mis fin à ça. La troisième forme c’est la mutation par nécessité de service qui également est à la discrétion du ministre de tutelle et de l’ensemble de la chaine de commandement au niveau régional, provincial et CEB. Voilà les deux formes de mutation qui existent. Je n’ai jamais vu une mutation par nécessité de service et qui concerne tous les directeurs d’une région. Ça voudrait dire que ya problème. Et c’est ce problème que nous voulons savoir. Il faut qu’on ait le courage de déplier le vrai problème pour qu’ensemble, nous cherchions la solution. Il n’est pas évident qu’en ne disant pas aux directeurs le véritable problème qui existe, rien ne dit qu’ils n’iront pas poser les actes si toutefois on leur reprochait quelque chose. Encore faut-il que l’administration ait le courage de reprocher ouvertement aux uns et aux autres ce qu’elle a constaté comme dysfonctionnement dans leur administration. Pour nous, c’est un épiphénomène. Il y a de vrais problèmes de l’éducation auxquels nous voudrons que le ministre ici et maintenant des réponses. Il y a de vrais problèmes. Nous refusons qu’on se cache dernière les petits problèmes ameuter les troupes pour rien. Les vrais problèmes sont connus.

Les vrais problèmes sont connus comme vous le dites. Lesquels par exemple !

Depuis la rentrée scolaire nous nous sommes retrouvés en atelier technique sur la question de la réglementation de la suppléance. C’est un vrai problème de notre système éducatif. Ce n’est pas encore résolu. C’est sur des dossiers comme ça que nous on attend le ministre. A Bobo-Dioulasso vous avez plus de 800 suppléants. A Ouagadougou vous avez plus d’un millier de suppléants. Comment gère-t-on cette question ? Quand vous prenez l’administration centrale elle-même, savez-vous qu’il y a des CEB qui n’ont pas besoin de plus de 15 agents qui se retrouvent à 60, 70 voire 80. Je vous laisse faire vos vérifications vous-mêmes. Voilà des vrais problèmes. Y a des agents entassés souvent qui n’ont mêmes pas de simples bureaux. Que voulez-vous qu’ils fassent ? Ils se présentent le matin et ils vont à d’autres occupations. Et c’est l’état qui déverse des milliards dans l’air. Voilà les vrais problèmes du système éducatif. Aujourd’hui, nous avons demandé la suspension du système LMD et du continuum éducatif en attendant que les conditions soient réunies.

Nous nous sommes retrouvés avec le ministre. Tout ce qu’on a déployé comme argumentaire l’a convaincu ! Il était d’accord avec nous. Mais il nous a simplement demandé « je suis d’accord mais à vous de me dire comment j’arrête » ! Je dis non ! Ce n’est pas nous qui avons pris le portefeuille ministériel. C’est lui qui l’a pris. C’est parce qu’on a foi en sa capacité qu’on le lui a donné. Nous nous soulevons les problèmes. Il est vrai que nous sommes prêts à l’accompagner pour leur résolution mais la décision lui revient. Que me diriez-vous si je vous fais aujourd’hui une révélation ! Il y a de nombreuses classes de 6ème de ce continuum-là qui, jusqu’à l’heure où je vous parle, n’ont toujours pas leurs résultats scolaire. Les professeurs vacataires ont confisqués les copies parce que l’administration ne les a pas payés. Les parents ne savent mêmes pas si leurs enfants sont admis ou non. Voilà des questions où le ministre est attendu. On a fait plus d’un millier d’emprunt de bâtiment à travers tout le Burkina Faso pour recevoir ces élèves-là. Nous nous demandons, combien est ce que l’état en a construit pour permettre aux élèves de rejoindre ces mêmes CEG. N’y en a pas ! Va-t-on envoyer les élèves dans ces nouveaux CEG ? OUI ou NON ! Voilà les grandes questions auxquelles nous voulons que le ministre réponde. Ça ce n’est pas grave ça ! Un problème d’affectation des IP de Bobo-Dioulasso devient en ce moment un épiphénomène. Nous invitons le ministre à porter les vrais dossiers du ministère et qu’ensemble, on essaie de les résoudre. Je ne dis pas qu’on ne peut pas affecter un agent. Mais je dis que ça c’est trop minime comme problème par rapport aux autres problèmes qui existent. C’est ça la vérité. Et je pense que si la transition passe la main à un autre gouvernement sans avoir résolu ces problèmes alors, on aura fait un passage à vide.

Propos recueillis par Bassératou KINDO
Lefaso.net

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