Les héros de l’insurrection populaire : Mohamed Compaoré alias « président de l’assemblée nationale »

mardi 30 juin 2015 à 00h51min

Si beaucoup ne le connaissent pas de par ses nom et prénom, Compaoré Mohamed l’est assurément de par sa célèbre photo prise après la prise d’assaut de l’Assemblée nationale le 30 octobre 2014. En effet, l’image de ce jeune homme, portant une écharpe de député, arrêté serein et imperturbable a fait le tour de la toile et des médias nationaux et internationaux. Devenu célèbre malgré lui, celui qui a été surnommé « président de l’assemblée nationale » par ceux qui le croisaient, est dans la vie réelle « quelqu’un qui se débrouille ». Commerçant la journée et gérant de parking le soir dans le quartier Tampouy de Ouaga, nous l’avons rencontré pour une interview. Interview qui nous apprendra que du haut du 1m93, se cache un « révolutionnaire » qui dit haut et fort qu’il aurait aimé avoir pour père, l’ancien président Thomas Sankara.

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Les héros de l’insurrection populaire : Mohamed Compaoré alias « président de l’assemblée nationale »

LeFaso.net : Ou étiez-vous exactement le 30 octobre et comment avez-vous vécu les événements ?

Les événements des 30 et 31 octobre n’ont pas du tout été faciles. Je prie pour le repos de l’âme de nos frères et sœurs tombés ce jour-là. Que Dieu dans sa miséricorde les accueille auprès de lui.
Avant d’arriver à l’Assemblée, nous nous étions mobilisés au niveau de tampouy. Il faut signaler que ce n’était pas notre première marche pour exprimer notre mécontentement face à certaines pratiques. Après notre rassemblement, nous avons marché jusqu’au rond-point des Nations unies.
Nous pensions que les votes allaient être annulés. Mais à un moment, vu que ça n’allait pas être le cas et qu’ils persistaient à vouloir voter, nous avons donc décidé d’avancer. A ce moment, les forces de l’ordre ont commencé à nous gazer, d’autres ont amené le camion à l’eau chaude et comme nous résistions toujours, ils ont envoyé un hélico contenant du gaz qu’ils nous jetaient.
Malgré l’effort des forces de l’ordre pour nous démobiliser, nous sommes restés soudés et forts jusqu’au bout et la suite vous la connaissez.

LeFaso.net : Dans quelles circonstances vous êtes-vous retrouvé avec l’écharpe de député ?

Nous avons croisé un député qui avait l’écharpe. Nous l’avons demandé ce qu’il faisait là. Il a tenté de nous faire comprendre que les choses se sont bien passées. Mais nous avons insisté pour savoir de quelle chose il parlait. Il a paniqué et voulait fuir. Nous l’avons attrapé et les jeunes se sont remis à moi pour décider de ce qu’il fallait faire. Il faut dire qu’au sein de mon groupe je suis très écouté. J’ai donc demandé son écharpe. La police est arrivée en ce moment là et nous avons quitté les lieux. J’essayais (avec mon écharpe au cou), d’amener certains jeunes à la raison afin qu’on puisse minimiser les dégâts. Nous avons plus tard été rejoints par les membres du CFOP (chef de file de l’opposition politique, ndlr) pour continuer la marche. Après l’assemblée, nous avons continué à Azalai hôtel car certaines langues disaient que les députés du parti au pouvoir pouvaient s’y trouver. Sur les lieux, les choses sont allées très vite.

LeFaso.net : Où les photos ont-elles été prises ?

Je pense qu’il y a eu trois photos. La premère au rond-point des Nations Unies et les deux autres à la Place de la Révolution. Mais d’autres photos ont été prises à mon insu.

LeFaso.net : Qu’est-ce que ça vous fait de voir votre photo sur internet et dans les médias ?

Je suis très content et j’aimerais que par cette photo, Compaoré (Blaise Compaoré le président déchu, ndlr) sache que c’est un de ses enfants qui a contribué à le faire partir. Si un autre Compaoré s’amuse à venir faire pareil que lui c’est avec la même motivation qu’il sera remercié.

LeFaso.net : Quelles étaient les motivations à votre participation aux différentes marches et meetings.

