Karim Traoré, Président de l’UNPCB : « Je reconnais avoir milité dans le CDP mais François est dans les instances du MPP »

lundi 29 décembre 2014 à 14h27min

Successeur de François Traoré à la tête de l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina (UNPCB), Karim Traoré fait face à une fronde sans précédent depuis quelques semaines. Dans le viseur de certains producteurs de coton pour des faits de politisation de l’UNPCB, de financement occulte des campagnes du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), d’opacité dans la gestion des finances de l’UNPCB…, l’homme se dit victime de l’opportunisme d’un groupuscule de personnes à la solde de son prédécesseur François Traoré. Au portail Lefaso.net, Karim Traoré a livré sa version des faits au cours d’une interview. Entre autres, il s’est exprimé sur ses rapports avec son principal challenger, François Traoré, ses relations avec le régime déchu de Blaise Compaoré et bien d’autres sujets… Lisez plutôt !

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Karim Traoré, Président de l’UNPCB : « Je reconnais avoir milité dans le CDP mais François est dans les instances du MPP »


Pouvez-vous nous faire une synthèse de la crise qui mine actuellement l’Union nationale des producteurs de coton du Burkina Faso (UNPCB) ?

Cette crise est née suite aux évènements des 30 et 31 octobre 2014 (ndlr : insurrection populaire au Burkina Faso). C’est à partir de là des personnes se sont concertées pour demander ma démission de la présidence de l’UNPCB. Ils ont d’abord commissionné mon secrétaire général adjoint pour demander ma démission. En réponse, j’ai dit que seule l’assemblée qui m’a élu a le pouvoir de me démettre de ma fonction. Ils sont revenus avec leur requête au niveau du conseil de gestion qui a aussi rejeté leur demande. L’assemblée générale étant l’unique instance qui peut destituer le président de l’UNPCB. Après ces échecs, ils ont fomenté un coup avec des jeunes pour venir bruler l’UNPCB et obtenir notre démission par la force. On a réussi aussi à déjouer ce coup. Pour nous dissuader, ils nous faisaient croire que le Balai Citoyen, le mouvement rouge et la section provinciale du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) travaillaient avec eux pour obtenir notre départ. Les responsables de ces organisations se sont démarqués de leurs manœuvres. Et mieux, le Balai Citoyen s’est démarqué publiquement au cours d’une conférence de presse. A notre niveau, on a tenu une rencontre le 08 novembre 2014. Au cours de cette rencontre, les Unions provinciales (UP) ont demandé à ce que je continue mon mandat. Après cette rencontre, il y a eu une note qu’on a distribuée un peu partout, surtout dans les campagnes. C’est essentiellement des diffamations. Là aussi, mes détracteurs ont échoué parce que les producteurs se sont rendu compte que c’étaient des fausses informations. Leur dernier acte a été une sortie médiatique pour donner de fausses informations.

Comment expliquez-vous le ralliement de Doyé Zoumbiessé, le deuxième adjoint au secrétaire général de l’UNPCB à la cause des frondeurs ?

S’il s’est retrouvé parmi eux, c’est bien par rapport à sa personnalité. Ce monsieur a été élu maire du département de Béréba sous la bannière du CDP et jusqu’à l’insurrection, il était conseillé régional au compte du CDP. C’est un type qui est assez connu pour sa frilosité et c’est pour cela qu’ils ont misé sur lui. Pour mes détracteurs, Doyé Zoumbiéssé était le pion idéal pour désaxer l’UNPCB de l’intérieur.

Bien avant l’insurrection populaire, quels étaient vos rapports avec François Traoré, l’ex président de l’UNPCB et personne ressource des frondeurs ?

En ce qui me concerne, je peux dire qu’il n’y avait pas de problème entre nous. Parce que j’ai toujours considéré François comme un prédécesseur, un membre fondateur de l’UNPCB et je lui dois beaucoup de respect. Nous sommes tous des membres de l’APROCA. Il est président d’honneur de l’APROCA grâce à l’UNPCB et je suis le trésorier de cette organisation. Par contre, François Traoré n’a jamais digéré mon élection à la présidence de l’UNPCB. Pendant longtemps, il a caché son jeu mais actuellement il commence à sortir sa tête de l’eau. Il n’a jamais digéré mon élection

Au cours d’une conférence publique, François Traoré a laissé entendre que vous avez été élu dans des conditions assez floues. Pour lui, vous êtes un président que la Sofitex a imposé aux producteurs de coton. Des commentaires et un historique de votre élection à la tête de l’UNPCB…

