Exhumation des restes de Thomas Sankara et de ses compagnons : Les journalistes interdits d’accès au cimetière, les populations mécontentes

mardi 26 mai 2015 à 00h19min

Une autre étape décisive vient de débuter dans l’affaire Thomas Sankara. Après l’audition de son épouse Mariam la semaine dernière, place à l’exhumation des restes de l’ancien Chef d’Etat révolutionnaire assassiné le 15 octobre 1987 et probablement enterré au cimetière de Dagnoën avec 12 de ses compagnons. Et ce 25 mai, comme on pouvait s’y attendre, une mobilisation s’est constituée aux alentours du cimetière. L’entrée est interdite au public, y compris les journalistes.

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Exhumation des restes de Thomas Sankara et de ses compagnons : Les journalistes interdits d’accès au cimetière, les populations mécontentes

Thomas Sankara repose-t-il vraiment au cimetière de Dagnoën comme l’ont toujours soutenu ses bourreaux d’hier ? Certains Burkinabè en doutent fort. Ils étaient nombreux à se déporter sur les lieux très tôt ce lundi 25 mai 2015.

Les journalistes, comme toujours, étaient à l’affut de l’information mais aussi d’images pour étancher « la soif » des auditeurs, lecteurs ou téléspectateurs. Mais, ils n’auront pas accès au cimetière. Car les forces de sécurités ont reçu des instructions fermes. Malgré les négociations, le « Non » est maintenu. Pour un évènement de cette envergure, nul ne pouvait rester les bras croisés attendant que l’information lui parvienne par magie. Même si le veto contre la presse était là, il fallait user de stratagème.

Certains confrères recueillaient des avis sur place, tandis que d’autres, en retrait sous les arbres, tentaient de filmer ou de prendre des images en cachette. Bref ! Les citoyens étaient mécontents de constater que l’entrée était interdite à la presse. Et les réponses que certains donnaient au regard de la situation, pouvaient se résumer ainsi : Il y a du flou dans cette affaire-là !

Obstinés malgré les mises en garde des forces de l’ordre, d’autres badauds se hisseront sur un tas de terre posé non loin du cimetière. De là, ils pouvaient, avec un peu d’effort, voir à l’intérieur du cimetière. Mais, très vite deux camions-bennes plus un Caterpillar sont chargés de ramasser la terre. Qui en a donné l’ordre ? Nul ne le sait. Ensuite, selon, certaines indiscrétions, la gendarmerie aurait pourchassé un individu qui s’était réfugié sur le toit d’un immeuble en construction pour prendre des photos ou filmer. S’agit-il d’un journaliste ? Rien n’est sûr.

Rappelons que les membres de la famille ainsi que les avocats ont été convoqués par le juge d’instruction à l’exhumation qui sera conduite par un expert français et deux autres burkinabè. Et les résultats des tests ADN et la suite de l’enquête sont impatiemment attendus par le peuple burkinabè qui veut que lumière soit faite sur cette affaire vieille de plus de 27 ans.

Herman Frédéric BASSOLE
Lefaso.net


Avis de certains citoyens

Narcisse Naaba, Orpailleur

Thomas Sankara était notre ami. Chaque semaine, il venait chez nous les pionniers à vélo. Le jour de sa mort, il y a eu coupure de courant et tout le quartier était fermé. Il y avait des chars tout autour du cimetière de Dagnoën. Vers 22 heures, une bâchée qui transportait des détenus de la MACO (NDLR Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou) est arrivée. Ils ont creusé un petit trou. La bâchée est revenue avec un carton. Ils ont lavé le véhicule. Il y avait de l’eau complètement rouge à côté d’un baobab qui s’y trouvait. Après l’enterrement, il y a un prisonnier qui a enlevé sa bague de mariage (ndlr ce serait celle de Thomas Sankara) et un autre a enlevé ses chaussures de couleur rouge et blanc.

Le lendemain, quand nous sommes passés dans les parages, il y avait toujours la sécurité. Trois jours après, ils ont quitté les lieux. Mais le cimetière sentait très mauvais et il y avait des vautours dans le coin. Après, il y a un Caterpillar qui est venu racler la terre et arranger les tombeaux un à un. C’est trois mois plus tard, qu’ils sont venus bien arranger. Et aujourd’hui, je pense que ce n’est pas normal qu’on interdise l’accès au public, surtout à la presse.

Ouédraogo Seydou, commerçant

Franchement, on est mécontent. Si on a parcouru de longues distances pour être là ce matin, c’est parce qu’on croyait qu’on aurait accès au cimetière. On a entendu par la radio que les Burkinabè pouvaient venir voir. Ce qui me fait encore plus mal, c’est qu’on empêche la presse d’y avoir accès. Si les journalistes étaient au moins à l’intérieur, c’était comme si nous on était dedans. Ce serait grâce à eux qu’on aurait les vraies informations. Mais là, je peux dire que c’est louche. Ce n’est pas clair de faire quelque chose dans le dos de la presse. Les journalistes font leur travail et les dirigeants ne font pas le leur.

Bancé Zourganayni, cuisinier

On a appris l’information depuis très longtemps, mais aujourd’hui nous sommes arrêtés au soleil et on ne sait même pas ce qui se passe à l’intérieur. Ce n’est pas normal que les journalistes soient dehors. Quel qu’en soit la sécurité qu’ils veulent imposer, la presse doit avoir accès au cimetière. Sinon qu’est-ce qui prouve que les informations qui sortiront seront fiables ?

O.S, Boulanger

Le public n’a pas accès à l’intérieur du cimetière parce qu’il faut laisser les experts faire leur travail et le moment venu ils pourront donner le résultat de leur expertise. Mais, je pense quand même que les journalistes devraient avoir leur place à l’intérieur, pas trop proches des experts mais à une distance raisonnable. L’information en directe est très cruciale et la population doit y accéder. C’est un jour qu’on attendait depuis longtemps et quand c’est arrivé, il faut travailler de façon sereine.

Kièma Inoussa, étudiant en Droit

Nous sommes au cimetière pour assister à l’expertise de la tombe du capitaine Thomas Sankara mais pour le moment nous ne pouvons pas avoir accès. Et nous nous posons la question de savoir si les résultats seront crédibles du moment où la presse ne peut pas rentrer prendre des images.

Propos recueillis par BHF
Lefaso.net

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