Journée d’Hommage aux Martyrs : « Un moment pour montrer que tous les Burkinabè sont d’une même famille nationale ; ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise », Pr. Augustin Loada

mardi 2 juin 2015 à 22h50min

La série de conférences publiques initiées par le gouvernement à la faveur de la commémoration de la journée nationale d’hommage aux Martyrs de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 a pris fin dans la soirée de vendredi, 29 mai 2015 à Ouagadougou, avec le thème : « Martyrs et Héros nationaux ». Elle a été scrutée par Pr. Augustin Loada (homme de droit et ministre de la Fonction publique et du travail) sous la modération de Dr. Aboubakar Sango, enseignant à l’Université Ouaga II (Droit).

Journée d’Hommage aux Martyrs : « Un moment pour montrer que tous les Burkinabè sont d’une même famille nationale ; ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise », Pr. Augustin Loada

C’est par une restitution du contexte de la célébration de la Journée, que l’enseignant de droit constitutionnel à l’Université Ouaga II, Pr. Augustin Loada, a plongé son public dans son sujet. Il a fait remarquer que le Peuple burkinabè est toujours en quête d’une meilleure gouvernance. « Il aspire à être bien gouverné, comme les autres peuples d’ailleurs. Et cette quête est permanente. Il n’y a pas un seul pays dans le monde où tous les gens sont contents de la manière de gouverner », a déroulé le président de l’Institut Général Tiémoko-Marc-Garango pour la gouvernance et le développement (IGD), Pr. Augustin Loada, illustrant que même en France, à chaque fois qu’un Président vient, il est traité comme le « Président le plus impopulaire » jusqu’à ce que son successeur soit aussi ‘’crédité’’ de la même côte de popularité. La popularité oscille donc et cela fait partie du jeu politique.
« C’est pour dire que la quête d’une meilleure gouvernance est un long processus. Il n’y a aucun pays où tous les droits des citoyens sont respectés à cent pour cent, aucun pays au monde où les gens sont heureux de tout ce qui se passe », a campé celui qui était, jusqu’ à son entrée au gouvernement, directeur exécutif du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD). Selon lui, la pauvreté est en Afrique mais les gens sont plus heureux que là où il y a le bien matériel.
N’empêche, poursuit Pr. Loada, la quête du peuple d’une meilleure gouvernance ne se déroule pas comme un fleuve tranquille ; il y a des hauts et des bas, c’est un processus qui n’est pas linéaire. « La démocratie n’est pas une ligne droite ; parfois il y a des zigzags. Ce sont des processus qui fonctionnent par des à-coups ; parfois des reculs, des contestations qui peuvent être pacifiques ou violentes et prendre la forme de soulèvement populaire », relève le conférencier, citant en exemple, le soulèvement populaire de 1966 et les ‘’nombreux mouvements sociopolitiques’’ sous la IVème République.

Le peuple burkinabè : de la ‘’magnifiance’’ de la paix à l’insurrection !

Le conférencier dit se poser la question de savoir pourquoi ce peuple qui magnifie la paix, a trouvé utile de se manifester de cette façon ? En réponse, il indique qu’il y avait en face, un régime qui était déterminé à confisquer la souveraineté, socle de la démocratie. « Le peuple s’est révolté pour lui rappeler que la souveraineté doit rester entre ses mains », soutient-il, ajoutant que le pouvoir tenait à la confiscation de la souveraineté et le peuple, à la lui arracher.
« La souveraineté, c’est le pouvoir suprême ; la compétence de la compétence dans un Etat. Et cette compétence appartient au peuple et lui est conférée par la Constitution. Il choisit donc les dirigeants qu’il veut mais ça ne veut pas dire qu’il est dépossédé de ce pouvoir. Il y avait ici, un régime qui avait tout simplement confisqué cette souveraineté », scrute-t-il. Ce qui a conduit, selon lui, à la révolte du peuple « pour rappeler à ceux qu’il avait désignés que le titulaire du pouvoir suprême doit rester le peuple ».
D’où la survenance de l’insurrection à l’issue de laquelle, des organes (transition) ont été mis en place. Et le gouvernement a décidé d’honorer la mémoire de ceux qui ont payé la lourde facture « pour que cette souveraineté revienne dans les mains du peuple ». C’est ainsi qu’il a été décidé d’honorer la mémoire des « martyrs » et « héros nationaux ».

« Martyr », « Héros » et reconnaissance !

