Salif Diallo lors de la rencontre avec les Burkinabè de France le 21 septembre à Paris : « Notre pays n’est pas un jardin privé »

samedi 27 septembre 2014 à 03h20min

Il n’y a plus de doute, les ponts sont définitivement coupés entre Blaise Compaoré et Salif Diallo. Entre le président et celui qui a été son bras droit pendant plus deux décennies, ce n’est plus un fossé, mais un abime qui semble croitre au fur et à mesure que le temps passe. Après son débarquement du gouvernement un certain 23 mars 2008, le même jour où les chrétiens fêtaient la résurrection de Jésus, alors qu’il était ministre d’Etat, ministre de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des ressources halieutiques, on avait pensé à une simple brouille certes, sérieuse, mais à une brouille quand même, dont sont coutumiers les hommes politiques.

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Salif Diallo lors de la rencontre avec les Burkinabè de France le 21 septembre à Paris :  « Notre pays n’est pas un jardin privé »

N’avait-il pas été, quelque temps après son limogeage du gouvernement, nommé ambassadeur à Vienne, c’est-à-dire représentant du président auprès de son homologue autrichien ? De retour de Vienne, il s’était fait très discret avant de réapparaitre sur la scène politique aux côtés d’autres camarades en rupture de band avec le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) pour créer, début janvier 2014, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).

Depuis, le premier vice-président de cette formation politique qui s’est ralliée à l’opposition ne rate aucune occasion pour prendre en grippe le président Compaoré. Au fil du temps, sa critique le chef de l’Etat s’est radicalisée au point de faire passer Maitre Sankara pour un enfant de cœur ! Expert en formules ciselées, il semble éprouver une sorte de jouissance à cogner l’adversaire.

Venu superviser la mise en place de la section France du MPP le 21 septembre à Paris, Salif Diallo s’est exprimé sur la situation nationale en tenant des propos d’une tonalité qui rappelle l’ambiance des AG des mouvements étudiants au temps forts de la révolution.

Voici retranscrits en intégralité, le discours introductif qu’il a prononcé à cette occasion et les réponses aux questions qui ont été posées à la direction du MPP. Verbatim.

Salif Diallo

Je voudrais vous dire que les militants des villes et des campagnes du Burkina à travers nos structures, comptent également sur la diaspora pour véhiculer notre programme et vos visions. Je voudrais transmettre ici et maintenant leurs salutations fraternelles et militantes et je voudrais également vous transmettre les salutations militantes du camarade président Christian Roch Kaboré qui n’est pas arrivé à Paris, parce qu’il a beaucoup de tâches sur le terrain ; il y a des rencontres prévues la semaine prochaine entre le pouvoir et l’opposition et avec d’autres camarades, il est entrain de préparer ces rencontres parce que nous savons que la période est très critique.

Maintenant pour vous dire en un mot ce qui se passe au pays, il y a 6 mois, un an de cela, les gens doutaient de la volonté de notre peuple à résister à l’imposture. Depuis le 23 août dernier [Date de la dernière manifestation dans les rues de Ouagadoudou organisée par l’opposition], personne, même dans le camp d’en face, ne doute que la majorité du peuple burkinabè est opposée au tripatouillage de la constitution ; c’est une évidence. Que ce soit dans les campagnes, dans les villes, au niveau des coutumiers, des religieux, syndicats, de la jeunesse, des anciens et des femmes, tout le monde est opposé à la confiscation de notre démocratie par un clan et par un homme, fut-il fort ! Aujourd’hui, la contradiction fondamentale de l’heure comme on le disait dans le mouvement étudiant, c’est entre Blaise Compaoré et le peuple ; et le peuple vaincra. La victoire de notre peuple, nous en sommes convaincus, est très prochaine, parce qu’un seul homme, quelque soit sa force, ne peut dominer un peuple, notamment le peuple burkinabè pétri de courage et d’intelligence.

