Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

lundi 30 mars 2015 à 18h22min

Près de la moitié des dossiers actuellement traités par les cabinets d’instruction burkinabè concernent des récidivistes. La solution ? Occuper les personnes incarcérées, les former et les outiller de sorte qu’une fois dehors, elles puissent se réinsérer dans la société sans retomber dans le travers de la délinquance et du crime. C’est la mission que s’est donnée la MACO et une poignée de GSP (gardes de sécurité pénitentiaire). Menuiserie, jardinerie, soudure, couture, savonnerie, les activités ne manquent pas. Les moyens, par contre, sont limités.

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Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

Mettre le temps de la peine à profit

« On pense que lorsqu’on a mis un criminel hors d’état de nuire, la société est à l’abri. Mais la société n’est à l’abri que si cette personne change pour adopter une conduite de bon citoyen. » Fréderic Ouédraogo est directeur adjoint de la Maison d’Arrêt et de Correction de Ouagadougou. « La prison ne peut servir que si elle apporte quelque chose de positif aux détenus. Le temps de privation de liberté doit leur permettre d’apprendre quelque chose d’utile à eux-mêmes et à la société ». C’est sur cette logique que la MACO a mis sur pied plus d’une dizaine d’activités qui visent à former et à préparer les détenus à la sortie.

Boulangerie, savonnerie, menuiserie, aviculture, peinture, jardin

Les détenus qui choisissent de prendre part aux ateliers dirigés par les gardes de sécurité pénitentiaires apprennent à faire du pain, du savon, à coudre, peindre, fabriquer des meubles ou à faire pousser des légumes. Des activités dont on ne soupçonne pas l’existence quand on passe devant le grand mur ocre qui ceinture le pénitencier. Saviez-vous que le poulailler de la MACO abrite quelque 700 poules qui pondent plus de 400 œufs par jour, que le jardin potager de la prison s’étend sur 4,5 hectares, qu’on y trouve des bananes, des tomates, des aubergines sauvages et du riz ? Saviez-vous que le savon produit par la savonnerie a remporté un prix pour sa qualité en 2011 et qu’il se vend dans tout le pays ?

Sore Binta, assistant GSP, forme trois détenus majeurs et trois mineurs à l’atelier menuiserie. Seules conditions pour rejoindre les activitésv : avoir exécuté la moitié de sa peine et avoir adopté une bonne conduite. Une fois intégrés dans l’atelier, les détenus apprennent sur le tas à fabriquer toute sorte de meublesv : étagères, berceaux, lits. Les commandes viennent de l’extérieur, c’est à dire des particuliers, des connaissances du GSP ou de l’Eglise catholique. Le GSP se procure les matériaux nécessaires et réalise le travail avec les détenus. La formation ainsi suivie est un atout lors de la recherche d’emploi à leur libération.

L’atelier de soudure jouxte la menuiserie, Lompo Bahouaba, assistant GSP, forme deux détenus. Albert et Samporé (noms d’emprunt) s’y activent au milieu des barres de fer, des plaques de métal et des outils, une grosse paire de lunettes fixée sur le nez. Ils étaient tous deux ouvriers avant d’être incarcérés : « Un ouvrier ne peut pas chômer, il faut qu’il pratique pour ne pas perdre la main. Ici, on reste actifs et on élargit nos connaissances. »

Ouvrir un atelier à la sortie

Seules les activités de théâtre et de danse sont mixtes. Les autres ne s’adressent qu’aux femmes ou aux hommes. La blanchisserie par exemple n’est fréquentée que par des hommes, tandis qu’à la savonnerie, Jean-Marie Ilboudo, assistant GSP, ne forme que des femmes, sept pour être exact. On y produit et vend entre autres du savon liquide et en poudre, du savon de lessive et de toilette. Il se vend dans tout le pays par cartons entiers, de Ouagadougou à Bobo, en passant par Ouahigouya et Tenkodogo.

En 2011, le savon de toilette a été remarqué pour sa qualité en remportant un prix à l’occasion de la journée agroalimentaire. « Nous formons les femmes pour qu’elles puissent ouvrir un atelier à leur sortie. Lorsqu’elles sont libérées, certaines s’aperçoivent qu’elles n’ont pas retenu toutes les étapes de la fabrication. Je leur donne mon numéro de téléphone pour les aider en cas de besoin. » Mais la sortie est difficile, seule une minorité de femmes disposent du soutien de leur entourage pour poursuivre leurs efforts.

La moitié des bénéfices de l’atelier de couture revient aux détenues

Céline Kambou a été recrutée par l’aumônerie catholique, elle dirige l’activité couture qui ne traite qu’avec des femmes. Elles y apprennent à utiliser une machine à coudre, à dessiner des pantalons, à les porter sur le tissu et à les assembler. Cette formation a pour but de les rendre autonomes afin qu’elles puissent vivre de leur travail une fois libérées.

« Une formation normale dure trois ans. Mais quand elles sont motivées, elles peuvent apprendre en un an. On a l’avantage d’être une petite classe. Actuellement, je forme six femmes, j’accepte toutes les détenues, sans conditions, il faut juste être intéressé. Depuis que l’atelier a commencé il y a trois ans, j’ai dû former une trentaine de femmes. »

Des pantalons sont accrochés au mur de la salle de couture, des robes pour petite fille, des jupes et des ensembles pour enfants. Les commandes proviennent de l’extérieur, de particuliers, des GSP et des détenues elles-mêmes. La moitié des bénéfices de la vente revient aux couturières, l’autre sert à acheter le matériel.