Quand notre papa était un grand commerçant, il a eu des employés qui l’on attrapé, ils l’ont trainé dans les commissariats et jusqu’ici, la justice n’a pas été encore faite. Outre cela, nous sommes nés et avons entendu que notre président Sankara a été tué sans que justice soit faite. En écoutant les dires des uns et des autres, nous savons où il y’a la vérité ainsi que là où il y’a des mensonges. En dehors de cela, nous voyons que les gouvernants ne tenaient pas compte de nous. C’est toujours des vieux retraités qui faisaient tout alors que nous cherchions du travail. Tout ceci nous faisait reculer.
Nous avons souhaité le départ de Blaise parce qu’il a fait pas mal de choses qui ne nous plaisaient pas. Il est président depuis plus de 20 ans. Quand tu arrives, tu n’as pas l’impression qu’il y a un chef d’Etat, c’est comme si c’était le peuple qui travaillait pour s’occuper du pays. Nous voulions un changement. Qu’on donne la possibilité à une autre personne de gérer le pays afin que nous puissions faire des comparaisons. Pour qu’un pays se développe, il faut qu’il y’ait l’alternance. Mais si une personne demeure au pouvoir pendant plus de 20 ans, l’économie ne bouge pas, les choses ne se font pas comme il faut. Chacun de nous a son expérience, l’un peut penser à l’amélioration des voies de transport tandis que l’autre pense à l’alimentation de la population. Comme on le dit si bien, c’est parce que tu es rassasié que tu vois la route pour marcher. Nous ne disons pas que rien n’a été fait pour ce pays, c’est juste que ce qui a été fait jusqu’ici ne nous convient pas.

LeFaso.net : Vous avez tantôt parlé de l’ancien président Thomas Sankara. Que représente-t-il pour vous ?

Je peux dire que Sankara était un vrai révolutionnaire. Je m’identifie à lui comme révolutionnaire et je pense qu’on n’aura plus un président comme Sankara.
Sankara est comme un vrai père pour moi. J’aurai aimé être son fils.

LeFaso.net : Pourquoi ?

A cause de sa façon d’être. Il travaillait pour le pays et disait la vérité. Si on avait un président comme Sankara, le Burkina Faso n’allait pas être ce qu’il est aujourd’hui.

LeFaso.net : Après la révolution, il y a des autorités qui dirigent la transition. Sentez-vous un changement sept mois après ?

J’ai senti le changement mais nous ne savons pas ce qui viendra après. Nous avons constaté que ce mois il y a eu le billetage et nous avons constaté l’arrêt de plusieurs personnes qu’on devait arrêter depuis bien longtemps.
Je pense que le changement dans notre pays est possible. Nous pouvons faire mieux que ça. Mais cela dépend des dirigeants. C’est pour cela que nous prions afin que celui qui sera élu puisse mieux gérer le pays. Que Dieu nous préserve du mal.

LeFaso.net : Qu’attendez-vous du président qui sera élu au soir du 11 octobre 2015 ?

A son arrivée qu’il ouvre grand les yeux et n’oublie pas que le Burkina d’aujourd’hui appartient à la jeunesse. Il ne faudrait pas que tout le boulot soit accordé aux vieux au détriment des jeunes. Certains pensent que la jeunesse ne pense qu’à la belle vie ce qui n’est pas le cas. Certains jeunes sont très conscients et très entreprenants.
Je sais que ce qui s’est passé avec Blaise peut revenir mais je pense que ça ne va pas être pire. Sinon nous voyons tous ceux qui font des promesses. Ils ne sont certes pas au pouvoir mais nous les suivons. Et nous sommes toujours prêts. S’ils se conduisent comme dans le passé, nous serons encore là pour dire que nous ne sommes pas d’accord.

LeFaso.net : Le « président de l’assemblée nationale » a-t-il un message pour tous ceux qui le liront ?

Je demande aux burkinabè de ne pas se laisser faire et de mieux observer les politiciens. Il ne faut pas être attiré par l’argent. Que chacun se calme et pense à demain. Nous avons tous vu ce qui s’est passé. Il ne faut pas que cela se reproduise.

Si tu manges dans la main des politiciens, il est difficile de leur dire la vérité. Je suis parkeur et fier de l’être…
Je suis très heureux des événements des 30 et 31 octobre. Malgré le soleil et la soif, les gens sont restés mobilisés et forts. Prompt rétablissement aux blessés et je présente mes condoléances aux familles qui ont perdu un proche.

Réalisé par Amélie GUE
LeFaso.net

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