Député Sosso Adama : L’intersession parlementaire « offre au député, la possibilité de se mettre en liaison avec sa base »

mardi 29 juillet 2014 à 22h34min

Les députés sont en intersession depuis la clôture intervenue le 2 juin dernier, de la première session ordinaire 2014 de l’Assemblée nationale. Une intersession qui court jusqu’au 24 septembre prochain, et au cours de laquelle les élus ne peuvent cesser de se conduire en représentants du peuple. Mais que font-ils ? Nous avons essayé d’en savoir avec le député Sosso Adama, élu sous la bannière de l’UPC (Union pour le progrès et le changement), celui-là même qui a permis au groupe parlementaire ADJ (Alternance, démocratie, justice) d’exister. Outre l’Assemblée nationale, nous avons abordé avec lui, la vie de son parti dont il est le Secrétaire général, ainsi que les derniers développements de l’actualité politique nationale. Lisez !

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Député Sosso Adama : L’intersession parlementaire « offre au député, la possibilité de se mettre en liaison avec sa base »

Lefaso.net : Voudriez-vous bien vous présenter en faisant ressortir surtout votre parcours professionnel et politique ?

Adama Sosso (AS) : Je me nomme Sosso Adama. Je suis député à l’Assemblée nationale, élu sur la liste de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) dont je suis actuellement le Secrétaire général national.

Du point de vue professionnel, je suis hydraulicien de formation, et également spécialiste en science de l’information documentaire. J’ai exercé pendant plus d’une dizaine d’années dans le domaine hydraulique au niveau dedirections régionales et de la direction générale des ressources hydrauliques.

Après une formation de spécialisation, je suis revenu et j’ai exercé en tant qu’ingénieur documentaliste scientifique au niveau de l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Et c’est de là-bas que je suis arrivé à l’AN.

Au plan de la carrière politique, j’ai milité dans des mouvements associatifs au collège, à l’université. C’est d’ailleurs là-bas qu’on apprend à se former politiquement. Après la Révolution, j’ai rejoint l’ODP/MT devenu CDP où mon passage a été un peu éphémère ; parce que j’ai observé une interruption en politique. J’avais donc arrêté de faire la politique. Mais, avec la création de l’UPC, je suis revenu sur la scène politique, et je suis aujourd’hui député et conseiller municipal de mon village.

Pourquoi aviez-vous arrêté de faire la politique ?

Il y avait deux raisons fondamentales. La première raison, était d’ordre religieux ; et la deuxième se rapportait à la manière dont les choses étaient conduites à Dédougou où j’étais en service à la direction régionale de l’hydraulique. Je me suis rendu compte que je m’éloignais de plus en plus de ma foi. Et j’ai jugé nécessaire d’arrêter la politique.

Qu’est-ce qui a milité en faveur de la reprise de vos activités politiques au sein de l’UPC ? Est-ce parce que vous connaissiez bien le président de ce parti ?

Le président de l’UPC, je le connaissais comme tout le monde. Il a été ministre dans ce pays, il a occupé de hautes fonctions au niveau international. Pour quelqu’un qui s’intéresse un peu au développement du pays, on ne pouvait pas ne pas le connaître.

Mais, physiquement, je n’avais pas eu l’occasion de le rencontrer. J’ai connu l’UPC à travers la presse, par l’intermédiaire d’amis qui m’ont apporté les documents du parti. Et quand j’ai regardé également la composition de l’équipe qui a créé le parti, je me suis rendu compte que ce sont des gens qui ont, pour la plupart, beaucoup milité dans le milieu associatif, mais qui n’étaient pas trop trempés dans la chose politique. Je me suis dit que peut-être, il y a une autre façon de faire la politique au sein de ce parti. C’est cela qui m’a encouragé ; et à la date d’aujourd’hui, je ne regrette pas.

Député depuis 2012, comment trouvez-vous le travail parlementaire que vous embrassez pour la première fois depuis le début de la Ve Législature ?

