Paul Diabouga, DGESS/ MENA sur la réforme du système éducatif : « Ça ne sert pas à grand-chose de faire uniquement du primaire et s’asseoir »

jeudi 16 octobre 2014 à 03h00min

Il y a 48 heures nous publiions sur notre portail une interview que nous a accordée Mamadou Barro, Secrétaire général de la Fédération des Syndicats Nationaux des travailleurs de l’éducation et de la recherche (F- SYNTER). Interview au cours de laquelle il s’est montré peu conciliant avec les réformes entreprises par l’Etat au sein du système éducatif, dénonçant au passage le sort peu enviable auquel est « condamnée » l’éducation au Burkina Faso. Ce n’est pas la réponse du berger à la bergère, mais dans l’entretien qui suit, nous avons fait un tour d’horizon de la problématique avec Paul Diabouga, Directeur général des études et des statistiques sectorielles du Ministère de l’éducation de base et de l’alphabétisation (DGESS/MENA).

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Paul Diabouga, DGESS/ MENA sur la réforme du système éducatif : « Ça ne sert pas à grand-chose de faire uniquement du primaire et s’asseoir »

Lefaso.net : Comment se déroule l’année scolaire 2014- 2015 ?

Paul Diabouga : L’année scolaire 2014- 2015, disons que ça se passe plutôt bien. Elle est assez particulière pour nous parce que c’est la deuxième année de mise en œuvre du transfert du post primaire et du préscolaire au MENA. C’est l’année exactement où le MENA même assure la rentrée au niveau du post primaire et du préscolaire. En 2013- 2014 c’est le MESS et le MASSN (le Ministère des enseignements secondaire et supérieur et le Ministère de l’Action sociale et de la solidarité nationale, ndlr) qui l’ont fait. Mais particulièrement cette année c’est parce que c’est aussi une année qui a connu un fort taux de succès au CEP (Certificat d’études primaires, ndlr), ce qui fait qu’on se retrouve avec beaucoup de diplômés qu’il faut envoyer en sixième. Donc ça multiplie un peu les efforts par deux, voire par trois. Dans ce cas- là, on essaie d’organiser au mieux cette rentrée. Il a fallu beaucoup innover parce qu’on a voulu aussi offrir la possibilité au maximum d’enfants qui sont diplômés d’aller au CEG (Collège d’enseignement général, ndlr), au Collège. Disons que ça démarre, c’est timide mais ça démarre quand même.

Lefaso.net : Ça démarre quand même avec cette réforme majeure qui est le Continuum. Pouvez- vous revenir sur son niveau de mise en œuvre ?

Paul Diabouga : Vous faites bien de le dire, le Continuum c’est déjà le fait de passer de trois sous- cycles à un cycle unique de formation pour répondre essentiellement à des besoins de qualité de l’éducation. Et puis aussi de cohérence. Parce que jusque- là, les trois sous- cycles, notamment les sous cycles primaire et post primaire étaient comme des cycles terminaux. De fait, on sait très bien qu’aujourd’hui, à la fin du primaire, même si vous êtes nanti du diplôme de certificat, il ne vous offre pas la possibilité d’une insertion. Parce que l’enfant d’abord est jeune, ensuite ce sont des compétences de base qu’on développe, et, il n’est pas en lien, ce sous- cycle, avec celui du post primaire. Donc l’idée déjà, c’est de voir pour qu’il y ait un lien entre les deux, et naturellement le préscolaire ça c’est le choix du Burkina, d’en faire également un sous- cycle obligatoire, pour faire un cycle unique. Ceci parce qu’il y a beaucoup d’échecs scolaires qui sont expliqués par l’incohérence des trois sous- cycles, voire des deux sous- cycles primaire et post primaire. Alors beaucoup d’enfants échouent parce que tout simplement, ils n’arrivent pas à s’accrocher quand ils finissent le primaire. Donc c’est d’abord un problème de cohérence du système, c’est une recherche de qualité. Comme les sous- cycles étaient différents aussi, cela fait que le formel fonctionnait en parallèle avec le non formel. Alors que justement le non formel a cette particularité que ça va sur le développement du pré professionnel. Et ça va plus vers le professionnel, donc ça fait qu’on peut avoir la possibilité d’avoir et du général technique, et du professionnel, toute chose qui va permettre à un certain nombre d’enfants de s’orienter vers des filières porteuses pour eux, plutôt que d’être sur des formules purement générales qui ne s’adaptent pas à tous les enfants.