L’UNPCB a été créée le 15 avril 1998. Avant l’UNPCB, il y avait les groupements villageois. François Traoré était dans un groupement à Solenzo et moi dans un autre dans mon village à Ouarkoye. Après la mise en place des Unions provinciales de producteurs de coton (UPC) pour mettre en place l’union nationale, nous sommes tous les deux rentrés dans les UP. Au niveau de ma province, j’en étais le secrétaire général et François Traoré a été élu comme président de l’UNPCB sous la loi 35, en cours depuis la révolution. De 1998 à 2001 (soit un premier mandat de trois ans), François Traoré a fait un renouvellement sur la base de la loi 14 qui a été adoptée en 1999. On s’est conformé à cette loi en 2002. François Traoré a donc eu droit à un prolongement de son mandat alors qu’il a été élu sous la loi 35. De 2002 à 2005, il a fait un autre mandat. Pour faire un autre mandat de 2005 à 2009 sans renouveler les structures de l’UNPCB. En 2009, les textes contraignaient François Traoré à démissionner. L’article 14 de la loi et l’article 41 du règlement intérieur et des statuts de l’UNPCB l’empêchaient de faire un autre mandat. En connivence avec des producteurs de maïs, il a entrepris de mettre en place des Groupements de producteurs de maïs (GPM). A l’époque, le ministre de l’Agriculture a attiré son attention. Car au Burkina Faso, les organisations paysannes sont régies par la loi 14. Et sous la loi 14, les gens sont organisés par filières. Les producteurs de maïs entre eux, les producteurs de Nièbé entre eux, les producteurs de coton entre eux…, mais jamais deux filières ensemble. Evidemment, les acteurs de la filière coton ont fait savoir à François Traoré que l’UNPCB ne saurait être arrimée avec le secteur du maïs. Le Premier ministre Tertius Zongo a interpellé François, la CPF à travers les semenciers ont également écrit à François. Même les producteurs de maïs lui ont écrit pour le faire savoir qu’il y a des faitières qui s’occupaient du maïs. Mais François Traoré avait son agenda caché. Il ambitionnait de créer une fédération de producteurs de maïs et de coton pour continuer à diriger l’UNPCB sous la bannière d’une nouvelle organisation. A partir de là, toutes les autorités ont interpellé François et les responsables des UP l’ont également interpellé. Ensuite, on a tenu une assemblée générale et cette assemblée a invité François à arrêter le processus d’installation des groupements mixtes (producteurs de coton et producteurs de maïs) conformément à l’appel des autorités. Ce jour-là, il a pris acte. Mais à l’étonnement général, 24 heures plus tard, il a donné des instructions à son coordonnateur qui a écrit une lettre pour dire aux gens de continuer la mise en place des Groupements de producteurs de coton et de maïs (GPCM). Mainte fois, François a été invité à convoquer une assemblée générale extraordinaire pour en finir avec cette question sans quoi le comité de contrôle allait rentrer en scène. En faute grave, il a fini par rendre sa démission le 25 décembre 2009. Après sa démission, François Tani a conduit un bureau de transition de deux mois. De janvier à février 2000. Il a innové les textes de l’UNPCB et a procédé à des élections. Tani a conduit cette transition jusqu’au 29 mars 2010 pour mettre un bureau en place. C’est à partir de ce bureau qu’on a organisé des élections dans les EPC, dans les départements, dans les provinces avant qu’on ne m’accepte. J’ai été élu dans mon département, dans mes EPC et dans ma province. Ma province a mandaté les trois membres qui la représentaient à siéger dans l’assemblée générale. C’est à l’issue de ça que les 26 membres de l’UNPCB en son temps ont porté leur choix sur ma personne, à 100%. François qui dit douter de ma popularité auprès des producteurs de coton doit se rappeler l’élection de 2005. En 2005, quand on voulait faire les renouvellements, il m’a appelé à minuit, la veille des élections. Car on avait décidé de présenter Tani François comme challenger de François Traoré. Dans la mesure où tout au long de ses mandatures, il n’y avait jamais eu un autre candidat au poste de président de l’UNPCB. C’est pour le contrebalancer que nous avions décidé de soutenir Tani François en 2009. François Traoré a sollicité mon aide pour se maintenir. Grâce à ma voix, il a emporté cette élection avec 11 voix contre 09 pour Tani.

Niez-vous donc les allégations selon lesquelles vous êtes un candidat de la Sofitex ?

