Me Bénéwendé Stanislas Sankara : « Pour sauver la démocratie, l’UNIR/PS pourrait rentrer dans un gouvernement d’union nationale »

samedi 13 septembre 2014 à 10h54min

Connu pour son éloquence intellectuelle et politique, l’homme est le défenseur infatigable de l’« idéal » sankariste. Avocat de profession, Maître Bénéwendé Stanislas Sankara, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est aussi ce leader politique qui marque la différence physique, incontestablement, par sa barbe (disons, sa marque déposée !). Sur les questions politiques qui fâchent, le président de l’UNIR/PS ne va pas du dos de la cuillère pour dire ses vérités à ses adversaires. C’est un président de parti accueillant, communicatif et plein de punch que nous avons rencontré en fin de matinée du jeudi 11 septembre 2014 au siège de son parti, sis aux 1200 logements. Dans cet échange à bâtons rompus, l’ancien président du CFOP-BF jette un regard sur la vie interne de son parti, l’actualité politique nationale dominée par les boulets rouges sur l’article 37 et donne des détails sur l’union annoncée des partis sankaristes. Entretien !

Me Bénéwendé Stanislas Sankara : « Pour sauver la démocratie, l’UNIR/PS pourrait rentrer dans un gouvernement d’union nationale »

Lefaso.net : M. le président, on ne peut s’empêcher de demander comment va votre parti, UNIR/PS, après la vague de démissions de certains de ses cadres ?

Bénéwendé Stanislas Sankara (B.S.S) : (Rires). Quand on parle de vagues, elles s’estompent toujours ! Et la mer, reste la mer. L’océan de l’UNIR/PS est serein, calme et vous voyez bien que les navires voguent paisiblement ! Je pense bien qu’après le congrès du parti, ç’a été pour nous une formidable occasion de nous faire, nous-mêmes, une introspection (un parti qui évolue doit avoir un temps d’arrêt). Et comme nous l’avons d’ailleurs annoncé dans un communiqué de presse, l’UNIR/PS s’attèle, avec d’autres formations politiques, à aller à un autre congrès (en moins d’un an), un Congrès d’Union. C’est pour dire qu’à quelque chose, malheur est bon !

Lefaso.net : Voulez-vous dire que c’est ce mouvement qui a enclenché …

B.S.S : Ah, non, non ! Ce n’est pas ce que je dis. Je dis : à quelque chose, malheur est bon.

Lefaso.net : Oui, M. le président, on ne comprend pas ; qu’est-ce que vous voulez dire par-là… ?

B.S.S : Je dis simplement que nous continuons, de façon sereine, notre bonhomme de chemin. Je pense que ce qui vous intéresse, ce qui intéresse l’opinion, ce sont les résultats. (Rires).

Lefaso.net : Le dernier Congrès de votre parti (décembre 2013) vous a renouvelé sa confiance pour présider la destinée du parti ; quelles sont les grandes missions que cette instance suprême vous a assignées et quel état pouvez-vous en faire aujourd’hui ?

B.S.S : C’est vrai que quand on est dans un parti comme l’UNIR/PS, les responsables, que nous sommes travaillons sur la base des orientations qui sont dégagées dans les différentes instances. Le congrès du parti avait effectivement pris un certain nombre de résolutions dont, entre autres, œuvrer dans une dynamique unitaire. Tout à l’heure, je vous annonçais que le CNR/MS (Conseil national pour la Renaissance/Mouvement Sankariste), le FFS (Front des forces sociales) et l’UNIR/PS vont se retrouver dans un congrès, le 11 octobre (2014) à la Maison du Peuple, Inch’ Allah, pour réaliser cette union structurelle. C’est, si vous voulez, une aspiration fondamentale des sankaristes de tous les jours, de voir les partis politiques qui sont sur la scène (scène politique, ndlr) et qui se disent sankaristes, de pouvoir créer un Front commun. Je pense que, en moins d’une année, en tout cas, c’est quelque chose qui semble être une réalité.