Selon le constitutionnaliste Augustin Loada, « Martyr » vient d’un mot grec et signifie « témoin », quelqu’un qui a décidé de s’offrir en sacrifice pour une cause. C’est une personne qui consent à aller jusqu’au bout, jusqu’à se laisser tuer pour témoigner de sa foi plutôt que de renoncer. Cette notion, d’essence religieuse, désigne, par extension, celui qui est torturé pour défendre une cause, un idéal. « Ici, c’est la foi en la démocratie, la foi que le combat qui a été mené est un combat juste », a-t-il noté.
Un « Héros » est, quant à lui, un personnage exemplaire, qui peut être réel ou fictif et dont les hauts faits méritent qu’on chante son geste, son mérite. « Naturellement, cela dépend des contextes car, ce qui relève dans un contexte comme une prouesse ne l’est dans un autre contexte. Dans le cas d’espèce, il est considéré comme héros, des personnes qui ont fait preuve d’exemplarité par leur courage, leur abnégation, par les hauts faits qu’on a pu observer dans cette insurrection », a explicité le conférencier.
Il a également fait remarquer que la lutte pour la souveraineté n’a pas commencé sous la quatrième République, elle a commencé depuis belle lurette. Et c’est pour cela qu’à travers l’histoire, on peut trouver des « martyrs », des « héros ».
La reconnaissance des « martyrs » et « héros » comme tels, peut venir du sommet (autorités) ou d’en bas (les gouvernés). La désignation officielle peut ne pas rencontrer l’assentiment du peuple, et vice-versa. En claire, s’il est vrai que le choix de « martyrs » et « héros » peut faire l’ ’’unanimité ’’, il peut aussi se caractériser par une divergence entre la vision des gouvernants et celle des gouvernés. « Le peuple, au-delà de la désignation officielle, peut avoir ses propres conceptions de ses héros », émet-il, citant en exemple, l’étudiant Boukary Dabo dont la ‘’disparition’’ est commémorée chaque année par les étudiants et reconnu comme « Héros » par certains étudiants et même « Martyr » pour d’autres.

La portée d’une telle commémoration ?

Situant l’importance d’une journée qui consiste à mettre en scène, les « martyrs » et les « héros », le communicateur a relevé qu’une telle ‘’reconnaissance’’ n’est pas propre au Burkina. Aussi, cette reconnaissance n’est-elle pas nécessairement immédiate à telle enseigne que des gens qui ont fait aujourd’hui des merveilles ne sont pas « hic et nunc » reconnues et à leur juste valeur mais le seront peut-être des dizaines d’années après.
« Le Burkina est une mosaïque culturelle, un pays de pluralisme socio-culturel (de groupes sociaux ethniques, religieux divers). Et malgré les progrès qui sont faits, nous ne sommes pas encore une nation. La preuve est qu’il y a des gens dans ce pays qui traitent certains de leurs compatriotes comme des étrangers (confère actualité). Ça veut dire que nous ne sommes pas encore une nation… », a-t-il analysé. D’où l’importance de ce genre de commémorations pour créer une mémoire collective parce que, déclare le Professeur, les gens qui sont tombés (sur le champ de bataille) n’ont pas d’appartenance ethnique ou religieuse. « On se sentait tous Burkinabè et on avait tous la même cause. Au-delà des divergences qui divisent (normal d’ailleurs), c’est un moment pour montrer que tous les Burkinabè sont d’une même famille nationale. C’est important de créer cette mémoire collective dans laquelle sera encrée l’idée que ce qui nous unit est plus fort que ce qui nous divise ; qu’au-delà de nos divergences politiques, idéologiques (qui existent partout d’ailleurs), nous sommes tous les enfants d’une même famille nationale, capables de se retrouver autour de nos martyrs et héros ; un peu comme dans une famille », a scruté Pr. Augustin Loada. Rendant hommage et ‘’élevant’’ au rang de « héros », tous ceux-là qui ont lutté pour l’indépendance, la République (le Burkina aurait pu être une monarchie), la libération, la Révolution et la démocratie.

« Et parmi ces hommes qui se ont battus, l’ancien Président cite Daniel Ouezzin Coulibaly, Nazi Boni, Philippe Zinda Kaboré et il ajoute Thomas Sankara. Ça fait quatre personnes. Même si on n’aime pas Blaise Compaoré, il y a des choses qui sont vraies, qu’il a dites. A ma connaissance, il n’y a pas quelqu’un qui ne reconnaît pas ce que ces quatre personnes-là on fait…comme relevant de hauts faits et qui mérite d’être célébrés. Donc, la IVème République reconnaît que dans l’histoire de notre pays, il y a des gens qui méritent d’être élevés à la dignité de héros nationaux. Et, on a même construit un monument ; un monument des héros à Ouaga 2000 et un qui se trouve à Tampouy réservé aux martyrs », a relaté Pr. Augustin Loada. Pour ce dernier, trois actes forts peuvent être logés dans la « politique symbolique » de la quatrième République : la reconnaissance à la dignité de quatre personnalités, la construction d’un monument pour les martyrs, la construction d’un monument pour les héros. Donnant des éléments de détails sur le parcours et les ‘’hauts faits’’ de ces « héros » avant de regretter qu’on n’ait rien fait de particulier pour les honorer, notamment Thomas Sankara. C’est pourquoi, a-t-il estimé que la « politique symbolique » menée par la IVè République n’était pas sincère.

Avec le gouvernement de la transition, affirme-t-il, la « politique symbolique » connaît une rupture qui s’articule autour de deux mesures fortes. Il s’agit de la décision prise par le Président du Faso de transformer le « monument des héros nationaux » en « panthéon des martyrs de l’insurrection » et la commémoration ‘’effective’’ de la journée d’hommage aux martyrs.
Pour Pr. Augustin Loada, cette commémoration vise aussi à rappeler que ces hommes décédés, au-delà de leurs faiblesses, ont des vertus, des valeurs (courage, abnégation, dignité, honneur) qui doivent servir d’exemples aux Burkinabè.
La seule manière de les honorer, conclu Pr. Loada, c’est aussi de suivre leur exemple, être capable de ‘’s’offrir en sacrifice’’ à son pays.

Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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