On ne peut pas empêcher quelqu’un de dire ce qu’il veut. Mais François peut témoigner s’il est de bonne foi. Quand j’ai quitté mon groupe en 2009, c’était 9 voix contre 10 pour lui. Mais il y a eu des choses qu’on ne peut pas déballer du fait de notre position. Sinon, François sait ce qui s’est passé. Il fait allégation à la Sofitex mais pourquoi pas au gouvernement. Combien de fois le gouvernement lui a demandé de ne pas mettre en place les GPCM. Est-ce la Sofitex qui a voté en lieu et place des producteurs ? La Sofitex ne manipule pas les producteurs, ils sont responsables de leurs choix.

Elu en 2011, vous avez connu des périodes assez difficiles avec la crise cotonnière de l’année 2011. Croyez-vous que les querelles de leadership étaient pour quelque chose dans l’éclatement de cette crise de 2011 ?

En 2011, vous le savez, des gens ont profité de la crise sociale pour soulever des problèmes réels et parfois imaginés. En 2011, la crise sociale a engendré des demandes à tous les niveaux. C’est ainsi que des producteurs voulaient vendre le coton à 500F CFA/Kilo, c’était simplement impossible. En fait, François Traoré était l’instigateur de ce mouvement, mais il était en retrait. On avait des informations. Maintenant qu’il est sorti de sa cachette, on peut le dire, la crise de 2011 a été provoquée par François Traoré. Pour la première fois en Afrique, on a vu des gens arracher des cotonniers et on a connu des morts au Burkina. Et comme depuis son éviction à la présidence de l’UNPCB, les crises commencent vers le Mouhoun et dans les Banwa. Son fief.

Que comptez-vous faire pour ramener les frondeurs dans la grande famille des producteurs de coton qu’est l’UNPCB ?

C’est trop dit. Parce qu’on connait les contestataires. Dans ma culture, je n’aime pas agresser les gens mais il y a des responsables d’autres organisations faitières parmi eux. On retrouve quelques producteurs de coton, des responsables des organisations faitières de maïs et d’autres cultures. Pour moi, les instances de l’UNPCB sont les seules habilitées à décider du sort de notre organisation. Pour moi, les accusations ne sont pas nouvelles. Ils n’ont qu’à attendre le renouvellement des bureaux et s’ils sont sûrs d’eux, ils pourront se présenter. Nous, nous pensons que le pouvoir est toujours le pouvoir. Les autorités sont toujours les autorités et la force doit toujours rester à la loi. Il ne faut pas que les gens croient que tout est permis dans un gouvernement de transition. Un président c’est un président, un premier ministre c’est un premier ministre.

Entre autres accusations, vos détracteurs vous reprochent d’avoir eu à travailler avec le régime déchu de Blaise Compaoré, d’avoir eu à financer des campagnes du CDP, d’avoir eu à acheter des parcelles à des centaines de millions et dans des conditions floues... Avez-vous des mots à dire sur ces accusations ?

Je rejette ces accusations. Parce qu’en tant que Président, j’ai conduit le conseil de gestion avec une commission à l’achat des parcelles. Les parcelles ont été achetées pour réaliser une vision. A Ouaga, l’UNPCB est en location et pour nous il était normal d’envisager un siège à Ouaga 2000 comme les semenciers, l’autre faitière référence dans le domaine de l’agriculture. La parcelle est connue. Je reconnais qu’on a acheté une parcelle de plus de 4 hectares à Bobo avec une autre vision. Actuellement, nous sommes actionnaires dans les trois sociétés de notre pays. Comme nous n’avons pas de dividende dans ces sociétés depuis quelques années, on pourra avoir des recettes à travers la production et la vente des aliments bétails. Cette parcelle (celle de 4 hectares) a été achetée pour les générations futures de l’UNPCB. Il faut avoir de la vision dans la vie. Il faut savoir prévoir. On m’accuse de connivence avec les autorités du régime déchu mais ça c’est tout le Burkina Faso. Combien de responsables n’ont pas travaillé avec le régime de Blaise Compaoré ? Ils ne sont pas nombreux. Je ne peux pas nier le fait d’avoir travaillé avec le régime parce qu’il n’est plus. Je ne suis pas ce genre de personne. Par contre, François Traoré a conduit le conseil de gestion de l’UNPCB dans le domicile de Blaise Compaoré à Ziniaré. Qu’est-ce que nous avons fait chez Blaise Compaoré à Ziniairé ? C’est à François de répondre. Moi je reconnais avoir milité dans le CDP mais aujourd’hui, François est dans les instances du MPP. Il y a trop de fausses accusations. C’est aberrant.

Interview réalisée par Ousséni BANCE
Lefaso.net

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