L’autre Résolution qui a été prise au congrès, c’est de restructurer le parti. Donc, la première directive d’ailleurs que nous avons eu à prendre, consistait à renouveler nos structures ; aussi bien les structures spécifiques que les structures géographiques. Nous avons fait le point, et aujourd’hui, je suis fier de vous annoncer que nous avons convoqué pour le 20 septembre 2014, le plenum du bureau politique national. Ce sera l’occasion, justement, de rendre compte au bureau politique national, faire le point, le bilan des missions qui nous ont été confiées et, bien sûr, de se donner encore d’autres tâches, parce que le président du parti travaille au quotidien avec le Secrétariat exécutif national.

Lefaso.net : Sur la question de l’union annoncée, on constate qu’il y a « seulement » trois partis politiques qui ont entamé cette dynamique ; pourtant il y en a bien plus… Pourquoi pas les autres … ?

B.S.S : …3 partis, sur combien ? (rires).

Lefaso.net : Je sais seulement qu’il y en a bien plus ! Comment se sont passés les contacts et les concertations, et où sont les autres ?

B.S.S : Je ne sais pas (rires). Mais, je peux vous expliquer ce qui se passe entre les trois partis politiques. Maintenant, les autres qui sont sankaristes et qui ne sont pas-là.., peut-être qu’il faut leur poser la question. Sinon vous savez bien que de nos jours, au Burkina Faso, à la faveur du retour de notre pays à l’Etat de droit depuis 1991, n’importe qui peut créer un parti politique et lui donner un nom de baptême ; ça, vous le savez ! (Rires). Et, au Burkina, il n’est même pas ahurissant de voir un parti, qui se dit Sankariste, soutenir M. Blaise Compaoré ! Des exemples sont-là. Aujourd’hui, vous avez des partis politiques qui se disent sankaristes et qui sont au Front républicain ; donc, allez-y comprendre. Je donne ces exemples-là pour dire : qui se ressemble, s’assemble.

La question de l’unité des sanakristes est une question, j’allais dire, trop, trop importante, pour qu’on ne la réalise pas sans principe, parce que pour nous, l’unité ne se décrète pas ; l’unité se conçoit, se construit sur des bases solides. Nous sommes parvenus aujourd’hui, avec les trois partis politiques (suscités), à la suite d’une assemblée générale de leur organe délibérant, à proposer un congrès de fusion. Mais, si vous regardez l’histoire seulement de l’UNIR/PS ; il faut se rappeler que ce parti est, en réalité, lui-même, le produit d’autres fusions. Donc, c’est vraiment dans une dynamique de confiance réciproque, de franche camaraderie, de construire un parti qui transcende les hommes que nous sommes. Notre ambition, c’est de pouvoir laisser un parti sankariste à la postérité, surtout aux plus jeunes qui n’ont peut-être pas connus le Président Sankara (Thomas Sankara, ndlr) mais qui, aujourd’hui, se retrouvent dans son idéal.

Si les trois partis sont prêts aujourd’hui, nous pensons que d’autres certainement nous rejoindront quand ils seront prêts ; les portes ne sont jamais fermées. Dans notre communiqué de presse, nous avons mis l’accent sur l’appel, surtout à l’ensemble des forces progressistes. Nous sommes dans un contexte où effectivement, l’ensemble des forces progressistes doive se faire un point de convergence, d’encrage pour mener la lutte. Et les sankaristes doivent jouer vraiment un rôle d’avant-gardistes.

Lefaso.net : …. donc, un parti sankariste ne doit pas accompagner le pouvoir ?

B.S.S : Jamais … ça, c’est la conviction de Bénéwendé Sankara. Un parti sankariste, accompagner M. Blaise Compaoré dans son aventure politique ; je n’ai jamais rêvé à ça. C’est, d’ailleurs une des raisons qui ont amené la naissance de UNIR/MS (Union pour la Renaissance/Mouvement sankariste, qui a fusionné aujourd’hui pour donner UNIR/PS), en son temps.

