Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

mardi 14 juillet 2015 à 00h24min

Les réactions qui ont suivi l’annonce de la candidature de l’artiste reggaeman, Zêdêss, sont venues mettre en exergue le fait que la plupart des Burkinabè demeurent toujours hostiles à la divergence de vues. Un esprit qui s’est transformé en un véritable art d’émoussement et de découragement des initiatives venant de l’autre. Aussi bonnes qu’elles pourraient paraître.

Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait  en si peu de temps

Pourtant, Gandhi le révolutionnaire et homme politique nous l’enseigne, « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents ». Cela suppose, qu’on doive, enfin, arrêter de demander beaucoup aux autres (en termes de comportements) pour se soumettre, nous-mêmes, aux nombreuses exigences qui nous sollicitent ; c’est la voie royale pour aboutir à la société tant « rêvée » par tous.
L’esprit des 30 et 31 octobre 2014 voudrait que chaque Burkinabè travaille à la « renaissance nationale » à partir de cette date où des filles et fils du pays sont tombés sur le terrain de la défense de certaines valeurs. Et ces valeurs, les Burkinabè ont pris l’engagement de les défendre avec pour finalité, l’ancrage d’une « vraie société démocratique » basée sur les règles de la république et non sur des humeurs. La défense de ces valeurs ne saurait être l’acceptation de ce qui nous plaît seulement ou des situations qui nous sont avantageuses. Ce qui nous plaît n’est pas forcément utile. De la même façon, ce qui ne rencontre pas notre assentiment n’est pas forcément inutile, pour nous et pour la société.
L’insurrection populaire était donc supposée annoncer un départ nouveau de la société et impulser un autre langage aux Burkinabè, en laissant derrière elle, un certain nombre de clichés. Mais, malheureusement, notre hostilité s’aiguise pendant qu’on prône une société de type nouveau.
L’expression générale, suite à l’annonce de la candidature de Zêdêss, témoigne bien de ce hiatus. Cette déclaration de candidature a été une voie ouverte à un certain défoulement. Pour certains, sa candidature relevait simplement du dilettantisme, ‘’visant’’ à prolonger « inutilement » la liste de candidats à la présidentielle. Comme si la loi avait fixé un seuil infranchissable de candidats. Ou encore, comme si certains Burkinabè étaient prédestinés à concourir à la magistrature suprême et d’autres, non. Perception inacceptable dans un contexte où le combat est aussi contre la personnification et la déification du pouvoir autour d’une seule catégorie de Burkinabè.

Zêdêss, victime de sa propre bonne foi !

La candidature de Seydou Zongo (nom à l’état civil de l’artiste), méritait meilleurs jugements que ceux qui lui ont été réservés par les Burkinabè. Elle devait être analysée sur un autre plan de la philosophie qu’elle véhicule et le message dont elle était porteuse. Il faut savoir s’encourager à donner le meilleur de nous-mêmes, surtout lorsqu’il s’agit de l’édification de la ‘’maison’’ commune. Cet esprit est d’autant important que des idées, mêmes impertinentes en elles-mêmes, peuvent servir à parfaire, à l’opposé, l’existant.
On ne construit pas un pays avec seulement des personnes dont on épouse les idées. Il faut impérativement se détacher des émotions habituelles pour s’ouvrir à la nouvelle dynamique à imprimer à la marche du pays. A moins que les Burkinabè ne croient pas à leur insurrection ou que cette insurrection soit le fruit d’un simple hasard. On ne peut pas vouloir d’un « vrai changement » et refuser de voir la pratique de la politique « autrement ». C’est paradoxal.

C’est vrai que Zêdêss est arrivé en véritable ‘’innocent’’sur la scène politique (et c’est cela aussi toute la preuve de sa bonne foi) parce qu’il n’a pas pris le temps nécessaire d’asseoir une base pour s’approprier son initiative mais, il est loin d’être, à notre avis, ce plaisantin dont il a fait l’objet de tous les traitements.
Pour preuve, l’artiste a, en si peu de temps, fait mieux en termes de propositions, de quintessence de messages et d’explications de sa vision pour la société burkinabè que de nombreux partis politiques vieux d’une décennie. Ses passages sur des radios de la place édifient bien cette réalité. C’est donc un mérite d’avoir eu non seulement l’audace d’annoncer sa candidature dans ce milieu hostile mais également d’avoir prêché une autre façon de voir la conduite de la république, dépourvue de toute dose politique. La gestion du pays n’est pas du seul ressort des hommes politiques.
Alors, qu’il ait été rué de tous les regards sévères (cela n’enlève rien à son mérite), Zêdêss doit être fier de son audace et rester stoïque dans sa vision des choses.
Dommage aussi que l’entrée en vigueur de la mesure du Conseil supérieur de la communication (CSC) ne lui ait pas permis de poursuivre ses sorties à travers les médias pour expliquer ses motivations et convaincre de la pertinence de son projet. Ce qui aurait sans doute fait raviser de nombreux Burkinabè par rapport à leur position de départ.
Qu’à cela ne tienne, son ‘’ralliement’’ à une autre force, ce week-end, dans le cadre de ces batailles démocratiques pour la magistrature suprême lui permet d’éviter l’étouffement de ses idées et, partant, d’enrichir le débat politique national.

Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

Vos commentaires

  • Le 14 juillet 2015 à 00:44, par Le CDR En réponse à : Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

    Bonne et objective lecture de la situation. Personnellement, je suis choqué d’entendre certains burkinabès qui refusent de se détacher de leurs vieilles habitudes. L’insurrection est une simple illusion car aucun burkinabè ne veut en réalité changer. Regardez comment les membres, pardon, les ’’députés’’ du CNT pillent nos ressources ! De toutes façons, la vraies insurrection va venir car, ceux qui croient se cacher sous la transition pour justifier leur égoïsme sauront que le peuple n’est pas ignorant et myope.

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  • Le 14 juillet 2015 à 00:45, par Le CDR En réponse à : Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

    Bonne et objective lecture de la situation. Personnellement, je suis choqué d’entendre certains burkinabès qui refusent de se détacher de leurs vieilles habitudes. L’insurrection est une simple illusion car aucun burkinabè ne veut en réalité changer. Regardez comment les membres, pardon, les ’’députés’’ du CNT pillent nos ressources ! De toutes façons, la vraies insurrection va venir car, ceux qui croient se cacher sous la transition pour justifier leur égoïsme sauront que le peuple n’est pas ignorant et myope.

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  • Le 14 juillet 2015 à 07:26, par larissa En réponse à : Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

    Personnellement, j’insupporté ce monsieur depuis le jour où dans un avion en partance pour Abidjan, il n’a pas daigné lever les yeux sur Black So Man, très mal en point, qu’on a fait monter à. Bobo dsso afin qu’il puisse recevoir des soins à. Abidjan.
    Jetais dans l’avion et je n’ai pu calmer mon écœurent devant une telle attitude.
    Alors, je m’étonne quon veuille trouver en ce monsieur qques vertu s que ce soit.

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  • Le 14 juillet 2015 à 08:15, par L’Eclaireur En réponse à : Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

    Je partage entièrement votre analyse, Oumar. Tu vois, notre société est sans repère. Même nos dirigeants ne sont pas des exemples. Zedess n’a fait que calaniser ce qu’est notre société. On ne peut pas vouloir d’une chose et son contraire (le changement et refuser soi-même de changer). Une société se construit dans la sincérité, ce qui commence par notre ouverture d’esprit aux autres. Mais ici, memes nos soi-disants dirigeants sont intolérants et carrés dans l’esprit. C’est cela qui frustre vraiment et c’est dommage pour le pays.

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  • Le 14 juillet 2015 à 08:25, par Mamon Yélé En réponse à : Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

    Pouvait-il en être autrement ? Quand tu sautes pied joints dans une araine sans maillot ni équipe d’appartenance, sans que personne ne t’ait vu apprendre ni t’exercer à cette athlétisme, tu ne peux être traité que de plaisantin. Je pense que ZS aurait gagné en restant rebel.
    S’il a des idées, une vision pour le Burkina (je crois qu’il le traduit bien dans ces chansons) qu’il les organise en manifeste et se lance par la voie normale dans l’araine politique, et non en opportuniste d’un soir.
    Sans lui jeter des fleurs, je lui indiquerais, le Professeur Laurent Bado qui s’est introduit en politique par le partage de ses idées (campus, médias etc.), leur organisation dans le cadre d’une pensée politico-économique (le tiercérisme) avant de vouloir les mettre en pratique via un parti politique (le Paren) pour être candidat à la magistrature suprême. .

    Si ZS a déjà partagé ses idées dans la chanson, qu’il les organise et crée son parti nous y adhérerons et sa candidature ne sera pas une plaisanterie.

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  • Le 14 juillet 2015 à 13:15, par SAKO En réponse à : Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

    Larissa, je te comprends parce que c’est ainsi que pensent beaucoup de Burkinabè. Mais Est-ce qu’on doit ne pas pardonner certaines situations ? Je pense qu’il faut essaie d’aller de l’avant et construire notre société. Ce que le journaliste a dit est à mon avis important parce que ce serait vraiment pûr égocentrisme que de vouloir que tout nous plaise. Avançons et laissons tomber certaines choses. Ce qui était une évidence hier ne l’est plus forcément aujourd’hui. Arrêtons d’empoisonner notre société à l’infini.

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  • Le 14 juillet 2015 à 13:16, par SAKO En réponse à : Présidentielle 2015 : Même non partant, Zêdêss a mieux fait en si peu de temps

    Larissa, je te comprends parce que c’est ainsi que pensent beaucoup de Burkinabè. Mais Est-ce qu’on doit ne pas pardonner certaines situations ? Je pense qu’il faut essaie d’aller de l’avant et construire notre société. Ce que le journaliste a dit est à mon avis important parce que ce serait vraiment pûr égocentrisme que de vouloir que tout nous plaise. Avançons et laissons tomber certaines choses. Ce qui était une évidence hier ne l’est plus forcément aujourd’hui. Arrêtons d’empoisonner notre société à l’infini.

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