Zéphirin Diabré à la diaspora burkinabè de France : « Faites du bruit ici pour qu’on entende que la cause qui réunit les Burkinabè au pays a des échos ici »

mercredi 17 septembre 2014 à 23h33min

Pour sa première rencontre avec les Burkinabè vivant en France le 13 septembre 2014 en tant que président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et en tant que chef de file de l’opposition, Zéphirin Diabré peut avoir des motifs de satisfaction. La salle Lisbonne du FIAP Jean Monnet, dans le quatorzième arrondissement de Paris était pleine, et ceux qui sont venus à sa rencontre l’ont écouté religieusement pendant plus de deux heures, avant de lui poser des questions.

Zéphirin Diabré à la diaspora burkinabè de France : « Faites du bruit ici pour qu’on entende que la cause qui réunit les Burkinabè au pays a des échos ici »

C’est le président de la section France de l’UPC, Edouard Sanou, qui a introduit la rencontre. Il a informé l’assistance que la section a été créée sous une forme associative loi 1901 et déclarée à la préfecture de Seine et Marne le 29 août 2012, et que l’annonce officielle a été publiée au Journal officiel le 08 septembre de la même année.

Après avoir fonctionné avec un bureau provisoire, la section a élu un bureau définitif le 03 mai dernier (Voir composition du bureau) et ses membres ont reçu la mission entre autres, « d’accélérer la création de sous-sections dans les principales villes de France pour nous rapprocher de chacun des 4500 Burkinabè vivant en France » et de « motiver tous les Burkinabè de l’étranger à s’enrôler massivement sur les listes électorales et surtout à exercer leur droit de vote. Ce droit est un élément essentiel de la citoyenneté jusque-là dénié hélas, aux Burkinabè vivant à l’étranger et qui, selon les statistiques, seraient presqu’aussi nombreux que les Burkinabè de l’intérieur et constitueraient de fait un enjeu majeur des futures élections quelles qu’elles soient ».

Il a ensuite passé la parole à Zéphirin Diabré, le principal orateur du jour. Le président de l’UPC remercie « les hommes et les femmes qui tiennent haut le flambeau de la présence de notre pays ici en France et qui ont accepté faire le déplacement » pour l’écouter, « salue le travail des camarades du bureau de la section de France et la présence des représentants de partis politiques de l’opposition », notamment Sibiri Célestin Nabaloum du MPP, « un parti frère avec qui nous entretenons une relation qui, au-delà des individus, pour ceux qui savent l’histoire des uns et des autres, s’articule autour de nos visions communes », et Mme Françoise Toé du PDP/PS, le parti fondé par Joseph Ki-Zerbo.

Ayant vécu longtemps à l’étranger et de ce fait « s’honore d’être qualifié d’homme de la diaspora », Zéphirin Diabré explique que pour lui, rencontrer les Burkinabè de la diaspora était une obligation en raison, dit-il de « l’importance que vous représentez pour notre pays, pour ce que vous apportez au soulagement de la misère chez nous, pour les actions de développement à la base que certains ont initiées, pour les compétences que vous apportez à l’Etat en intervenant dans certains domaines d’activité », et surtout parce que, pour la première fois « vous aurez le droit de dire votre décision dans les choix politiques du pays ».

Il a ensuite expliqué le contexte dans lequel l’UPC a été créée, l’état actuel de son évolution et, « le combat titanesque que nous menons contre le régime en place, qui joue aussi sa survie ».

L’UPC a vu le jour en 2010 et à l’issue des élections législatives et municipales couplées de décembre 2012, elle « a pu arracher 19 sièges de députés, 19 mairies et plus de 1600 conseillers municipaux, devenant ainsi la deuxième force politique du pays si l’on compte sur la base du nombre de députés, parce qu’il y a quelqu’un d’autre qui nous conteste ça en parlant de suffrages ».

Revenant sur l’histoire de la création de l’UPC, l’ancien président du Conseil économique et social (CES) a expliqué que c’est en essayant « d’évaluer le résultat de presque deux décennies de réformes soutenues par la Banque mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI) auxquelles j’ai participé » que le parti a été créé. « Afin de donner un écho à nos réflexions, on s’est décidé à faire un évènement pour qu’au-delà de nos personnes, d’autres intelligences viennent nous aider, et c’est comme ça qu’est né le fameux Forum de l’alternance ».