N’oublions pas que nous avons tous été le produit de la CPS (Convention panafricaine sankariste, ndlr) et quand des leaders politiques avaient décidé de soutenir, dans un gouvernement dit protocolaire, le régime en face, nous, nous avons été contre. Et jusqu’aujourd’hui, nous sommes sur le registre qui consiste à dire qu’on ne peut pas véritablement composer, soutenir l’action gouvernementale de M. Blaise Compaoré.

Par contre, et je le précise avec force, nous sommes dans un espace démocratique où il y a des institutions que nous avons travaillé à créer, dont le chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF). La seule condition, c’est quand il s’agira d’un gouvernement d’union nationale ; parce que là, il s’agit d’une crise et il faut trouver une formule pour sauver la démocratie. C’est la seule façon. Sinon, nous sommes aux antipodes de cette démocratie de façade qui a commencé à voir le jour avec le Front populaire, qui se poursuit aujourd’hui avec le CDP (Congrès pour la démocratie et le Progrès, ndlr) en passant par l’ODP/MT (Organisation pour la démocratie populaire/Mouvement du travail, ndlr) qui se mue en Front républicain où vous avez, bien sûr, les ennemis d’hier qui se retrouvent autour d’une coterie pour défendre purement et simplement leurs propres intérêts. L’UNIR/PS ne peut pas se mêler à cette salade là.

Lefaso.net : Vous parlez de « démocratie de façade », à quoi faites-vous référence exactement ?

B.S.S : Tout à fait. Une démocratie de façade, c’est comme un tombeau blanchi. On présente notre démocratie comme étant une démocratie, la meilleure, où nous participons à aider d’autres pays qui ont des conflits mais en réalité nous y partons comme des sapeurs-pompiers ! A l’interne, nous avons une Assemblée nationale qui est contrôlée ‘’aux trois quarts (3 /4)’’ par le seul parti, ce n’est pas une démocratie. On appelle ça, parti-Etat. L’expression, en fait, de la démocratie, c’est la souveraineté du peuple ; ce n’est pas le mécanisme électoral en soi. La démocratie est une dynamique. La politique également s’inscrit dans ce dynamisme et, Dieu merci, de plus en plus, on sent un affaiblissement, sinon, une implosion du CDP, en faveur de la démocratie parce que de plus en plus, ils sont plus nombreux, ceux qui veulent le changement. C’est ce combat que nous menons à l’UNIR/PS, c’est-à-dire participer aux débats d’idées en donnant les moyens aux peuples, aux citoyens à pouvoir résister. C’est cela le rôle constitutionnel d’un parti politique et c’est ce que nous faisons à l’UNIR/PS.

Lefaso.net : A l’issue des élections de décembre 2012, votre parti a observé un recul…

B.S.S : Non, pas du tout, on avait 4 élus et on a gardé le même nombre. En termes de suffrages, on en a eu plus. Mais, seulement, on n’est plus chef de file de l’opposition politique. Les gens voient beaucoup plus les forces qui ont émergé…, comme l’UPC (Union pour le Progrès et le changement, ndlr) qui venait d’arriver sur la scène politique et qui s’est retrouvée tout de suite avec 19 députés pendant que nous qui sommes-là, nous sommes restés avec 4 députés. Mais pourquoi vous ne parlez pas des partis politiques qui ont disparu ? (Rires).

Lefaso.net : Mais, vous étiez quand même… !

B.S.S : (Rires). C’est pour vous dire que l’UNIR/PS a quand même résisté ! L’UNIR/PS a su résister et continue de résister pour faire son chemin. Sinon que le contexte pouvait nous faire partir aussi-là !

Lefaso.net : Mais, vous pouviez rester chef de file de l’opposition !

