Réponse d’Emile LALSAGA au Comité Burkinabè pour le Retour du Président Blaise COMPAORE (CBR-BC)

jeudi 5 février 2015 à 03h33min

Je viens par la présente, répondre au Comité Burkinabè pour le Retour du Président Blaise COMPAORE (CBR-BC). J’ai été totalement tétanisé, et je ne suis pas le seul, par l’analyse simpliste qui découle de la déclaration inaugurale dudit comité. Les événements des 30 et 31 octobres doivent être pris dans toute leur entièreté et ne doivent pas être considérés comme des faits isolés. L’insurrection populaire est la résultante des frustrations énormes de notre vaillant peuple durant les 27 ans de règne du président Compaoré. S’il est vrai que la liberté d’expression, d’opinion et celle de pensée sont les catalyseurs de tout débat démocratique, il revient à l’être humain doté de conscience de toujours s’évertuer pour s’exprimer de façon raisonnable.

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Réponse d’Emile LALSAGA au Comité Burkinabè pour le Retour du Président Blaise COMPAORE (CBR-BC)

Considérant la décision souveraine et responsable de démission du Président Blaise Compaoré de la tête de l’Etat, survenue le 31 octobre 2014, pour sauver le pays du pire des périls ;

Eh bien messieurs, vous inaugurez mal votre déclaration entachée d’un grossier mensonge ! Au soir du 30 octobre 2014, lorsque Blaise Compaoré s’adressait à la nation sur la chaîne privée de télévision burkinabè Canal 3, « il déclarait dissoudre le gouvernement, retirer le projet de loi sur la révision de la constitution ; il levait l’état de siège et annonçait à la classe politique et à la société civile être disponible pour une période de transition à l’issue de laquelle il quittera le pouvoir. » Au regard de ses propos, on voit bien qu’il tentait de colmater les brèches : il ne démissionne pas ou du moins, il semble nous dire : « je ne vais pas démissionner car j’ai entendu le message du peuple et mieux je l’ai compris donc on peut toujours trouver un arrangement. » Mais Blaise Compaoré « oubliait » que par son entêtement bovin, des Burkinabè venaient de perdre la vie sous les balles assassines d’une milice aux ordres. Blaise rêvait encore d’un « dialogue constructif et inclusif » qui lui permettra de rouler sans doute le peuple dans la farine. Mais, le peuple intègre et révolté avait déjà pris sa décision : plus de Blaise à Kosyam. Punaise ! Et voilà donc monsieur le Président qui n’a plus de solution. Le peuple souverain le contraint à la démission car TROP C’EST TROP. Alors messieurs les CBR-BCistes, êtes-vous amnésiques ou faites-vous preuve d’une mauvaise foi ? Ou êtes-vous simplement partisans du moindre effort de réflexion ? Par l’incongruité de vos propos, vous perdez déjà la face devant ce peuple debout qui se forme chaque jour politiquement pour ne plus se laisser embrigader par des politiciens sans foi ni loi. Alors, il sera honnête de conclure avec moi que : « réalisant la décision souveraine et patriotique du peuple intègre qui a contraint le Président Blaise Compaoré à la démission le 31 octobre 2014, » en lieu et place de ce que vous avez considéré plus haut.

Considérant que cette décision du Président Blaise Compaoré résultait du constat qu’un coup d’Etat, savamment orchestré par une partie de l’armée, une partie de l’opposition civile et certains ex-cadres du régime en rupture de ban, menaçait de plonger le Burkina dans un bain de sang fratricide et dommageable pour les progrès socioéconomiques, culturels et politiques accomplis depuis une trentaine d’années ;
Holalaa, vous tombez très bas ! En quoi l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, en quoi notre Révolution noire peuvent-elles être considérées comme un coup d’Etat savamment orchestré ? La langue française est assez claire dans ses définitions. Sachez donc chers messieurs, que l’expression coup d’Etat est toujours en rapport avec les militaires. Il n’existe donc pas de coup d’Etat civil, encore moins de coup d’Etat populaire. Quand les civils disent NON, ils se soulèvent d’où l’expression soulèvement populaire ou insurrection populaire. Notre pays a connu des coups d’Etat et à ce que je sache, les précédents coups d’Etat n’ont rien de commun avec ce qui s’est passé les 30 et 31 octobre 2014 au Burkina Faso. Dites-moi, les militaires sont-ils allés déloger Blaise à Kosyam ? Ont-ils envahi la radio et la télévision pour faire une déclaration ? Ont-ils fermé les frontières terrestres et aériennes pour éviter la fuite d’un dignitaire du régime Compaoré ? NON. Mieux, ces mêmes militaires ont pu exfiltrer les ténors du régime vers le Camp Paspanga et organiser minutieusement la fuite de Blaise Compaoré et de sa famille vers la Côte d’ivoire et le Bénin. Messieurs, sachez qu’un Coup d’Etat, même savamment orchestré ne se fait pas ainsi. Il n’y a jamais eu tout un peuple dans un coup d’Etat. Ce que vous oubliez, c’est que le peuple n’a pas besoin de militaires pour se soulever, le peuple n’a pas besoin de chars de combat, de kalachnikovs et de mitraillettes pour dire NON à une mauvaise politique. Le peuple combat avec son cœur et ses convictions. Le peuple n’est jamais brutal, il prévient toujours. Le peuple burkinabè n’a pas dérogé à la règle. Par plusieurs manifestations, il a averti Blaise, son gouvernement et ses députés. Malheureusement ils ont fait la sourde oreille, la suite, nous la connaissons tous. En outre, ceux qui ont bravé les balles et le gaz lors de l’insurrection populaire n’étaient pas les militaires, mais ce vaillant peuple décidé de se libérer de l’emprise de la dictature de Blaise Compaoré. Arrêtez donc de vouloir dévaloriser ce peuple qui n’est pas naïf et qui demeure tolérant. Ainsi dit, concluons cette partie par cette formule : « réalisant que la chute du Président Blaise Compaoré résultait de la décision du vaillant peuple burkinabè engagé résolument pour la manifestation véritable de la démocratie, »