Moyens très limités

Les moyens mis à la disposition de la prison sont très limités. Les outils manquent (machine de presse à la savonnerie, postes à souder, étaux, accessoires de protection à l’atelier soudure, etc). De plus, les capacités d’accueil sont restreintes et les détenus formés ne sont pas nombreux. Certains ateliers sont soutenus financièrement et matériellement par des structures de l’extérieur, comme l’Eglise catholique ou l’Action Sociale.

L’Eglise catholique soutient l’atelier en fournissant le tissu et les machines à coudre. Sept machines sont utilisées dans le quartier des femmes et trois dans le quartier des mineurs. Grâce au soutien de l’AMAF, l’Association des Amis de l’Afrique Francophone, l’Eglise catholique a accompagné deux femmes à leur sortie en remettant à chacune une machine à coudre. L’une d’elle a poursuivi l’activité chez elle et l’autre a souhaité se perfectionner dans un atelier indépendant. Céline Kambou ajoute « Je leur donne mon contact quand elles sortent, pour qu’elles puissent m’appeler en cas de besoin pour ouvrir leur atelier. Certaines rappellent, mais davantage par courtoisie et ça reste une minorité. » C’est en effet un des problèmes communs à toutes les activités.

Aucun suivi post carcéral

A l’extérieur, les détenus sont voués à eux-mêmes et doivent trouver des fonds pour initier une activité. Parfois les parents ou l’entourage aident, mais c’est rare. Aucune structure publique, aucune organisation de la société civile ne les accompagne. Dans ces conditions, le risque de récidive est grand. Alors qu’il serait parfaitement envisageable d’établir des partenariats avec des organismes au dehors afin de permettre aux détenus de poursuivre leur formation ou bien pour les aider à rebondir et entrer en contact avec des entreprises.

Les ouvriers Samporé et Albert sont catégoriques, ils savent que la sortie est difficile et que les gens ont peur des anciens résidents de la MACO. Tout ce qu’ils souhaitent, c’est un endroit pour continuer à travailler une fois dehors, le meilleur remède contre la récidive.

Marine GOURVES
Collaboratrice
Lefaso.net

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Vos commentaires

  • Le 30 mars 2015 à 19:05, par Dieudonné
    En réponse à : Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

    felicitation et courage a la MACO pour ces initiatives. merci aux collaborateurs qui acceptent prendre les produits de ces detenus. il faut qu’il y’ait une politique publique adequate pour accompagner cette initiative louable. Une vie apres la prison est possible.

    Unité dans la diversité, c’est le Faso qui gagne !

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  • Le 30 mars 2015 à 19:50, par Alassane
    En réponse à : Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

    Très bon reportage qui montre le rôle si bien important que la prison doit jouer pour une lutte efficace contre la délinquance. Malheureusement, les politiques ne voient que la partie visible de l’iceberg a savoir la traque et l’arrestation du délinquant. Félicitations à toute l’équipe de la MACO et bon courage à vous.

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  • Le 30 mars 2015 à 23:58, par le nabiga
    En réponse à : Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

    GOURVES, ce qu’on veut les apprendre en prison, ils ont déjà rejeté ça dehors pour sombrer dans la délinquance. Ne gaspillez pas l’argent du contribuable, s’il récidivent c,’est dus à la duré des peines, prononcez des peines cumulées comme au USA pouvant atteindre 14-20-25 ou 35 années et vous verez qu’à leurs sorties ils ne reviendrons plus, ne cherchez pas midi à quatorze heure !!! D’ailleurs ils ne payent jamais les amandes qu’on les inflige...

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  • Le 31 mars 2015 à 16:16, par SAWADOGO
    En réponse à : Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

    Je propose que les prisonniers soient utilisés pour des travaux publiques

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  • Le 31 mars 2015 à 16:27, par SAWADOGO
    En réponse à : Enseignement

    Le développement d’un pays dépend de l’éducation mais avec le système éducatif actuel il faut nécessairement revoir le système . Les autorités a cause l’argent vous avez détruit le système éducatif or vos enfants dans des écoles de hautes niveaux

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  • Le 31 mars 2015 à 16:37, par Hailé sélasié
    En réponse à : Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

    Très bonne initiative et surtout du courage. Je pense qu’on a tous intérêt à les soutenir car c’est le moyen le plus efficace pour freiner voir éradique le banditisme. Il faut que notre société donne les moyens à tous de gagner honnêtement et dignement sa vie à travers une bonne suivie éducative et professionnelle. Ensemble rien n’est impossible

    Répondre à ce message

  • Le 31 mars 2015 à 16:43, par Hailé sélasié
    En réponse à : Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

    Très bonne initiative et surtout du courage. Je pense qu’on a tous intérêt à les soutenir car c’est le moyen le plus efficace pour freiner voir éradique le banditisme. Il faut que notre société donne les moyens à tous de gagner honnêtement et dignement sa vie à travers une bonne suivie éducative et professionnelle. Ensemble rien n’est impossible

    Répondre à ce message

  • Le 31 mars 2015 à 23:35, par Luc MILLOGO
    En réponse à : Réinsertion des détenus : Des efforts à la MACO

    Alors moi je pense que quand on parle, en tant qu’intellectuel on doit mesurer la portée et la véracité de ses dires. Est ce que c’est uniquement des délinquants seulement qui sont en prison ? Non il y a des innocents en prison. Et vous êtes sur que s’ils avaient eus ces opportunités ils allaient devenir des délinquants si véritablement ils le sont ? Je pense en tout cas qu’il n’y a pas de masochiste en prison

    Répondre à ce message

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