B.S.S : L’objectif de l’UNIR/PS, ce n’est pas de rester dans l’opposition. Quand j’ouvrais le siège du chef de file de l’opposition politique au Burkina Faso (CFOP-BF), en octobre 2009, ceux qui étaient-là, et qui ont ouvert le siège avec moi, les autorités de l’époque, je leur ai dit en substance que j’ouvrais le siège du CFOP-BF en fait pour eux, si vous vous rappelez (Rires). Le président de l’Assemblée nationale était Roch Marc Christian Kaboré (actuel président du MPP, affilié au CFOP-BF, ndlr), le Premier ministre était Tertius Zongo, il y avait Simon (Simon Compaoré, 2ème vice-président du MPP ; Mouvement du Peuple pour le Progrès, à l’époque maire de la commune de Ouagadougou, ndlr) qui nous a même fait la route (qui passe devant le CFOP-BF, ndlr) à l’époque. Je leur ai dit à l’époque que je faisais ce travail pour que demain, ils viennent l’occuper parce que nous, nous voulons le pouvoir. Aujourd’hui, ils y sont avec nous. C’est cela qui est formidable dans la démocratie. Nous ne sommes pas des ennemis. Aujourd’hui, nous sommes tous embarqués dans le même bateau et on mène le même combat. C’est cela le dynamisme et c’est ça la vision à l’UNIR/PS. On n’est pas égoïste.

Lefaso.net : Aujourd’hui, quel est le principal combat qui retient l’attention de l’UNIR/PS ?

B.S.S : Blaise Compaoré ne sera pas Président en 2015. Niet !

Lefaso.net : Pourtant, il se dit que les textes sont juridiquement révisables et si tel est le cas, il pourrait être réélu !

B.S.S : Tout à fait. Il y a les textes mais il y a le peuple. C’est clair que selon les mêmes textes (la Constitution, puisque c’est de cela vous parlez), quand le peuple est opprimé, il a le devoir et le droit de résister. Sous tous les cieux, c’est comme cela. Quand vous opprimez un peuple, ce qui reste, c’est de résister.

Lefaso.net : Mais, et ceux qui manifestent aussi leur volonté de voir le Président rebelotter ; ils font aussi partie du peuple, non ?

B.S.S : Oui, c’est leur droit. Puisqu’il y a des hommes et des femmes dans ce pays qui pensent que si Blaise Compaoré meurt, eux, ils vont mourir avec lui. Si ! Et il y en a qui pensent qu’à défaut de Blaise Compaoré, ce sera sa fille Djamila qui pourra diriger ce pays….

Lefaso.net : Le référendum ne s’impose-t-il pas, dans ce cas ?

B.S.S : Pourquoi le referendum ?

Lefaso.net : Puisqu’il devient la voie légale pour vous départager !

B.S.S : Pas seulement la voie légale. La voie légale que nous connaissons et qui est consignée dans la Constitution ; c’est que cette constitution, à l’origine même a limité le nombre des mandats. Sinon Blaise Compaoré lui-même est arrivé par un coup d’Etat, il faut souvent le lui rappeler. Il n’a pas fait des élections pour arriver au pouvoir. Il n’est pas venu le 15 octobre (1987) avec un bulletin. Est-ce qu’on a fait un référendum pour tuer le Président Sankara ? Pas du tout.

Lefaso.net : Mais, d’aucuns diront que le pouvoir a été remis en jeu plusieurs fois à travers des élections !

B.S.S : C’est pour cela que je rappelle qu’en 1991, le peuple avait déjà, dans un référendum, choisi la limitation des mandats. Le peuple avait déjà choisi. Donc, on ne peut pas aujourd’hui, si c’est le même peuple, par quelques arguties que ce soit, vouloir abuser du peuple. Blaise Compaoré croit, comme il l’a dit à Washington, qu’il est l’homme le plus fort du Burkina Faso ; donc l’homme le plus virile du Burkina Faso pour entuber tous les Burkinabè. Mais, le peuple reste le plus fort, c’est ce qu’il oublie.

Lefaso.net : Vous venez justement d’effleurer la question, quel commentaire sur cette déclaration du Président à Washington ?

B.S.S : L’Afrique n’a pas besoin de tyrans…, c’est cela la nuance.

Lefaso.net : Il parle d’« hommes forts »…

B.S.S : L’Afrique a besoin de grands hommes. Un homme fort, c’est celui-là qui a l’humilité, qui a la sagesse, un homme fort, c’est celui-là qui suit ce que son peuple veut, c’est celui-là qui fait le bonheur et la fierté de son peuple ; ce sont eux des hommes forts, parce qu’ils sont grands.

