Education de base au Burkina : Les Instituteurs principaux veulent booster le continuum

samedi 8 août 2015 à 01h07min

La conférence annuelle des Instituteurs principaux, plus connus sous le pseudonyme « IP », du Burkina Faso s’est ouverte ce lundi 3 août 2015 simultanément dans les cinq bassins retenus à cet effet : Ouagadougou, Bobo-Dioulasso, Dédougou, Gaoua et Fada-N’gourma. Cette grand-messe annuelle des encadreurs de proximité a pour problématique d’introspection : « la réforme curriculaire dans le contexte du continuum ».

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Education de base au Burkina : Les Instituteurs principaux veulent booster le continuum

Après leurs inspecteurs et conseillers pédagogiques le mois dernier, c’est au tour des IP de cogiter sur leur rôle dans l’ancrage de la réforme de l’éducation de base, le continuum éducatif, avec de nouveaux programmes d’études, techniquement appelés curricula. En effet, « le curriculum est un ensemble d’éléments qui, articulés entre eux, permettent l’opérationnalisation d’un plan d’action pédagogique au sein d’un système éducatif. Un curriculum est ancré dans les réalités historiques, sociales, politiques, économiques, religieuses, géographiques et culturelles d’un pays, d’une région ou d’une localité" (Jonnaert et Ettayabi, le curriculum en développement : un processus dynamique et complexe, 2007, p.26). Pour l’inspecteur de l’enseignement du premier degré, Boubacar Kaboré, par ailleurs membre du groupe de consultants en charge de la réforme curriculaire, le curriculum remplit les fonctions d’opérationnalisation d’un plan d’action pédagogique, d’orientation des actions à poser et d’adaptation d’un système éducatif à un projet de société donné.

Quant au continuum, aux termes de la Loi 013-2007/AN du 30 juillet 2007, portant Loi d’orientation de l’éducation, il est l’organisation en continu tant du point de vue du contenu des apprentissages que de la structuration institutionnelle du système éducatif burkinabè. Ainsi, le continuum comprend le préscolaire (3 à 6ans), le primaire (6 à 12 ans), le post-primaire (12 à 16 ans c’est-à-dire de la 6e à la 3e) regroupés sous le vocable éducation formelle et l’éducation non formelle (3 à 16 ans) fondée sur l’usage des langues nationales et l’apprentissage manuel.

De par le passé, le préscolaire (petite, moyenne et grande section), géré par le ministère en charge de l’Action sociale y allait de son programme, tandis que le primaire (Cours préparatoires 1 et 2, Cours élémentaires 1 et 2, cours moyens 1 et 2) préparait les enfants pour les classes de 6e des lycées et collèges nantis de ses curricula à lui, sans savoir ce qui y attend ces nouveaux impétrants. Le programme du primaire est si lourd et vaste que les enseignants du CM2, à un moment de l’année scolaire, sont bien obligés d’accélérer le rythme et de « pomper » leurs élèves pour l’épuiser. L’essentiel étant que les résultats au Certificat d’études primaires et à l’entrée en 6e soient au rendez-vous à la fin de l’année scolaire. Bilan de ce parcours du combattant, les élèves arrivent en classe de 6e quasiment épuisés et dopés de connaissances souvent si livresques et en déphasage avec leurs réalités quotidiennes que le taux de redoublement y est souvent ahurissant…

A propos du premier cycle du secondaire, appelé dans le continuum le post-primaire, qui relevait du Ministère en charge du Secondaire et du Supérieur, il avait établi ses curricula sans s’intéresser aux pré-requis de l’élève venant de l’école primaire. Selon le consultant Kaboré, une séance de travail avec les acteurs du secondaire a permis de constater par exemple qu’en mathématiques, la quasi-totalité du programme de géométrie est celui qu’étudie l’enfant en classe de CM2. Bref, chacun des acteurs des trois sous-systèmes gérait de son côté sa chapelle sans concertation aucune avec les autres acteurs situés en amont ou en aval du système. Et c’est, entre autres, ce hiatus que veut corriger le continuum.

En somme, selon les textes qui le régissent, le continuum veut établir une cohérence dans le profil du sortant de l’éducation de base, établir des passerelles entre les sous-systèmes formel et non formel, entre l’enseignement général, la formation professionnelle et les offres de formation possibles. Le continuum vise également à assurer une meilleure transition du primaire vers le post-primaire, d’opérationnaliser le principe de la gratuité et de l’obligation scolaire qui couvre la période de 6 à 16 ans, de faciliter également la mobilisation des ressources humaines, matérielles et financières. Le développement de l’enseignement technique et professionnel pour améliorer l’efficacité de l’employabilité des jeunes externes du système éducatif constitue aussi un des objectifs spécifiques du continuum…

De bonnes intentions noyées dans une approche communicationnelle déficitaire

Si le continuum traduit la volonté de l’Etat burkinabè d’être en phase avec son époque, il a connu de nombreux couacs à l’allumage avec une mise en œuvre chaotique qui ont plus ou moins terni la substance innovatrice de cette réforme. En effet les enseignants, tant du primaire et du secondaire que les moniteurs des garderies, sous la houlette de leurs syndicats, n’ont pas adhéré au concept car n’ayant pas été suffisamment ou pas du tout sensibilisés sur le sujet. A quoi il faut ajouter, pour les uns et les autres, cette crainte de perte de prestige et d’amalgame entre les ambitions politiques du régime précédent et la mise en œuvre du continuum qui se veut une réponse scientifique à un besoin criard.

Nonobstant tous ces aléas, le continuum continue son petit bonhomme de chemin. Et c’est une heureuse initiative que les acteurs de l’éducation de base soient revenus sur le sujet en cette période de transition politique. Gageons qu’à l’issue des quatre-vingt seize heures de cogitation, les encadreurs de proximité plus au fait de la réalité du terrain vont proposer des pistes de solutions à même d’insuffler un dynamisme nouveau à cette belle initiative gouvernementale, pour le bien des tout-petits et de leurs aînés. L’avenir du Burkina Faso n’est-il pas en jeu ? Ce conclave des IP se tenant en une période d’accession du Burkina Faso à l’indépendance, est sans nul doute un signe prémonitoire pour un engagement citoyen à la réussite du continuum !

Neya de Gabou

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