Lefaso.net : Si je comprends bien, au stade actuel de la réforme, préscolaire, primaire et post primaire sont ensemble !

Paul Diabouga : Ils sont ensemble et tout le travail de la réforme c’est de trouver un curriculum unique. Donc le curriculum unique a été pensé et l’expérimentation commence cette année avec les premières années. Le CP1 du primaire et la sixième du post primaire. Cette expérimentation va continuer d’une année à l’autre jusqu’à boucler l’ensemble du cycle. Naturellement que quand on voit ça, ça impose également qu’au niveau de la formation initiale, on pense à former des enseignants qui vont intervenir dans ce cycle. C’est pourquoi l’objectif c’est de passer des Ecoles nationales de formation des enseignants du primaire à des Instituts nationaux de formation des enseignants d’éducation de base. C’est l’autre pan de la réforme. Après cette étape, il y a le système d’évaluation. Jusque- là le système d’évaluation c’était pour certifier à la fin du primaire. Comme ça devient un cycle unique il faut savoir que la certification n’intervient qu’à la fin du cycle, donc à la fin du post primaire. Il faut trouver donc le système d’évaluation qui permette qu’à l’intérieur du cycle, les enfants puissent circuler jusqu’à la fin. Et enfin, comme c’est une réforme d’ordre structurel, il faut également penser si c’est un cycle unique, comment est- ce que institutionnellement le primaire, le préscolaire et le post primaire vont fonctionner ensemble. Et c’est ça l’objet du transfert en fait. Donc le transfert du post primaire et du préscolaire c’est une partie de la réforme, l’objectif déjà c’est de les mettre ensemble, desserrer l’étau de la transition. Que les enfants puissent accéder à la sixième parce que si ça devient un cycle unique, la sixième c’est une continuité du CM2. Tout comme le CE1 aujourd’hui est une continuité du CP2, le CM1 continuité du CE2…Donc la sixième doit être une continuité du CM2. Donc une des conditions c’est qu’il faut qu’il y ait de la place pour tous les enfants. Et malheureusement, jusqu’aujourd’hui, on n’arrivait qu’à offrir la place à la moitié des enfants qui gagnaient le certificat. C’est pourquoi l’Etat a dit cette année, tous ceux qui ont eu le certificat, il faut tout faire pour qu’ils aient la place en sixième. Il se trouve que cette année, au lieu de faire 60%, on a fait 82% (taux de succès au certificat, ndlr). Donc le taux s’est déjà accru, et même sans s’accroître on ne prenait que 50%. Donc ça explique que le MENA ait développé une stratégie pour absorber l’ensemble de ces diplômés.

Lefaso.net : Et quelle est cette stratégie- là ?

Paul Diabouga : Cette stratégie justement a consisté à dire, d’une année à l’autre, l’année dernière on avait 2010 salles de classe de sixième qui ont fonctionné. 2010. Cette année, on devrait rajouter 188 salles de classe de sixième pour fonctionner. Mais si on ne fait que ça, on ne fait pas plus de 50% de diplômés. Donc la stratégie a consisté à dire, il faut arriver à ouvrir autant de salles de classe qu’il faut pour arriver à absorber tout le monde. Et malgré la simulation on se rend compte que même ça, pour ouvrir autant de classes, comme on ne peut pas les construire tout de suite, il faut arriver à identifier les salles de classe qui peuvent abriter des classes de sixième. Donc des salles d’emprunt. C’est ce travail qui a été fait pendant les vacances. On est arrivé à identifier 850 salles de classe nouvelles comme salles d’emprunt dans les communes, pour absorber les diplômés. Et malgré tout, il a fallu renforcer cela en affectant 20 000 enfants en plus dans le privé. Voilà la stratégie. Donc c’est d’avoir des salles d’emprunt en plus, plus des enfants qu’on affecte au privé. Donc au total, ça permet d’ouvrir 1038 salles de classe de sixième en tout et d’affecter 20 000 enfants au privé. Etant entendu qu’il y a un objectif important au MENA, en matière de développement du post primaire notamment, c’est de réduire la distance entre les familles et l’école. Parce que une des raisons de déperdition c’est le fait que des enfants doivent être confiés pour aller suivre l’école. Vous vous rappelez qu’au Burkina ce n’était pas rare qu’on aille confier des enfants pour fréquenter. Malheureusement ça ne marche plus très bien. C’est vraiment source de déperdition, c’est même source de situations assez fâcheuses dans certains cas. Donc un des objectifs c’est vraiment de minimiser cela au maximum. C’est pourquoi les salles qui ont été identifiées doivent être le plus proches possible des familles des enfants. L’objectif final pour le MENA c’est un rayon de 05 kilomètres entre l’établissement et les enfants qu’il accueille. De telle sorte que chacun puisse fréquenter et revenir.