Certes, des progrès ont été réalisés dans nos pays, mais en 2005, « 51ou 52% de la population étaient toujours sous le seuil de la pauvreté dans notre pays » et « il y a des difficultés d’accès à l’eau potable, à l’éducation, aux soins de santé, au logement, alors qu’un pays a vocation à créer les conditions de bonheur de sa population ». Une autre politique est-elle possible et si oui, qui doit la conduire ? Pour les Forumistes, il est évident que « ce régime n’est pas à même d’apporter ce changement attendu ». Il faut donc l’alternance qui, « en elle-même est un facteur de progrès », et dans un contexte démocratique, cela n’est possible qu’à travers des partis politiques qui proposent autre chose. L’UPC a donc été créée pour proposer une offre politique différente de celles qu’incarnent les autres partis de l’opposition. Ce qui fait sa particularité, c’est qu’elle accorde une place centrale à la liberté de l’individu, « un puissant moteur de transformation » et l’histoire de l’humanité a montré que les « hommes veulent être libres de s’associer et compétir dans un régime de démocratie dite libérale ».

Sur les choix idéologiques et économiques de l’UPC, celui qui a été ministre de l’Economie et des finances s’est contenté de rappeler ce qu’il a déjà dit, à savoir que, plus qu’ailleurs, les étiquettes idéologiques n’ont plus de pertinence dans nos pays. « En regardant les politiques publiques mises en œuvre, on se rend compte qu’il n’y a pas un groupe de politique marqué par une idéologie qu’on pourrait dire bonne et une autre comme mauvaise. Il y a dans les deux camps, des politiques qui sont bonnes et des politiques qui sont mauvaises. Il y a des choses qui marchent et des choses qui ne marchent pas. On peut penser ce qu’on veut, mais la collectivisation des moyens de production par un Etat centralisé ne marche pas et ça n’a jamais marché nulle part. On peut dire aussi que si on veut créer un pays où les citoyens sont armés pour affronter le futur et qu’on a l’esprit républicain, l’accès à l’éducation par exemple, doit être libre et gratuit pour tous, du moins jusqu’à un certain niveau », a t-il plaidé. De ce qui précède, le patron de l’UPC refuse d’endosser une étiquette politique, la chute du mur de Berlin ayant signé, du même coup selon lui, la fin des idéologies.

Et si l’UPC devait à tout prix en épouser une, elle serait « l’ensemble des bonnes solutions qui permettent au Burkina de sortir de la pauvreté et faire le bonheur de son peuple ».

Sauf que la réalité rattrape souvent les dirigeants de l’UPC et comme il le reconnait lui-même, « quand je rencontre des amis et que je leur dis que l’UPC est au-dessus des idéologies, ils me regardent comme un animal qui descend d’on ne sait où ! ». L’identité idéologie du parti a donc fait l’objet de débat interne qui s’est dénoué lors du dernier congrès en mars 2014. « Nous sommes partisans de l’économie mixte où l’Etat joue un rôle et le marché aussi le sien, et les deux en symbiose font qu’on avance ; ça s’appelle le social-libéralisme et je sais que, aux yeux de certains, ça ne fait pas bien d’être libéral ». Zéphirin Diabré prévient : « On n’est pas pour l’exploitation des femmes et des enfants dans des usines ; on est seulement convaincu que l’économie libérale a des avantages qu’on va prendre mais qu’on n’avance pas s’il n’y a pas de développement social et humain durable ».

Dans la perspective de la présidentielle de 2015, vivement un débat entre les socio-démocrates, les socio-libéraux, les Sankaristes, les socialistes, les communistes ou encore les libéraux afin que les Burkinabè, du moins les citoyens, puissent exercer pleinement leur citoyenneté.

Partisan donc du libéralisme, le chef de file de l’opposition en a énuméré les avantages : l’ouverture du Burkina sur le monde, la présence de produits étrangers sur les marchés même « si je peux m’en indigner », mais « ça signifie que le pays n’est plus fermé et n’a plus un seul partenaire économique ».

