Siaka Coulibaly à propos de la Commission nationale des réformes : « Certains membres s’apprêtaient à proposer un salaire de 5 500 000FCFA par mois et par personne »

lundi 16 mars 2015 à 23h47min

La démission de Siaka Coulibaly, juriste et analyste politique, de la Commission de Réconciliation nationale et des Réformes où il était jusqu’au vendredi 13 mars, au titre du Premier ministère défraie toujours la chronique. A travers une interview réalisée par nos confrères de la radio Ouaga Fm, l’homme est une fois de plus revenu sur les raisons de son départ de la Commission. Il a aussi informé, sans être véritablement convaincu, du faramineux salaire qu’avaient proposé certains membres.

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Siaka Coulibaly à propos de la Commission nationale des réformes : « Certains membres s’apprêtaient à proposer un salaire de 5 500 000FCFA par mois et par personne »

Vous faites l’actualité avec votre démission de la Commission nationale des réformes. Et vous avez démissionné parce qu’on a retiré un article - un point de l’article 4 - par le Conseil constitutionnel. Que dit exactement cet article qui a été retiré ?

Le deuxième tiret de l’article 4 de la loi organique portant fonctionnement, composition et attribution de la Commission nationale de Réconciliation et des Reformes doit se saisir et documenter tous les cas de crimes de sang et économiques. Elle doit auditionner toute personne à cet effet. Le retrait de cette disposition de la loi organique vide à mon sens la Commission de l’un des deux mandats dont il est doté. Le premier mandat étant de faire la vérité, la justice et la réconciliation. Le second étant les reformes.

Pourtant ceux qui sont resté dans la Commission et qui ont travaillé avec vous, estiment que le retrait ce tiret-là n’enlève en rien la qualité et la valeur du travail qui vous est demandé ?

Comment peut-on aboutir à la justice et à la réconciliation si la Commission n’a pas ce mandat ? Je me pose bien la question et je crois que les Burkinabè ont bien compris l’arnaque qui a été servie. La commission ne va pas aboutir, ni à la vérité, ni à la réconciliation.

L’analyse de vos différentes déclarations donne l’impression que vous remettez en cause toute la composante de cette Commission ?

En plus de l’aspect justice et vérité et réconciliation, venons-en à l’aspect reforme. En effet, il n’y pas de referendum prévu. Il n’y pas aussi de constitution prévue. Comment pourra-t-on adopter démocratiquement la nouvelle Constitution ou la réforme de la Constitution à venir. De ce point de vue, la commission ne peut pas atteindre ses objectifs. Aussi, si on prend la question électorale qui est une des missions de la Commission, il y a un délai au niveau de l’Union Africaine et de la CEDEAO pour faire la réforme des lois électorales. Pourtant, nous sommes en train de renter dans les délais et jusqu’aujourd’hui, nous n’avons pas encore produit le nouveau code électorale. Cela va se faire à un moment où le délai sera dépassé et on va probablement reporter l’adoption de cette loi réformée après la Transition. Bref ! Il y a beaucoup de points qui font que la Commission ne pourrait pas atteindre ses objectifs.

Que reprochez-vous à ceux qui estiment que votre sortie médiatique est une frustration, étant donné que vous avez été un candidat malheureux pour la présidence de la sous-commission ?

