Jules Palm, Directeur général de l’abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso : « Je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de l’insurrection »

dimanche 21 décembre 2014 à 13h09min

Sommé de démissionner par un collectif de bouchers, Jules Palm, le Directeur général de l’abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso a livré sa part de vérité au portail d’informations Lefaso.net au cours d’une interview. Victime, selon lui, d’une mauvaise interprétation de la situation nationale, l’homme dit être surpris et dépassé par les griefs qu’on lui impute. Lisez plutôt !

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Jules Palm, Directeur général de l’abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso : « Je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de l’insurrection »

Lefaso.net : A votre prise de fonction quel était l’état de l’abattoir frigorifique de Bobo-Dioulasso ?

Jules Palm : Ceux qui connaissent l’abattoir frigorifique de Bobo sauront que c’était une enceinte très sale à ma prise de fonction le 18 septembre 2012. Moi-même j’avais honte de dire aux gens que j’étais le responsable de cet établissement. Mais Dieu aidant et avec l’appui des autorités (ressources animales et commerce), nous avons pu faire la réfection. Dans le temps, c’était de la terre à l’abattoir. Avec la réhabilitation, nous avons pavé la cour avant (côté administratif) et tout le tour de l’abattoir a été dallé si bien qu’on peut y travailler sans trop de difficultés pendant la saison pluvieuse. Vous savez, c’est un bâtiment des années 1960 qui abrite l’abattoir. Il y a eu très peu de réfection et l’enceinte a été fortement endommagée. Après ma prise de service, nous avons pu changer la toiture qui était en tuile. Détruite, elle exposait le personnel de l’abattoir et toutes les personnes qui fréquentaient l’établissement car l’installation électrique était aérienne et elle était à l’origine du dégât de plusieurs appareils. Nous avons donc repris entièrement la toiture de tous les bâtiments. Pour faciliter le nettoyage, nous avons fait installer des carreaux sur les façades, même dans la salle d’abattage urgente. Nous avons travaillé à créer les conditions minimales pour un travail hygiénique et qu’on puisse fournir de la viande qui soit saine aux consommateurs. Nous nous sommes attelés à ces tâches de juin 2013 à mars 2014. Donc, l’abattoir est dans un état acceptable. Comparativement à ce que j’ai trouvé à ma prise de service, on peut le dire, il y a eu une nette amélioration des conditions de travail.
Lorsque j’ai pris service, il y avait également un problème au niveau du forage. On avait une pompe très faible et le château d’eau ne pouvait pas se remplir. Nous étions confrontés à des factures d’eau élevées auxquelles il fallait trouver une solution pour réduire les charges de fonctionnement. Nous avons trouvé la solution à ce problème en réhabilitant le château d’eau. Actuellement, en 30 minutes, le château de l’abattoir peut être rempli. Même sans l’Office national de l’eau et de l’assainissement (ONEA), nous on a de l’eau à l’abattoir sauf en cas de délestage. Comme autre problème, j’ai trouvé un vieux compresseur à air qui ne faisait pas 200 litres, nous l’avons remplacé en juillet 2014 par un compresseur de 300 litres. Voilà quelques aménagements que nous avons pu faire en plus des chambres froides.

Est-ce vrai que les chambres froides de l’abattoir sont défaillantes ?