Au plan politique, le social-libéralisme, c’est « le refus du sectarisme et la démarcation physique », d’où l’ouverture du parti à toutes les autres formations politiques y compris le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) dont les responsables ont été reçus récemment au siège de l’UPC. Une ouverture aux autres d’autant plus nécessaire que pris individuellement, aucun parti politique de l’opposition ne peut provoquer l’alternance. Les chiffres sont implacables : le score cumulé des deux premiers partis de l’opposition, l’UPC et l’ADF/RDA dépasse à peine 26% ! « Certes, l’arrivée du MPP nous apporte une bouffée d’oxygène, mais il est évident que personne dans l’opposition ne peut faire seul l’alternance », s’est-il réjoui, précisant que l’UPC « proscrit également les injures, attaques personnelles et propos excessifs ». Il refuse de dresser un bilan totalement négatif du président Blaise Compaoré, parce que, « si on gouverne un pays pendant 30 ans, c’est qu’on est intelligent et sur certains paramètres comme l’éducation de base, l’accès à l’eau potable, on a évolué ».

L’UPC, a-t-elle, un projet de société alternatif ? « Oui », répond Diabré, mais il refuse d’en dire plus pour l’instant, « parce qu’en face, vous avez des gens qui n’ont pas d’idées mais sont très forts pour voler celles des autres ». Et pour illustrer ses propos, il rappelle que c’est suite à une critique de l’UPC publiée dans la presse sur le mode de nomination des ambassadeurs que le pouvoir s’est mis à nommer désormais plus de diplomates de carrière qu’il ne le faisait avant.

Selon Zéphirin Diabré, les mesures sociales annoncées par le gouvernement l’année dernière et le fonds destiné au financement des femmes ne sont qu’une réponse aux revendications des commerçants et des femmes lues lors du meeting de l’opposition le 29 juin 2013.

En attendant de connaitre dans les détails le projet de l’UPC, on se contentera des grandes lignes que Zéphirin Diabré a déclinées : construction d’une vraie démocratie avec possibilité d’alternance, possibilité de présenter des candidatures individuelles aux différentes élections, mesures rapides contre l’impunité en lançant une opération « mains propres » parce qu’en cas d’alternance « les gens ne pourront pas attendre un an ». Il dit vouloir prendre à bras le corps, la question de la sécurité, « devenue un véritable problème parce qu’on ne peut plus voyager sans se faire braquer ».

L’ancien directeur général adjoint du Pnud propose également d’augmenter le budget affecté à l’éducation « parce qu’on ne se développe pas si on n’a pas les ressources humaines qui vont avec », réorienter la formation pour répondre aux besoins de l’économie, et permettre, pourquoi pas, à des étudiants en Lettres modernes qui le souhaitent, de poursuivre plus tard des études de médecine, parce, explique t-il, « j’ai appris à Harvard que nul n’a des prédispositions pour étudier les maths ou la littérature. Tout est question d’encadrement ».

Sur la santé, il propose de baisser la moyenne pour entrer en Faculté de médecine comme ça se fait à Cuba, mieux gérer les évacuations sanitaires, augmenter les salaires des médecins et des enseignants. Il a annoncé qu’il n’était pas dans l’intention de l’UPC de privatiser ni l’ONEA, et la Sonabhy ; mieux, il estime que « l’eau ne doit pas être un bien vendable ». Il compte s’attaquer au problème de logement, tout en menant en aval une politique contre la pression démographique très élevée à son avis, de l’ordre de 3,4%, mener une politique sérieuse de l’emploi parce qu’il y va de l’équilibre social, et régler une bonne fois pour toute la question de l’énergie en explorant une piste qui fait débat, c’est-à-dire, le nucléaire.

Le libéralisme, c’est aussi créer les conditions d’une compétition saine en cassant les monopoles de fait. « Quand j’étais ministre du Commerce en 1992, révèle t-il, j’ai découvert que depuis l’indépendance, l’Etat s’était arrogé un certain nombre de pouvoirs, dont le monopole de certaines importations. Pour le riz par exemple, il accordait à qui il voulait des Autorisations spéciales d’importation (ASI), et au fil du temps, le ministère du commerce était devenu un lieu de trafics, parce que tout ministre qui arrive, a son commerçant à qui il donne un monopole. Beaucoup de fortunes au pays se sont bâties sur cette base et on le sait. Et quand on regarde l’origine ethnique ou géographique de certains ministres passés, ça peut expliquer la richesse de certains ».