Donc, nous sommes convaincus, quelque soit le temps que prendrait la nuit, le jour se lèvera et c’est très bientôt. Aujourd’hui, chers frères de la diaspora, il y a beaucoup de contre informations, beaucoup de propagande du camp d’en face, je ne parle même pas du CDP, parce que ce n’est plus un parti, c’est un club de soutien à un homme dit fort. Parce que dans un parti, il y a non seulement le programme, mais aussi, une direction, des débats ; mais là, c’est la volonté d’un seul homme. Il se lève le matin et dit, on va à droite, tous y vont. Le soir, il dit on va à gauche, ils y vont tous. Il tousse, ils s’enrhument tous. Non, et c’est pourquoi nous avons quitté le CDP, nous refusons la confiscation de notre pays par un seul individu et son clan et nous ne sommes pas nés au Burkina pour servir un clan ou une personne.

Nous sommes des Burkinabè et nous nous battons pour notre peuple et jusqu’à demain, c’est cette bataille qui vaudra la peine d’être menée. Donc, c’est vous dire, au Burkina aujourd’hui, l’opposition s’est retrouvée dans le cadre du Chef de file de l’opposition (CFOP) et des tentatives de division ont été menées tous les jours pour dire qu’entre le MPP et les autres, ça ne va pas. Ca n’a pas marché. De l’argent a été mis en mouvement. Rien ! Et après, ils se sont attaqués au MPP. Ils ont parcouru toutes les provinces avec de l’argent, et aussi curieusement que cela puisse se réaliser, à chaque fois qu’ils ont donné de l’argent à des vrais militants du MPP, ils nous ont ramené l’argent. Donc aujourd’hui, il y a des sections entières qui ont eu au moins pour trois mois de carburant venant du CDP qui ont tenté de corrompre nos militants ; ça ne marche pas. Et quand à ce niveau là, vous avez 2 ou 3 quidams qui ont faim, qui ont des intestins fragiles, mais vous ne pouvez pas avoir le peuple et la base du MPP. Ce qui fait la force du MPP, c’est que nous collons aujourd’hui aux aspirations réelles des populations ; sinon, on nous aurait tués depuis longtemps. Nous-mêmes aujourd’hui, nous sommes dans l’incapacité de déroger aux aspirations et à la demande du peuple.

La dernière trouvaille, ils ont dit qu’ils vont entamer un dialogue et je vais attirer votre attention sur ce point. Ils disent, dialogue, mais pas négociation ; nous disons que le cadre du dialogue doit être transparent au su du peuple, et s’il y a des propositions de dialogue, nous porterons cela en meeting au sein du peuple. Si le peuple dit qu’il n’y a pas négociation, on ne négociera pas ; parce que nous ne savons pas aujourd’hui sur quel point négocier si ce n’est l’alternance et la démocratie au Burkina. Si ces questions sont posées, nous sommes prêts à discuter. Ensuite, ils passent le temps à prôner la paix ; ils ont même créé une association le « Burkina Nouveau », qui je crois a fait la ripaille ici même hier à Paris. [L’association le « Burkina nouveau », créée par le ministre des Sports, Yacouba Ouédraogo, a organisé samedi 20septembre la nuit de la paix à Paris].

En vérité, nous nous connaissons ; quand ces messieurs préparent la répression, ou veulent amener la répression, ils font croire qu’ils sont pour la paix ; mais nous savons qu’ils fourbissent des armes. Ils ont commandé des tonnes de gaz lacrymogène, des voitures anti-émeutes et se préparent à faire la violence sur notre peuple. Mais, nous disons que quelque soit la quantité de matériels qu’ils vont acheter, des grenades anti-émeutes qu’ils vont acheter, notre peuple vaincra cela comme tous les peuples l’ont fait et nous sommes prêts au sacrifice comme d’autres camarades se sont sacrifiés. Nous n’avons pas peur de mourir sur les barricades pour la démocratie et il faut qu’ils en soient convaincus.

Nous savons que des menaces planent sur nos militants. Aujourd’hui, la plupart des militants du MPP qui ont des postes nominatifs ont été balayés ; directeur d’école, quand tu es MPP, on t’enlève ; chef de service médical, quand tu es MPP, tu es parti, il y a une véritable chasse aux sorcières, c’est la répression et nous savons que, plus les contradictions vont s’aiguiser, plus cette répression va augmenter. Mais au finish, nous savons que le peuple vaincra et ça, nous sommes convaincus comme le jour remplace la nuit, que ce régime anti démocratique, antisocial a terminé sa course, parce que le peuple a dit non.

