Ambassadeur Gilles Thibault : « En ces temps difficiles, nul ne doit servir des ambitions cachées »

mercredi 15 juillet 2015 à 23h24min

Dans son intervention ce mardi 14 juillet 2015 à l’occasion de la célébration de la fête nationale française, l’ambassadeur de France au Burkina, Gilles Thibault, n’a pas fait dans la langue de bois en ce qui concerne la situation nationale. Insistant sur le respect du calendrier électoral, le diplomate français a en effet rappelé, sans détour, les différents acteurs de la transition burkinabè à leurs responsabilités. Voici l’intégralité du discours de l’Ambassadeur Thibault.

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 Ambassadeur Gilles Thibault : « En ces temps difficiles,  nul ne doit servir des ambitions cachées »

Je suis très heureux de vous retrouver pour célébrer ce 226e anniversaire de notre Fête nationale. Ces 12 derniers mois ont été par moment très difficiles et douloureux, mais ils ont aussi fait souffler ici, et bien au-delà, un vent nouveau rempli d’espérances qui ne peuvent pas être déçues.
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Il y a ainsi dans la vie des peuples des moments qui durent une éternité et qui pourtant, paraissent éphémères. Nous étions là, il y a un an, mais depuis des événements considérables se sont produits et le Burkina Faso prépare maintenant les échéances électorales de l’automne où il a, à nouveau, rendez-vous avec l’histoire.
L’alternance démocratique que, comme d’autres, j’appelais de mes vœux en 2014, est en marche. Les luttes d’influences et les querelles intestines doivent cesser pour que se tiennent, dans la sérénité, des élections loyales, transparentes et inclusives aux résultats incontestables.

Un proverbe dioula dit : « SOGOMA SANGUI, A TI MOGO kélé BOUGO », la pluie du matin n’épargne personne. Si les élections étaient repoussées, tous les Burkinabè en souffriraient, surtout les plus pauvres.

Heureusement, le peuple possède au plus haut point le sens de responsabilités et l’amour du bien commun. Il l’a montré au monde entier à l’automne dernier. Il ira, avec notre soutien, au bout sa quête pour plus de liberté, d’égalité, de justice et de démocratie.
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Après cette entame sans détour, je veux rendre hommage à ceux qui nous ont quittés depuis un an, et exprimer notre compassion à leurs proches.
Je salue la mémoire des 116 victimes du vol AH 5017 et le travail remarquable accompli par les pouvoirs publics et les associations.
Je m’incline devant les héros de l’insurrection populaire. Me vient en tête ce que disait Aragon :
« L’homme crie où son fer le ronge et sa plaie engendre des soleils plus beaux que les anciens mensonges ». Les prochaines élections et la consolidation de la démocratie burkinabè seront la juste récompense de leur sacrifice.
J’ai également une pensée empreinte d’une grande tristesse pour Jules Totin, chef cuisinier à la résidence de France, décédé le 9 juin dans un accident de la circulation.

Enfin, au nom du Président et du peuple français, je présente mes condoléances aux familles endeuillées et au peuple burkinabè pour ces six braves tombés au service de la paix, début juillet près de Tombouctou. Je souhaite un prompt rétablissement aux blessés.
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Excellences, Mesdames et Messieurs, chers amis,
L’an dernier, je disais que la situation au Mali restait préoccupante, comme la montée de forces obscurantistes dans une zone de plus en plus vaste. Elle l’est toujours, même si la ratification d’un accord de paix le 20 juin dernier à Bamako par toutes les parties, est venue apporter un vrai espoir d’une sortie de crise dont la résolution définitive prendra encore du temps. En attendant, il faut être vigilant ici également.

Je suis saisi en effet, par la concomitance et le recrudescence des attaques préméditées ou spontanées, structurées ou le fait d’individus isolés. Le terrorisme frappe partout aveuglement. La France et le Burkina Faso le savent.

A l’échelle mondiale, ce sont les pratiquants d’un islam authentique et pacifique qui souffrent le plus de la barbarie djihadiste. Aussi, je tiens à leur témoigner toute ma sympathie pour les épreuves qu’ils endurent. Nous sommes avec eux pour les aider à combattre ces courants de pensée fondamentalistes qui sèment le malheur et la terreur.

Pour éradiquer le fléau du terrorisme, il nous faut adopter une approche globale, sans faire preuve d’angélisme ni d’ostracisme, et tout faire pour préserver ou rétablir la paix dans les zones les plus exposées en les aidant à se développer. Le programme français d’appui à la coopération transfrontalière s’inscrit dans cette dynamique.

Je vais maintenant évoquer le rendez-vous que le monde entier a, en fin d’année, à Paris pour sauver notre maison commune, la Terre. Du 29 novembre au 11 décembre, 40 000 personnes participeront à la 21e conférence des parties (COP21) sur les changements climatiques. L’objectif est d’aboutir à un accord universel, ambitieux, flexible mais juridiquement contraignant, équilibré et durable pour contenir le réchauffement global en déçà de deux degrés.

Nous ne gagnerons pas la bataille contre la pauvreté, notamment dans les pays sahéliens, sans relever ce défi. Nous ne sauverons pas notre planète sans dépasser nos égoïsmes et intérêts nationaux. Heureusement, partout des solutions existent qui offrent de nouvelles opportunités de transfert de technologies, de création d’emplois et de richesses. L’expression accrochée dans le patio de la Résidence en témoigne. Je vous invite à la découvrir tout à l’heure.

