Plan International pour l’amélioration des conditions économiques des ménages : PROMOTION DE L’EPARGNE ET DU CREDIT VILLAGEOIS PARMI LES FEMMES

mardi 23 juin 2015 à 01h30min

Depuis l’année 2007, Plan International Burkina Faso met en œuvre un projet d’épargne et de crédit villageois à l’intention des femmes dans les régions du Centre-Est, du Centre-Nord et du Sud-Ouest. L’initiative qui a débuté timidement dans la commune de Tougouri, province du Namentenga avec une centaine de groupes de 20 à 30 femmes est en train de devenir un véritable phénomène de mobilisation communautaire. En ce mois de juin 2015, on compte 3577 groupes avec 75.896 femmes membres. En une année, et avec des sommes modiques, elles ont épargné en tout 752.849.670 F(CFA) et réalisé un bénéfice net de 185.161.551F sur cette épargne. La somme a été partagée entre les membres des groupes.

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Plan International pour l’amélioration des conditions économiques des ménages :  PROMOTION DE L’EPARGNE ET DU CREDIT VILLAGEOIS PARMI LES FEMMES

Sur une place ombragée du village de Nakamba, province du Kourittenga, le 6 juin dernier, une grande assistance est mobilisée pour suivre un partage de gains organisé par 8 groupes de femmes engagées dans les activités d’épargne et de crédit villageois. Elles avaient choisi comme parrain de leur cérémonie de partage, le professeur Gabriel Wango, natif du village.
L’ambiance est festive. Les membres des différents groupes sont en uniformes faits de polos et pagnes traditionnels. Musique et danse de la localité battent leur plein, intercalant avec les allocutions où les informations sont données. Les 8 groupes de Nakanba ont, en une année, mobilisé 5.186.625 FCFA de francs qui allaient être répartis entre 158 membres. Une des plus heureuses du jour était Honorine Sawadogo, 52 ans, veuve depuis 18 ans et mère de 8 enfants, avec encore 6 à sa charge. La valeur de la part d’épargne fixée dans son groupe, le groupe Rélewendé 1 qui existe depuis 2 ans était de 250F. Elle a pu cotiser en tout 60.000F, et a reçu au partage des gains, la somme de 76.000F soit un bénéfice de 16.000F sur sa propre cotisation.
L’ensemble des prêts qu’elle a contractés s’élève à 100.000F, une somme qu’elle a utilisée pour acheter et revendre du pain et de l’igname bouillie dans les marchés de son village et aux environs, et aussi à acheter et stocker puis revendre des céréales : « J’ai en économie 50.000F dérivés des bénéfices des ventes. Mais ce que j’ai dépensé au quotidien sur ces mêmes bénéfices, je ne l’ai pas vraiment comptabilisé. Tout ce que je puis dire, c’est que j’ai nourri et vêtu mes 6 enfants, assuré les frais de scolarité et de fournitures de ceux qui vont à l’école, soigné mon premier fils malade. J’ai remboursé la somme empruntée ainsi que les intérêts au groupe ».

A Balgo Zaocé, dans la commune de Gounghin toujours dans la province du Kourittenga, deux jours auparavant, 6 groupes comptant 149 membres avaient aussi partagé leurs gains cumulés à 2.025 000 FCFA. Les hommes ont pris d’assaut leur rencontre de partage, qui par curiosité, qui par admiration, pour célébrer avec les femmes, la victoire qu’elles sont en train de gagner dans leur lutte contre la pauvreté, sur modestes fonds propres. Individuellement, les hommes ont apporté chacun une contribution : 50F, 200F, 1000F, 2000F, 5000F, 10000F, 25000F. Le Représentant des époux, Kima Rakiswendé se réjouit : « Cette activité des femmes bénéficie à nos familles, et nous, époux, tirons profit également ; elles nous épargnent certaines charges ; le repas a meilleur goût, et nos femmes sont plus épanouies. Nous aussi les hommes sommes intéressés à former des groupes, et demandons à Plan de nous aider ».
La requête des hommes a été exprimée également à Nakanba, comme partout ailleurs, mais au niveau de Plan International, l’on est plutôt réservé, un sentiment similaire partagé par le Professeur Wango qui ne croit pas que ce sera facile sur le champ : « Il faudra beaucoup de patience à Plan International pour mettre les hommes sur la route des femmes. Les choses vont être difficiles au départ, mais s’ils écoutent les conseils de leurs propres femmes, ils pourront parvenir à quelque chose ».

