Bonkoungou Stanislas, coordonnateur du PAASAD à Plan Burkina : « Le plus important c’est d’amener les bénéficiaires et les acteurs qui ont été formés, à pérenniser les acquis »

vendredi 28 novembre 2014 à 03h01min

L’atteinte des objectifs du millénaire dans le sous-secteur de l’assainissement sera une gageure au Burkina Faso en 2015, tant la réalité en ville et surtout en campagne le démontre. Plan Burkina avec l’appui de l’Union européenne met en œuvre depuis 2010, le Projet d’amélioration de l’accès aux services d’assainissement durable (PAASAD). Presqu’à terme, le projet, inclusif, a permis de réaliser 14365 latrines (89,5 % de taux d’exécution) dans 472 villages des deux provinces d’intervention. Le coordonnateur national des projets de l’Union européenne qui s’exécutent à Plan Burkina dans les domaines de l’eau potable et de l’assainissement, Stanislas Bonkoungou évoque dans cette interview, les problèmes d’assainissement au Burkina et leur implication sur le développement. Il revient également sur les résultats atteints par le projet au service des communautés, ainsi que les perspectives.

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Bonkoungou Stanislas, coordonnateur du PAASAD à Plan Burkina : « Le plus important c’est d’amener les bénéficiaires et les acteurs qui ont été formés, à pérenniser les acquis »

Lefaso.net : Depuis 2010 s’exécute le Projet d’amélioration de l’accès aux services d’assainissement durable (PAASAD), qui prend fin cette année. De façon générale, quelle est la situation en matière d’assainissement au Burkina Faso ?

Stanislas Bonkoungou : Vous n’êtes pas sans ignorer qu’en 2010, une enquête avait été réalisée au niveau national pour faire le point sur l’état de l’assainissement dans notre pays, tant au niveau rural qu’urbain. Jusqu’à cette époque, il n’y avait pas de statistiques fiables sur l’état de l’assainissement. L’enquête a montré qu’en 2010, le taux d’accès à un assainissement adéquat était de 3,1% au niveau national dont 9,6% en milieu urbain et 0,8% en milieu rural. Cette situation a un effet négatif sur la santé des personnes vulnérables au niveau rural particulièrement, notamment pour les enfants et les femmes. Dans ce milieu, on remarque que les enfants souffrent beaucoup de maladies diarrhéiques, du paludisme.

Ajouté à cela, le programme eau et assainissement de la Banque mondiale a fait une publication en 2012 qui montre que les problèmes liés à l’assainissement évalués en termes de pertes économiques, dépassent les 86 milliards pour le Burkina. Quand le milieu n’est pas bien assaini, on contracte des maladies, il est clair qu’on est invalide, on ne peut plus travailler. On doit débourser des ressources pour se soigner. Les ressources que le gouvernement aurait affectées à certains projets sont réduits parce qu’il y a des problèmes sanitaires à résoudre. Ce sont autant d’impacts négatifs dû au manque d’assainissement qu’on peut noter au niveau de la santé des populations et sur leur productivité.

Le bilan que vous venez de dresser n’est pas reluisant, d’où la mise en œuvre du PAASAD, présentez-nous ce projet…

Face à l’état assez sombre de l’assaisonnement au Burkina Faso, les partenaires techniques et financiers, les ONG se sont mobilisés afin de pallier cette situation. Des financements ont été apportés et c’est dans ce cadre que Plan a bénéficié de la subvention facilité assainissement de l’union européenne pour mettre en œuvre le programme d’amélioration de l’accès aux services d’assainissement durable (PAASAD) qui vise à améliorer les pratiques d’hygiène et l’accès durable des communautés aux infrastructures autonomes de bases dans 18 communes des provinces du Bam et du kourittenga. Région du centre nord et centre Est. Le projet est mis en œuvre dans le sillage du Programme national d’apprivoisement en eau potable et assainissement, outil que le Burkina a mis en place pour l’atteinte des OMD dans le secteur de l’eau et de l’assainissement.
Les populations ont reçu favorablement le projet. Notre approche consiste à donner une subvention aux populations, mais elles participent. Ce n’est pas un projet clé en main. Le ménage creuse d’abord la fosse, il amène le sable, le gravier, il confectionne les briques en banco pour la superstructure et ensuite, il apporte les éléments de la toiture (cela peut être de la paille). C’est lorsqu’il apporte tout cela que le projet apporte maintenant le ciment, le fer, et la main d’œuvre du maçon.

Qu’est-ce qui a guidé le choix de ces zones ?

Ces zones ont été choisies d’abord parce que ce sont des zones d’intervention de plan. Nous avons des données sur ces zones en matière de taux d’assainissement des populations. Et puisque nous travaillons dans ces zones, nous connaissons les pratiques sociales. Nous savons comment les populations se comportent et les problèmes auxquels elles font face. En plus nous avons l’adhésion des services techniques avec qui nous travaillons depuis longtemps.