Avant d’arriver à la Commission, je savais que les choses allaient se passer de cette façon. Pour la petite histoire de cette désignation, le Premier ministre m’avait fait appeler par le professeur Soma pour me dire qu’ils s’étaient entends avec le Président de la Transition Michel Kafando, et le Président du conseil national de la Transition pour se répartir les responsables pour les sous-commissions. Moi, j’étais promu pour la Commission électorale. Quand nous sommes arrivés, il y a des membres de la Commission qui m’ont dit qu’il y a une cabale qui allait m’empêcher d’accéder audit poste. Alors, celui qui m’avait contacté pour la présidence de la sous-commission électorale ne m’a pas recontacté pour me situer. J’ai donc maintenu ma position. Dès l’ouverture des travaux, nous avions eu un échange avec le professeur Soma sur la question de ce que le Conseil constitutionnel avait posé comme problème. Il fallait attendre le Professeur -Conseiller spécial du Premier ministre- pour savoir la position de l’autorité sur la Commission après la décision du Conseil constitutionnel. Le Professeur Soma a dit qu’on doit appliquer la loi organique sans les dispositions que le Conseil constitutionnel a incriminées. En clair, ils entérinent le fait que la Commission ne peut plus atteindre ses objectifs, mais qu’on continue le travail. Je venais de découvrir cette disposition parce qu’on nous avait remis une enveloppe contenant les différents documents quelques jours avant. C’est ce matin (lundi 16 mars, ndrl) que j’ai découvert cette histoire de retraits de certaines dispositions. Si la Commission gardait ses prérogatives de vérité, justice et réconciliation, on pouvait tenir ses propos selon lesquels je suis frustré parce que je n’ai pas été élu président de la sous-commission. Même si je restais Président alors que la Commission ne peut pas atteindre ses objectifs, ce serait une trahison du peuple.

Vous saviez pertinemment que vous n’alliez pas passer, mais vous avez tout de même maintenu votre candidature ?

Oui il fallait le faire pour avoir des preuves. Aussi, il y a le fait que les membres de la Commission sont au même pied d’égalité sur le plan juridique. Il n’y a pas une indemnité spéciale pour les présidents de commissions. Dès lors qu’ils prêtent le serment, il n’y a pas une raison spéciale pour que le fait de ne pas être président justifie une démission puisqu’on aura le même traitement.
Vous auriez pu démissionner depuis le début que vous aviez su qu’il y avait des passages qui ont été enlevés et qui allaient erroner cette vérité tant recherchée au Burkina Faso.
Ça s’est passé en l’espace de 3 à 4 heures. Ç’a été fait le même jour. Et moi ma démission était déjà annoncée lorsque j’ai appris que la Commission était vidée de sa substance.

Dans votre déclaration, vous dites que les salaires destinés aux membres des commissions seraient un détournement de deniers publics. Est-ce que vous avez pesé un peu le sens des mots avant de les employer ?

Bien sûr que oui. Si la commission selon la Charte est chargée d’établir la vérité, la justice et la réconciliation n’aboutit pas après son fonctionnement, c’est bien un détournement de deniers publics. Allez-y demander à la Cours des comptes.

Quel est donc le montant qui est prévu pour les membres de la Commission ?

Allez-y demander à ceux qui vous ont informé de ce que je n’ai pas été élu comme président. De toutes les façons, on allait avoir un problème parce que certains membres s’apprêtaient à proposer un salaire de 5 500 000FCFA par mois, et par personne. Je ne peux pas dire que c’est une preuve matérielle, mais ce qu’on avait dit.

Vous pensez un peu à la personnalité de l’archevêque de Bobo-Dioulasso qui est très apprécié et qui se retrouve dans une telle situation ?

Je pense qu’il faut lui poser la question. Le problème a été posé devant lui. Aujourd’hui il ne peut pas dire qu’il n’est pas au courant de ce problème juridique dans la Commission. Il y en a qui pensent qu’ils peuvent continuer à travailler dans la commission, à percevoir de l’argent public… en tout cas, moi, je ne pourrai pas le faire.

Il y a non seulement le volet argent, mais il y a aussi la probité et la bonne moralité de toutes ces personnalités qui sont dans la commission, 5 millions de FCFA, c’est assez énorme ?

Je vous ai donné l’information qui m’a été communiquée.

Qu’est-ce que Siaka Coulibaly réclame aujourd’hui à la Commission ?

Si demain, le Premier ministre et le Président de la Transition convoquent une rencontre pour chercher à savoir ce qu’on peut faire après l’avis du Conseil Constitutionnel, je participerai à cette rencontre. Mais continuer à baisser la tête, je dis non.

Doit-on donc arrêter les activités de la Commission ?

On devait les suspendre pour permettre aux autorités de mieux réfléchir.

Est-ce que votre départ ne va remettre en cause un travail qui est très attendu par la nation toute entière ?

J’informe la Nation que le travail qu’on nous a demandé de faire ne peut pas aboutir. Qu’il en tire les conséquences.

Retranscription : Bassératou KINDO

Lefaso.net

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