Il est très intéressant à plusieurs points de vue. D’abord, on se fait des relations ; ce qui est important dans la vie d’un homme. Ensuite, en termes de travail parlementaire, le fait d’être en contact avec le gouvernement, permet de savoir mieux comment le pays vit. Pour un intellectuel, c’est fondamental de savoir comment les décisions sont prises et comment la gestion du pays s’organise. De ce point de vue, je trouve que le travail parlementaire est très bien.

En outre, pour quelqu’un qui s’implique dans le travail parlementaire, c’est la plus grande école. Au bout du compte, on se retrouve outillé dans presque tous les domaines.

Vous êtes en intersession depuis le 3 juin dernier. Dites-nous ce que vous faites en tant que député au cours de cette période qui court jusqu’en fin septembre ?

L’intersession a un but principal, c’est qu’il offre au député, la possibilité de se mettre en liaison avec sa base. Secundo, l’intersession permet de préparer la session à venir, en termes d’interpellations du gouvernement. C’est pendant l’intersession qu’on a l’occasion de rencontrer certains acteurs de terrain, certains partenaires, qui soulèvent des préoccupations à même d’inspirer dans le cadre des actions d’interpellation du gouvernement. L’intersession permet donc au député de réunir un certain nombre d’éléments pour pouvoir interpeller le gouvernement ; parce qu’il est important que l’interpellation soit assise sur une réflexion. Il faut que quand le député pose une question, on sente qu’il y a une réflexion derrière. Et c’est l’intersession qui permet d’asseoir cette réflexion.

Ensuite, c’est également au cours de l’intersession que l’on peut consolider les groupes d’amitié. En outre, c’est au cours de l’intersession que nous pouvons assister à des cadres de formation.Et dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale, c’est pendant l’intersession que le député peut avoir le temps pour aller constater les réalisations du gouvernement et chercher à les comprendre, de sorte à pouvoir poser des questions.

Où en êtes-vous à ce jour dans votre élan de proximité avec la base depuis le début de l’intersession ?

Au cours des intersessions précédentes, j’ai eu l’occasion de beaucoup voyager et de beaucoup travailler avec ma base. Mais cette fois-ci, j’ai été très occupé par la préparation de notre congrès. J’étais responsabilisé au niveau de la commission thème qui a requis beaucoup de rencontres.

Franchement, à la date d’aujourd’hui je n’ai pas encore pu descendre sur le terrain. Mais les quelques rares fois où j’ai eu l’occasion de partir, j’ai échangé avec des camardes. Et aujourd’hui déjà, je pense pouvoir interpeller le gouvernement par deux ou trois questionspour poser des préoccupations fondamentales que ma base a relevées.

A quoi ces préoccupations se rapportent-elles ?

Le principal souci, c’est d’abord l’amélioration du travail gouvernemental. En tant que parti politique d’opposition, c’est vrai que nous critiquons, mais nous avons aussi à faire des critiques objectives. Ce qui permet au gouvernement de se corriger.

Et comme notre objectif en tant que parti politique, c’est d’arriver au pouvoir un jour, ce travail de terrain permet également d’éviter les erreurs que ceux qui nous ont précédé auront commises.

On sait aussi que le désenclavement de la province du Sourou, votre base, fait l’objet de préoccupation connue des pouvoirs publics. Vous qui êtes à l’Assemblée nationale, qu’en est-il à ce jour ?

Toutes les fois que j’ai eu l’occasion de m’adresser au gouvernement, je n’ai jamais manqué d’évoquer cette préoccupation. J’ai même rappelé que la liaison Ouahigouya-Bobo en passant par Tougan avait été retenue depuis le temps colonial, comme étant un axe hautement stratégique pour le développement économique de ce pays. Et j’ai précisé à l’attention du Premier ministre la dernière fois, que ce n’est pas intéressant, avec tout ce que les Américains ont investi au Sourou, qu’il n’y ait pas une bonne voie pour accéder au grand Sourou, c’est-à-dire toute la zone San qui est d’ailleurs le grenier du Burkina.

