Lutte contre le VIH/SIDA : les personnes handicapées en croisade contre la pandémie

mardi 26 août 2014 à 01h11min

Venus de toutes les localités du pays, les pairs éducateurs de la Fédération burkinabè des associations pour la promotion des personnes handicapées (FE.B.A.H) se sont retrouvés, du 20 au 22 août à Koudougou, chef-lieu de la région du Centre-Ouest pour une session de formation sur le VIH/SIDA. L’objectif poursuivi est, selon les organisateurs, d’outiller ces séminaristes afin qu’ils soient des vecteurs de transmission des connaissances sur cette épidémie auprès de leurs pairs.

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Lutte contre le VIH/SIDA : les personnes handicapées en croisade contre la pandémie

C’est par une évaluation « pré test » qu’a démarré la formation qui a réuni tous les personnes handicapées dans la salle de conférence du centre Abbé Pierre de Koudougou. Puis, une série de communications sur plusieurs modules. Généralités sur le VIH/SIDA, les voies de transmission et les moyens de prévention, les IST et leurs conséquences, les techniques de communication sont les modules majeurs qui ont été dispensés aux participants par des spécialistes. En groupes ou individuellement, les séminaristes ont été soumis à des exercices théoriques et pratiques. Tout cela a été assorti d’un « post test », c’est-à-dire une évaluation des participants à la fin de la session. « Cette formation des animateurs provinciaux entre dans le cadre de la consolidation de nos structures membres. Elle vise à améliorer et à intensifier la protection contre le VIH (virus de l’immunodéficience humaine, ndlr) et les IST (infection sexuellement transmissible, ndlr) au niveau de la population en situation de handicap », a indiqué Isabelle Yaméogo, la directrice exécutive de la FE.B.A.H. Pour elle, la tenue de cette activité se justifie par le fait que cela fait des années qu’on parle du VIH mais il reste, jusqu’à ce jour, une maladie pandémique. « Même si la pandémie se stabilise, on a remarqué qu’il y avait des populations vulnérables, et les personnes handicapées font partie de cette population vulnérable parce que l’information a du mal à passer dans ce milieu-là ; les outils n’étant pas souvent adaptés. C’est cela qui fait que nous avons pensé que ce public a besoin que la sensibilisation soit renforcée et surtout la sensibilisation par les pairs », a-t-elle expliqué. A en croire la directrice exécutive, il s’agit de les outiller sur la maîtrise et les techniques pour faire passer convenablement les connaissances sur le sujet. A l’issue de la session, les participants sont dotés de compétences et de connaissances sur l’évolution de la maladie, les nouvelles découvertes. « Avec le VIH, il y a toujours des informations d’actualité et en tant que formateurs, ils doivent être dotés de ces évolutions pour répondre aux différentes questions de leur groupe cible », a souligné Mme Yaméogo.

« Nous sommes tous de potentiels handicapés … »

Pour Abdoulaye Traoré de la direction régionale de l’action sociale du Centre-ouest, une telle activité est à saluer et les personnes handicapées ont eu la meilleure formule car, a-t-il relevé, il faut la concertation, un débat d’échanges et de communication entre les acteurs. « C’est une très bonne rencontre parce que non seulement les participants sont venus d’horizons divers mais également avec des handicaps variés. Qui veut progresser doit toujours communiquer. La formation dont ils viennent de bénéficier est d’abord pour leur propre épanouissement et ils serviront, à leur tour, de relais dans leur communauté et localité de base. Cela fait partie de leurs droits que de les réunir, les former et leur montrer les voies pour leur épanouissement. Nous sommes tous de potentiels handicapés, il faut donc aider ceux qui sont actuellement dans une situation d’handicap », a-t-il dit.

Pend-Wendé Nabaloum, le chef de l’antenne régionale du SP/CNLS-IST (Secrétariat Permanent du Conseil national de lutte contre le SIDA et les IST, ndlr) du Centre-ouest a situé l’importance d’une telle initiative dans la politique générale actuelle de son organisation. « Actuellement, nous concentrons l’action sur les groupes spécifiques (orpailleurs, les travailleuses de sexe, etc.) et les groupes vulnérables (les femmes, les personnes handicapées etc.). Les personnes handicapées sont des personnes comme tout le monde mais qui risquent d’être oubliées du fait de leur handicap, si on ne fait pas attention », a justifié M. Nabaloum dont l’organisation soutient l’activité. A l’en croire, c’est au niveau de ces groupes que des rebonds peuvent apparaître si des mesures ne sont pas prises. D’où, conclut-il, la nécessité de mettre l’accent sur ces groupes pour espérer pouvoir contenir la propagation et réduire le taux d’infection pour, à un certain moment, pouvoir l’éradiquer. Tout en lançant l’appel à l’implication de tous les leaders communautaires dans la lutte, le directeur régional du SP/CNLS-IST invite les jeunes en particulier à avoir des comportements favorables à leur santé.