« 14 milliards ont été débloqués pour ça »

Ça c’est en termes de capacités d’accueil. Mais on sait que pour qu’il y ait acte d’éducation il faut les enseignants. Donc l’Etat a accepté de recruter 1 500 enseignants sur mesures nouvelles pour le post primaire (Professeurs). Et puis, le MENA a proposé de reconvertir 1 000 autres enseignants qui sont des instituteurs mais qui ont des diplômes académiques, pour que au total on ait 2 500 enseignants recrutés pour cette rentrée. Ça c’est le pan professeurs. Maintenant, en ce qui concerne le personnel administratif qui va accueillir et accompagner, les surveillants, les économes,… Le MENA même a recensé en son sein environ 1 100 enseignants qui sont au niveau des bureaux des inspections, pour que ceux- ci sur la base du volontariat, aillent comme surveillants, comme économes. Donc voilà en fait le dispositif qui a été dégagé. Et malgré cela ça ne suffit pas. Il faudra environ trois (03) milliards de FCFA de vacation pour les professeurs. Donc au total si vous voyez, pour cette situation particulière : 20 000 enfants à raison de 50 000 francs en moyenne par enfants ça fait 1 milliards. 3 milliards de vacation et environ 10 milliards pour les infrastructures. Ceci fait 14 milliards qui ont été débloqués pour satisfaire à ça.

Lefaso.net : A quand tout ce dispositif alors que le Continuum lui est effectif sur le terrain ?

Paul Diabouga : Déjà que le continuum fonctionne, ce qui est encore défi, c’est d’accroitre les capacités d’accueil. Pour l’expérimentation c’est dans quatre régions précises, c’est déjà connu, ça fonctionne (L’expérimentation c’est dans 44 établissements, ndlr). Pour les infrastructures vous savez que c’a toujours fait l’objet de beaucoup de problèmes pour plusieurs raisons ; soit c’est en termes de capacités des entreprises, soit c’est en termes d’assiettes des entreprises, soit c’est en termes de suivi… les infrastructures ne sont alors jamais réalisées à bonne date. Quand elles le sont, certaines ne sont pas de bonne qualité. Donc depuis déjà, le Ministère réfléchissait à développer une stratégie de réalisation des infrastructures. Mais le processus s’accélère avec la situation de cette année. Nous avons travaillé avec le Ministère de l’économie et des finances pour avoir une dérogation aux procédures de passation des marchés. Il s’agira de mettre des ressources à la disposition des Maires de communes, que ces Maires contractent avec des tâcherons qualifiés, et que le Ministère de l’habitat et de l’urbanisme puisse accompagner pour le volet technique. Et pour le suivi- contrôle, que les comités qui sont mis en place au niveau provincial présidés par les Hauts commissaires soient vraiment la cheville ouvrière en matière de suivi. Pour s’assurer que ça se réalise dans de bonnes conditions, que ça se réalise normalement ; et que tout se passe comme prévu. On pense que ça devrait permettre de réaliser énormément d’infrastructures. On doit pouvoir rattraper ce gap. C’est quelque chose qu’on veut réaliser dès ce premier trimestre de l’année scolaire. On pense que courant décembre déjà, on doit voir des bâtiments et que des enfants pourront les intégrer.

Lefaso.net : L’autre volet c’est les ressources humaines. De nouveaux curricula seront appliqués alors que le personnel enseignant n’a pas été formé à cela. Comment comptez- vous vous y prendre ?

