Hermann Yaméogo, président de l’UNDD, un « survivant » avec des « bleus à l’âme » (2/3)

mercredi 11 juin 2014 à 00h16min

« L’alternance » étant au Burkina Faso, selon lui, à risques, Hermann Yaméogo milite en faveur d’une « transition » (cf. LDD Burkina Faso 0416/Jeudi 29 mai 2014). Qui, selon la classe politique au pouvoir, devrait être organisée dans le cadre d’un référendum constitutionnel. Prétexte à la mobilisation de l’opposition. Ce que déplore Hermann. Qui juge qu’il y a d’autres sujets de préoccupation.

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Hermann Yaméogo, président de l’UNDD, un « survivant » avec des « bleus à l’âme » (2/3)

« L’article 37, le Sénat et le référendum sont des questions politiques qui n’ont pas d’incidence dans le panier de la ménagère, par contre celles relatives au salaire, à l’emploi, à l’éducation, à la santé, aux femmes, aux jeunes… sont des problématiques essentielles qui peuvent connaître des engagements de traitement structurel à la faveur de la crise ». « Pour terminer, dit-il, depuis la IIIè République, nous sommes pour la limitation du mandat présidentiel. Mais légalistes et républicains, nous reconnaissons que la Constitution* n’interdit pas la révision de l’article 37 […] Refuser la mise en place du Sénat, le recours au référendum, la révision de l’article 36 et l’article 37, cependant que ces points ne sont pas interdits par la Constitution tout au contraire, puisque leur articulation est constitutionnalisée, est une rébellion à la Constitution » . Alors que l’opposition affirme refuser le recours au référendum, Hermann, qui ne manque jamais de faire référence aux expériences « gaullistes » en la matière, rappelant que Charles De Gaulle a perdu le pouvoir à l’issue d’une telle consultation en 1969, pose la question : « On est dans quel système alors ? Ou on est en démocratie ou on ne l’est pas. Si nous sommes en démocratie, c’est le peuple qui décide ».

Hermann, quant à lui, prône une « transition constitutionnelle ». Avant d’expliquer ce qu’il entend par là, revenons sur sa conception de la démocratie. Et, tout d’abord, sa vision du monde contemporain. « Je trouve qu’il y a une complexification des données de la vie politique, économique et sociale actuellement dans tous les pays du monde. Ce n’est pas dans l’individualisme, ni dans la compétition libérale effrénée que l’on peut régler ces problèmes qui vont se renforçant. C’est plutôt en développant la solidarité, en allant vers ce qui nous unit. Le consensus est une obligation historique sans laquelle les Etats vont aller s’affaiblissant ».

« Consensus », le mot est lâché. Hermann en fait « un indicateur de bonne gouvernance » . Même si, dit-il, « c’est vrai que pour le Mali, l’expérience n’a pas été des plus heureuses » . C’est qu’Amadou Toumani Touré, qui l’avait érigé en mode de production politique en faisant l’impasse sur le rôle des partis, avait permis « une dérive du consensus vers l’unanimisme […] Or, au Mali, c’est l’unanimisme qui a tué la différence ».

Cette « démocratie consensuelle » qu’il appelle de ses vœux doit s’exprimer, selon lui, dans le cadre d’un gouvernement du « Front républicain ». Il s’agit, explique-t-il, de « tenir compte des nouvelles réalités et donner une meilleure cohérence politique à l’organe gouvernemental pour les grands combats déjà sur le chantier ». Il ajoute qu’il y pense depuis l’avènement du « Front populaire », à la suite des événements du 15 octobre 1987. Il dit même qu’il n’est pas le seul à y penser et cite Me Toussaint Coulibaly, de l’UPR, Juliette Bonkoungou, Soumane Touré, Ram Ouédraogo… Si ce « Front républicain » n’a pas pu être institué en 1987 c’est du fait de la résistance de l’ODP/MT (le parti « présidentiel » d’alors) qui considérait qu’il n’apportait « pas de valeur ajoutée » au « Front populaire ».

