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Démocratie impossible sans démocrates, sans culture démocratique : négocier un horizon 2015 apaisé au Burkina Faso (2/3)

Accueil > Actualités > Opinions • Point de vue • vendredi 13 juin 2014 à 00h31min
Démocratie impossible sans démocrates, sans culture démocratique : négocier un horizon 2015 apaisé au Burkina Faso (2/3)

La démocratie s’offre comme une alternative porteuse, au service des Nations africaines pour prendre en main leurs destinées et leurs développements et affirmer avec plus de vigueur leurs choix souverains dans les relations internationales. L’adoption de notre Constitution consacre ce choix politique, qui, s’il est approprié par chacun, présente des avantages certains dans le quotidien de tous, que ce soit pour un accès équitable aux fruits de la croissance, à un travail décent, aux services sociaux, à l’école, aux services publics et même privés, etc.

Prise autrement, la démocratie ne demeure qu’un vain mot et un instrument théorique, qui n’est rappelé qu’en période à fort enjeu électoral avec tous les risques de crises auxquelles personnes n’échappent. S’il est établi qu’on ne peut échapper aux crises de la démocratie quand elles éclatent, autant s’appliquer à se l’approprier convenablement, assumer pleinement sa responsabilité, en jouir au quotidien et minimiser ces crises trop souvent liées à l’inculture et à l’impréparation ! Comment par exemple, ne pas s’inquiéter (crise) le jour de l’administration des épreuves du Bac, si en tant que candidat, on a passé toute l’année scolaire à ignorer littéralement ses cours ? Cette responsabilité nécessite que l’on rappelle le rôle de chacun ou encore le rôle de chaque démocrate (1ère partie de cet article signalée en lien ci-dessous).

1. Comprendre la démocratie

Alain Touraine, pour traduire son intérêt pour ce thème, publie un ouvrage assez volumineux sous le titre : « Qu’est-ce que la démocratie ? » Aussi dans ce but, des enquêtes menées par des institutions impartiales de recherche burkinabè et africaines - notamment Afrobaromètre-, montrent que les citoyens ont des opinions assez diverses sur cette question. Les divergences sont souvent des plus extrêmes, mettant en exergue la nécessité d’un effort d’informations et de sensibilisations sur le sujet pour son appropriation aussi bien par les gouvernés que par les acteurs politiques - au moins concernant certaines valeurs minimales.

Alexis de Tocqueville et d’autres auteurs célèbres comme Pierre Rosanvallon dans leurs immenses réflexions, convergent vers cet esprit qui veut que la démocratie s’entende comme la possibilité pour la minorité de s’exprimer et d’être pris en compte dans les préoccupations de la majorité !

Etant donné que le peuple est diversifié, la démocratie elle-même « pouvoir du peuple », s’alimente nécessairement du pluralisme qui n’est rien d’autre que l’expression des diversités de plus extrêmes du peuple dans ses aspirations. Il reste entendu que le plus important est que ces diversités s’expriment dans le cadre d’une cohabitation pacifique et légale. Le cheminement pacifique dans la construction des institutions est un aspect fondamental en démocratie souligné aussi par nos éminents universitaires. Cela peut être lu, dans l’ouvrage commun d’auteurs de renom de notre pays, rédigé sous la codirection de Réné Otayek, Filiga Michel Sawadogo et de l’illustre disparu Jean Pierre Guingané, intitulé « Le Burkina Faso entre révolution et démocratie (1983 -1993).

Eu égard à cela, les confrontations en cours au Burkina Faso donnant souvent lieu aux discours du genre, « nous avons le peuple avec nous », donne à réfléchir. Qui considère-t-on comme le peuple ? Qui ne l’est pas ? Aussi, faut-il que l’on écrase ce dernier sans état d’âme ?

2. Du rôle des leaders politiques

Le rôle des hommes politiques est particulièrement important pour réussir au moins une démocratie impulsée du sommet que je nomme « processus démocratique descendant » (top down). La raison en est simple. Quand la démocratie est promue au sein des partis politiques, il y a de bonnes raisons que cela impacte positivement la vie politique nationale par contagion. Le rôle déterminant des leaders politiques mérite d’être souligné parce que ces derniers auront toujours des inconditionnels prêts à suivre leurs décisions et ordres, raisonnables ou non, sérieux ou non, quel qu’en soit le prix !