Quels sont les partenaires qui accompagnent Plan dans la mise en œuvre du projet en dehors de l’union Européenne, votre partenaire financier ?

Nous avons d’abord les directions régionales de l’hydraulique et de l’assainissement qui sont chargées de s’assurer que les normes sont respectées en termes de réalisation des ouvrages et les comptabiliser que nous réalisons. Ils ont un rôle régalien dans la mise en œuvre des projets d’assainissement.

Il faut aussi noter des services techniques tels que les districts sanitaires, les directions provinciales de l’environnement. Il y a les maires qui sont chargés de la maitrise d’ouvrage communale en matière d’eau et d’assainissement et tout ce que nous faisons au niveau des communes, elles sont responsables et c’est pour elles. Nous avons donc établi des conventions avec les communes pour qu’elles suivent ce qui se passe sur le terrain.

Après cela, il y a les partenaires associatifs, chargés de la mobilisation sociale des bénéficiaires. Il y a EAA, l’ex-CREPA, qui est chargé de la conception de tout ce qui est outil de mobilisation sociale et ces outils sont utilisés par des associations qui sont sur le terrain. Dans chaque province, il y a deux associations.

En dehors de la construction des toilettes, qu’est-ce que le projet a permis de réaliser sur le terrain ?

Il faut d’abord savoir que le projet a trois composantes. La première, c’est la promotion de l’hygiène et de l’assainissement, la deuxième, le renforcement des capacités et la troisième composante, c’est la réalisation des infrastructures. Il ne faut pas seulement voir la réalisation des ouvrages comme la finalité d’un projet. Il faut intégrer l’aspect implication des bénéficiaires, le renforcement de leurs capacités. Sinon à la fin, vous aurez des ouvrages qui sont réalisés, mais qui seront soit mal utilisés, soit mal entretenus, ou carrément à l’abandon parce que les populations pour lesquelles les ouvrages ont été réalisés n’ont pas été associées et leurs capacités n’ont pas été renforcées pour gérer les ouvrages.

Dans la première composante, nous avons d’abord informé les bénéficiaires, sur les raisons de la mise en œuvre du projet. Suite à cela, on renforce leurs capacités, ce qui va entrainer leur adhésion. Le premier volet du projet vise donc à sensibiliser les populations pour améliorer l’hygiène et l’assainissement dans leur environnement. A ce titre, il y a eu des sessions de formation des animateurs sur la manière dont il faut sensibiliser les populations sur différents aspects de l’hygiène et de l’assainissement. Ainsi, des outils ont été mis à leur disposition, les kits, des images qui montrent les conséquences des actes que nous posons chaque jour en matière d’hygiène et d’assainissement.

Il y a également eu deux sessions de formation sur une technique d’hygiène utilisée en matière d’hygiène et assainissement. Dans les 18 communes des deux provinces et 472 villages ; 1589 kits ont été distribués. Ensuite nous avons l’animation et la sensibilisation de proximité. Dans chaque village ou chaque quartier, on a identifié des animateurs endogènes, un homme et une femme qui vont se charger de faire du porte à porte pour sensibiliser les ménages sur les bonnes pratiques d’hygiène et d’assainissement. Ce sont des personnes qui vivent avec les populations, elles sont de ce fait, plus réceptives à leur message. Donc on en a formé 5117 animateurs endogènes. Il y a aussi 157 communautés qui ont été touchées par les séances d’information (théâtres forums, causeries débats, visites à domicile).
La troisième composante, c’est le renforcement des capacités. On a ainsi appuyé l’élaboration de 9 plans communaux de développement sectoriels dans le domaine de l’eau potable et de l’assainissement Nous avons appuyé les villages à l’élaboration des plans d’action parce qu’une fois qu’ils sont conscients des problèmes d’hygiène et d’assainissement qu’ils vivent, ils vont s’engager par exemple à construire des latrines, nettoyer les forages, nettoyer, assainir l’environnement. Nous les appuyons par du matériel (brouettes, râteaux, gants, etc.).

Ensuite il y a eu deux ateliers provinciaux qui ont été organisés pour sensibiliser les acteurs sur la stratégie de l’assainissement. Souvent les projets vont directement aux infrastructures, mais si les premiers intéressés ne sont pas informés sur les objectifs du projet, les résultats, ce qu’on a attend d’eux, il va s’en dire que le projet va connaitre des difficultés. Au niveau communal, dans chacune des 18 communes, on a organisé ces ateliers de sensibilisation.

Au niveau des résultats physiques, nous avons appuyé 16 093 ménages pour réaliser des latrines et à ce jour 14365 latrines ont été réalisées. Ce qui fait un taux de réalisation de plus 89,5% et là c’est un succès. Ensuite on a aussi 209 maçons locaux ont été formés sur les techniques des constructions cessions des latrines. Ces maçons sont du niveau local et ils ont été formés. Ainsi, après, ils peuvent continuer à construire des latrines dans ces communautés.