Nous allons remettre en cause ce que M. Blaise Compaoré a construit de mauvais, de satanique et de machiavélique. Aujourd’hui, c’est le gouvernement même qui crie à l’incivisme. Le Burkinabè, tel que le Président Sankara l’a rêvé, en 1983, quand on disait, je suis Burkinabè, je peux taper ma poitrine pour dire : je meurs pour le Burkina Faso. C’est quoi on mettait au-devant ? C’est notre intégrité, l’amour du travail, l’amour entre les hommes. C’est cela qui faisait l’espèce burkinabè, la caractéristique des Burkinabè. Ç’a disparu. En 27 ans, le Président Compaoré a créé un autre prototype de Burkinabè. Ce ne sont pas les échangeurs, le goudron, les immeubles, les infrastructures…qu’on va détruire ; ce n’est pas ça. C’est ce qu’il a semé, qui oppose des Burkinabè, capable d’opposer des membres d’une même famille, capable d’opposer les uns et les autres, de nous conduire à une jeunesse qui ne connaît que la mendicité ; c’est cela qu’il faut détruire. Et créer un homme capable de dire : j’ai des ressources, et que ce que je fais, c’est pour ce pays et pour l’avenir de ce pays. Un pays, ça se construit. Mais, pas sur du sable, il faut des fondements solides, parce que c’est pour des générations.

Lefaso.net : L’opposition a mobilisé le 23 août dernier pour, une fois de plus, exprimer son refus au référendum et à la modification de l’article 37. Si les positions restent figées, ne craignez-vous pas que le Burkina bascule dans l’affrontement et qu’on tienne l’ensemble de la classe politique nationale pour responsable ?

B.S.S : (Long silence). De toutes les façons, la classe politique est dans son rôle. Son rôle démocratique, c’est l’expression. Et cette expression à travers les marches-meetings, c’est une forme d’interpeller le chef de l’Etat qui, d’un point de vue constitutionnel, est le garant de la cohésion, de l’unité nationale. Eviter, justement, l’affrontement partisan. Je me dis qu’il a fait visionner l’ensemble de nos activités (parce qu’à chaque fois qu’il y a des activités on voit des trucs bizarres qui planent sur les foules). Pour si peu, Maurice Yaméogo (premier Président du Burkina, renversé à la faveur d’un soulèvement populaire, le 3 janvier 1966, ndlr) a donné le pouvoir. Pour si peu. Mais, peut-être, il ne faut pas rêver, les gens ne sont pas les mêmes. La boulimie du pouvoir habite certaines personnes, je n’en sais rien. Mais, si c’est vraiment l’expression du peuple, qui se mobilise, sereinement, sans casser, sans détruire, pour dire vraiment on ne veut pas ; ça doit le faire réfléchir. Je crois que c’est surtout cela la démocratie. Mais, Blaise dit que dans aucun pays du monde, on a vu des marches-meetings faire infléchir un gouvernement. Mais, quand on a des idées comme cela, je ne sais pas qu’est-ce qu’il a derrière la tête. Je ne sais pas. Est-ce qu’il n’est pas un antidémocrate tout craché…, je n’en sais rien. Mais, moi, je suis de l’école où on nous a appris que la liberté se conquiert. A l’UNIR/PS, c’est comme cela nous voyons les choses.

Lefaso.net : Le ton du côté de la jeunesse semble être de plus en plus belliqueux avec en sus, des actes d’agressions soulevés de part et d’autres des associations favorables à un ou à l’autre camp. Quel commentaire faites-vous de cette situation et comment faire pour éviter une situation encore plus délétère ?