Les groupes d’épargne sont des structures autogérées

Les groupes d’épargne et de crédit villageois sont des structures autogérées sous forme de tontine améliorée. Les femmes se retrouvent à 20 ou 30 membres, liées par affinité, et de façon autonome. Elles cotisent et gèrent leurs fonds entre elles, des fonds constitués grâce à une épargne de sommes modiques chaque semaine. Les femmes s’accordent sur les parts à cotiser qui sont de 100F CFA en général, ou parfois de 200F, et 250F, avec un plafond de 5 parts tout au plus par semaine, ceci pour éviter les grandes disparités.
Au bout d’un mois de cotisation, commence l’octroi de crédits à celles qui en ont besoin ; les candidates aux prêts peuvent disposer d’un maximum de 3 fois le montant de leur épargne, remboursable après trois mois, avec un intérêt de 5% ou 10%. Si la somme totale n’est pas suffisante pour satisfaire tout le monde, les femmes s’accordent pour prendre les crédits à tour de rôle. Les prêts sont donnés toutes les 4 semaines.
Parallèlement à l’épargne, elles tiennent aussi une caisse de solidarité qu’elles ravitaillent par semaine, avec une somme convenue de 10F 25F ou 50F pour se soutenir mutuellement en cas d’évènements heureux ou malheureux. A la fin d’un cycle de 9 à 12 mois défini par le groupe, chacune reçoit le montant total de ses parts cotisées, auxquelles s’ajoutent les bénéfices générés par les intérêts et répartis de façon équitable. Cette procédure maîtrisée par les femmes fait partie d’un module enseigné à des animateurs par Plan International Burkina Faso, qui ensuite assistent les femmes tout au long de la mise en œuvre. Ces animateurs sont rémunérés par Plan International.

Des pratiques simples de sécurisation des fonds

Chaque groupe reçoit de Plan International Burkina Faso un kit composé d’une caisse métallique munie de 3 cadenas, une calculatrice, deux petits sacs en tissu, un cachet, des carnets individuels pour toutes les membres, et des stylos.
Sur les carnets individuels sont notées et cachetées les parts contribuées chaque semaine ainsi que les prêts. Dans les deux petits sacs est noué l’argent qui est ensuite placé dans la caisse métallique, sur laquelle veillent discrètement 3 gardiennes qui détiennent les clés de chacun des cadenas. Elles n’ouvrent la caisse qu’une fois ensemble et devant tout le groupe. Les membres sont toutes encouragés à prendre des prêts pour éviter d’immobiliser de la liquidité et attirer des délinquants, et aussi, pour faire fructifier leur capital avec les bénéfices générés par les prêts.
Avec ces prêts contractés, les femmes mènent des activités génératrices de revenus ; certaines arrivent à faire des économies à partir de leurs activités, en attendant le partage des gains qui intervient à la fin du cycle de 9 à 12 mois convenu de commun accord. Cela a créé un engouement véritable pour les groupes d’épargne et de crédit qui continuent de s’accroître chaque année.

Les groupes d’épargne et de crédits comme plateformes de réalisation d’autres activités

Au-delà des activités d’épargne et de crédit, Plan International Burkina a décidé d’utiliser les groupes d’épargne comme plateformes pour la mise en œuvre d’autres activités, notamment la sensibilisation en matière d’éducation, de santé (nutrition, santé maternelle et infantile, lutte contre le paludisme, VIH/SID etc.), d’hygiène et de protection des enfants.
De plus, des initiatives d’appui et de formation sur les activités génératrices de revenus permettent aussi aux groupes d’épargne de diversifier les opportunités économiques. Cela est très bien compris par les membres qui se servent des opportunités possibles pour chercher de l’argent. Même les enfants l’ont compris, et il se crée aussi, à côté des groupes des femmes, ceux de jeunes, aujourd’hui au nombre de 44 groupes composés de 705 jeunes filles et 236 jeunes garçons.

Par Françoise Tiendrébéogo / Kaboré.

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