Aujourd’hui, tous les secteurs qui ne sont même pas des secteurs militants ou partisans sont hostiles à une quelque révision de l’article 37 parce qu’on ne peut pas faire un référendum pour un seul individu. La constitution proscrit cela et on ne peut modifier la constitution pour faire plaisir à un clan. Nous l’avons dit surtout que c’est un engagement de leur part. En 2000, c’est eux-mêmes qui ont prôné la limitation du mandat présidentiel ; ça été avalisé, dit partout et donc, revenir sur ça, c’est trahir un engagement, c’est trahir notre peuple et c’est surtout se présenter en dehors du droit. Juridiquement, il n’y a rien qui prédispose à l’organisation d’un référendum ; c’est opérer un putsch, un coup de force et nous devons résister à cela.

Au point de vue économique, je n’ai pas besoin de vous décrire la situation. Le pays est confisqué par un clan. Toutes les sphères de l’économie sont contrôlées par un seul individu et son clan et ça, nous disons non. L’économie du Burkina actuel, c’est le labeur de tous les fils du Burkina et tous doivent avoir le même accès à une meilleure distribution de l’économie nationale. Si vous prenez aujourd’hui, que ce soit le secteur minier, le commerce général, l’agroalimentaire, ce sont les mêmes qui règnent en maitres, sans partage sur notre pays. Notre pays n’est pas un jardin privé, ce n’est pas la propriété privée de quelqu’un ; donc nous appelons notre diaspora à surtout expliquer cette situation là où elle se trouve.

Quant aux militants du MPP de Paris qui est un carrefour important, vous avez un rôle inestimable à jouer. D’abord, en termes d’information de nos compatriotes résidants en France ; mais aussi en termes de communication à travers la presse et les multimédias ; aujourd’hui, il faudrait que nos camarades du bureau qui sera mis en place s’organisent pour que l’information puisse aller à l’endroit de tous les Burkinabè résidant en France pour qu’ils prennent conscience des enjeux. Donc, nous disons que la bataille est multidimensionnelle et tous les compatriotes, quelque soit leur condition doivent jouer leur partition. Ici, il ne s’agit même pas pour le moment de prise de position et de savoir quel parti va gagner les élections, non. C’est une lutte pour la démocratie et vu la nature de cette lutte, nous voulons que les militants de Paris demeurent et soient solidaires des autres militants de l’opposition ; parce que c’est l’ensemble de notre peuple qui est en butte à cette imposture, à cette tentative de tripatouillage de la constitution.

Donc, nous voudrons simplement dire aux femmes et aux hommes qui ont à cœur le changement dans notre pays de se tenir main dans la main dans la cohésion et l’unité de combat pour que demain, le Burkina se construise dans la paix et la cohésion. Nous disons que la paix au Burkina, nous la voulons et pour qu’il y ait la paix, il faut qu’il y ait la justice sociale et le respect des règles constitutionnelles. Ceux qui veulent allumer le feu au Burkina, sont ceux qui violent constamment toutes les règles y compris constitutionnelles ; donc chers camarades, le MPP est venu d’abord vous remercier et vous féliciter pour le travail qui est accompli à Paris en France et à aller de l’avant ; il faudrait que le bureau qui sera mis en place soit un bureau de rassemblement, très ouvert à l’endroit de nos compatriotes qui épousent la cause démocratique dans notre pays ; il faudrait faire table rase pour le moment de vos contradictions partisanes pour que tous les Burkinabè comme un seul homme puissent se battre ensemble pour éviter la révision de l’article 37 et les différents tripatouillages que les gens tentent d’opérer.

Les jours à venir, par communiqué, nous vous tiendrons informés de l’évolution de la situation. Nous disons que s’il y a une négociation, elle doit s’opérer sur la base des textes constitutionnels, sur le respect de la constitution actuelle et non, sur des intrigues d’appareil et de gouvernement qui vont saboter la lutte de notre pays, et là-dessus, le MPP est clair : nous n’allons pas accepter des compromissions pour que des gens puissent encore et encore rouler notre peuple dans la farine comme dirait quelqu’un. Nous ne sommes pas des boulangers [En référence aux propos tenus par feu Robert Gueï contre Laurent Gbagbo, qu’il accusait de rouler tout le monde dans la farine] et nous ne voulons pas qu’il y ait des boulangers chez nous. Donc, mesdames et messieurs, je vous laisse la possibilité de poser toutes les questions qui vous tiennent à cœur et nous sommes ensemble ce soir dans un même combat et nous sommes en tout cas disposés à vous écouter, à répondre à toutes vos sollicitations dans le cadre de nos moyens.