C’est donc dire que la préoccupation majeure que nous avons toujours soulevée à l’Assemblée, c’est le désenclavement de toute cette zone. Dieu merci, le gouvernement nous a compris. A la date d’aujourd’hui, les informations que nous avons, nous font espérer.

L’autre préoccupation du Sourou est d’ordre environnemental. Les populations ne cessent de nous interpeller là-dessus. Mais je pense qu’avec la loi que nous venons d’adopter sur l’interdiction des sachets plastiques, le péril plastique pourra être gérer. Et c’est la désertification qu’il faut encore travailler à juguler.

Que retenir de ces informations dont vous disposez relativement au désenclavement du Sourou ?

Quand le ministre du désenclavement est passé à l’Assemblée nationale, il nous a rassurés que d’ici à 2017, tous les travaux seront soit terminés, ou en chantier. Nous estimons que 2017 n’est pas loin, quand on considère tout le processus qui s’impose en la matière. J’ose croire qu’à cette date, l’enclavement de cette zone sera un vieux souvenir ; mais à la seule condition que les travaux soient bien faits.

Dans le cadre du désenclavement de cette même partie ouest du pays, on sait qu’un bitume est arrivé dans le Sanguié. Vous qui êtes hydraulicien, donc un homme de terrain, mais aussi contrôleur de l’action gouvernementale en votre qualité de député, comment appréciez-vous la qualité de ce travail nouvellement fait ?

Vous savez, à vue d’œil, c’est un peu difficile d’apprécier la qualité de certains travaux, surtout en matière de route. Pour l’appréciation de la qualité des travaux d’une route, il y a beaucoup de facteurs qu’il faut prendre en compte. Et comme je n’ai pas suivi les travaux de bout en bout, c’est difficile pour moi d’apprécier. J’ose quand même croire que les travaux ont été bien exécutés.

L’intersession, c’est aussi l’occasion comme vous l’avez dit, de réunir les éléments pour le contrôle de l’action gouvernementale. Qu’avez-vous fait dans ce sens ?

Au niveau de la Commission des affaires générales, institutionnelles et des droits humains (CAGIDH) dont je suis le premier Secrétaire, on a mis l’accent sur la question du travail des enfants dans les mines. Dans ce sens, nous avons tourné sur un certain nombre de sites dans la zone de Séguénéga, de Kongoussi, pour mieux appréhender la réalité de la question du respect des droits des enfants sur ces sites. Et cela, parce que l’âge de l’enfant ne lui permet pas de travailler dans certaines conditions. Ces enfants doivent plutôt être à l’école que sur des sites miniers. Il y a aussi que leur santé se trouve menacée sur ces sites où beaucoup de produits dangereux sont utilisés.

Notre commission avait pour mission d’aller discuter avec les orpailleurs, les autorités locales à qui nous avons demandé de travailler à réduire autant que possible, la fréquentation des sites par les enfants.

Au regard de ce que nous avons vu, ce serait illusoire de dire qu’il faut travailler à ce qu’il n’y ait aucun enfants sur ces sites ; parce qu’il y a aujourd’hui des sites dans des villages. C’est quand même difficile d’empêcher la présence d’enfants sur de tels sites. Il faut plutôt travailler à améliorer les conditions dans lesquelles ces enfants travaillent. J’ai vu des enfants en train de casser des pierres sans s’être protégés, ni les mains, ni le nez.

Comment, selon vous, peut s’opérer cette amélioration ?

Justement, à l’issue de notre mission, nous avons rencontré les ministères en charge de l’éducation, des mines, des droits humains, qui interviennent dans la protection des enfants. C’est une question quand même complexe, si bien qu’on ne peut pas dire que la solution c’est celle-là. Et au niveau de notre Commission, nous n’avons pas encore fait un rapport ; ce serait donc hasardeux pour moi de dire à ce jour que telle est la solution.