Jules Palm : Je vous invite à faire un tour à l’abattoir pour constater l’état des chambres froides. En fait, il y a une mauvaise compréhension de l’utilisation de la chambre froide. Une chambre froide est là pour une conservation et non pour restaurer une viande ou transformer une viande de mauvaise qualité en une viande de bonne qualité. Des boucheries et des charcuteries de Ouagadougou viennent se ravitailler chez nous, si les chambres froides ne marchaient pas, ils n’allaient pas continuer à le faire. Mais ce qui se passe, c’est qu’il y a beaucoup de bovins qui arrivent à l’abattoir déjà égorgés. Vous ne pouvez pas savoir si c’est une viande cadavérique ou si c’était un animal en agonie qu’on a égorgé. Souvent, on trimbale ces genres de viande depuis Solenzo. Ainsi, le temps mis pour le transport et le dépouillement, la viande se dégrade. Vous mettez ça dans un frigo et vous voulez que ça se restaure ? Quel que soit la chambre froide qu’on va installer on ne pourra pas résoudre ce problème. Je m’insurge en faux par rapport au problème des chambres froides. C’est vrai, la petite chambre a été rétablie lors de la CAN 1998, ça fait déjà vieux. Mais, il y a des choses que nous ne pouvons pas faire parce que ça dépasse notre capacité. Il nous faut contacter l’autorité supérieure pour résoudre ce problème.
Une autre chose est de savoir que je suis arrivé à un moment où on parlait de plus en plus du nouvel abattoir de Bobo pour remplacer l’actuel. Le dilemme était de savoir s’il fallait continuer à investir beaucoup dans l’ancien tout en étant sûr qu’on le quittera pour le deuxième en construction. Je pense que c’est ce qui a poussé les autorités à investir plus dans le nouvel abattoir. Dès lors, des investissements lourds n’étaient pas envisageables dans l’ancien.

Lefaso.net : Où en est-on avec le nouvel abattoir ?

Les travaux sont en cours. Déjà, il y a un forage. Un château d’eau est prêt à être monté avec des plaques solaires. Des gens travaillent sur ce chantier qui est situé sur l’ancienne voie Bobo-Dédougou, tout juste après le poste de police…

Quels sont vos rapports avec les bouchers ?

Jules Palm : A mon niveau, je n’ai aucun problème avec les bouchers. J’ai de bons rapports avec eux. Je fais souvent le tour de l’abattoir avec mes collaborateurs. Il m’arrive de faire le tour des étalages pour voir l’état des viandes. A ma connaissance, je n’ai aucun problème avec les bouchers. Vous voyez, la situation actuelle favorise certaine chose. Puisqu’au lendemain de l’insurrection, j’ai eu vent des propos comme « Blaise Compaoré est parti donc le Directeur général de l’abattoir doit partir ». Je ne sais pas quelle est la corrélation entre le départ de Blaise Compaoré et celui d’un Directeur général de l’abattoir. Je pense qu’il y a une mauvaise compréhension de l’insurrection. On pense que c’est l’occasion de régler des comptes. J’ai toujours dit que mon bureau est ouvert et celui qui veut me rencontrer peut venir. Je suis surpris qu’on dise que je ne reçois pas alors même que nous avons mené plusieurs rencontres de travail. Notamment sur l’achat d’un camion frigorifique. Ce problème est administratif. Ce n’est pas un camion qu’on retrouve sur le marché facilement. Ce ne sont pas des secondes mains. L’Etat n’achète pas de seconde main en véhicule. Et pour pouvoir acquérir un véhicule, il y a des procédures à respecter. C’est ce qui nous a faits trainer. Nous avions monté un premier dossier rejeté. Je me suis battu pour qu’on nous autorise à acheter de gré à gré pour résoudre rapidement le problème d’absence de camion frigorifique auquel on était confronté. Dans mes lettres à mes supérieurs, j’avais évoqué plusieurs questions notamment le cas du camion frigorifique obsolète, vieux de cinquante ans qu’on utilisait. Finalement, nous avons utilisé à titre palliatif la bâchée pour transporter la viande en attendant. Malheureusement, le projet d’achat d’un nouveau camion a trainé mais ne devrait pas pour autant être à l’ordre du jour. C’est un acquis. On attend juste la livraison. Le marché est signé avec le soumissionnaire et il a deux mois pour nous livrer le véhicule. Le contrat a été signé le 26 novembre et logiquement on doit avoir le camion d’ici fin février.

Lefaso.net : Êtes-vous prêt à répondre favorablement à la requête des bouchers, en démissionnant de votre poste de Directeur général de l’abattoir frigorifique ?

Jules Palm : Je n’ai rien à dire par rapport à ça. C’est leur compréhension. Moi je me soumets à la volonté des autorités qui m’ont placé ici.

Interview réalisée par Ousséni BANCE
Lefaso.net

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