Archives et bonne gouvernance : Moyens de défense des droits et devoirs des administrés

lundi 23 mars 2015 à 22h29min

A quoi servent les archives ? Si non à quoi servent les archives dans un pays où les citoyens ont maille à partir avec l’institution judiciaire ? A quoi servent les archives dans le contexte actuel de notre pays où les citoyens réclament çà et là que justice soit rendue ? Et que dire des récents évènements au cours desquels des archives et autres documents à valeurs probatoires et/ou informationnelles ont été consumés avec la furie populaire ? Ces questions méritent d’être posées quand on observe l’état des documents dans les services et administrations publics.

Toute personne physique ou morale est productrice et utilisatrice de documents. Les personnes physiques possèdent des archives dites privées qu’elles prennent soin de préserver précieusement et jalousement car elles constituent leur « trésor », c’est-à-dire des preuves irréfutables et des justificatifs irrésistibles. Placées entre les administrés et l’administration, les archives permettent aux deux parties d’être gagnantes et font office d’interface en permettant l’examen d’activités tenues secrètes au moment où elles s’exécutaient. Les archives constituent donc un instrument essentiel à la connaissance des décisions gouvernementales, des actions des administrations, des conseils municipaux et des tribunaux qui sont les fondements de la démocratie.

La conservation des archives participe de la bonne gouvernance tant revendiquée par les autorités sur les antennes radio et télé. La gestion de l’information est à la base de la capacité de tout gouvernement à fournir des services efficaces à ses administrés, à concrétiser son devoir de rendre compte aux citoyens et à protéger leurs droits. En tant que mémoire de l’administration, on peut dire que les archives appartiennent aux citoyens en mettant à leur disposition dans les limites imposées par les lois d’accès aux documents, des informations et des renseignements authentiques, significatifs et accessibles non seulement pour attester de leurs droits mais aussi pour fournir les ressources leur permettant d’exercer un contrôle démocratique indispensable à l’exercice d’imputabilité.

Transparence administrative et financière

Les documents sont créées par des individus, des entreprises privées ou des administrations publiques à des fins diverses. Leur bonne conservation permet la reconstitution d’événements politiques, sociaux, économiques et culturels, et de retracer leurs origines en permettant d’accéder aisément aux sources, quels que soient la date, le responsable, le lieu et le commanditaire, etc. De plus en plus, les citoyens veulent constater par eux mêmes et voir de leurs yeux, ce qui a été fait, à combien ?, par qui ? Et pourquoi ?

Est-ce pour cette raison que lorsqu’il y a changement de poste, le sortant s’empresse de vider armoires, tiroirs et placards dans le but de faire disparaître toutes traces compromettantes ? Il ignore ou fait semblant d’ignorer que passation de service suppose aussi transfert d’expertise administrative d’un responsable à un autre qui assure au nouveau une connaissance des actions déjà entreprises ou en cours. Ceci pourrait expliquer le fait que dans la plupart de nos administrations, les structures de gestion des archives sont beaucoup plus figuratives qu’opérationnelles, dépourvues de tout (Ligne budgétaire, matériels, infrastructures, personnels). Cela semble une volonté affichée des premiers responsables de ces services : « Pas de traces compromettantes sur mon passage dans cette boîte ». Cet état de fait rend très difficile les activités liées aux contrôles, aux audits, aux suivis et à la prise de bonnes décisions. Dans notre pays par exemple, des mairies et des établissements primaires ou secondaires sont parfois incapables de fournir les souches des extraits de naissance ou de bulletins de notes. Et que dire de ces ouvrages et autres infrastructures publiques qui ne peuvent être réhabilités faute d’archives les concernant.

L’ancien président, François Mitterrand disait ceci : « Les archives de tous les pays, en gardant la trace des actes d’hier et leurs cheminements, éclairent mais aussi commandent le présent. Ceux qui exercent une responsabilité savent bien qu’on ne définit pas des orientations dans l’ignorance du passé ».

Les archives contribuent à une plus grande transparence administrative et financière donc, participent de la lutte contre la corruption, les détournements et autres irrégularités. Instruments au service de l’État pour la conduite des affaires, la bonne gestion des documents est la garante de son efficience et de son efficacité, des solutions aux problèmes présents et futurs.