Question d’un militant MPP : « Vous avez aidé Blaise Compaoré à rester longtemps au pouvoir. Quel est le secret pour que nous puissions le récupérer ? »

Réponse : Nous avions dit quand on quittait le CDP que nous étions comptables du bilan positif et négatif de monsieur Blaise Compaoré. Nous l’avons quitté parce qu’il y a eu trahison. En 1996, quand nous mettions en place l’ODP/MT (Organisation pour la démocratie et le progrès/Mouvement du travail) nous sommes partis sur une plateforme social-démocrate et il était dit que nous allons travailler pour la démocratie au Burkina. Nous avons par la suite évolué avec d’autres partis jusqu’au niveau du CDP, et il était clair que notre plateforme, c’était l’alternance.

Monsieur Blaise Compaoré s’était engagé avec nous pour travailler à l’alternance dans notre pays et à la relève de la classe politique. Mais au fil du temps, nous avons compris que toutes les manœuvres visaient à instaurer un pouvoir à vie et nous le lui avons dit sans détour. Nous n’avons pas quitté et pour après lui envoyer des flèches par la fenêtre ; c’est devant lui qu’on lui a dit qu’on n’est pas d’accord parce que c’est lui qui a trahi la plateforme idéologique, politique et organisationnelle sur laquelle nous étions.

A partir du 5e congrès du CDP [Mars 2012], c’est devenu évident, parce que l’œuvre a consisté à détruire toutes les structures et à liquider tous les camarades qui étaient là en 1996 pour la création de la plateforme démocratique autour du pouvoir. Et c’est pour des raisons de conservation personnelle et clanique du pouvoir que ces manœuvres ont été entreprises, et nous n’avons pas manqué à maintes reprises de lui dire que nous ne sommes pas d’accord avec cette façon de gérer, et cette façon surtout de concevoir le pouvoir, comme un pouvoir personnel, autocratique. Nous disons et on le reconnait, nous avons manqué de vigilance parce qu’il a trahi tous les camarades qui, sincèrement étaient venus pour construire un Burkina nouveau, un Burkina de progrès et de paix sociale. Il nous a trahis et nous disons que nous avons manqué de vigilance et nous faisons notre autocritique là-dessus, parce qu’il y avait des signes avant-coureurs qui ne devaient pas nous tromper. Mais on s’était dit, quand même, il a passé militant et qu’il n’allait pas utiliser l’appareil d’Etat pour liquider tout nos acquis depuis la révolution jusqu’à présent. C’est quand nous avons vu que c’était impossible à l’interne de changer les choses que nous avons pris nos clics et nos clacs pour partir en plein jour.

Aujourd’hui, nous sommes aux côtés de ceux qui luttent pour notre peuple et nous allons contribuer à mettre fin au pouvoir de type personnel, à cette autocratie. Donc vous pouvez être sûr ; ce n’est pas nous qui avons des techniques, mais le peuple qui a la force et la conviction et nous sommes avec le peuple et tôt ou tard, cette situation anti-démocratique, de confiscation de tous les droits de notre peuple va s’arrêter. Donc d’un point de vu tactique et stratégique, nous sommes sur le terrain avec ceux qui se battent pour la démocratie, pour l’alternance et cela va arriver au Burkina Faso

Question d’un militant MPP de Bruxelles : Paris est un carrefour, Bruxelles aussi. Que compte faire le MPP pour aider les militants ou sympathisants qui n’ont pas les moyens de payer les frais pour la délivrance de la carte consulaire ?

Bien sûr, Paris est un carrefour, Bruxelles aussi l’est également, et moi j’étais à Bruxelles pour rencontrer des camarades du parlement européen et avec tous les partis socio-démocrates qui sont nos amis. Nous comptons sur les camarades MPP de Belgique pour donner de la voix à Bruxelles et je crois que cela est en préparation.

