Malick Yamba Sawadogo à propos du dialogue politique en cours : « L’opposition est de bonne foi mais elle craint d’être encore roulée dans la farine »

lundi 29 septembre 2014 à 02h17min

Au Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP), Malick Yamba Sawadogo est vice-président de la Fédération du Centre. Ce 25 septembre 2014, il était dans les locaux du Faso.net pour une visite de courtoisie au cours de laquelle il a bien voulu se prêter à nos questions sur la situation politique nationale, caractérisée, ces derniers jours, par l’initiative du dialogue Majorité –Opposition. Interview.

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Malick Yamba Sawadogo à propos du dialogue politique en cours : « L’opposition est de bonne foi mais elle craint d’être encore roulée dans la farine »

Lefaso.net : que pensez-vous du dialogue politique en cours entre la majorité et le pouvoir ?

Malick Yamba Sawadogo : C’est une bonne chose parce qu’en République les questions politiques doivent se résoudre dans le cadre des institutions. Si l’on considère que la Présidence du Faso est une institution, c’est une bonne chose que le Président du Faso puisse initier ces rencontres. Il est dans son rôle d’essayer de résoudre les questions politiques qui se posent dans son pays.


Pouvez-vous rappeler justement ces problèmes ?

Tout le monde les connaît. Il y a le problème du referendum, le problème de la révision de l’article 37, le problème du Sénat. Mais, toutes ces questions sont liées au fait que le président Blaise Compaoré lui-même veut se représenter.

Mais, pensez-vous que toutes les préoccupations évoquées peuvent trouver solutions dans ce dialogue ?

Ecoutez, c’est là la vraie question parce que je pensais qu’avec la deuxième rencontre aujourd’hui (ndlr : l’entretien a eu le 25 septembre 2014), on allait quand même avancer, mais selon les informations en ma possession, ils n’ont pas pu dégager d’abord les TDR (Termes De Référence) alors que ce sont les TDR en principe qui doivent nous dire s’il y aura discussions ou pas. Tant qu’on n’a pas le contenu de ce dont nous allons parler, il se pose un problème. Sinon de mon point de vue, c’est l’initiateur, à savoir le Président du Faso, qui devait en principe proposer ses TDR.

Comment vous vous organisez au niveau de l’opposition pour avoir un ordre du jour qui réponde vraiment à vos attentes ?

L’opposition au sein du CFOP (ndlr : Chef de file de l’opposition politique) s’organise pour répondre à ces questions. C’est donc dans le cadre du CFOP que nous préparons ces rencontres. Je me réjouis déjà de la disparition du Front Républicain de la composition des délégations. Au départ, c’était deux entités qui étaient conviées, la majorité et l’opposition, mais à l’arrivée l’on s’est rendu compte que le Front Républicain était là aussi et l’on ne comprenait pas. Le Front Républicain est-il le doublon de la majorité ? Mais, cette question a donc été résolue grâce à la vigilance du CFOP. Maintenant, le nombre des délégations redevient 2.

Assimi reste aussi un responsable du Front Républicain puisqu’il est à la fois du CDP et du Front Républicain…

Justement, c’est pourquoi on lui a demandé de choisir entre être du Front Républicain et être de la mouvance. Et il a choisi de conduire la mouvance dans laquelle se trouve le Front Républicain.

Mais, qu’est-ce que l’exclusion du Front Républicain va apporter aux négociations ?

Ecoutez, les discussions actuelles n’intéressent pas en tant que telle le Front Républicain que je puisse dire est un intrus dans ce processus. Parce qu’au niveau du CFOP et de la Mouvance, sa position est claire. Parce que le problème aujourd’hui, c’est le referendum parce qu’il y a les partisans du oui et les partisans du non. On connaît les partisans du oui, c’est la Mouvance et ses alliés. Les partisans du non, c’est le CFOP. Il ne saurait y avoir trois entités.

Mais, que peut-on attendre concrètement de ces négociations ?

Nous espérons que ces discussions aboutiront au déblocage de la situation, si elles sont sincères. Blaise seul a la clé. Qu’il s’implique réellement pour l’aboutissement du dialogue. C’est notre souhait. Mais, si on se rend compte que c’est simplement une foire comme les autres rencontres, ce serait vraiment dommage.

Vous parlez de sincérité. Quand vous observez, le camp d’en face inspire-t-il une certaine confiance ?

Non, le camp d’en face n’a pas d’autorité. Quand on parle de camp d’avance, en principe, pour moi, c’est le peuple représenté par le CFOP et Blaise Compaoré. Mais, aujourd’hui, il semble dire qu’il a un avocat qui le représente à ces négociations. Et cet avocat-là, c’est la Mouvance. Vous le savez comme moi, que la Mouvance ne peut pas prendre des décisions sans consulter Blaise Compaoré. Ce n’est pas du tout possible. Nous acceptons cette forme qui diffère de celle des premières négociations avec Jean-Baptiste Ouédraogo, parce que Blaise Compaoré lui-même dit qu’il s’implique. Il est au courant de cette rencontre, il a instruit cette rencontre. Donc, on se dit que ce que la Mouvance va dire, provient de Blaise Compaoré.

