Epargne et crédit villageois : NONGTAABA, GROUPE D’EPARGE ET DE CREDIT DE FILLES A L’IMAGE DE CEUX DE LEURS MERES A BASKOURE NATENGA

mardi 23 juin 2015 à 01h30min

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Epargne et crédit villageois : NONGTAABA, GROUPE D’EPARGE ET DE CREDIT DE FILLES  A L’IMAGE DE CEUX DE LEURS MERES A BASKOURE NATENGA

Dans le quartier Natenga du village de Baskouré, on les remarque attroupées sous des arbres après la messe du dimanche. Elles sont 28 filles, âgées de 13 à 25 ans dont 23 élèves. Parmi les élèves, 6 sont à l’école primaire, et 17 au secondaire. Les autres sont hors du système scolaire, mais elles sont toutes déterminées à mener des activités d’épargne et de crédit villageois comme leurs mères, dont elles ont vu les conditions s’améliorer. Elles ont alors cotisé entre 100 et 500F par semaine, et après un mois de cotisations ont donné des prêts aux filles désireuses d’en disposer. Celles-ci ont effectué les remboursements dans un délai de 3 mois, avec des intérêts, puis en ont pris d’autres crédits qu’elles ont investis dans le petit commerce. En une année, ces filles ont épargné 345.150F, avec un bénéfice net dégagé de 38.150 FCFA.

Tous les dimanches, elles se réunissent pour épargner leurs parts fixées à 100F, avec un plafond de 5 parts. Seulement 5 parmi elles ont contracté les prêts, notamment celles qui ne sont pas scolarisées. Celles-ci font de la couture, de la revente de céréales, d’arachides, de haricot, préparent des brochettes de soja, et ont entrepris d’aller sur la place du marché pour donner un coup de main aux commerçantes d’un certain standing, et reçoivent en retour 300F ou 500F pendant les jours de marché. La présidente, Lucienne Naré, fait de la couture. Elle a bénéficié d’un prêt de 20.000F et a acheté du matériel de couture ; son projet le plus immédiat est l’acquisition d’une machine à coudre.

Quant aux élèves, elles se contentent d’épargner ; leurs ressources proviennent de l’argent de poche qu’elles reçoivent de leurs parents, le matin, pour se rendent à l’école. Leslie Parkouda, 13 ans, en classe de 5e reçoit 50F chaque matin pour acheter des friandises à l’école. « J’achète un sachet d’eau avec 25 francs, et je mets 25F de côté pour l’épargne. Depuis que je suis dans le groupe, j’aide ma mère à préparer le dolo qu’elle vend tous les 3 jours au marché. Quand elle fait de bonnes recettes, elle me donne 400F, et quand les recettes sont modestes, elle me donne 200F. Cet argent est aussi épargné dans mon groupe ». Au partage des gains, Leslie a reçu 24.300F contre 21.600 FCFA versés. Elle a acquis une brebis dont elle prend grand soin, a acheté de la pacotille et des habits. Il lui reste 10.000F qui constituent ses économies.

Le gros lot est allé à Marthe Nadembèga 16 ans, non scolarisée qui a perçu 25.300CFA après avoir épargné 22.500F. Elle a un handicap mental et moteur, mais parvient à acheter et revendre des arachides. Pendant le cycle d’une année, elle a emprunté à plusieurs reprises la somme de 5000F, et a réalisé un bénéfice d’environ 2500F à chaque fois. Tout comme les autres filles de son groupe, elle rêve d’acheter un jour une motocyclette pour se déplacer.
Ce groupe de jeunes filles compte en son sein un garçon de 13 ans, Paul Nadembèga, en classe de 6e. Sa sœur, membre du groupe devait se rendre dans une autre localité, et a demandé à son jeune frère de la remplacer dans le groupe. D’abord réticent, Paul a accepté, et au bout de quelques temps, en a compris tout le bénéfice. Il a alors contacté d’autres garçons pour former avec eux un groupe, mais sans succès ; la plupart sont partis sur les sites d’orpaillage. Il s’est résolu à rester dans le groupe, même après le retour de sa sœur et travaille sur les chantiers de construction en les approvisionnant en eau. Cela lui rapporte 300F les jours où il ne va pas à l’école. Il a gagné au premier partage 11.500F. Il a acheté une poule qu’il élève et qui a déjà généré d’autres qui seront revendues en partie un jour pour constituer ses économies. Il a lui-même acquis ses vêtements de Noel et acheté des chaussures pour sa mère.

Même si leur épargne reste limitée par le fait que les membres scolarisées ne prennent pas les crédits, dont les intérêts font fructifier l’épargne, les filles se réjouissent du fait qu’elles arrivent déjà à éviter de toujours dépenser leurs maigres ressources, et qu’elles créent une saine émulation dans leur village et au même au-delà. Tatiana Nadembèga, 19 ans résume ce que le groupe d’épargne et de crédit leur a apporté en ces termes : « Avant d’intégrer le groupe, je ne savais que dépenser toute somme qui me tombait dans les mains. Maintenant, comme toutes les filles ici, nous avons appris à économiser, à prospecter partout pour voir quelle activité entreprendre afin de gagner de l’argent. Nous savons maintenant faire des projets et travailler à les réaliser. Certains jeunes et enfants du village et des villages environnants nous envient et cherchent à se joindre à nous. D’autres ont aussi créé leurs propres groupes d’épargne et de crédit sans même l’aide de Plan ».

Françoise Tiendrébéogo / Kaboré

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