Taxation du tabac en Afrique de l’ouest : les OSC lancent une campagne de dénonciation de la ‘’politique meurtrière’’ de British American Tobaco

dimanche 28 septembre 2014 à 19h26min

Depuis quelques années, l’on apprend par moments que l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine) et la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest) ont réuni leurs Etats membres respectifs, pour se pencher sur le fléau que représente le tabagisme. Et l’une des mesures identifiées à même de contrer ce fléau, c’est la forte taxation du tabac. A ce jour, les choses semblent évoluer dans ce sens. Mais l’industrie du tabac n’entend pas se laisser marcher dessus.

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Taxation du tabac en Afrique de l’ouest : les OSC lancent une campagne de dénonciation de la ‘’politique meurtrière’’ de British American Tobaco

Elle a entrepris, elle aussi, de contrer l’effectivité de la forte taxation communautaire de son produit. Du coup, des organisations de la société civiles (OSC) ont lancé une vaste campagne de dénonciation de la ‘’politique meurtrière’’ de cette industrie qui, selon elles, endeuille des millions de personnes par an. Au pays des Hommes intègres, cette campagne est relayée par l’ONG ACONTA (Afrique contre le tabac) et le REJAT-BF (Réseau de journalistes antitabac du Burkina Faso).

Pour donner de la voix à cette campagne, ACONTA et le REJAT-BF promettent de ‘’monter sur tous les toits’’ pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’ingérence de l’industrie du tabac dans les politiques nationales et communautaires. A en croire ces OSC, l’industrie du tabac, notamment British American Tobaco (BAT), a récemment adressé une correspondance aux Etats membres de la CEDEAO et de l’UEMOA non seulement pour dénoncer la forte taxation du tabac, mais surtout pour leur demander de se départir de toute initiative d’harmonisation d’une telle taxation. Une taxation comprise entre 15 et 45% selon la réglementation de l’UEMOA, et que la CEDEAO veut faire monter à 70% dans tous ses Etats membres. Dans ce sens, deux projets de directives élaborés et approuvés par tous les Etats membres de la CEDEAO, seraient en examen en vue de leur adoption par les deux espaces communautaires.
En attendant, la taxation du tabac est plafonnée à 30% au Burkina Faso où l’industrie du tabac aurait réalisé en 2010, un chiffre d’affaire de 36,6 milliards de FCFA et en a versé 1 milliard comme taxe à l’Etat. C’est du moins, ce qui ressort d’une étude menée par le Consortium pour la recherche économique et sociale (CRES) basé à Dakar au Sénégal. La taxation du tabac, elle est de 45% au Togo, au Sénégal, et au Niger où l’OTAF (Observatoire du tabac en Afrique francophone) jure de gagner le combat – celui de la taxation maximale prévue par la CEDEAO - contre l’industrie du tabac. Le Ghana, quant à lui, est au-dessus des 45%.

Des OSC déterminées à soutenir la CEDEAO

Pour l’industrie du tabac, la taxation tolérable, est celle qui n’excède pas 10%. L’écart entre elle et la CEDEAO est donc de l’ordre de 60%. Et chaque entité affiche sa détermination à faire peser la balance de son côté. Dans ce combat entre l’organisation inter-gouvernementale (OIG) qu’est la CEDEAO et la firme multinationale que constitue l’industrie du tabac, des OSC affichent leur détermination à jeter des peaux de banane sous les ‘’pieds’’ de la multinationale. Au rang des OSC, on compte en plus de l’ONG ACONTA, du REJAT-BF du CRES, et de l’OTAF, le CLATA (Centre pour le contrôle du tabac en Afrique) basé à Kampala en Ouganda, l’ACTA (Alliance pour le contrôle du tabac en Afrique) basée à Lomé au Togo, l’Union internationale contre la tuberculose et les maladies respiratoires basée à Paris, et le CTFK (Compaign for Tobacco-Free Kids). Autant d’OSC déterminés à soutenir la CEDEAO dans cette bataille contre l’industrie du tabac. Des OSC qui se sentent interpelés par l’article 4.7 de la Convention cadre de lutte antitabac (CCLAT) de l’OMS. Selon cette disposition en effet, « La participation de la société civile est essentielle pour atteindre l’objectif de la Convention et de ses protocoles. »

De fortes mesures financières et fiscales pour freiner le tabagisme

Pour ces OSC, il y a un conflit fondamental et inconciliable entre les intérêts économiques de l’industrie du tabac et ceux de santé publique que doivent défendre les Etats. Et la conviction de ceux ainsi engagés aux côtés de la CEDEAO, c’est que de fortes mesures financières et fiscales constituent un moyen important et efficace de réduction de la consommation du tabac pour diverses catégories de la population, en particulier les jeunes majoritairement emballés par le tabac. Et les conséquences sont hostilement économiques, si elles ne sont pas meurtrières. A en croire Abdoul Wahab Nombré, Secrétaire exécutif du REJAT-BF, l’Atlas du tabac a révélé que le tabagisme cause 600 décès par an au Burkina Faso. Au Cameroun, ce chiffre annuel serait de l’ordre de 66 000. Et des détails, l’on retiendra qu’au pays des ‘’Lions indomptables’’, 15% des jeunes de moins de 15 ans sont fumeurs avec une prévalence plus élevée en milieu scolaire ; 44% d’élèves ont expérimenté le tabac, dont 5% à l’âge de 7 ans. La gente féminine n’est pas à l’abri. Le tabagisme est en effet, une des principales causes de mort subite du nourrisson et d’insuffisance pondérale à la naissance. Dans le monde on estime à 6 000 000, les cas de décès causés par le tabagisme. En Afrique de l’ouest, les OSC semblent être plus que jamais décidées à inverser la tendance. En tout cas, le REJAT-BF et l’ONG ACONTA ont fait la promesse le 25 septembre 2014 de s’engager résolument dans la dynamique d’une vaste campagne antitabac enclenchée par des OSC au sein des espaces communautaires de l’UEMOA et de la CEDEAO. Attendons de voir…

Fulbert Paré
Lefaso.net

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