Vous avez quand même espoir que cela peut aboutir…

En principe, comme je le disais tantôt, s’il y a la sincérité cela devrait aboutir.

On connaît les points de blocages entre la majorité et la mouvance : l’article 37, le referendum, le Senat. Pour l’opposition, apparemment, ce sont des points non négociables. Au vu de ces points, les négociations ont-elles vraiment une chance d’aboutir ?

Ce sont des inquiétudes réelles. C’est pourquoi, j’avais personnellement pensé qu’à la rencontre d’aujourd’hui l’initiateur de cette rencontre-là allait proposer les TDR. Pour dire que, voilà, je vous propose ceci ou cela pour le dialogue. Là on va gagner en temps et en qualité. Mais, s’il dit d’aller discuter des questions politiques du Burkina Faso, on ne va pas en finir. Même la santé du Président, c’est une question politique du Burkina.

Etant donné que ce n’est pas un problème personnel, n’était-il quand même pas, aussi logique pour le Président du Faso de laisser les acteurs politiques décider du contenu des négociations ?

Ah oui, il a eu l’initiative. Il connaît très bien le problème. Il est le premier magistrat. On attendait qu’il se prononce, depuis très longtemps, depuis des années. Il s’est prononcé, qu’il aille jusqu’au bout. Pour dire, voilà je vous invite à discuter sur telle ou telle chose. Si ce qu’il propose est acceptable, les deux entités se retrouvent pour discuter. Si ce n’est pas acceptable, la chose doit prendre fin devant Blaise Compaoré. Mais, quand vous vous trimballez ailleurs et qu’il y a blocage, ils vont tout de suite accuser l’opposition de refuser le dialogue. Alors que tout le monde sait que les trois points ci-évoqués sont non négociables. On sait aussi que Blaise Compaoré veut préserver son fauteuil et que c’est le comment qu’il cherche. Mais, ce comment-là, ce n’est pas l’opposition qui va le lui donner. Le comment, c’est de partir et de revenir cinq ans après.

Qui parle de négociations, parle aussi de la possibilité pour les uns et les autres de faire des concessions. Quels sont les points sur lesquels l’opposition pourrait réellement faire des concessions ? L’opposition pourrait-elle par exemple accepté l’élargissement de la loi sur l’amnistie à des proches du Président du Faso ou d’autres mesures lui assurant des garanties au cas où il accepterait de quitter le pouvoir en 2015 ?

Nous sommes prêts à respecter la Constitution. L’opposition est prête à respecter tout ce que la Constitution demande. Au-delà de cela, je ne vois ce que l’opposition peut faire. Quand vous parlez d’amnistie, je ne vous comprends pas. Amnistie pour qui et pourquoi ? Et si c’est nécessaire, les institutions qui existent vont le proposer et l’opposition en son temps aura son mot à dire puisque la question n’est pas encore à l’ordre du jour.

Mais, l’opposition serait-elle favorable à l’éventualité d’une prolongation pour préparer la transition politique ?

C’est anticonstitutionnel, ce n’est pas dans la Constitution. Alors que nous parlons de défendre de la Constitution.


On est quand même dans une situation de crise où les institutions établies ne fonctionnent pas…

Nous refusons, il n’y a pas de crise. Il est vrai que Blaise Compaoré et la mouvance cherchent à créer une crise pour qu’il n’y ait pas des élections en 2015. Comme un Béninois le disait, il n’y aura pas d’élections au Bénin en 2015, ni en 2016 parce qu’il n’y a pas d’argent. Donc, ici également on veut créer la crise en utilisant l’opposition pour dire finalement il y a crise au Burkina, il n’y aura d’élection en 2015. Sinon, il n’y a pas de crise au Burkina Faso.

Mais, tout le monde est quand même d’accord pour reconnaître que ça ne va pas…

Ça ne va pas, mais ce n’est pas une crise. Eux-mêmes disent que les institutions fonctionnent. Si les institutions fonctionnent, où est la crise ?

Quelles sont vos craintes pour ces négociations ?

Nous craignons d’être encore roulés dans la farine. Vous allez à une rencontre avec votre bonne foi pour sauver une situation, ce n’est pas une crise mais une situation et on vous embarque dans le dilatoire. Finalement vous êtes obligés de vous rétracter. On vous met face à l’opinion pour dire voilà Blaise voulait régler le problème mais que c’est l’opposition qui a refusé. Ils sont même capables de désigner certains individus pour dire que c’est eux qui ont refusé. Nos craintes se situent à ce niveau-là. Sinon, l’opposition va avec sa bonne foi pour discuter, maintenant si sa bonne foi est trahie, cela poser problème.

Entretien réalisé par Grégoire B. Bazié
Lefaso.net

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