Il plaide aussi pour une gestion rigoureuse des finances publiques pour « éviter que le directeur des douanes se promène avec des cantines de milliards », une politique attractive vis-à-vis des « investissements directs étrangers » et compte sur « les financements de la diaspora pour dynamiser l’économie ». Il est favorable à une politique d’autosuffisance alimentaire et non de sécurité alimentaire, car, « si les gens mangent à leur faim, la moitié du problème est résolu alors qu’avec les cultures de rente, même en ayant l’argent, il peut arriver que le nombre d’acheteurs soit supérieur au nombre de vendeurs, comme dans mon village à Gombousgou, où le poulet coûte plus cher qu’à Ouaga », les jeunes ayant abandonné l’élevage pour investir les sites aurifères.

Le chef de file de l’opposition a insisté dessus : une autre politique ne peut voir le jour que « si nous réussissons l’alternance, et au-delà de nos différences, les 32 partis politiques officiellement regroupés au sein de l’opposition s’accordent pour dire qu’en 2015, se joue la contradiction principale de la vie du pays et qu’il faut réussir à éviter que l’article 37 soit modifié ». Il a répété la réponse qu’il sert à ceux qui estiment que la révision n’est pas anticonstitutionnelle : « Je n’entre pas dans des débats juridiques parce que pour nous, c’est une question d’opportunité politique ». L’opposition n’a-t-elle pas peur d’être battue dans les urnes en cas de référendum ? « Non, on n’a pas peur et nous savons que dans une campagne libre, on va gagner », se convainc Diabré, mais s’empresse t-il d’ajouter, « il est clair que si nous laissons faire le référendum, ils vont annoncer un résultat qui n’est pas bon et ce sera trop tard de sortir après protester dans les rues ».

A supposer que le combat contre la révision de l’article 37 réussisse, ce qui est loin d’être gagné, quelle sera la stratégie de l’opposition pour la présidentielle de 2015 ? Va-t-elle présenter un, plusieurs ou un nombre limité de candidats au premier tour ? La question est en débat, mais le président de l’UPC est favorable à des candidatures limitées au premier tour.

Avant de terminer son intervention, il a lancé un appel aux Burkinabè vivant en France : « Faites du bruit ici pour qu’on entende que la cause qui réunit les Burkinabè au pays a des échos ici. Il est bon qu’on vous entende et que ça fasse un buzz ici ». Il a ensuite répondu aux questions de l’assistance dont une portait sur la crédibilité de certains membres de l’opposition, à commencer par lui, puisqu’il a été élu député et a été ministre du président Blaise Compaoré.

Réponse de Zéphirin Diabré : « C’est une question qu’on me posait au début de la création de l’UPC. On disait même que j’étais un espion du président Compaoré. Mais j’ai quitté le système de moi-même en 1998 pour aller faire la recherche en économie à Harvard. Et à mon retour, je suis certain que si j’y étais retourné, je n’allais pas chômer une semaine. Mais j’ai pris le chemin difficile et c’est un sacerdoce parce que, être opposant en Afrique, c’est un sacerdoce. Je suis parti du système il y a 16 ans, et même si j’avais été irradié, c’est un temps assez suffisant pour être décontaminé ».

Joachim Vokouma
Lefaso.net (France)

Bureau de la section France de l’UPC

Président : M. Edouard SANOU, Ingénieur en informatique et chef d’entreprise
Secrétaire Général : M. Jean-Pierre YARA, Médecin radiologue,
Trésorier : M. Germain SANON, Directeur Financier – Chef d’entreprise
Secrétaire à l’information et à la mobilisation : Maître Clarisse OUEDRAOGO, Avocate
Secrétaire relations politiques et à la formation : M. Etienne NABI, Enseignant à la retraite
Secrétaire aux affaires administratives et juridiques : D. Edith BAMOGO, Médecin

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