Crise à 2iE : « L’institut peut trembler mais il ne va pas tomber », dixit le DG

samedi 11 juillet 2015 à 02h43min

Dans cet entretien, le directeur général de l’Institut d’ingénierie, de l’environnement et de l’eau répond aux critiques portées par les délégués du personnel sur son administration. Amadou Hama Maïga réfute les accusations de licenciements abusifs et assure que 2iE va vers une sortie de crise.

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Crise à 2iE : « L’institut peut trembler mais il ne va pas tomber », dixit le DG

Lefaso.net : Quelle est votre réaction face aux sanctions décriées par les délégués du personnel ?

Amadou Hama Maïga : les deux qui ont été sanctionnés ont commis des actes totalement inadmissibles dans n’importe quelle école à plus forte raison 2iE qui se veut un centre d’excellence. Le premier a fait passer des étudiants en classe supérieure, a donné des informations au service de scolarité pour l’inscription d’étudiants en classe supérieure alors qu’il leur manquait des crédits. Ce qui n’est pas acceptable. Lorsque nous l’avons su, nous lui avons dit d’arrêter et puis nous avons fait annuler cela parce que c’est totalement hors norme. Et c’est ce que l’intéressé n’a pas voulu. A partir de ce jour, il a continué à envenimer la situation en écrivant des mails qui incitent à la révolte tant du personnel enseignant que du management et au niveau des étudiants. Cela est inacceptable. La raison d’être de 2iE c’est le respect des règles académiques. Un enseignant qui pose ces actes on ne peut pas le considérer comme digne d’enseigner au 2iE. Cela remet totalement en cause nos accréditations.

C’est la même chose pour le deuxième. Il a pris des retards énormes pour remettre ses notes alors que cela fait partie des revendications des étudiants. Pire, il a falsifié 9 fois les notes. Il a mis des notes une première fois, ensuite il les a modifiées, à 9 reprises. Cela veut dire qu’il y a eu bien des malversations qui ont été faites. Après les négociations qu’il a pu avoir avec des étudiants chaque fois il modifiait les notes.

Lefaso.net : Mais est-ce tout ceci n’est pas un prétexte pour sanctionner ceux qui ne sont pas de votre bord ?

Amadou Hama Maïga : Pas du tout. Je ne pense pas qu’il y ait des gens qui sont de mon bord ou qui ne le sont pas. Je suis le directeur général de 2iE. Pour moi, tout le monde est collaborateur. Il n’y a pas de différence entre les collaborateurs. Les collaborateurs peuvent penser de manières différentes que moi sur certaines choses mais cela n’est pas un problème. L’essentiel c’est que nous sommes tous ici à 2iE, nous avons à respecter les règlements de l’institution et nous devons les appliquer quelle que soit la conception des uns et des autres. Une seule chose nous réunit ici : c’est la mise en place du programme de formation et de recherche qui respecte des règles. Donc il n’y a pas d’amis ou d’ennemis ou quoi que ce soit. Donc pour moi il n’y a pas des gens qui sont de mon bord ou d’autres qui ne le sont pas. Je suis le directeur général de tout le monde. Tout le monde doit travailler avec moi pour la réussite des objectifs fixés par le Conseil d’administration.

Lefaso.net : Le système License Master Doctorat (LMD) serait appliqué de façon « sévère » au 2iE ?
Amadou Hama Maïga : Non. Cette notion de « sévère » ne doit même pas exister dans l’enseignement supérieur, en tout cas pas à 2iE. Cela n’existe pas. Sévère ou pas sévère. Le LMD est mis en application comme il se fait à l’international. Avec ce système, le passage ne se fait plus sur la base d’une moyenne générale de l’année. Mais sur la base de la validation de l’ensemble des unitaires d’enseignement selon des critères bien définis. Ces critères ont été définis par les enseignants. C’est ce qu’on trouve dans les cours similaires au monde. Il n’y a absolument aucune différence dans la façon dont nous appliquons le LMD par rapport à ce qui se fait ailleurs. Donc je ne souscris pas du tout à une sévérité. De toutes les façons, si c’est sévère ce n’est pas le directeur général. Moi je n’enseigne plus. Donc je crois que c’est un faux procès.

Lefaso.net : A ce jour est-ce qu’il y a eu des concertations engagées avec ces délégués ?