Quel est le programme politique du MPP ?

A notre premier congrès, on a arrêté un programme politique à orientation social-démocrate, et nous disons que ce qui est important dans notre pays, c’est la production, mais aussi la redistribution dans la justice des richesses à tout un chacun. Nous sommes un pays pauvre et nous ne pouvons pas accepter que 0,001% d’individus contrôlent 99,001% de nos richesses ; or, c’est ce qui se passe aujourd’hui. Nous disons non à cet accaparement des richesses par un clan minoritaire ; nous disons que le Burkina appartient à tous ses fils et nous devons travailler à ce que notre programme prenne en charge les préoccupations de la majorité des individus.

Question d’un militant MPP des Pays-Bas : La diaspora a le sentiment d’être considérée comme du bétail électoral et il est difficile de mobiliser les gens. Que comptez-vous faire pour changer tout ça ?

Nous disons que les politiques qui ont jusqu’ici été menées à l’endroit de la diaspora ont été des politiques démagogiques, et nous le disons haut et fort ! Il va falloir changer notre fusil d’épaule pour deux raisons : d’abord, sur la diaspora burkinabè, les statistiques ne sont pas fiables et on peut dire sans risque de se tromper, qu’il y a plus de 10 millions de Burkinabè à l’étranger aujourd’hui au minimum, et d’un point de vue économique, si la diaspora était organisée, soutenue, nous sommes convaincus qu’elle pourra contribuer pour au moins 5% du PIB. C’est pourquoi, je pense qu’au niveau institutionnel, au lieu de mettre des délégués à l’étranger, il faut créer une structure chargée du suivi de la diaspora comme par exemple un ministère chargé des Burkinabè de l’étranger ou un secrétariat d’Etat.

Il faut organiser un suivi de nos cadres à l’étranger. Il y a des pays africains où la diaspora amène des gens à investir dans leur pays chaque année avec l’appui du gouvernement. Il nous faut par exemple créer une banque de la diaspora où l’Etat burkinabè pourrait donner des garanties dans les pays où ils résident pour monter des affaires et réinvestir au Burkina Faso ; ça se fait ailleurs comme au Ghana où ceux qui sont aux USA investissent près de 100 millions de dollars par an dans leur pays d’origine parce qu’il y a une politique de suivi. Le Sénégal suit ses cadres à l’étranger et quand un Sénégalais a un poste à l’étranger, l’Etat enjoint à ce cadre de faire tout pour aider à recruter d’autres compatriotes. Au Burkina, les gens ont le sentiment d’être un bétail électoral en dehors des cartes consulaires où on arrache quelques sous misérables à nos compatriotes. C’est pourquoi, le MPP pense qu’à son avènement, il faudrait organiser un congrès des populations de la diaspora et déterminer les structures et les moyens d’action au profit de notre diaspora. Ce sera clair dans le programme de notre candidat. Mais nous attendons vos suggestions et contributions pour étoffer le programme de notre candidat.

Question : Il semble qu’il y a des députés qui épousent la cause du MPP. Qu’attendent-ils pour partir ?

C’est vrai, il y a des camarades qui épousent notre cause ; au départ, il faut être honnête, on leur a dit de rester tapis à l’assemblée en attendant ; c’est une question tactique. Peut-être qu’ils seront autre chose demain, mais je ne vais pas m’étendre dessus. Ne vous inquiétez, même au sein du gouvernement, il y a en qui viennent nuitamment nous dire, c’est parce qu’on n’a pas le choix. Aujourd’hui, toute personne d’honnête, qui a un minimum de patriotisme ne peut accepter ce qui est en train de se réaliser.