Hermann nous explique que « d’une certaine manière, le Front républicain, tout comme la FEDAP/BC**, contrariaient la manifestation d’ambitions arrivées à échéance » . Est-ce le cas aujourd’hui ? Non, nous affirme Hermann qui dit que le récent départ des nomenklaturistes du CDP (qui a pris la suite de l’ODP/MT) a « créé un espace qui a eu l’effet d’un appel d’air » qui a aspiré « tous ceux qui, au-dedans comme au dehors, étaient favorables à l’union autour de la résolution des grands enjeux collectifs » et qui, du même coup, « se sont retrouvés ». C’est, ajoute Hermann, qu’il « est clair que tous ceux qui sont partis étaient des présidentiables, des gens sur qui il [Blaise Compaoré] aurait pu compter pour faire cette transition […] Peut-être qu’ils ont été trop impatients. C’est vrai que la propension du chef de l’Etat à travailler dans le silence, qui est proverbiale, a rongé leurs nerfs et eu raison de leur endurance à supporter le déficit de communication » . Pas sûr que Roch, Salif, Simon et les autres apprécient ce commentaire acerbe d’autant plus que Hermann enfonce le clou : « Je ne peux m’empêcher de me poser des questions sur la cristallisation de la demande d’alternance au sein d’un même parti politique au pouvoir. L’alternance est généralement une revendication de l’opposition ».

Pour Hermann, le départ de la troïka des nomenklaturistes créé un problème. Non pas du fait de la création du MPP et de son basculement dans le camp de l’opposition mais en changeant la donne au sein du CDP. « Ce n’est pas en un an, explique-t-il, que le président peut trouver les hommes et les circuits qu’il faut pour assurer une transition qui préserve les institutions, la paix sociale, voire sa propre personne » . C’est donc pourquoi il se « prononce pour une transition constitutionnelle pour ne pas uniquement régler la question de l’article 37, mais aussi celles intéressant le Sénat, le référendum, la nature du régime, la peine de mort, le choc environnemental » . La boucle est bouclée. Enfin presque car il ajoute aussitôt : « La transition constitutionnelle emporte, si besoin, prolongation de mandat ».

Deux ans de « rab ». C’est ce que propose Hermann Yaméogo. C’est ce qu’avait souhaité, également, Mamadou Tandja à Niamey, propulsant massivement les Nigériens dans la rue et rapidement l’armée au pouvoir. A la question de savoir pourquoi cette « transition » ne pouvait pas s’exercer dans le cadre du temps restant jusqu’à la présidentielle de novembre 2015, Hermann dit qu’il y a « un risque à insérer la transition dans ce délai qui est un délai normal, un délai constitutionnel ». Il ajoute : « Qu’est-ce que ça coûte deux ans, si après on a la tranquillité, si on a une transition qui préserve la sécurité au Burkina Faso ? » ; tout en assurant : « Maintenant, il faut craindre que les prétentions ne soient plus à minima », autrement dit les deux ans pourraient être extensibles (les débordements constitutionnels, la Côte d’Ivoire en a été la démonstration, sont toujours des risques). Il dit encore, à ce sujet (et cela pourrait aussi s’appliquer à la Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo au lendemain des accords de Marcoussis) : « L’expérience montre qu’il ne faut jamais, humiliation à l’appui, acculer un homme dans ses derniers retranchements surtout quand il a encore la réalité du pouvoir d’Etat entre les mains ».

* Hermann Yaméogo révèle que lors de la rédaction de la Constitution de la IVè République, à laquelle a participé le parti qu’il avait créé, le Mouvement des démocrates progressistes (MDP), il y a eu blocage pendant quinze jours sur l’article 37. L’ODP/MT voulait un mandat présidentiel de sept ans indéfiniment renouvelable tandis que le MDP voulait un mandat de cinq ans renouvelable une fois. C’est Blaise Compaoré qui, selon Hermann, a tranché : un mandat de sept ans renouvelable une fois. Par la suite, la limitation sera levée et ne sera rétablie qu’à la suite de « l’affaire Norbert Zongo » dans le cadre du Collectif des organisations démocratiques de masse et de partis politiques. Ce sera une exigence de l’ADF/RDA qui, dit Hermann, ne suscita pas l’intérêt des autres participants qui se « cantonnaient à la lutte contre l’impunité ». Il ajoute que son parti n’a pas pu obtenir, cependant, le verrouillage de l’article 37 en le déclarant constitutionnellement non révisable du fait du laxisme des autres partis politiques qui ont participé, tardivement, au débat du « Collectif ».

** Hermann Yaméogo dit du FEDAP/BC qu’il est une « sorte de fortin pour amortir le grand choc à venir ». Rappelons que le FEDAP/BC – Fédération associative pour la paix et le progrès avec Blaise Compaoré – animé par le frère du chef de l’Etat, François Compaoré, se veut un rassemblement de non-militants issus de la « société civile » mais tend à être, de plus en plus, une composante du CDP.

Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

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