Néanmoins, mon avis sur la question, c’est qu’il faut d’abord travailler à sensibiliser les parents ; parce que la plupart des enfants que nous avons vus sur les sites, sont allés soit pour aider leurs parents, soit ce sont les parents qui les ont rejoints là-bas car ils ont eu un peu d’or. Je pense que les seules personnes à même de dissuader les enfants par rapport à tel ou tel acte, ce sont les parents. Il faut que les parents travaillent à mieux éduquer, à sensibiliser leurs enfants.

Le gouvernement également a une part de responsabilité ; parce que la protection de la vie humaine lui incombe. Il faut que le gouvernement réussisse à faire appliquer les textes qui ont été pris pour la gestion des carrières. Ce qu’il faut franchement regretter, c’est que même les consignes données par le gouvernement relativement à la fermeture des sites d’orpaillage à partir de la fin du mois de juin, ne sont pas respectées. Nous étions sur les sites après cette échéance ; les sites étaient ouverts. Le gouvernement doit donc travailler à faire respecter ses décisions sur la question, en faisant en sorte qu’à partir du 1er juillet, on ne trouve aucun site accessible aux orpailleurs. J’estime que, tant que ces sites seront ouverts, ce sera pratiquement impossible d’empêcher leur fréquentation par les enfants.

L’on convient que le gouvernement doit s’investir. Mais que doivent faire aussi les députés ressortissants de ces localités qui abritent des sites d’orpaillage ?

Cette année seulement, je crois qu’il y a eu trois questions adressées au gouvernement pour l’interpeller sur la question. Et en général, les députés qui posent ces problèmes sont ceux-là qui sont concernés par le phénomène. J’ose croire qu’ils ont tenté de conscientiser les gens, sans succès. Et comme nous sommes dans un semblant d’Etat de droit où il y a la séparation des pouvoirs, il n’est pas du ressort du député de faire appliquer un texte. Le député vote la loi, consent l’impôt et contrôle l’action gouvernementale. Et c’est le gouvernement qui a la charge de faire appliquer les lois que nous votons. Notre rôle, c’est de l’interpeller. De ce point de vue, il n’y a pas de sensibilisation à faire auprès des députés.

Que voulez-vous dire, quand vous parler de « semblant de séparation de pouvoirs » ?

La séparation des pouvoirs, elle est constitutionnelle entre le Législatif, l’Exécutif et le Judiciaire. Cela veut dire que nous, en tant que députés, nous n’avons pas à faire un travail d’exécution ; cela incombe plutôt au gouvernement. Nous n’avons à nous ingérer dans une procédure judiciaire, ou à commenter une décision de justice. De même, le gouvernement ou la justice ne peut pas voter une loi. On peut s’aider, mais chaque pouvoir doit rester dans ses prérogatives.

Y’a-t-il séparation des pouvoirs, ou « semblant de séparation des pouvoirs » ?

Vous êtes d’accord avec moi que pour la démocratie au Burkina Faso, on a encore du chemin à faire. Dire aujourd’hui qu’il y a une véritable séparation des pouvoirs, ce n’est pas honnête. Tout le monde sait qu’il y a des injonctions du pouvoir exécutif sur le pouvoir judiciaire.

Même sur le pouvoir législatif ?

Législatif, je peux dire oui et non. Oui, parce que souvenez-vous, nous avons eu à critiquer une loi l’année dernière ; une loi que nous avons votée et qui de ce fait nous engage tous aujourd’hui. Elle permet au gouvernement d’empiéter sur certaines attributions du parlement. Avec cette loi, le gouvernement a désormais la possibilité, de ratifier certaines conventions par ordonnance. Or, ces ratifications doivent être autorisées par le parlement à travers une loi. On nous a justifié cela par la lenteur ; mais je trouve que ce n’est pas vrai. C’est tout simplement parce que le gouvernement veut avoir une mainmise sur certains dossiers en allant directement ratifier des conventions.

Qu’en est-il du renforcement des capacités opéré généralement au cours de l’intersession au profit des députés ?

Récemment, nous étions en séminaire sur le processus d’élaboration du budget. Nous avons aussi assisté à la conférence des commissions en charge des finances au sein des parlements ouest-africains, qui s’est tenue récemment à Ouagadougou.