Paul Diabouga : Ceux qui vont expérimenter seront formés à cela. Pour les nouveaux curricula, ça ne concerne que 44 établissements dans quatre régions. Ce n’est pas dans tout le Burkina. Les curricula ne sont pas encore généralisés. C’est les anciens programmes qui fonctionnent, Par rapport à ça, c’est comme si ça n’avait pas changé. Et pour les questions linguistiques il y a la région du Sahel qui va s’ajouter pour le Fulufuldé, la région de l’Est pour le Gulmacéma et la région des Hauts Bassins pour le Dioula. Mais comme vous dites, les ressources humaines c’est plutôt le recrutement des professeurs. Ils vont être recrutés d’ici fin octobre. Je pense que de ce côté, ça se passe plutôt bien. Parce que ces salles identifiées, comme c’est des salles d’emprunt, elles ne sont pas aussi équipées. Donc le Ministère a déployé une stratégie pour équiper ces salles et ça monte à 37 000 tables bancs environ qu’il a fallu déployer. Quand ça va se déployer, je pense qu’il y a des stratégies qui seront mises en œuvre pour rattraper ce léger retard. Mais quand même c’est l’objectif de se dire, il faudrait conduire tous les enfants à avoir au moins le niveau post primaire. Parce que, cet objectif, il n’est même pas que burkinabè. Il est aussi international. Tous les systèmes essaient un peu de s’y accrocher parce que c’est à partir de là qu’on peut parler de développer des compétences. C’est à partir de là que des jeunes, en sortant, peuvent être utiles pour la société parce que il y a des capacités d’insertion énormes à ce niveau. Et vous voyez qu’au niveau du PDSEB (Programme de développement stratégique de l’éducation de base, ndlr), à l’horizon 2021, l’objectif du Ministère c’est d’avoir 70% des enfants qui vont sur des filières techniques et professionnelles et 30% qui vont sur des filières générales. Ça ne veut pas dire qu’ils ne vont pas aller à l’Université, mais c’est d’avoir un peu toute une masse importante de techniciens qui vont soutenir l’économie du Burkina. Au niveau international, chacun essaie de reformer son système éducatif dan ce sens. Parce que ça ne sert pas à grand-chose de faire que du primaire et s’asseoir. Ça ne suffit pas. Ça suffit juste pour être alphabétisé mais ça ne suffit pas pour des compétences d’insertion. C’est difficile mais c’est vraiment un objectif noble.

Lefaso.net : Deux reproches sont souvent faits à la réforme du système éducatif par certaines organisations syndicales d’enseignants : d’abord que vous n’avez pas pris les dispositions en amont, ensuite que cette réforme va tirer vers le bas le niveau de l’éducation dans notre pays. Un commentaire ?

Paul Diabouga : Vous aurez remarqué quand même que les syndicats et le gouvernement c’est les mêmes objectifs. C’est vrai que on a une lecture différente mais chacun se préoccupe d’avoir une éducation de qualité. Et ça, il faut le reconnaître. J’aime toujours à dire que notre Ministre, quand vous la suivez toujours, elle dit que les syndicats, on en a besoin parce que à force de critiquer, ça permet aux acteurs du gouvernement de faire très attention sur certaines choses. Pour revenir à votre préoccupation, ce n’est pas tant qu’on va tirer par le bas. On pense que le fait de massifier, de donner la chance à tout le monde, ça dégrade la qualité. Ça ce n’est pas vrai. C’est parce qu’on est dans des systèmes où on ne donne qu’à très peu de gens. On ne dégrade pas la qualité. La qualité elle se mesure par rapport à un certain nombre de facteurs. Le Burkina par exemple choisit de dire, on ne met pas un enseignant qui n’est pas formé. C’est une base essentielle. N’oubliez pas que pendant longtemps, les enseignants n’avaient pas de formation. Mais le Burkina est arrivé à se dire que même si c’est contraignant, même si c’est couteux, il faut que tous les enseignants soient formés. On est dans la même logique. Le ratio élèves/ salle de classe ne dépasse pas 70 qui est un ratio que les professeurs eux- mêmes trouvent normal pour pouvoir exécuter un cours. Et on le respecte. Donc ce n’est pas par le nombre, ce n’est pas parce que c’est des milliers que ça dégrade. Si on respecte les critères, on ne doit pas dégrader. L’autre chose, on n’a ouvert aucune salle de classe sous paillotte. Toutes les salles de classe, même quand elles sont d’emprunt, sont construites. Et elles seront équipées. Donc elles remplissent les conditions. Maintenant est- ce qu’on aurait pu commencer plus tôt ? C’est possible. Mais on ne pouvait pas savoir qu’on aurait 82% d’admis. Ça c’est le résultat des examens. Au contraire il faut louer que le dégage 14 milliards pour soutenir ça. En fait, si on était resté à prendre 50% il n’y a pas d’effort énorme mais ce serait très confortable. La rentrée ne se serait pas posée avec un problème. C’est le surplus et moi je crois que ça c’est vraiment l’effort surhumain qui a été fait. L’autre chose aussi assez importante dont les gens ne se rendent pas compte, le fait que le gouvernement accepte qu’il y ait une dérogation sur les procédures de passation des marchés pour aider l’éducation à construire des bâtiments. Je pense que c’est une vision à saluer parce que ça va nous aider à résoudre énormément de problèmes.

