« Il faut que, dorénavant, on sache que quand on a commis une faute, on doit accepter d’en subir la sanction », dixit le Pr Luc Marius Ibriga

mardi 25 novembre 2014 à 23h13min

Le Professeur de Droit constitutionnel Luc Marius Ibriga Contrôleur général d’Etat, le décret nommant cet acteur majeur de la société civile burkinabè a été pris dans la foulée de la formation du gouvernement de transition du Burkina Faso. Au détour du conclave de désignation des représentants des Organisations de la société civiles devant siéger au Conseil national de transition, nous avons posé quelques questions à celui que certains appellent déjà « Le monsieur propre du pays des hommes intègres ».

« Il faut que, dorénavant, on sache que quand on a commis une faute, on doit accepter d’en subir la sanction », dixit le Pr Luc Marius Ibriga

Lefaso.net : Comment le Professeur Ibriga a- t- il accueilli la proposition de le nommer Contrôleur général d’Etat ?
Pr Luc Marius Ibriga :
D’abord une surprise que l’on ait pensé à moi pour l’ASCE (Autorité supérieure de contrôle d’Etat, ndlr) qui est une institution très importante, ensuite un sentiment de fierté dans la mesure où ceux que l’on nomme à la tête de cette institution doivent incarner la philosophie de l’institution et cela m’a fait beaucoup plaisir qu’on ait pensé à moi pour cela.

Lefaso.net : Beaucoup de dossiers dans les tiroirs, allez- vous les faire sortir pour qu’on connaisse la vérité sur les cas de mauvaise gestion ?
Pr Ibriga :
Je pense que le ton a été donné par le Président du Faso lors de la passation de charge où il a considéré que la transition devrait être menée sous le sceau de la lutte contre l’impunité et la lutte contre le non respect du bien commun. Je pense que l’ASCE peut contribuer à ce travail d’assainissement dans la mesure où le travail que font les contrôleurs d’Etat a peut- être pendant longtemps dormi dans les tiroirs. Mais il faut une volonté politique pour que cela puisse être transmis au juge et que justice soit faite. Ce n’est pas une question de vengeance ou de chasse aux sorcières. Non ! Il faut que, dorénavant, on sache que quand on a commis une faute, on doit accepter d’en subir la sanction. Non pas parce que on vous veut du mal, mais parce que cela a une valeur pédagogique dans la mesure où cela instruit et insère de bonnes habitudes dans la gestion de la chose publique. Parce que selon les rares ressources que le Burkina Faso a, il faut que ces ressources- là aillent là où véritablement cela va inciter au développement et non pas que des gens puissent user de ces biens publics à des fins personnelles.

Lefaso.net : Vous avez parlé de garantie politique, est- ce que vous êtes sûr d’avoir le soutien du Chef de l’Etat et du Chef du gouvernement ?
Pr Ibriga :
Disons que c’est à l’action que l’on verra. Mais je dis que la volonté a été exprimée dans le discours lors de la passation de charge. Pour l’instant je m’en tiens à ce discours, je ne peux pas aujourd’hui imaginer autre chose que la direction qui est donnée, et surtout l’orientation qui a été donnée au niveau de la Charte de la transition. Imaginez que c’est la première fois au Burkina Faso que le Président, le Premier ministre, les Ministres, les personnes qui seront à la tête des institutions devront faire la déclaration de leurs biens et cela sera publié au journal officiel. Ça veut dire que le citoyen lambda saura si le Président de la République a deux voitures, trois voitures, une maison, etc. Et à la fin de sa charge il faudra encore publier. Et s’il y a une différence entre les biens à l’entrée et à la sortie, il faudra justifier. Donc c’est déjà un exemple que l’on veut donner par rapport à l’utilisation du bien public. Et je pense que dans cela, les dossiers que l’ASCE a eu à sortir depuis longtemps et qui devraient faire l’objet de poursuite, il faudrait bien que ces poursuites soient engagées. Et qu’on aille jusqu’au bout du système. Sinon il ne sert à rien de mettre en place une institution qui fait du travail qui n’est pas utilisé pour l’objectif pour lequel il est fait : assainir la gestion des biens publics.

Lefaso.net : N’avez- vous pas peur qu’on vous mette des bâtons dans les roues ?
Pr Ibriga :
Non, l’administration est une continuité. Il y a des gens qui travaillent déjà à l’ASCE, ce n’est pas ma personne qui va venir révolutionner l’ASCE ! C’est pour cela que je vous dis, il y a une volonté politique. Il y a peut-être des faiblesses dans les prérogatives de l’ASCE qui mériteraient d’être corrigées mais il y a un travail qui a été fait. Si déjà le peu qui avait été déjà fait par l’ASCE avait été utilisé et qu’on était allé jusqu’au bout de la chaîne, je pense qu’on aurait abouti à cette lutte contre la corruption pour laquelle l’ASCE a été créée. Sur ces questions je ne suis pas novice dans la mesure où j’ai souvent travaillé avec l’SACE quand il s’est agi de faire les Etats généraux de la lutte contre la corruption, et lors d’un certain nombre de séminaires où l’ASCE m’avait demandé de faire des communications sur des questions de la corruption. Et je compte aussi sur l’expérience des gens qui sont là- bas, pour qu’ensemble nous puissions travailler à faire en sorte d’avoir des ressources humaines de qualité. Parce que pour le contrôle il faut des gens qui soient férus des techniques de contrôle. Il faut aussi former les personnes aux techniques d’investigation et autres ; et puis, il y a peut- être à revoir certains points sur les prérogatives de l’ASCE afin de la rendre encore plus performante.

Lefaso.net : Le Professeur Luc Marius Ibriga à l’ASCE, les délinquants aux cols blancs doivent- ils commencer à fuir le Burkina ?
Pr Ibriga :
Non ! Non ! Non ! Je ne suis pas un cow boy ou… comment on appelle ça… un policier, non ! Je n’outrepasserai pas mes prérogatives, je ne ferai pas celui qui part à la vendetta, non ! Il ne s’agit pas d’une question de vendetta, il s’agit pour l’ASCE de travailler à faire en sorte que l’Etat puisse extirper les modes de gestion opaques, les modes de gestion qui peuvent contrevenir au respect du bien commun et de l’intérêt général.

Lefaso.net : Quelles seront vos priorités à la tête de l’ASCE ?
Pr Ibriga :
Je pense que les priorités au niveau de la charge qui m’incombe aujourd’hui c’est de faire en sorte que l’ASCE soit performante. C’est- à dire qu’il y a peut- être, en accord avec ceux qui étaient déjà à l’ASCE, de réfléchir sur la manière de rendre l’institution plus performante non pas dans le travail qu’il fait mais dans les performances que l’ASCE peut obtenir. Et je dis, il y a déjà deux pôles sur lesquels il faut appuyer : c’est le pôle des compétences et des prérogatives de l’ASCE, et le second point c’est l’expertise interne de l’ASCE à travers la qualité des ressources humaines qui doivent bénéficier à mon sens de formation pointue afin de pouvoir véritablement faire leur travail d’investigation et de pouvoir préserver le bien public.

Propos recueillis par Samuel Somda
Lefaso.net

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