Que peut-on savoir sur la suite de votre élan de rapprochement avec la base et de contrôle de l’action gouvernementale durant le reste du temps de l’intersession ?

Je vais bientôt descendre sur le terrain, et rencontrer les militants. Nous avions commencé la structuration du parti au niveau de notre province, et on ne l’avait pas terminée. Je pense pouvoir travailler sur ça avant la reprise.

Maintenant, pour ce qui est du contrôle de l’action gouvernementale, il y a des sites sur lesquels je tiens à aller. Ce sont le site de l’AMVS, celui du MCA où l’année dernière, on avait eu des inondations dues à des difficultés de calage de l’eau. Cette année, je vais aller voir comment ça se présente, pour apprêter un certain nombre de préoccupations à soumettre au gouvernement.

Avez-vous des attentes de votre base ?

Moi je n’attends rien de particulier. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je dois faire pour eux. Après les actes que je vais poser, s’il y a des observations que des gens y portent, cela me permet de me corriger. De prime abord, j’évite toujours de me fixer un objectif populiste.

On sait que la session à venir sera essentiellement consacrée au budget de l’Etat. Est-ce que déjà on peut se faire une idée des éventuelles options d’appréciation de l’UPC ?

Pour l’instant, on ne peut pas savoir. Il faut que le budget nous soit soumis, pour que nous sachions dans quelle direction le gouvernement veut partir. Et là, nous verrons si cela cadre avec les aspirations du peuple.

Dire aujourd’hui que nous allons faire ceci ou cela, ce serait faire de la politique politicienne. Comme je l’ai déjà dit, l’UPC n’est pas là que pour s’opposer. C’est aussi une force de proposition. Nous attendons qu’on nous fasse une proposition, et nous dirons félicitation si c’est bien ; si ce n’est pas bien, nous dirons qu’il faut prendre ceci ou cela en compte. C’est comme cela que nous réagissons. Je souhaite que le budget qui nous sera soumis, me permette de voter ‘’oui’’. De prime abord, on ne peut pas se fixer un objectif de vote comme si on partait avec des arrière-pensées.

Comment appréciez-vous la dynamique de fonctionnement de la présente législature ?

Je pense que ce qui se passe est à saluer. Il y a quand même un effort qui est fait par le président de l’Assemblée nationale pour pouvoir former et équiper les députés ; il faut le reconnaître. Il faut le saluer, il faut l’encourager. Il importe que les députés aussi s’approprient ces opportunités de renforcement des capacités et qu’ils capitalisent les acquis.

Avez-vous des propositions de nature à contribuer à la dynamique de fonctionnement de l’Assemblée nationale ?

Pour le moment, je n’ai pas de critique particulière. Et quand je pense à la rareté des formations au sein de l’administration générale, je crois que ce qui se fait à l’Assemblée est à saluer.

On sait que durant la première année de la 5e législature, vous étiez dans le groupe parlementaire ADJ (Alternance, démocratie, justice), quand bien même vous avez été élu sur la liste UPC qui a son groupe parlementaire. Aviez-vous volontairement choisi de rejoindre l’ADJ, ou cela a-t-il fait suite à une pression interne à l’UPC ?

Il n’y a pas eu de pression. Je peux dire que c’est un choix, parce que j’avais la possibilité de refuser ou d’accepter.

Mais je dis que nous sommes dans une formation politique où règne la discipline. C’est ainsi que la direction de mon parti a souhaité que j’aille compléter le groupe ADJ l’année passée ; ce que j’ai fait sans hésiter.

Au résultat, j’ai beaucoup appris. Comme vous le savez, le groupe ADJ est composé des vieux de la politique. Et être à côté de ces derniers, si on n’est pas paresseux, on apprend toujours.

Face à certaines questions soumises au vote à l’hémicycle, le groupe parlementaire ADJ a parfois fait une option différente de celle de l’UPC. Il en a été ainsi à l’occasion du vote du projet de loi portant budget de l’Etat, gestion 2014, où l’ADJ a voté ‘’contre’’ tandis que l’UPC a opté pour ‘’l’abstention’’. Comment vous sentez-vous en pareilles circonstances ? A l’aise ?