Amadou Hama Maïga : Nous n’avons jamais fermé la porte. D’abord il faut vérifier quelle est la représentativité de ces délégués par rapport au personnel. Ils ne sont pas représentatifs, c’est la première des choses. La deuxième des choses c’est que pour chacun de ces délégués, nous avons des éléments qui nous font dire que ce n’est pas seulement la revendication dont il est question qui justifie vraiment leurs agissements. Maintenant, est-ce qu’on a mis en place un système pour dialoguer les uns avec les autres ? On n’a jamais arrêté le dialogue.
Pas plus tard que lundi passé (6 juillet 2015) j’ai reçu des délégués avec d’autres groupes qui ont des sensibilités différentes qui ne souscrivent plus à leurs agissements qui sont de nature à remettre en cause la vie de l’école. J’ai reçu tous les deux groupes pour leur expliquer qu’il n’y a qu’une seule institution 2iE, un seul personnel et que nous devons tous travailler ensemble pour la réussite de l’institution. C’est la mission que le conseil d’administration nous a confiée et pour laquelle le conseil d’administration nous a confirmés. J’ai demandé aux uns et aux autres de venir à côté de moi pour qu’on travaille ensemble.

Lefaso.net : On sait que 2iE fait la fierté de plus d’un au Burkina. Avec cette crise qui perdure est-ce qu’il n’y a pas un calendrier caché de délocalisation de l’institution dans un autre pays africain ?

Amadou Hama Maïga : Je ne pense pas. Je pense qu’il y a 2iE à Ouagadougou et à Kamboinsin. Un point c’est tout. Il est possible qu’il y ait des initiatives qui peuvent s’inspirer de ce qui se fait à Ouagadougou à 2iE. C’est déjà le cas d’ailleurs avec l’African University of science and technology à Abuja, au Nigéria et l’African institut science of technology à Arusha, en Tanzanie. Le premier est créé il y a une dizaine d’année. Le deuxième il y a 5 ou 6 ans. Ces établissements ont été créés en utilisant le modèle de 2iE. Nous les avons accompagnés puisque nous formons ensemble un réseau africain des instituts des sciences et de la technologie. On ne peut pas empêcher d’autres initiatives de ce genre mais elles ne seront jamais comme 2iE. Ces institutions ont été créées sur d’autres domaines. Ils se sont inspirés de notre modèle et on les a appuyés aussi comme on appuie d’autres universités de la sous-région notamment des universités maliennes, ivoiriennes à travers des missions financées par de partenaires techniques et financiers. Donc il n’y a pas de risque que 2iE Ouaga ou 2iE Kamboinsin se délocalise ailleurs.
Les fondamentaux de 2iE sont tellement forts que ça peut trembler mais ça ne va pas tomber. Nous sommes un centre d’excellence pour beaucoup d’institutions. Nous sommes sollicités par énormément d’institutions que ce soient des agences internationales, des universités pour développer des collaborations parce qu’on a des compétences, des capacités avérées. Les gens qui viennent voient comment on fonctionne. Je rappelle que nous venons d’avoir le renouvellement d’accréditation par la Commission d’éthique d’ingénieurs de France. Ce qui renouvelle notre label le RES c’est-à-dire l’équivalence de notre diplôme dans l’espace européen. Et nous sommes les seuls en Afrique. Il n’y a pas une autre école d’ingénieurs en Afrique dont les diplômes ont ce label accrédité dans l’espace européen. Ce sont ces mouvements sans fondement qui peuvent faire trembler l’institution mais elle ne va pas tomber. L’école est très solide. Les enseignants chercheurs qui dirigent les différents départements, les laboratoires de recherches sont bien assis, bien référencés et engagés. Ce sont ceux qui font des actions de déstabilisation qui sont les ennemis de l’institution. S’ils étaient des amis, ils ne se seraient jamais associés à des personnes se disant parents d’élèves ou même à des étudiants pour poser des actes déstabilisants.

Lefaso.net : justement ces parents d’étudiants disent apporter leur soutien pour une sortie de crise.

Amadou Hama Maïga : Je réfute totalement cela. Leur coordonnateur a très certainement d’autres raisons qui ne sont pas liées au fait qu’il ait son enfant chez nous. La deuxième des choses c’est que nous n’avons pas besoin de leur soutien. Nous sommes un établissement d’enseignement supérieur qui n’a pas besoin de parents d’élèves. Les parents d’élèves n’existent pas dans le système de l’enseignement supérieur. Il n’y a aucune raison qu’ils cherchent à nous influencer sur quoi que ce soit. Nous n’avons pas besoin d’eux. Leurs enfants sont suffisamment majeurs pour assurer, à travers leur organisation d’association estudiantine, tout ce qui est nécessaire pour améliorer leurs conditions de vie et d’études.