B.S.S : Oui, mais tout à l’heure, j’en parlais. Quand on parle d’incivisme, c’est quoi ? C’est ce danger qui nous guette. Les gourous qui sont cachés derrière ces associations, ces mouvements, qui sont souvent les vrais manipulateurs et qui mettent en laboratoire, j’allais dire, cette kyrielle… Et puis, à chaque fois qu’il y a des élections majeures…ça pousse comme des champignons. Ce sont des bras, des tentacules qui ont des connexions avec des politiques. Mais, quand déjà ça commence, à ce niveau-là, à s’affronter, c’est sûr et certain que ça peut avoir un relais triste. C’est pourquoi, à l’UNIR/PS, chaque fois, nous disons que nous, nous sommes un parti révolutionnaire, nous sommes attachés à des valeurs et à des principes ; il faut les cultiver au profit de la démocratie. Evitons la manipulation, l’instrumentalisation, le clientélisme. Allons-y, les idées contre les idées. Notre pays a besoin de cela pour faire sa paix, construire sa démocratie et aller de l’avant. On n’a pas besoin d’instrumentaliser la jeunesse. Mais, bien sûr que le terrain est favorable ; vous avez des gens désœuvrés, affamés, qui n’ont pas d’emplois et qui, aujourd’hui, trouvent une aubaine en devenant des groupuscules… Mais, ils se nourrissent de quoi ? C’est ça qui me fait peur. Dans les autres pays aussi, on a vu souvent ces dérapages (en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire aussi…). C’est dangereux. Evitons à notre pays, ces affres.

Lefaso.net : Actuellement, il y a une sorte de course vers les personnes religieuses et coutumières ; n’y-a-t-il pas risque de tomber dans ce que les uns et les autres voulaient éviter, à savoir la politisation de ces personnes ressources ?

B.S.S : Je ne pense pas que ces visites entraînent la politisation de nos autorités, forces morales et coutumières ; ce n’est pas ça. Si vous prenez le cas de la chefferie coutumière, l’opposition a toujours dénoncé l’implication de nos chefs coutumiers dans la politique, parce que, du coup, ces chefs-là deviennent partisans. On le constate maintenant. Vous en avez au MPP, à l’UNIR/PS, au CDP, etc., alors que dans nos coutumes, le chef est neutre. Chez les Mossis, on dit même qu’il est une « poubelle ». S’il ne joue plus ce rôle, il n’est plus chef. Les visites qui ont été entreprises, d’une part par l’opposition à travers le CFOP-BF et d’autre part par le Front républicain, répondaient à une préoccupation de l’heure.

De ce que je sais, pour l’opposition politique, c’est suite à la déclaration de Blaise Compaoré aux Etats-Unis, quand il a osé déclarer qu’on peut aller à un référendum. L’opposition s’est, en tout cas, donné pour mission, après sa marche-meeting gigantesque, d’aller vers ces forces morales pour attirer leur attention. Ce sont des forces qui sont écoutées. Et leur dire qu’il y a un danger qui plane sur le Burkina Faso, si jamais… Je pense que leur rôle, en tant que forces neutres, c’est effectivement, d’aller voir le chef de l’Etat, pour attirer son attention. J’ai suivi dans la presse que le Front républicain, en les rencontrant, montre sa disposition à un dialogue. Même si, paradoxalement, son appel de Gaoua dit : dialogue oui mais, pas de négociations. Une chose et son contraire ; ce que l’UNIR/PS condamne. On ne peut pas faire un dialogue constructif, s’il n’y a pas de compromis utile. Pour parler de compromis, il faut négocier. N’est-ce pas absurde aujourd’hui de voir que ce sont les mêmes, notamment ceux du CDP-là, qu’on a vu au siège de l’UPC, et pendant ce temps leurs députés sont en train de poser sur le bureau de l’Assemblée nationale, une proposition pour demander au Président Compaoré de convoquer un référendum ; vous ne voyez pas que c’est ridicule !

Lefaso.net : Quel est votre commentaire sur cette proposition en gestation ?

B.S.S : Pour moi, c’est une foutaise. C’est vraiment une foutaise. C’est anachronique, c’est contradictoire et, à la limite, on se moque éperdument du peuple burkinabè.

Lefaso.net : Et quelle est la conduite à tenir à votre niveau ?