Je me sens beaucoup plus à l’aise que les autres députés. Pourquoi ? Parce que la consigne principale donnée sur la base de l’accord entre les deux groupes parlementaires était que je devais agir en mon âme et conscience. Je n’étais donc pas obligé de suivre tout ce que le groupe ADJ disait de faire.

Au-delà de ça, les textes qui régissent le fonctionnement de l’AN, disent que le député est libre de son choix ; ce qui, à mon avis, est d’ailleurs normal. Ce n’est donc pas parce que votre groupe parlementaire vous dit d’aller dans tel sens que vous devez y aller. Pour la discipline d’un parti, c’est bond’aller dans le sens indiqué. Sinon, le député est libre dans ses prises de position ; quitte à aller s’expliquer devant sa formation politique.

Pour ce qui est de mon cas, quand des positions devaient être dégagées, j’assistais aux réunions des deux groupes parlementaires. Et après, j’étais libre de choisir l’option que je voulais. Vous voyez que c’est une position dans laquelle, tout ce que je faisais, c’était en âme et conscience, sans aucune pression.

Voulez-vous dire que vous n’avez même pas eu à regretter une position entérinée au sein du groupe parlementaire ADJ ?

Non, on ne regrette pas parce que les décisions sont préalablement discutées. Les décisions sont donc prises sur la base d’un consensus. Une fois le consensus acquis, pour un démocrate, il n’y a plus à regretter.

En tout cas, avec toutes les positions qui ont été prises au sein du groupe parlementaire ADJ, je ne vois pas celle que je peux regretter. Chaque fois, je donnais mon avis sur la base d’éléments d’appréciation.

Aujourd’hui que vous avez rejoint votre groupe parlementaire d’origine, qu’en est-il du groupe ADJ qui n’avais pu être constitué que grâce à votre adhésion ?

J’ai été remplacé par le député Tarbagdo Benjamin. Tout cela, c’est le fruit d’une organisation interne de notre parti en accord avec le groupe ADJ. Le groupe ADJ est donc reconstitué et est prêt à fonctionner normalement.

Peut-on savoir pourquoi vous avez réintégré le groupe parlementaire UPC ?

Les raisons de mon retour, ce sont les raisons de mon départ. L’ADJ avait besoin d’un camarade au niveau de l’UPC pour se constituer ; le choix a été porté sur moi, et je l’ai rejoint. Je crois avoir donné le meilleur de moi-même. A un moment donné, mon parti a jugé bon que je revienne à la maison. Et je n’ai pas cherché à savoir pourquoi on m’a dit de revenir, de même que quand je partais, je n’ai pas cherché à savoir pourquoi je devais y aller.

A ce jour, vous êtes le Secrétaire général de l’UPC, donc l’une des hautes personnalités de ce parti. Est-ce que selon vous, le président de ce parti, Zéphirin Diabré, est un bon manager ?

La qualité managériale du président Zéphirin Diabré ne souffre pas de discussion. Il faut d’abord le voir au niveau du CFOP. Aujourd’hui, tout le monde – opposition comme majorité - est d’accord que la gestion au sein du CFOP nous a permis de donner une certaine image à l’opposition. Quand on n’a pas de capacités managériales, on ne peut pas réussir à concilier un groupe comme celui du CFOP où vous avez des gens qui, hier, ne se disaient même pas bonjour. Réussir à rassembler ces gens qui se parlent aujourd’hui en bonne intelligence, dans une très bonne ambiance, c’est la preuve qu’on est un bon manager.

Parlez-nous de la cohésion au sein de l’UPC à ce jour

L’UPC est un parti assis sur une très bonne cohésion. C’est justement cette camaraderie qui m’a beaucoup plu ; et surtout la franchise dans les débats. En tout cas, je suis dans un groupe au sein duquel les gens savent mettre en avant l’esprit et les intérêts du groupe.
Je sais que dans tout groupe, il peut arriver des cas de frustration, de mécontentement pour telle ou telle raison ; cela est humain. Mais pour le moment, nous n’avons pas encore connu de pareils cas au sein de l’UPC. Et si d’aventure cela devait arriver, nous avons mis en place un certain nombre de mécanismes qui permettent de résoudre en interne ces genres de problèmes.