Au Burkina Faso, beaucoup d’expériences sont menées avec succès : de la mise en place de foyers améliorés, en passant par la création de périmètres bacagers, jusqu’à la construction, à Zagtouli, de la plus grande centrale photovoltaïque d’Afrique de l’Ouest avec des financements français et européens. La feuille de route du Burkina pour la COP21, élaborée avec notre aide, témoigne de la qualité et de la variété de toutes ces initiatives.

Nous nous retrouvons le 11 décembre pour célébrer avec le nouveau président élu, la fête nationale et l’engagement de tous les pays dans la lutte contre le dérèglement climatique. Puisse cette date marquer doublement le triomphe de l’intérêt général.

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En luttant contre le dérèglement climatique, la France poursuit les mêmes objectifs qu’au quotidien. Ici et dans les 15 autres pays qui bénéficient, en priorité, de son aide au développement. Le programme d’appui à la sécurité alimentaire dans l’est du pays que nous finançons à presque 90% l’illustre bien. D’un montant de 25 milliards de francs CFA, il vise à développer la résilience des populations faces aux aléas climatiques et économiques.

De façon générale, nous agissons pour permettre aux plus pauvres, aux plus faibles et aux plus jeunes, de mieux s’alimenter, se soigner et se vêtir, d’être mieux protégés, éduqués et formés, de bénéficier d’un meilleur accès à l’emploi, aux services sociaux et publics (l’eau, l’électricité, l’assainissement) et à la justice aussi. Nous agissons pour aider le pays à avoir une meilleure gouvernance, plus de sécurité et un développement équilibré. Nous agissons pour améliorer les conditions de vie de tous et contribuer à un meilleur vivre ensemble.

Rassurez-vous, je vous ferai pas plus que l’an dernier, un bilan détaillé et chiffré de nos actions. Je tiens juste à rendre hommage ce soir à tous nos volontaires (plus de 1 000 par an), à nos fonctionnaires, nos élus, nos experts, nos entrepreneurs, nos ONG, nos associations qui conduisent avec leurs homologues burkinabè des opérations de tout type, concrètes et efficaces.

La transition n’a rien changé à nos engagements, nous les avons même accrus, l’Union européenne aussi. De fait, la France consacre, en moyenne chaque année plus de 100 millions d’euros, environ 70 milliards de CFA au Burkina, sans compter les coopérations décentralisées, les aides directes de structures diverses ou de particuliers, que je découvre au gré de mes déplacements.

La France a aussi engagé plus de 2 milliards de francs CFA pour les élections au profit du ministère de l’administration territoriale, de la décentralisation et du territoire et du ministère de la justice, des droits humains et de la promotion civique (MJDHPC), ainsi qu’au profit de la CENI, du Médiateur du Faso, du Conseil constitutionnel, de l’Autorité supérieure du contrôle de l’Etat et de bien d’autres encore.
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Excellence, Mesdames et Messieurs, chers amis,
Je reviens maintenant en simple artisan de paix sur ce formidable printemps burkinabè qui aura attendu l’automne pour fleurir. Comme en 2014, la France souhaite que les échéances électorales se préparent dans le calme, dans le respect des personnes et des institutions et que le bien commun l’emporte sur les intérêts privatifs. J’ajoute que les règlements de compte doivent cesser, le peuple n’a pas à en être l’otage.

Pour éclairer mon propos, je vais citer un proverbe en moré : « SOUGR N’KA, TI Yélé SANME », « sans le pardon, il n’y a pas de paix ». En cas de catastrophe, aussi habilles qu’ils soient, les masques de ceux qui brouillent, chevauchent et ignorent les lignes rouges, tomberont et ils devront répondre de leurs actes, le Président Kafando l’a dit clairement.

En ces temps difficiles, une transition ce n’est jamais simple, nul ne doit servir des ambitions cachées. Chacun ne doit avoir en tête que le bien supérieur du pays et ne s’en tenir qu’à cela : les organes de la transition au respect des engagements pris devant le peuple et la communauté internationale, les militaires à la défense des institutions et du territoire et leurs missions de paix, les organisations de la société civile à des causes citoyennes non partisanes. Enfin, il ne revient qu’aux politiques de faire de la politique et de prendre leurs responsabilités, quant aux électeurs, à eux, en toute liberté, de les sanctionner, s’ils l’estiment nécessaire.

Il est urgent que le mélange des genres et les pratiques d’un autre temps cessent. Le Burkina est un exemple pour le continent, il doit le rester. Pour cela, il est, c’est vrai, nécessaire que « rien ne soit plus jamais comme avant », et que personne ne puisse en en douter et surtout pas la jeunesse.

Le Burkina possède toutes les qualités pour répondre présent lors de son prochain rendez-vous avec l’histoire. Le Président de la République l’a dit le 1er juin à Paris au Président du Faso, le soutien de la France lui est pleinement acquis. Nous avons toute confiance en lui pour conduire la transition à son terme en prenant les décisions qu’il jugera opportunes, afin que s’ouvre, à l’automne prochain avec les élections présidentielle et législatives, l’ère de paix et de développement que nous appelons tous de nos vœux.
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Pour conclure définitivement, je remercie chaleureusement en votre nom ceux qui ont travaillé à la réussite de cette soirée, le personnel de la résidence et l’institut français, les entreprises dont les noms tournent en boucle sur le grand écran derrière vous, l’amicale « Passion Deux chevaux OUAGA », la fanfare, la chorale et l’orchestre et tous ceux que j’oublie.

Je vous souhaite avec élus, mes chers compatriotes, un excellent été ; à vous, chers amis burkinabè, particulièrement un bel automne et à tous, une excellente soirée.

Vive le Burkina Faso, vive la France et vive l’amitié franco-burkinabè ! »

Par Grégoire Bazié
Lefaso.net

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