Considérant que la constitution républicaine de 1991 a été pleinement respectée par cet acte de démission du président Blaise Compaoré alors que les putschistes se sont empressés de la piétiner, non seulement en n’appliquant pas les dispositions prévues en cas de vacance de la présidence du Faso, mais aussi en lui accolant une Charte de la Transition qui transgresse gravement les prérogatives constitutionnelles par sa prétention à la primauté juridique ;

Pour cette partie liée à la LOI fondamentale, je fais l’économie d’une énième dissertation. Des démonstrations pertinentes et techniques ont déjà été faites sur la non-légalité, la non-légitimité et la non-moralité de la révision de notre Constitution, surtout à son article 37. Si aujourd’hui on parle de transition et de charte, c’est parce que cette constitution a été malmenée à plusieurs reprises. En sus, l’emploi du terme putschistes est mal venu car il n’y a pas eu de putsch les 30 et 31 octobre 2014 mais plutôt une insurrection populaire. Maintenant quand vous parlez du non-respect des dispositions prévues en cas de vacance de la présidence du Faso, vous faites preuves d’une lecture linéaire. A la fuite de Blaise, le Gouvernement était dissout, l’Assemblée Nationale n’existait plus et la Constitution était aussi suspendue. Dans ce cas d’espèce, Soungalo Apollinaire OUATTARA alors président de l’Assemblée Nationale pouvait-il occuper le fauteuil présidentiel comme le stipule l’article 43 d’une constitution suspendue ? Rappelez-vous que le peuple n’a pas seulement vomi Blaise, mais lui et tout son régime, son gouvernement et son parti. On ne peut pas vouloir d’une chose et son contraire. Aujourd’hui, le peuple burkinabè amorce une nouvelle vie démocratique et républicaine en alliant la charte à la Constitution pour une transition apaisée. Bientôt ça sera les élections et j’espère que le Burkina Faso sortira grandi de cette situation.

Considérant qu’en tout état de cause, la constitution de 1991 demeure contre vents et marées la seule loi fondamentale nationalement et internationalement reconnue au Faso, laquelle loi prévoit l’immunité des anciens chefs de l’Etat, l’interdiction d’exiler un Burkinabé, le respect des libertés associatives et du pluralisme politique, bref le respect intégral des droits universels de la personne humaine consignés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 ;

Réalisant que vous bafouez notre transition et sa charte et que vous semblez être coupés des réalités républicaines du Burkina en ce moment, je déclare ce qui suit :
* La loi d’amnistie des anciens chefs d’Etat peut être relue ou abrogée à un moment donné selon les dispositions légales s’il est vrai que la Constitution de 1991 doit être enrichie ;
* Le peuple burkinabè n’a jamais contraint un des siens à l’exil. Pendant l’insurrection, le peuple scandait « Blaise, quitte le pouvoir », « Blaise dégage » et non « Blaise quitte le Burkina ». Le peuple l’a contraint à la démission, mais pas à l’exil. D’ailleurs, le même peuple a contraint Adama Sagnon et Moumouni Djuigemde à la démission. Blaise a choisi librement son exil et je crois qu’il vit librement à Yamoussokro. De toute façon, il est Burkinabè comme vous et moi ; et le Burkina nous appartient tous. Quand Blaise jugera de son retour, eh bien, il rentrera librement.

Que conclure ?

Chers CBR-BCistes, vous venez de manquer un rendez-vous important avec le peuple burkinabè. L’inauguration de votre chapelle a été mal faite et cela n’est pas bon signe. La maison ne va pas tenir. A l’analyse de vos propos, des contrevérités flagrances côtoient vos idées saugrenues pour laisser transparaitre votre manque d’objectivité. Vous êtes mal inspirés et vous ne portez en aucun moment les aspirations réelles du peuple. On vous montre la lune et vous regardez le doigt ; mais prenez garde. A mon humble avis, notre président déchu n’a pas besoin d’un quelconque comité pour entamer son retour au pays. Il a été contraint de céder son fauteuil et, là aussi, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même ; mais il n’a pas été chassé du pays. Aujourd’hui, avec le recul, il regrette car il est sorti par la toute petite porte de l’Histoire. Pourtant, Blaise est tout de même un descendant du Naaba Oubri. Enfin, Blaise COMPAORE a résumé toute sa vie politique en tant que chef de l’Etat au soir du 30 octobre 2014 lorsqu’il affirmait, « Peuple du Burkina Faso, j’ai entendu le message et je l’ai compris. » Autrement dit, Blaise COMPAORE écoutait son peuple sans entendre la grogne de celui-ci, une grogne qui a pris naissance depuis la soirée fatidique du 15 octobre 1987. Il a fallu 27 ans après pour que monsieur le président entende le message de son peuple et le comprenne. C’en est trop ! Monsieur le Président voyez vous-même ! On peut tromper le peuple une partie du temps, une partie du peuple tout le temps, mais jamais tout le peuple tout le temps.
A mes chers CBR-BCistes, je vous prie d’épargner à notre peuple un autre Golgotha. Nous sommes un peuple qui a trop souffert et nous ne voulons plus souffrir.
A bon entendeur,…

Ouagadougou, le 04 février 2015

Emile LALSAGA
Professeur certifié de français
Poète et citoyen engagé
Wendguuda2000@gmail.com

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