Chers décideurs, la lutte contre la corruption, les détournements de toutes sortes et les autres formes d’abus de biens publics passe aussi par la mise en place d’une bonne politique de gestion des archives.

Albert Windyam OUEDRAOGO, archiviste d’Etat
ouedwindy@yahoo.fr

Vos commentaires

  • Le 24 mars 2015 à 10:34, par buud biiga En réponse à : Archives et bonne gouvernance : Moyens de défense des droits et devoirs des administrés

    bel article

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  • Le 24 mars 2015 à 10:58, par SANE En réponse à : Archives et bonne gouvernance : Moyens de défense des droits et devoirs des administrés

    "La mémoire est la sentinelle de l’esprit" disait William Shakespeare.donc si nous voulons avoir notre histoire ,il faut que des décisions de taille soient prises en faveur de la gestion des archives maintenant car plus tard il sera trop tard.

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  • Le 24 mars 2015 à 15:21, par rapatrié En réponse à : Archives et bonne gouvernance : Moyens de défense des droits et devoirs des administrés

    ce monsieur ne nous parle que des archives, archives et archives. tu n’as pas d’autres chats à fouetter ? toi oui mais nous non. colle nous la paix avec tes vieux papiers, on a faim. c’est la transition

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  • Le 24 mars 2015 à 15:41, par Akilas En réponse à : Archives et bonne gouvernance : Moyens de défense des droits et devoirs des administrés

    Merci pour le bel article. Effectivement il faut tout faire pour que le peuple burkinabè et même nos autorités découvrent et redécouvrent la valeur des archives. La numérisation des archives pourrait être une solution pour éviter les flammes des archives de l’Assemblée Nationale !

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  • Le 24 mars 2015 à 19:06, par par experience En réponse à : Archives et bonne gouvernance : Moyens de défense des droits et devoirs des administrés

    Question importante. Mais qui semble n’être pas une priorité des gouvernants. Prenez l’exemple des préfectures et des mairies aujourd’hui. Si vous faites un tour dans une ancienne préfecture aujourd’hui, vous aurez les larmes aux yeux. Aucun dispositif pour garder les jugements supplétifs de naissance et les autres documents de gestion du personnel. Si vous avez pris service dans un département et que quelques années après, vous y retournez pour demander votre certificats de prise de service, vous avez beaucoup de chance de ne pas le retrouver. Les registres de jugements sont déchirés, les salles d’archives sont détériores(toit troués, ...). Il en est ainsi des mairies ou les registres de naissance sont souvent dans les couloirs. Il est important de se pécher sur la question des archives car c’est la mémoire nationale qui se perd doucement.

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  • Le 25 mars 2015 à 16:10, par TIE En réponse à : Archives et bonne gouvernance : Moyens de défense des droits et devoirs des administrés

    Merci à Monsieur Albert Windyam OUEDRAOGO de faire cas de la situation des archives pubiques et privées au Burkina-Faso. En effet, tout ce qui concerne se domaine est relégué au second plan. Pourtant les archives doivent être une priorité pour toute administration qui produit et reçoit des documents dans le cadre de ses activités. Il est vraiment temps que les autorités donnent une priorité à la gestion et à la conservation des archives afin de les utiliser pour atteindre les objectifs fares tant chantés du grand développement durable de notre cher Burkina. Aller faire un tour au Centre National de Archives (CNA) pour voir dans quelles conditions travaillent les archivistes, bibliothécaires et documentalistes et comment ils se battent pour rendre les archives exploitables. Il faut que les autorités mettent des lignes budgétaires assez conséquentes à la disposition du CNA pour la gestion des archives des ministères et intitutions plublics. Si aujourd’hui, les archives de l’assemblée nationale, de la mairie centrale ainsi que la justice de bobo sont parties en fumé c’est parce que l’Etat n’a jamais fait de la conservation des archives sa priorité. S"agisant de l’argent, il a mis des confres fort pour son depôt et des cortèges pour son transport. Pourtant c’est cet argent qui est utilisé pour la production des documents pour la gestion administrative. Pour une meilleure transparence de gestion et de bonne gouvernance, de démocratie, prenez soin des archives publiques, para-publiques et privées.

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  • Le 4 mai 2015 à 08:17, par Dylan En réponse à : Super

    Merci pour cet article. Il faut que les autorités se penchent franchement sur la question des Archives. C’est très capital pour le développement d’un pays.

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