Coup d’Etat au Burundi : Fin de parcours pour Pierre Nkurunziza ?

vendredi 15 mai 2015 à 23h50min

Arrivée au pouvoir en 2005 à la faveur d’élections jugées libres et transparentes, Pierre Nkurunziza a été réélu en 2010 et devait rendre le pouvoir à l’issue de la présidentielle du 26 juin 2015 prochain. Cela conformément aux accords d’Arusha et dans le respect de la Constitution burundaise. Contre toute attente, celui- ci a voulu ruser avec la loi. Il a été déposé par son ancien chef d’Etat- major et ex- chef des services secrets, le Général Godefroid Niyombaré.

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Coup d’Etat au Burundi : Fin de parcours pour Pierre Nkurunziza ?

L’information nous est parvenue vers 12 heures temps universel ce mercredi 13 mai 2015, un coup d’Etat a destitué le jusqu’alors président du Burundi, Pierre Nkurunziza. C’est l’ancien chef d’état-major et ex-patron des services secrets le Général Godefroid Niyombaré qui en a fait l’annonce. Au même moment où Pierre Nkurunziza était à Dar es- Salam en Tanzanie à l’invitation de ses pairs, pour trouver une issue à la contestation qui paralyse son pays depuis plus de deux semaines maintenant.
La situation est toujours confuse à Bujumbura la capitale car jusqu’au moment où nous écrivons ces lignes, le général “putschiste” n’a pas encore obtenu le raliement de toutes les forces de défense et de sécurité du pays. En attendant que celles- ci soldent leurs divergences, autorisons- nous quelques observations sur le parcours peu ordinaire de ce pays qui a fait la triste expérience de la guerre civile.

Un pays qui revient de loin

Dans le retroviseur de ce jeune pays d’un peu plus de dix millions d’habitants pour une superficie de moins de 30 000 km2 (à peu près un dixième du territoire burkinabè), il y a d’abord cette épreuve très atroce : la guerre civile qui a opposé les deux ethnies dominantes, les Hutu majoritaires et les Tutsis minoritaires mais contrôlant l’appareil militaire à l’époque. A l’origine de cette guerre civile, le coup d’État ayant emporté en 1993 le président Hutu, Melchior Ndadaye et plusieurs membres de son parti. Il a fallu le 15 mai 2005 pour que sous l’instigation des présidents sud africain, Nelson Mandela et Tanzanien Julius Nyéréré, un nième accord, mais apparemment le bon soit enfin signé à Arusha en Tanzanie. Ce qui a eu le mérite d’oeuvrer à un retour à la paix entre hutus et tutsis condamnés à vivre ensemble. Ce qui a permis de mettre un terme à cette guerre de treize ans qui a fait plusieurs centaines de milliers de morts parmi des protagonistes issus du même pays pourtant. Pierre Bouyoya avait alors les rènes du pouvoir. Puis vint Pierre Nkurunziza une première fois en août 2005 et une seconde fois en juin 2010. L’on avait alors commencé à se réjouir de constater le monstre à jamais éloigné. Il s’était plutôt choisi une posture plus discrète.

La volte face de Pierre Nkurunziza

Selon l’interprétation admise, les accords d’Arusha autorisent deux mandats, pas plus. Pierre Nkurunziza ayant été élu deux fois de suite, il était alors hors de course. C’est ce que pensaient du moins les rigoristes de la loi. Certains opposants au président Nkurunziza s’étaient donc suppris à rêver d’un bail au Palais de Bujumbura. C’était sans compter avec le sens de la roublardise de son occupant. Dans une ultime interprétation de la loi, en totale incohérence avec l’esprit et la lettre d’Arusha, il a réussi le tour de force de se faire investir par son parti et de faire reconnaitre la validité de sa candidature par la cour constitutionnelle, contre toute attente. Une cour dont le vice- président s’est enfui dans la foulée pour, dit- il, échapper à la pression.
Ni les appels de l’Union africaine au respect des accords d’Arusha –pour une fois au moins-, ni les exhortations de l’union européenne ou des Etats- Unis d’Amérique à un retour à la raison de Nkurunziza avec à la clé un report de la date du scrutin n’ont eu raison de ce dernier. La Belgique et les Pays Bas ont beau suspendre leurs financements ; rien n’y fit. Pendant que les manifestants battaient presque chaque jour le pavé pour réclamer le retrait de sa candidature pour se conformer aux accords d’Arusha, lui n’en avait cure. Il répondait en envoyant les forces de police aquises à sa cause à la manoeuvre. Et les morts jonchaient les rues de Bujumbura. Ce qui a obligé la procureure de la cour pénale internationale, Fatou Bensouda, à sortir de sa réserve pour mettre en garde contre les violations massives des droits de l’homme.

Nkurunziza seul contre tous

C’est pris entre le marteau des opposants à sa troisième candidature et la communauté internationale ; et sa détermination à briguer ce mandat jugé “de trop” que ses pairs de l’Afrique de l’Est l’ont invité à Dar es- Salam à un sommet extraordinaire pour des proposistions de sortie de crise. Avait- il espéré un appui de certains de ses alliés présidents comme Joseph Kabila qui ne fait pas lui non plus mystère de son intention de briguer un mandat “de trop” dans son pays ? Il n’aura pas eu le temps de participer à ce sommet car les choses se sont accélérées par la suite. Nkurunziza parti, le général qu’il avait remercié il y a peu pour “comportement irréverrenscieux” (il a exhorté le président à abondonner le pouvoir pendant qu’il était temps) venait de faire l’annonce de sa destitution. L’euphorie s’est emparée des grandes villes du pays. Nkurunziza avait voulu fouler aux pieds les accords d’Arusha en Tanzanie, c’est à Dar es- Salam (toujours en Tanzanie) qu’il apprend qu’il n’est plus président. Dans leurs conclusions, les chefs d’Etats que d’aucuns soupçonnaient de complaisance arguant qu’ils allaient tout au plus demander un report des élections sont effectivement allés dans ce sens. Condamnant au passage le coup d’Etat. Sans plus.

Au moment où nous écrivions ces lignes, le hutu pur sang de 52 ans n’a pu attérir à l’éroport de Bujumbura contrairement à l’annonce qui avait été faite par son camp. Les putchistes ont fermé les frontères aériennes, et entrepris des négociations pour envisager l’après Nkurunziza. Déjà, ils sont nombreux les Burundais qui se sentent comme libérés à nouveau, même s’ils ont dû laisser dans les manifestations une trentaine de leurs compatriotes.

Samuel Somda
Lefaso.net

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