Lefaso.net : Mais est-ce qu’on avance vers une résolution de la crise à 2iE ?

Amadou Hama Maïga : Il n’y a pas de raison qu’on n’avance pas vers la résolution d’autant plus que les autorités dont nous détenons la légitimité se sont réunies. Elles ont parcouru nos résultats de 2014, elles nous ont plébiscités parce que les résultats sont excellents tant du point de vue de la gestion financière que la gestion académique et scientifique. Et ils nous ont renouvelée leur confiance. Nous avons trouvé un déficit budgétaire d’1 milliard 400 millions en 2013. Pendant l’exercice 2014, nous avons ramené ça à 67 millions. C’est exceptionnel. Tous les membres du conseil d’administration étaient surpris. Evidemment ceux qui ne veulent pas de bons résultats, ça ne leur dit rien.

Propos recueillis par Judicaël Gaël Lompo
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 11 juillet 2015 à 09:16, par Ronny
    En réponse à : Crise à 2iE : « L’institut peut trembler mais il ne va pas tomber », dixit le DG

    Mes félicitations M Maïga, je soutiens votre attitude, car cette école mérite mieux que ce genres d’enseignants corrompus. 2iE est une institution qui ne doit pas admettre ces soi-disant professeurs dans leurs rangs. C’est un système qui cherche à s’installer, magouilles, pots de vins et corruptions (surtout lorsque les parents s’y mêlent), achat de diplômes etc. Demandez aux devanciers, ils vous diront leur fierté d’avoir fréquenté à 2iE. Bonne suite à vous et tout le respect pour la qualité des cours.

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  • Le 11 juillet 2015 à 09:26, par Eleve de maternelle
    En réponse à : Crise à 2iE : « L’institut peut trembler mais il ne va pas tomber », dixit le DG

    Si les faits reprochés aux enseignants incriminés sont avérés il n’y a pas de demi mesure : Ils doivent être virés sans complaisance en respectant les règles établies. La compétition et l’excellence au plan international ne s’accommodent pas de certaines compromissions. Monsieur MAIGA au risque d’échouer dans votre mission vous ne devez pas faire moins que Mr Gines votre prédécesseur. Avec mes encouragements

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  • Le 11 juillet 2015 à 13:48
    En réponse à : Crise à 2iE : « L’institut peut trembler mais il ne va pas tomber », dixit le DG

    Si les’faits relatés à l’encontre de ces deux enseignants sont avérés alors ils doivent être traduit en conseil de discipline puis traduit en justice. 2iE à des textes, il faut les appliquer avec rigueur

    Répondre à ce message

  • Le 12 juillet 2015 à 22:19, par Etudiant
    En réponse à : Crise à 2iE : « L’institut peut trembler mais il ne va pas tomber », dixit le DG

    Ce qui nous fatigue et nous agacent Mr le directeur ce sont le manque de coordination et les lenteurs administratives. Veuillez Mr le Directeur prendre des mesures pour que les requêtes , l’original des diplômes , la disponibilité des attestations de semestre , les notes des étudiants , la disponibilité des bus et autres soit traités dans les plus bref délais afin d’éviter certains désagréments.

    Cordialement

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  • Le 13 juillet 2015 à 11:11, par orlando
    En réponse à : Crise à 2iE : « L’institut peut trembler mais il ne va pas tomber », dixit le DG

    Bien parler Monsieur MAIGA, étant un ancien du 2IE qui connais bien l’école, je vous félicite pour le travail abattu en si peu de temps, vous êtes un homme battant et digne de confiance.Pour ma part je vous demande de continuer votre plan d’action car vous êtes sur le droit chemin,.
    Le groupuscule de ceux qui n’est pas d’accord avec vos principes qu’ils démissionnent, est ce qu’ils sont obliger de travailler à 2IE ? Comme c’est eux qui connaissent tous, ils n’auront pas du mal à se faire réembaucher autre part.
    Beaucoup de courage Mr le DG et longue vie à vous pour que puissiez voir la défaite de ces malhonnêtes.

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