B.S.S : A l’UNIR/PS, nous avons déjà réglé cette question à notre dernier congrès, en disant : de quelque manière que ce soit, si le pouvoir de Blaise Compaoré veut toucher à l’article 37, le modifier pour se maintenir au pouvoir, nous appellerons à la désobéissance civile. C’est notre position ; elle est cartésienne, non négociable.

Lefaso.net : Le 15 octobre, c’est dans environ un mois. Cette année, et surtout avec « l’échec » de l’exhumation du corps de Président Thomas Sankara, peut-on s’attendre à une particularité dans la commémoration ?

B.S.S : Vous serez certainement situés dans les prochains jours, parce que nous avons déjà introduit, au niveau des autorités communales, et comme on le fait chaque année, une demande à désherber et à mettre en place, le processus de la commémoration. Et comme je le disais, le 20 septembre prochain, l’UNIR/PS va tenir son BPN (Bureau politique national, ndlr), c’est sûr et certain que les autres partis sankaristes aussi ont inscrit cette question dans leur agenda et ce qui est sûr, dans les prochains jours, nous vous donnerons certainement un chronogramme.

Lefaso.net : A quand l’annonce de votre candidature pour la présidentielle de 2015, quand on sait que certains partis politiques de l’opposition l’ont déjà fait ?

B.S.S : (Long silence). Franchement, je ne peux pas vous répondre parce que, dans les instances de mon parti, nous n’en avons pas encore parlé. Nous avons vraiment, depuis le congrès, de très grandes préoccupations, qui ont été déclinées tout à l’heure. Nous partons aussi en union avec d’autres formations politiques et je crois que ces questions pourraient être reversées au prochain congrès.

Lefsao.net : Donc pour le moment ce n’est pas à l’ordre du jour ?

B.S.S : Pour le moment, on n’en a pas débattu. Par contre, vous connaissez déjà la position de l’UNIR/PS sur les autres dossiers qui sont des dossiers qui, j’allais dire, conditionnent même l’élection de 2015. Si on se met à faire un référendum pour modifier l’article 37, pensez-vous qu’il y aura élection en 2015 ? Vous avez même vu que Blaise Compaoré, par le truchement de l’ancien Président Jean-Baptiste Ouédraogo, demandait un ‘’lenga’’ (un bonus, en langue nationale). Nous, nous avons dit qu’il n’y a pas de ‘’lenga’’ ; ce ne sont pas des galettes, le pouvoir. Ce n’est pas du ‘’tchapalo’’ (boisson locale faite à base de céréales, mil surtout, ndlr). (Rires)

Lefaso.net : Vous refusez la modification de l’article 37 et le ‘’lenga’’ ?

B.S.S : Tout à fait ! Car, il y a des points non négociables. C’est cela aussi. De mon point de vue, l’opposition n’est pas demanderesse du dialogue, non. Si c’est par rapport à l’article 37, l’opposition politique n’est pas demanderesse de ce dialogue. C’est le pouvoir qui doit être, en réalité, demandeur. En ce moment, c’est au pouvoir de dire : voilà mes prétentions, j’offre ci, en compensation de ça et on apprécie. Mais, on ne peut pas faire la ronde pour dire : ce sont des visites de courtoisie, sinon nous, nous sommes le plus fort… Si vous êtes le plus fort, vous continuez !

Lefaso.net : Vous avez la parole pour conclure, notamment en termes de messages à vos militants et sympathisants

B.S.S : A mes militants et sympathisants, c’est de leur dire de garder espoir ; la lutte continue. Nous n’allons jamais baisser les bras. C’est un sacerdoce, c’est un engagement. Vous voyez souvent, sur certains de nos tee-shirts nous écrivons : J’y crois, je m’y engage ! On s’engage parce qu’on croit à quelque chose. Nous croyons fermement que l’idéal du Président Thomas Sankara, nous ne devrons pas le laisser tomber. C’est à nous de savoir capitaliser cela avec l’engagement au quotidien de tous nos militants et de tous nos sympathisants. Que le ciel fasse qu’ils aient vraiment la santé de fer et le courage pour poursuivre ce combat !

Entretien réalisé par :
Oumar L. OUEDRAOGO
Lefaso.net

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