En tant que Secrétaire général, quelles sont vos responsabilités particulières au sein de l’UPC ?

Le Secrétaire général d’un parti est principalement chargé d’assurer la vie quotidienne du parti en gérant les questions se rapportant aux relations publiques et en coordonnant les relations entre les différentes instances dudit parti. Le travail du Secrétaire général au sein de l’UPC n’est pas différent de ce qui se fait ailleurs. Je pense que pour réussir ce travail, il suffit d’être disponible, d’écouter et de respecter les gens. Il me suffit de réunir ces trois qualités pour réussir durant les quatre prochaines années, ma mission de Secrétaire général de l’UPC.

Il y a quelques jours, le Front républicain lançait depuis Gaoua, un appel au dialogue. Cet appel est-il, selon vous, opportun ?

Appeler à la négociation, au dialogue, pour moi, ce n’est jamais mauvais. Parce que, quoi qu’on fasse on finira par s’asseoir et se parler.

Le dialogue est indispensable dans la situation que nous traversons. Mais je dis, il faut que le dialogue soit franc. C’est ce qui est important. L’appel de Gaoua, nous l’avons écouté. Personnellement, cela ne m’a pas beaucoup ému, parce que ce n’est pas ce genre de discours dont on a besoin aujourd’hui au Burkina Faso. On a besoin de gestes et de faits réels. Tout le peuple burkinabè attend l’avis d’une et une seule personne, c’est cette personne qui est notre président à nous tous. Le président Blaise Compaoré n’est pas le président du CDP, ni du Front républicain, mais de tous les burkinabè. Je dis que si aujourd’hui, nous devrions lancer un dialogue qui permette à cet homme de partir la tête haute, voilà qui est souhaitable.

Cet appel de Gaoua, je l’ai écouté, j’attends de voir sous quelle forme ce dialogue nous sera proposé. Je suppose que ceux qui ont lancé l’idée ont également un contenu à mettre là-dedans. Si ce n’est pas le cas, c’est alors un comportement populiste qui ne peut résoudre un problème. Il faut, quand on lance l’idée de dialogue, qu’il y ait matière à discuter ; une matière qui aura été préalablement bien conçue et réfléchie. Je me dis aussi que si c’était le cas, d’autres instances mieux habilitées l’auraient annoncé ; et non un meeting au cours duquel on appelle en même temps à la tenue d’un référendum. Pour moi, si on appelle au référendum, cela veut dire qu’on a pris position. Or, pour aller au dialogue, il faut bien qu’on vide la question des positions partisanes.

Je reste un peu sceptique ; mais je dis que je n’ai pas de raison de ne pas croire en la capacité des Burkinabè de pouvoir transcender un certain nombre de comportements pour nous éviter le pire. La paix, ce n’est pas un mot, c’est un comportement ; le dialogue, ce n’est pas un mot, c’est également un comportement.

Et si vous devriez lancer un message à la classe politique burkinabè ?

On ne peut pas occulter ce fait que le Burkina Faso vit aujourd’hui une situation difficile liée à un référendum que certains appellent de tous leurs vœux.

Et l’appel que j’ai à lancer, c’est que tout le monde travaille à mettre au-dessus de tout, l’intérêt général. Il faut éviter de s’afficher en faiseur de paix tout en se conduisant en marchand de guerre. Quand on veut la paix, il faut véritablement la vouloir.

Mon parti est un parti engagé résolument dans la recherche de solutions aux problèmes que vivent les burkinabè. Aujourd’hui, nous devons tous travailler à ce qu’il y ait des élections en 2015, et pour que le président qui sera élu, puisse être un rassembleur pour le développement de ce pays.

Entretien réalisé par Fulbert Paré

Lefaso.net

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