A ce titre, même si Abdoulaye Wade ou Sarkozy dans une plaisanterie, réfutait les résultats de la dernière élection présidentielle au Sénégal / en France, il y aurait certainement des fans ou pire, des séides (passionnés) pour les suivre dans ce fourvoiement ! Par conséquent, le leader politique démocrate, est appelé à faire un effort double. D’abord pour se maintenir dans la posture de démocrate puis ensuite, pour convaincre ses partisans et inconditionnels de certaines exigences et sacrifices démocratiques quand bien même difficiles d’un point de vue partisan. Les Ecritures islamiques nous enseignent à cet effet, la pensée suivante : il se peut que vous aimiez une chose et pourtant, elle vous est mauvaise ; il se peut que vous détestiez une chose et pourtant, elle vous est bonne ; Dieu connaît et vous ne connaissez pas (…)

L’auteur Maurice Duverger conseille aux hommes politiques pour se sonder, l’astuce suivante : pour être bon démocrate, il faut aimer l’incertitude… ! Cette affirmation part de l’observation suivante : dans les démocraties dites avancées comme aux Etats-Unis, en France, etc. les gouvernants ou responsables de l’administration y sont rarement sûrs de terminer leurs mandats électifs ou administratifs sans qu’une crise ne les contraigne à la démission. Aussi, ces derniers en tant que candidats, attendent-ils souvent les résultats d’élections dans une incertitude épouvantable et incroyable !

Dans ce sens, le contexte africain engagé dans un vaste chantier démocratique sur un fond culturel particulier non toujours favorable, nécessite de la part de nos leaders politiques, une haute vision et un sacrifice exceptionnel au nom de l’amour pour la Patrie et pour l’intérêt qu’ils accordent à ce que la postérité et l’Histoire retiendront d’eux. Et même, pourquoi pas au nom de la démocratie elle-même, puisqu’il s’agit d’un choix opéré par nous-mêmes en tant que peuple, délibérément au regard de ses vertus jaugées auparavant. J’ose dire à ce titre que les anciens présidents comme Abdoul Diouf et Abdoulaye Wade au Sénégal ont davantage de mérites que certains présidents occidentaux après leurs défaites à la présidentielle. Ce, en raison de fortes tentations à ne pas renoncer à leurs postes perdus, tentations souvent alimentées en Afrique par certains mauvais conseils et certains mauvais diagnostics.

A ce propos, le film « Sya, le rêve du Python » retraçant l’empire du Ghana ancien et présentant le puissant Roi Khaya Manga Cissé au crépuscule de son règne est illustratif. Face aux fourberies de son entourage immédiat dont l’intime griot, le Roi perplexe et en quête de vérité sans fard, dut faire recours au célèbre fou du village pour son verbe incisif ! Ce « Fou » de cette époque peut être identifié au courageux journaliste et au courageux citoyen d’aujourd’hui, qui préfèrent vomir certaines pensées citoyennes, plutôt que de les ruminer sans jamais les mettre au grand jour (…) La fin de l’histoire du Roi Khaya Manga Cissé on la connaît ; c’est le griot lui-même qui sera l’acteur déterminant d’une intrigue contre le Roi, l’important pour lui étant qu’’il préserve sa prestigieuse position de griot !

Cette histoire qui est notre patrimoine africain enseigne que - tout comme ce fou de l’empire qui a d’ailleurs refusé le trône que le Roi lui proposa, - le diseur intrépide de « vérité » n’est pas nécessairement un adversaire. Aussi, cette histoire enseigne qu’il est important pour le chef - quoiqu’ayant besoin de conseils de la part de son entourage, - d’avoir un certain ascendant éclairé sur ce dernier. Cette haute qualité importante chez le chef, peut être identifiée à une « roue », hautement essentielle à la marche de la démocratie (…)

« Qui s’y frotte, s’y pique ! » Ainsi peut être qualifié le vaste thème de la démocratie. Envisagé au départ pour être abordé en deux parties, ce thème labyrinthe se voit subir une petite modification au niveau du titre originel (TIC non abordé ici est supprimé) et se voit s’étendre sur une troisième partie. Cela voudrait dire aussi que celui qui s’engage sur la voie de la démocratie, a du long chemin à faire. Par conséquent, le candidat à la démocratie doit ménager sa monture pour satisfaire certaines exigences, au service de la pluralité. L’expression pacifique de la pluralité - cette essence de la démocratie - est bien ce qui fait appel à une troisième partie qui refuse d’occulter d’autres catégories de citoyens. Cette partie va donc traiter de l’important rôle des acteurs du centre ou encore acteurs de la modération/médiation dans les contradictions politiques, du rôle du débat idéologique et des intellectuels en période de crise, du rôle de l’école, etc. dans l’enracinement de la démocratie.

(A suivre …)

Idrissa DIARRA
Géographe, Politiste.
Membre-fondateur du Mouvement de la
Génération Consciente du Faso (MGC/F).
Courriel : diarra.idrissa@rocketmail.com

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