Lefaso.net : Pour revenir à la mise en œuvre du Continuum, est- ce qu’à la date d’aujourd’hui tous les élèves ont une salle de classe ?

Paul Diabouga : C’est 75% des enfants que nous avons pu scolariser. C’est pour vous dire qu’il ya 24% qui vont se retrouver au privé et il y a une petite partie qui va encore redoubler le CM2 parce que malgré la volonté, l’Etat ne peut pas tout prendre cette année. Mais c’est déjà presque multiplier les capacités au moins par deux, voire par trois.

Lefaso.net : Vous dites que certains des enfants qui sont admis au CEP vont redoubler…

Paul Diabouga : Puisqu’il y a toujours ceux qui redoublent parce qu’on pense que l’enfant n’a pas encore le niveau, ou qu’il est encore très jeune… Il y a toujours une petite proportion, ils sont environ 0.03% des parents qui d’une année à l’autre, même quand l’enfant a eu le CEP, préfèrent qu’il redouble. Il y a ceux-ci, il y en a qui vont partir au privé, payé par eux- mêmes, parce que l’Etat ne peut pas tout prendre. Voilà la situation. Sinon, c’était de prendre tout le monde. Mais dans les faits, c’est difficile. Parce que si on veut prendre tout le monde, même le demande en matière de professeurs on ne va pas avoir. On a été assez raisonnable pour ne prendre que 75% de tous les admis.

Lefaso.net : Vous parlez de paiement au privé alors qu’il y a cet autre volet de la réforme qui prône une éducation gratuite et obligatoire.

Paul Diabouga : Normalement l’éducation de base est obligatoire. Et si vous dites que quelque chose est obligatoire, il faut que ça soit gratuit. Si ce n’est pas gratuit, ça ne marche pas. Sur la partie primaire, la gratuité s’est déjà exprimée parce que normalement au primaire il n’y a pas de frais de scolarité. Il y a des cotisations des parents d’élèves. Et la gratuité c’était d’arriver à soustraire toutes les sources de dépenses des parents. Les fournitures scolaires, les manuels scolaires, la cantine scolaire,… C’est ça. C’est d’amener à réduire au maximum les cotisations. Ce qui est derrière tout simplement, c’est de dire qu’il ne faut pas que les causes économiques empêchent un parent d’amener son enfant à l’école.
Au niveau du post primaire, la gratuité, ça s’exprime d’abord dans le sens qu’il n’y a pas de frais de scolarité. Il y a des frais de participation au secondaire. C’est une petite nuance, ça revient à la même chose à peu près, c’est de réduire au maximum ce coût. Vous savez que quand vous êtes admis à l’entrée en sixième, c’est 2 500 et 5 000 pour les recrutements complémentaires mais c’est des frais de participation. Et justement, ce que l’Etat essaie de faire, c’est d’admettre tous les enfants à l’entrée en sixième de telle sorte que ça soit léger. Donc ça combine un peu les tailles des familles et les coûts de l’école. La question de la gratuité et de l’obligation, c’est parce que tous les enfants doivent faire l’éducation de base. Maintenant si vous le dites, il faut que ça soit gratuit. Mais la gratuité consiste à alléger les charges ou à supprimer certaines charges quand il le faut. Donc au post primaire, vous verrez par exemple que les manuels sont en location. C’est 500 francs pour que l’enfant puisse les avoir. La cantine est servie et c’est 100 francs pour manger… Les frais de participation sont réduits. Voilà un peu les concepts de gratuité et d’obligation.

Lefaso.net : Dans l’ensemble, au stade actuel, vous êtes satisfait de la mise en œuvre du Continuum !

Paul Diabouga : Au stade actuel, on peut dire qu’on a engagé. Sur la partie curricula pour l’expérimentation, il y a eu la pré validation il y a deux semaines. Je pense que tout se passe plutôt bien. Il y a des sessions de formation tout de suite pour que les enseignants engagent, c’est autour d’une quarantaine d’école. Pour la partie transfert, on est satisfait mais cette année particulièrement il y a un gros enjeu, c’est parce qu’il y a une volonté affichée d’absorber le maximum. Et là, on prend les dispositions actuellement pour que ça fonctionne. On y travaille et on pense que ça va bien prendre d’ici la fin du mois.

Propos recueillis par Samuel Somda
Lefaso.net

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