Question d’un militant sur l’insécurité qui planerait sur les militants MPP

Nous pensons que la meilleure solution pour nos militants à l’étranger, c’est la mobilisation et il faut rester connecté. Nous autres, chaque matin, on reçoit des menaces ; il y a des tentatives même sur certains d’entre nous, mais nous disons que cela ne peut pas nous empêcher de défendre nos convictions. Nous savons que s’il y a un patriote de tué, 10 naitront et au bout du compte, la victoire est au bout. Donc, il faut vous organiser, passer l’information entre vous et surtout ne pas vous isoler parce que là, vous êtes vulnérables. Et surtout faites attention aux manœuvres ; aujourd’hui je vois un tract qu’on est venu poser par là pour dire que Blaise, [Un tract a en effet été affiché aux abords du lieu de la rencontre rappelant les acquis du président Blaise Compaoré] …Non, Blaise Compaoré est fini. Ses acquis ? Quels acquis ? Ce sont les acquis du peuple burkinabè ; ce n’est pas Blaise Compaoré qui a fait les routes, les hôpitaux, c’est le travail et la sueur de notre peuple et nous étions là comme témoins, comme contributeurs. Seul, il n’aurait pas pu faire un km de bitume ; aucun homme burkinabè n’est indispensable ; il y a des lois et des règles ; peut-être même que si c’était quelqu’un d’autre, il aurait fait 100 fois mieux que ce qui a été fait, et nous disons qu’il est temps qu’il passe la main parce que nous ne sommes pas dans un royaume. Même dans les royaumes, il y a des règles de dévolution du pouvoir. Quand on dit le Tenkougri, chez les Mossés, quand tu violes ça, tu dois t’autodétruire ; or les gens, ils violent les Tenkougri et veulent continuer à manger, non ! Ce n’est pas normal.

Sur le fonctionnement du MPP en France

Je voudrais simplement dire que le bureau qui est mis en place ne peut être solide que s’il est soudé à sa base ; donc les camarades qui sont désignés dans ce bureau doivent se déployer auprès des ressortissants et des militants ; c’est pourquoi dans chaque arrondissement de Paris, dans chaque ville de France, il faut que l’information circule, que vous ayez l’humilité d’aller à la base pour poser les problèmes et non se comporter comme des fonctionnaires, des bureaucrates attendant que le militants viennent à vous.

Vous devez également aller vers les autres sections européennes pour qu’en Europe, nous ayons une même dynamique ; la direction politique va rester en contact avec vous pour que le travail soit encore plus développé à l’endroit des sous-sections, parce que une section n’est valable que si vous avez des sous sections ; ça veut dire qu’il y a ait des sections et des sous sections dynamiques. Il ne faut pas attendre que les camarades de la direction de Ouaga arrivent pour courir convoquer les militants ; il faut que le parti ait une vie active ; il ne faut pas se comporter comme au CDP ; c’est un groupe de soutien au pouvoir et eux attendent que le chef arrive pour qu’ils aillent applaudir. Nous, nous, avons un programme à expliquer, des structures à mettre en place, une cause noble à défendre, donc nous devons aller vers les gens et je compte sur la nouvelle direction pour que vos propres attitudes puissent induire une force au parti ; c’est pour dire que si vous ne travaillez pas d’ici un an et on constate que la base de France n’est pas collée à vous, nous reviendrons ici faire une AG et demander aux militants de vous débarquer.

Nous sommes un parti démocratique et il n’y pas d’accointance ; ce n’est pas une chefferie traditionnelle qu’on vient nommer ; c’est un parti démocratique et il faut instaurer le débats démocratique au sein des militants parce que Paris est une vitrine et si les gens de Ouaga tiennent à leur référendum, Paris doit battre le record de mobilisation parce que vous avez la possibilité ici de montrer à toute l’Europe et à toute l’Afrique que les Burkinabè dans leur majorité sont hostiles au tripatouillage de la constitution et que le Burkina dans sa fraction française est contre le révision de la constitution. Il ne faut donc pas attendre des directives de Ouaga pour agir. […]

Je voudrais dire aussi, qu’une section, ce sont les finances et vous devez sensibiliser vos militants à des cotisations ; nous ne sommes pas un parti au pouvoir ; donc il, faut cotiser même si c’est 5 euros par mois ; il faut faire en sorte que le parti vive sur la base de ses cotisations et c’est en allant vers les militants que vous pouvez leur expliquer cela. Donc n’attendez pas que la direction vous envoie l’argent parce qu’on en n’a pas ; nous-mêmes on compte sur vous pour nous envoyer l’argent au pays ; faites en sorte qu’il y ait les cotisations.

Question d’un étudiant : Depuis 1966, l’armée est au pouvoir alors que ce sont les civils qui ont provoqué le soulèvement. Comment faire pour que les militaires retournent définitivement dans les casernes ?