Oumar L. OUEDRAOGO

Lefaso.net

Encadré :

Isabelle Yaméogo, directrice exécutive de la FE.B.A.H :

La FE.B.A.H est une structure faîtière qui regroupe 1250 associations reparties à travers le Burkina. Au niveau de notre Fédération, nous avons classé les types d’handicap. On parle donc de « handicap moteur » qui est l’incapacité physique, des membres inférieurs, supérieurs mais la personne voit, entend et raisonne. On a aussi le « handicap visuel » qui est ce que les gens appellent vulgairement aveugles, malvoyants ; ce sont des personnes handicapées visuelles. L’autre groupe, c’est le « handicap auditif » (les sourds, les malentendants). Nous avons le « handicap mental » qui est tout ce qui est lié au système nerveux central (en tout cas, on n’arrive pas à spécifier quelle est l’origine, ça peut être génétique, après une maladie, etc.). Dans cette dernière catégorie, ces personnes peuvent parfois cacher plusieurs handicaps à la fois, c’est vraiment le type de handicap assez lourd. Ce sont des gens qui ne sont pas directement représentés comme ça dans la Fédération mais plutôt à travers leurs parents, les gens qui les défendent. Il y a, enfin, le groupe de « personnes albinos ». L’albinisme ne supporte pas le soleil, alors qu’on vit dans un pays beaucoup ensoleillé. Le soleil crée des pigments sur leur peau qui noircisse et peut entraîner le cancer de la peau. Leur ennemi, c’est donc le soleil qui fait qu’ils doivent toujours se protéger (habits manches longues, casquette) et ils ont aussi une acuité visuelle réduite du fait de leur état.

Fabéré Sanon, président de l’Association burkinabè pour l’intégration des personnes albinos (ABIPA) :

Cette formation vient à juste titre parce que le VIH est une pandémie qui fait toujours ravage et il appartient aux organisations comme la nôtre de sensibiliser et d’informer nos membres sur le sujet. Nous avons eu les outils nécessaires pour passer convenablement le message. Depuis quelques temps, nous avons des activités basées sur la sensibilisation de nos membres et même les parents de nos membres sur la maladie. Mais, comme les choses évoluent, il faut également se mettre au diapason et c’est pourquoi, pour nous, toute formation est une occasion de mise à niveau des connaissances dans la lutte contre cette maladie. Ça renforce notre capacité à animer les causeries, les projections-débats, les théâtres-forums sur le VIH/SIDA.

La structure a été créée en 1999 et reconnue officiellement en 2000. Elle est beaucoup basée sur le phénomène de l’albinisme, la lutte contre les préjugés que vivent les albinos, les problèmes de santé cutané et oculaire des personnes albinos. Vue la fragilité de la peau de la personne albinos, ça constitue une porte d’entrée des IST et du VIH/SIDA. C’est pourquoi tout ce qui est action visant à lutter contre la maladie nous intéresse beaucoup et nous interpelle à nous impliquer davantage pour minimiser les risques d’infection du virus aux personnes albinos qui, je le rappelle, ont une peau très sensible, couverte souvent de plaies.

L’association regroupe environ 500 personnes réparties entre les régions où nous avons rencontré un fort taux d’albinisme. Il s’agit de la région des Cascades, la région des Hauts-Bassins, la région du Centre-est et de la région du Centre qui est une région en quelque sorte cosmopolite.

Victorine Guissou, secrétaire générale de la coordination régionale de la FE.B.A.H du Centre-ouest :

Je suis très satisfaite de la formation parce qu’il y a des choses que j’ignorais. On a souvent l’impression qu’on connaît tout mais en réalité, des détails nous échappent parfois. J’ai beaucoup appris sur les voies de transmission et les modes de protection contre le VIH. A l’issue de la session, je vais me diriger vers les associations pour répercuter ce que j’ai appris sur le sujet. Il y a des personnes vivant avec un handicap qui ne savent pas qu’elles sont exposées au même titre que tous les autres, pourtant c’est un virus qui n’a pas de limite.

Aussi, la session a permis également aux participants de se familiariser, de partager des expériences, s’encourager pour plus d’actions dans leur localité respective. Nous souhaitons que ce genre d’initiatives puisse se multiplier davantage.

Oumar L. OUEDRAOGO

Lefaso.net

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