Cela fait beaucoup d’acquis, mais le problème avec les projets, c’est qu’une fois fini, les acquis ne sont pas pérennes. Au niveau de Plan avec le PAASAD, y a –t-il des mesures pour ancrer durablement les changements enregistrés ?

Quand on conçoit un projet, la question de la durabilité se pose toujours. Cela ne sert à rien de construire des latrines et un an après la fin du projet, elles soient dégradées ou mal utilisées. Par rapport à cela, lorsqu’on concevait le projet, on a prévu le post-projet. La première chose qu’on a faite, c’est de renforcer les capacités des acteurs locaux. Il y a les points focaux au niveau des communes dont les capacités ont été renforcées en matière de sensibilisation. On a aussi les leaders communautaires et les élus locaux qui ont été formés sur les questions. Nous organisions des concours pour primer les meilleurs villages. Il y a des foires que nous organisons. Au cours de ces évènements, nous profitons passer des messages sur la nécessité d’assainir le milieu de vie avec l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène. Les animateurs endogènes qui ont été formés continuent la sensibilisation à diverses occasions. Il aussi les maçons qui peuvent continuer à apporter leur expertise. On a également redynamisé les cadres de concertation au niveau des communes et des provinces. Dans chaque commune, deux fois dans le trimestre, il y a des rencontres pour faire le bilan de la mise ne œuvre du projet. Chaque trimestre, dans les provinces, les comités de pilotage se tiennent et on évoque les difficultés rencontrées, les solutions et les perspectives.

Avec tous ces éléments, les acteurs locaux sont mobilisés. En plus nous faisons la promotion d’ouvrages qui sont simples, peu couteux. Tous ces éléments mis ensemble vont contribuer à pérenniser les acquis du projet à la fin.

Quel est le budget du projet ?

Il est de 2 787 461 euros à peu près 1 milliards 800 millions f CFA supportés à 75% par l’Union européenne et 25% supporté par Plan.

Le projet tire à sa fin, un comité de pilotage conjoint a été mis en place. Vous comptez aussi commémorer en différée de la journée mondiale des toilettes auront lieu respectivement les 28 et 29 novembre. De quoi sera-t-il question lors de ce comité conjoint de pilotage et quelle est la symbolique de la journée des toilettes ?

Cela fait partie de la redévabilité, il est bon de faire le point sur la manière dont le projet a été mené. D’abord le comité de pilotage qui sera fait dans les deux provinces sera l’occasion de faire le bilan global du projet. On verra ce qui a été fait par rapport aux objectifs initiaux que nous nous étions fixés, le taux d’exécution. On verra également les difficultés auxquelles nous avons été confrontés, les solutions que nous avons préconisées et leurs impacts. Nous allons également tirer les leçons pour les prochaines fois et voir comment pérenniser les acquis du projet.
Pour la journée des toilettes, elle est célébrée tous les 19 novembre et en 2013, elle a été reconnue par les Nations unies. Ce n’est pas sure qu’on atteigne les OMD (Ndlr. Objectifs du millénaire pour le développement) dans le sous-secteur de l’assainissement en 2015. La journée des toilettes sera donc une occasion de faire le plaidoyer. On aura les partenaires techniques et financiers, les autorités locales (gouverneurs ,hauts commissaires, préfets, associations, les services techniques, etc.) qui seront là et nous profiterons faire du plaidoyer pour que chacun, par rapport à ses capacités , à ses moyens, s’engagent à adhérer aux principes de l’assainissement et surtout, à apporter son soutien pour qu’on puisse réaliser plus de latrines, sensibiliser le plus de population afin que la question de latrines ne soient pas posées de façon récurrente sans solution.

Est-ce qu’il y aura une suite au PAASAD ?

Nous sommes en train d’élaborer le plan stratégique pays de Plan Burkina dans tous les domaines. Nous avons prévu de voir comment mettre en œuvre de nouveaux projets dans le domaine de l’assainissement au niveau des zones d’intervention de Plan. Ça va continuer. Mais le plus important, c’est d’amener les bénéficiaires et les acteurs qui ont été formés à pérenniser les acquis. Parce que si à la fin du projet, une ou deux années après, on se rend compte que les latrines sont dégradées, mal entretenues, mal utilisées, les pratiques décriées avant la mise en œuvre perdurent, on aura échoué. Ce n’est pas la multiplication des projets qui fait avancer les choses. C’est la prise de conscience des bénéficiaires à pérenniser les acquis du projet qui a été exécuté avec eux-mêmes qui est important. Si cela est effectif, même s’il n’y a pas de nouveaux projets, les populations sensibilisées vont elles-mêmes construire leurs latrines.

Entretien réalisé par Tiga Cheick Sawadogo
Photos : Lawasselea Bonaventure Paré et PAASAD
Lefaso.net

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