Nous sommes un parti démocratique et sommes pour une alternance démocratique, le respect des principes démocratiques, on n’est pas des putschistes et nous disons dans notre programme que l’armée, les forces de sécurité, gendarmes, police, etc., doivent se soumettre au pouvoir démocratiquement élu comme cela se fait dans toutes les démocraties. Maintenant l’histoire du Burkina est là et c’est à notre peuple de tirer les enseignements et éviter que la démocratie ne soit confisquée par un corps habillé, un clan économique ou une ethnie.

Quelle est la position de la chefferie traditionnelle ?

Je ne vais pas m’assoir pour dire que tel ou tel chef nous soutient ; quand vous regardez le paysage politique aujourd’hui, je vous disais en introduction que toutes les couches sociales au Burkina sont opposées à la révision de l’article 37 ; l’église a fait son communiqué ; la communauté musulmane par ses canaux a pris position, l’église protestante a pris position ; les chefs traditionnels qui, d’habitude légitiment les pouvoirs en place ont pris leur distance et prône le dialogue ; elle n’est plus ce qu’elle était il y a 5,10 ans. Nous au MPP, nous enregistrons l’adhésion de beaucoup de chefs traditionnels dans toutes les provinces ; des fois, à nos AG, on croirait que c’est vraiment la cour d’un chef traditionnel de la contrée, tellement les bonnets rouges sont en nombre inqualifiable et c’est ce qui fait peur au pouvoir. Aujourd’hui, ni l’église, ni la mosquée, ni le temple, encore moins les cases des fétiches ne sont avec eux.

Mot de la fin et conclusion

Je vous remercie et vous félicite pour cette forte mobilisation et je voudrais particulièrement féliciter la sous-section de Paris qui était à la manœuvre pour cette AG. En quittant ce soir, j’ai le sentiment qu’ensemble, nous allons vaincre bientôt. Parce que c’est l’une des rares fois où je rencontre une fraction de la diaspora où l’unanimité soit opérée sur un sujet ; aujourd’hui, je n’ai pas entendu quelqu’un dire, l’article 37, il faut faire un référendum ; non, tous les Burkinabè dignes et intègres sont contre cette révision ; ça veut dire qu’il y a une prise de conscience grandissante au niveau de l’ensemble de notre peuple et ce qui se passe ce soir ici n’est que le reflet du sentiment à l’intérieur du pays ; et je tiens à vous féliciter et vous remercier cet après-midi, quelque soit votre contribution, elle est importante pour le changement au Burkina ; vous devez faire passer l’information, démasquer les tripatouilleurs, les combattre aux coins des rues de Paris, de Marseille et montrer à tous les niveaux que notre peuple aspire au changement démocratique.

Nous disons simplement que pour ce combat, il faut taire momentanément les questions de divergences idéologiques ça et là pour ne pas divertir le peuple et se concentrer sur la ligne de front qui est la non modification de l’article 37 ; et nous disons que le MPP est non seulement pour l’alternance, mais aussi pour la relève par la jeunesse ; et nous sommes conscients qu’au prochain congrès, nous devons passer la main à plus jeunes que nous ; et je voudrais inviter la section de Paris à voir dans cette perspective pour former la relève à Paris pour que demain, on ait des jeunes au Burkina qui reprennent le flambeau de la lutte. Ne faisons pas comme Blaise Compaoré, accroché depuis 28 ans au pouvoir, vieilli par le temps et qui s’y accroche. Le pouvoir à vie, ce n’est pas bien pour la personne en question, encore moins pour notre peuple et nous disons qu’il faut qu’il prenne ses congés sabbatiques ou ailleurs, qu’il aille se reposer parce que le peuple burkinabè a besoin de changement. Et s’il refuse et s’y accroche, le peuple se battra pour qu’il parte ; là aussi, nous sommes clairs. La lutte ne fait que commencer et en Europe, il faut que vous soyez de toutes les mobilisations, de tous les efforts pour qu’ensemble, on puisse changer le Burkina en un Etat démocratique, de liberté et de progrès.

Propos retranscrits par Joachim.Vokouma
Lefaso.net (France)

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